Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 25 mars 2013

Donnie Darko - Richard Kelly (2001)


Donnie Darko est un adolescent de seize ans pas comme les autres. Intelligent et doté d'une grande imagination, il a pour ami Frank, une créature que lui seul peut voir et entendre.

Lorsque Donnie survit par miracle à un accident, Frank lui propose un étrange marché. La fin du monde approche et ce dernier doit accomplir sa destinée. Des événements bizarres surviennent dans la petite ville tranquille, mais Donnie sait que derrière tout cela se cachent d'inavouables secrets. Frank l'aidera à les mettre à jour, semant ainsi le trouble au sein de la communauté.

Coup d’essai et coup de maître pour Richard Kelly qui signe un des films culte des années 2000 avec ce Donnie Darko. Le film est un objet inclassable, mêlant la sensibilité adolescente d’un John Hughes, l’étrangeté et la nature interprétative des intrigues de David Lynch tout en croisant les des genres aussi disparates que la satire, le teen movie et la science-fiction. Le lien entre toutes ces directions en apparence contradictoires, c’est la sensibilité de Richard Kelly qui croise ici expérience personnelle et récit mystérieux et alambiqué.

L’intrigue se déroule en 1988, au moment de l’élection présidentielle opposant George Bush et Michael Dukakis, époque où Richard Kelly était lui-même un adolescent âgé de 13 ans.  Le choix de cette période n’est pas innocent, Kelly cherche à capturer cette atmosphère imprégnant la fin de la triomphale ère du Reaganisme et anticipe les lendemains qui déchantent à venir ici préfigurés par ses adultes se réfugiant dans des programmes d’accomplissement de soi douteux (et réellement enseignés dans les écoles celui vu dans le film fut infligé à Richard Kelly lycéen) et ses adolescents paumés préfigurant les jeunes adultes  à la dérive de la Génération X des 90’s. 

Parmi eux, notre héros particulièrement instable Donnie Darko (Jake Gyllenhaal fabuleux) que nous découvrons endormi sur une route déserte au petit matin. Le générique le voyant rentrer à vélo chez sur The Killing Moon de Echo and The Bunnymen pose déjà l’ambiance éthérée et mystérieuse qui traversera le film avec des vues au ralenti de cette banlieue pavillonnaire, des déambulations du voisinage.  Cette étrangeté ne prime jamais sur les personnages et au contraire le basculement dans l’irrationnel  amène une angoisse sourde quant à leur destinée. Kelly en une poignée de scènes rend cette famille diablement attachante : le père malicieux joué par Holmes Osborne, la mère dépassée magnifiquement incarnée par Mary McDonnell, la petite sœur espiègle tandis que la complicité des vrais frères et sœurs que sont Jake et Maggie est palpable à l’écran.

Ainsi happé, le sort de la famille Darko est suspendu au caractère torturé de Donnie.  S’il est plusieurs fois sous-entendu qu’il a eu des problèmes et qu'il souffre de troubles comportementaux (notamment ses rencontres avec sa psychologue) c’est un évènement extraordinaire qui va provoquer sa lente dérive, son somnambulisme le sauvant lorsqu’un moteur d’avion tombé du ciel s’écrase sur sa chambre. L’avion d’où est issu le projectile demeure introuvable et c’est à ce moment qu’apparaît à Donnie Frank, un être étrange déguisé et terrifiant lapin géant lui annonçant la fin du monde sous 28 jours. 

Dès lors le ton adopte les visions schizophrènes d’un Donnie qui perd pied avec la réalité et se rebelle face à son environnement. Pourtant  de cette société bigote, de cet enseignement lénifiant (si ce n’est l’impertinent professeur  joué Drew Barrymore) et de cette soumission aux préceptes new age du gourou joué par Patrick Swayze on se demande qui est le plus en perdition : notre héros ou le monde qui l’entoure ? Kelly fait de Donnie au contraire un être réfléchi et qui s’interroge face à une société au regard binaire et simpliste, à l’image des deux voies proposées par la secte de Swayze, la peur ou l’amour. 

Kelly fait constamment osciller le film entre réalité hallucinée et fantastique plus ouvertement prononcé.  L’arrivée au lycée sur fond de Tear for Fears sous une lumière immaculée et traversant les lieux dans une plan-séquence hypnotique tient du rêve éveillé, rêve qui peut virer au cauchemar lors des saisissantes apparitions nocturnes et des injonctions de Frank. Donnie semble paradoxalement le plus clairvoyant sur les maux de sa communauté que ce soit consciemment (l’hilarante scène où il met en boite la prof de gym et sa ligne de vie, lorsqu’il interpelle Swayze en public) ou inconsciemment, chacune de ses actions de vandalisme révélant la face sombre des adultes.

Son propre esprit perturbé lui fait-il voir les anomalies qui semblent normales aux adultes ou possède-t-il vraiment le don d’ubiquité et une vision plus lointaines ? Richard Kelly tisse habilement les indices et laisse toutes les possibilités libres de toutes interprétations. De fascinants questionnements sur la destinée, le voyage  dans le temps et les dimensions parallèles sont d’ailleurs posés lors des échanges entre Donnie et son professeur de science physique  (Noah Wyle). 

Donnie Darko sous cette originalité n’en oublie jamais d’être un charmant et nostalgique teen movie. La romance timide entre Donnie et Gretchen est d’une candeur et innocence parfaite, multipliant les jolis moments sensibles (l’invitation maladroite de Donnie, l’épanchement final de Gretchen). Kelly revisite sa propre jeunesse avec nombre de références visuelles (la photo bleutée et le cadre pavillonnaire rappelle évidemment les productions Amblin), de clins d’œil cinématographique (l’improbable double programme de cinéma Evil Dead/ La Dernière Tentation du Christ !) et bien sûr la bande-son gorgée de tubes 80’s toujours placés à bon escient (The Killing Moon dont le texte évoque en grande partie l’intrigue du film, Under the milky way de The Church lorsqu’il a une vision des canaux temporels). 

Le sommet d’émotion est atteint lors de la séquence finale, après que le chaos, que cette fin du monde se soit déchaînée. Un mouvement de caméra nous traverser la nuit agitée de tous les protagonistes du film sur une magnifique reprise de Mad World alors que seul Donnie semble s’endormir paisiblement, enfin.  L’ensemble du film n’est-il qu’un rêve prémonitoire ou Donnie a vraiment réussi à remonter le temps et empêcher l’apocalypse ? 

La question reste entière mais Richard Kelly dévoile là le thème au cœur de ses films suivants, les brillants mais mal aimés Southland Tales (2005) et The Box (2009). La peur de la fin peut être surmontée, cet abîme peut être vaincu tant que l’Homme sera capable d’amour et du sens du sacrifice envers autrui. C’est naïf, sincère et terriblement juste. C’est la leçon que nous offre Donnie ici et à travers ce regard complice final entre Gretchen et la mère accablée du héros, on sait que de cet amour il restera toujours quelque chose, indicible mais flottant dans l’air.

Sorti en dvd zone 2 français chez Metropolitan, et depuis quelques années un director's cut est disponible, pas vu mais il semble que Kelly y cède au surexplicatif au détriment du mystère de ce montage cinéma.

samedi 30 juillet 2011

The Box - Richard Kelly (2009)

Norma et son époux mènent une vie paisible dans une petite ville des Etats-Unis jusqu'au jour où une mystérieuse boîte est déposée devant leur domicile. Quelques jours plus tard, se présente l'énigmatique Arlington Steward qui leur révèle qu'en appuyant sur le bouton rouge de la boîte, ils recevraient 1 000 000 $, mais cela entraînerait la mort d'un inconnu...

On avait cru perdre définitivement Richard Kelly. Le jeune réalisateur fut consacré « petit génie » en 2001, grâce à Donnie Darko, fascinant et étrange croisement de David Lynch et John Hughes, qui révéla également le talent de Jake Gyllenhal en adolescent perturbé. Depuis, on avait un peu perdu sa trace, englué qu’il était dans son film « monstre » Southland Tales. Froidement accueilli à Cannes en 2006, Southland Tales était demeuré invisible depuis, soumis à de multiples remontages par un Richard Kelly au perfectionnisme maladif. Lorsque le film fut enfin visible (directement en dvd vu l'échec annoncé de la chose), le résultat fit bien des déçus. Imparfait certainement mais, pour peu qu’on fasse l’effort de s’y immerger, Southland Tales s’avère un déconcertant et envoûtant gloubiboulga apocalyptique et mystique imprégné des peurs de l’ère Bush mais qui eut le tort de sortir tardivement alors que celle-ci s'achevait.

Après ce naufrage, The Box, thriller fantastique plus conventionnel en apparence, était donc une manière pour Kelly de montrer « patte blanche » aux financiers avec un projet calibré et première collaboration avec un studio. Le film est adapté d’une courte nouvelle de Richard Matheson, donnant au récit la rigueur qui manquait au nébuleux Southland Tales. Le texte de Matheson était très court et s’articulait en forme de piège implacable dans sa conclusion. C’est d’ailleurs cette voie qui fut suivie dans une première adaptation dans les 80’s pour la série La Quatrième Dimension. Kelly ne délaisse pas totalement cet aspect avec une ambiance oscillant effectivement entre La Quatrième Dimension et le cinéma américain paranoïaque des 70's. La touche fantastique fait d’ailleurs beaucoup écho à Invasion of the bodysnatchers version Philip Kaufman, notamment la dernière partie, où le danger peut survenir de n’importe quel quidam contrôlé par Frank Langella. La tonalité froide, la photo diaphane et la dominante de blanc renforcent également cet aspect.

La mécanique huilée de Richard Matheson aurait déjà pu offrir un thriller rondement mené et roublard, Kelly lui donne une aura unique en y apportant étrangeté et vraie émotion. Le couple formé par James Marsden et Cameron Diaz (qui trouve là son seul bon rôle de ces dernières années) existe vraiment à l’écran, le piège dans lequel se retrouve plongé la famille en devenant d’autant plus palpitant. Le long questionnement avant d'appuyer sur le bouton, les aléas du quotidien qui mènent à céder à la tentation et surtout le terrible choix final, tout cela est transmis avec une réelle empathie. On reconnaît bien là la patte du réalisateur de Donnie Darko. Même le méchant omniscient et manipulateur incarné par Frank Langella s’avère presque touchant de mélancolie dans la mission qu’il s’est fixée, étonnant. Kelly élève incroyablement la portée de son récit qui du suspense de départ élève s'élève à des questionnements métaphysiques inattendus. Que dissimule la menace constituée par Frank Langella ? Une invasion extraterrestre ? Un châtiment divin (un rebondissement clé fait écho a une métaphore sur Adam et Eve) ? Kelly nous laisse dans un flou fascinant où pure SF, spiritualité et fable philosophique se disputent...

Les séquences bizarres et en apesanteur typiques du réalisateur achèvent de faire de The Box un des grands films fantastiques récent. Ainsi, la scène où James Marsden, traquant les indices, se retrouve transporté « de l’autre côté » est assez inoubliable. Pour finir, ajoutons un score magnifique, entre Bernard Hermann et Angelo Badalamenti, composé par des figures de la pop parmi les plus inventives de ces dernières années. Win Butler et Régine Chassagne (du groupe canadien Arcade Fire) épaulés par Owen Pallett (orchestrateur des cordes sur le disque de The Last Shadow Puppets) se sont ainsi fendus avec brio à leur première musique de film pour un résultat bluffant. Après pareille réussite on attend avec impatience le retour de Richard Kelly.

Sorti en dvd zone 2 français chez Wild Side