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vendredi 8 décembre 2017

Il était une fois en Chine 3 : Le Tournoi du Lion - Wong Fei Hung III: Si wong jaang ba, Tsui Hark (1993)


L'impératrice douairière décide dans le plus grand secret d'instaurer la compétition de la Tête de Lion, qui doit distinguer les plus grandes écoles de kung-fu de Chine.

Le Tournoi du Lion est le troisième film de Tsui Hark consacré à l’icône chinoise Wong Fei Hung après les mémorables Il était une fois en Chine (1991) et La Secte du lotus blanc (1992). Le film signe vraiment la conclusion d’une trilogie, que ce soit dans l’équipe artistique (Tsui Hark à la mise en scène, Jet Li incarnant Wong Fei Hung et Rosamund Kwan en Tante Yee) les thématiques et les arcs narratifs des différents personnages. Trois autres films suivront mais où le casting changera, pour des épisodes indépendants et moins cohérent en plus d’être artistiquement très inférieur (La Danse du dragon (1993) tout juste correct, Dr Wong et les pirates virtuose qui voit le retour de Tsui Hark à la mise en scène et Dr Wong en Amérique (1997) catastrophique).

Wong Fei Hung (Jet Li) représente tout au long de la trilogie l’hésitation de la Chine entre une dangereuse ouverture aux occidentaux et un tout aussi néfaste repli sur soi. Dans Il était une fois en Chine une sous-intrigue montrait  à la fois le danger de cet attrait de l’ailleurs (des migrants chinois vers les USA réduits en esclavage) tout en affirmant les beautés et curiosités de cette culture occidentale à travers le personnage cosmopolite de Tante Yee. La Secte du lotus blanc illustrait également les travers d’un peur de l’étranger virant au fanatisme. Le Tournoi du Lion fonctionne sur un même équilibre avec une compétition instaurée par l’Impératrice suscitant à la fois intimidation et barbarie parmi la population mais aussi une exposition aux complots des services secrets russes. Wong Fei Hung tout en cherchant à maintenir le calme ne peut se départir de sa méfiance envers « l’autre » d’autant qu’il représente ici un rival amoureux avec le russe Tumanovsky (John Wakefield catastrophique comme tout européen dans une production hongkongaise). Dans les deux premiers volets Tsui Hark avait ramené l’intouchable personnage de Wong Fei Hung à échelle humaine à travers l’interprétation de Jet Li, entre mythe et homme-enfant dépassé. Toute l’idée était de fusionner ce mythe aux faillites humaines de l’homme, que ce soit dans cette ignorance de l’étranger et sa maladresse amoureuse avec Tante Yee. C’est ce pont indécis qui le faisait osciller d’un statut à l’autre.

Le Tournoi du Lion voit Wong Fei Hung se montrer plus ouvertement vulnérable émotionnellement, amoureux transi et/ou jaloux de Tante Yee sans pouvoir le cacher sous la posture héroïque. Les scènes romantiques maladroites dégagent donc un charme fou en montrant un Wong Fei Hung dépassé par ses sentiments, perdu face à un premier baiser ou trop démonstratif en retrouvant Tante Yee qu’il pensait parti. C’est précisément en rendant son héros plus humain que Tsui Hark refaçonne le mythe malicieusement par le prisme de la modernité occidentale. Après l’appareil photo des deux premiers films, c’est cette fois le cinéma et le vingtième siècle qui accompagne l’aventure avec la présence d’une caméra. Au départ l’objet est juste une astuce de scénario où la caméra filme une péripétie invisible, mais il servira aussi à refaire de Wong Fei Hung une figure de cinéma en capturant ses démonstrations martiales. 

C’est cet accomplissement et identité de nouveau complète qui est au cœur du film. Cela est d’autant plus vrai que Le Tournoi du Lion tout en étant toujours aussi généreux et virtuose dans l’action ne comporte pas d’antagoniste (Donnie Yen dans La Secte du Lotus blanc) ni de morceau de bravoure aussi mémorable (le combat sur les échelles de Il était une fois en Chine) que les volets précédents. Le méchant est assez caricatural et l’adversaire le plus intéressant est Pied-bot (Hung Yan-yan), un être qui se cherche également et donnera lieu à une des plus belles scènes du film quand la bête sauvage est apaisée par la bienveillance de Wong Fei Hung. 

Les scènes de bataille du du tournoi du lion sont également l’occasion pour Tsui Hark de renouveler l’action des premiers films. Le réalisateur joue moins sur les pures joutes martiales et les techniques pour plutôt miser sur une frénésie d’adversaires et d’obstacles. On oscille entre une furie annonçant The Blade (1995) comme la séquence où Wong Fei Hung stoppe une bagarre de rue, et une stylisation dans les moments plus acrobatiques et chaotiques dans le découpage furieux du tournoi. Le climax où il rejoue à sa façon celui de L’Homme qui en savait trop est un des sommets de Tsui Hark. La trilogie s’achève en beauté et après avoir rénové un mythe national, Tsui Hark allait en chambouler un autre cinématographique en s’appropriant la figure du sabreur manchot dans The Blade.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez HK Vidéo


mardi 16 août 2016

Il était une fois en Chine 2 : La Secte du Lotus Blanc - Wong Fei Hung II: Nam yee tung chi keung, Tsui Hark (1992)

Dans la Chine de 1895, les Européens pratiquent une politique impérialiste qui leur vaut le ressentiment de la population. En réaction, une société secrète, la secte du lotus blanc, attaque régulièrement les Britanniques. Au point que ceux-ci envisagent de dépêcher leur armée... Devant ce risque, Wong Fei-hung, combattant sans pareil, met toute sa science des arts martiaux en œuvre pour les protéger.

Tsui Hark avait brillamment réussit sa refonte de la figure de Wong Fei-hung avec Il était une fois en Chine (1991) salué par un immense succès et un Jet Li s’appropriant le rôle pour les nouvelles générations. Une suite s’imposait forcément et Tsui Hark relèvera le défi avec La Secte du Lotus Blanc aussi brillant que son prédécesseur. Le film part d’ailleurs d’un réel exploit de Wong Fei-hung dont la réputation légendaire se fit en défaisant seul 36 membres de la secte du lotus blanc, dérive fanatique du bouddhisme et associée à nombre de soulèvements tout au long de l’Histoire chinoise.

Le premier volet pouvait être interprété à tort comme patriotique et anti occidental avec sa trame évoquant l’exode fatal de chinois réduits en esclavage aux Etats-Unis - métaphore de l’exode hongkongais avec la rétrocession à la Chine imminente en 1997. Mais Tsui Hark équilibrait cette vision négative de l’étranger avec le personnage de Tante Yee (Rosamund Kwan) symbole d’une Chine ouverte sur le monde (et du constant féminisme du réalisateur) et bousculant le traditionalisme de Wong Fei-hung (Jet Li). Notre héros se pose en fait en garant moral d’un peuple chinois qui se perd tout au long de la saga, d’abord lâche dans le premier volet (avec le méchant miroir négatif de Wong Fei-hung, un maître d’art martiaux se laissant corrompre) et fanatisé dans La Secte du Lotus Blanc. En voyage pour un congrès de médecine à Canton, Wong Fei-hung va ainsi se confronter à la redoutable secte, véritable entité xénophobe semant la terreur à la fois chez les étrangers mais aussi les chinois qui s’acoquinent avec eux. Wong Fei-hung est davantage humanisé dans ce second opus, partagé entre grandeur (ce sublime générique où il semble pensif scruter la Chine de toute sa hauteur crépusculaire à travers la vitre d’un train) et candeur, que ce soit dans son ignorance des mœurs étrangères et surtout sa maladresse dans la relation amoureuse avec Tante Yee. Cela offre de beaux instants comiques où il est ramené à la même gaucherie enfantine que son disciple Leung Fu (Max Mok reprenant le rôle à Yuen Biao, le personnage n’étant plus qu’une caution comique) qu’il rudoie pour donner le change à chaque moment gênant.

L’ensemble du film oppose donc Wong Fei-hung à la fois au fanatisme xénophobe des siens, mais également à leur division et corruption. Ces deux éléments sont les moteurs de chaque scène d’action notamment avec les attaques de plus en plus menaçantes de la secte, nuée blanche indistincte qui sème le chaos. L’autre élément critique du scénario sera l’usage politique du pouvoir de la secte, la laissant mieux agir pour débusquer deux rebelles au régime impérial. Tsui Hark rebondit d’ailleurs sur les vrais soubresauts de la Chine d’alors puisque les deux opposants sont les futurs pères de République de Chine Sun Yat-sen et Lu Haodong (joué par l’ancienne star de la Shaw Brothers, David Chiang). Ce pouvoir calculateur est symbolisé par le redoutable chef de police incarné par un Donnie Yen glacial. La blancheur immaculée teintée de mystique maladive de la secte et la présence ténébreuse de la police se conjuguent lors de l’attaque nocturne de l’ambassade anglaise par la secte tandis que la police ne cille pas. On retrouve ici la facette rebelle de Tsui Hark mais également la méfiance envers l’obscurantisme au cœur notamment de Green Snake (1993).

L’ambiguïté relative du premier volet s’estompe dans les rapprochements possibles entre les peuples et cultures entraperçus plusieurs fois durant le congrès de médecine et le secours de Wong Fei-hung envers les blessés étrangers. La méfiance mutuelle s’estompe, signifiée par un Wong Fei-hung plus ouvert et qui passe le film à accepter les aspects positifs de « l’autre », signifié par son usage du train en ouverture, de l’appareil photo de Tante Yee qu’il sauve en plein tumulte et de sa réelle admiration pour la médecine étrangère qui mêlées à sa science de l’acupuncture sauvera une vie. Jet Li offre une prestation subtile, icône chinoise indestructible dans l’adversité et redevenant vulnérable et emprunté au quotidien avec un rapport avec Tante Yee plus attachant que jamais – le final est particulièrement touchant. Les scènes d’actions chorégraphiées par Yuen Woo-ping sont une nouvelles fois fabuleuses et inventives où deux grands moments se distinguent. 

Ce sera d’abord lors de l’expédition de Wong Fei-hung dans l’antre de la secte où par sa puissance il va dompter le fanatisme de ses ennemis. La scène s’amorçant dans une atmosphère quasi fantastique avant que la vélocité de corps et d’esprit de notre héros ne renverse la situation dans un numéro d’équilibriste virtuose où  le gourou est renversé de son piédestal. Enfin le duel entre Jet Li et Donnie Yen constitue tout simple un des combats les plus mythiques du cinéma d’arts martiaux. Après le final sur les échelles du premier film, c’est cette fois au milieu d’une multitude d’échafaudages que se déroule l’affrontement. La force brute et destructrice de Donnie Yen s’oppose à celle bondissante de Jet Li, les joutes au bâton sont d’une rapidité phénoménale et Wong Fei-hung en usant d’un bambou se pose en défenseur du peuple dont Il utilise un des outils comme arme.  Une grande réussite qui prolonge à merveille les thématiques de son prédécesseur. 

 Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Hk Vidéo

jeudi 4 août 2016

Il était une fois en Chine - Wong Fei-hung, Tsui Hark (1991)

A la fin du XIXe siècle à Fa Shan, en Chine du Sud. Tandis que les puissances coloniales européennes et américaines s'y affrontent pour le contrôle du commerce maritime, les premiers signes d'occidentalisation commencent à percer dans la société chinoise. Dans ce climat politique tendu, Wong Fei-hung, docteur en médecine chinoise, maître de kung-fu et chef instructeur de l'armée du Dragon noir, est chargé par le commandant Lau de maintenir l'ordre durant les guerres qui éloignent ses troupes de la région, afin de sauvegarder ce qui reste de paix et de stabilité.

En créant sa société de production Film Workshop, Tsui Hark avait trouvé la formule magique du succès après des débuts compliqués. Jeune chien fou de la Nouvelle vague (au côté de Ann Hui, Yim Ho et quelques autres), Tsui Hark avait cherché à bousculer les genres et/ou les mœurs avec des films trop extrêmes et anticonformistes comme Butterfly Murders (1979) ou le très féroce L’Enfer des armes (1980). Devenu producteur malin et avisé, Tsui Hark fera désormais toujours passer ses velléités modernistes par le prisme d’un élément traditionnel de la culture et/ou du cinéma hongkongais. L’incursion dans le polar du Syndicat du Crime (1986) de John Woo use des codes film de chevalerie chinois, le conte Histoires de Fantôme Chinois (Ching Siu-Tung, 1987) allie la grâce originelle à un érotisme plus prononcé et une horreur outrancière et plus tard Green Snake (1993) et The Lovers (1994) amèneront féminisme et identité sexuelle confuse aux légendes d’origine. Ces rénovations cherchent tout autant à bousculer la tradition de ces sources dans leur facette littéraire que dans le souvenir figé de leurs premières adaptations cinématographique pour le public hongkongais. Le sommet de cette démarche, Tsui l’atteint avec la saga des Il était une fois en Chine où il s’empare de la figure de Wong Fei-hung.

Wong Fei-hung est un véritable héros chinois, médecin et maître d’arts martiaux célèbre pour sa droiture et soif de justice. Les informations rares tout comme l’absence de photos (celle qui circule étant en fait une photo d’un de ses fils lui ressemblant) auront contribués à laisser libre cours à l’imagination et donc du cinéma  pour se l’approprier dans les très nombreuses adaptations lui étant consacrés dès les années 40, quelques années après sa mort en 1924. L’acteur Kwan Tak Hing fut longtemps l’image la plus célèbre de Wong Fei-hung, redresseur de tort paternaliste dans plus de quatre-vingts cinq films de 1949 au début des années 80. Il vampirisera tellement le « personnage » que les autres tentatives les plus connues prendront une direction radicalement différente. Loin du père la morale de Kwan Tak Hing, Gordon Liu dans Le Combats des maitres (1976), ainsi que Jackie Chan dans Le Maître Chinois (1978) et sa suite tardive Drunken Master 2 (1994) jouent un Wong Fei-hung jeune chien fou immature et encore en formation. Tsui Hark opère une brillante fusion de toutes ses incarnations en réinventant le personnage sous les traits de Jet Li. Son Wong Fei-hung a pour lui la jeunesse et la maturité à la fois, impose une figure morale, d’autorité et de patriotisme tout en étant finalement toujours en apprentissage. Le scénario inscrit en fait au cœur des enjeux ce fameux rapport complexe à la tradition et modernité cher au réalisateur, à la fois pour la Chine et le symbole que représente Wong Fei-hung.

Le récit se déroule à la fin du 19e siècle qui voit les colons étrangers investir la Chine, prendre le contrôle de son commerce maritime et se partager sa péninsule. Le régime cède à leurs exigences par nécessité économique mais suscite la méfiance de l’armée, Wong Fei-hung étant en début de film chargé par un officier dissident de former des disciples en vue de se défendre contre les « étrangers ». Tous les personnages du film sont ainsi en quête d’identité, qui sera signifiée par le regard contrasté sur les intrus. Pour Wong Fei-hung c’est la méfiance tant il est témoin d’injustices au quotidien où il cherche à être un impuissant médiateur entre les autorités locales soumise, les colons arrogants et le peuple qui souffre. Cet ailleurs revêt un visage oppressant qui ne pourra être atténué que par Tante Yee (Rosamund Kwan), amie d’enfance de retour d’Angleterre et secrètement amoureuse de lui. Ses tentatives d’initier Wong Fei-hung à certains rites étranger sont sources de comédie et de doux moments romantiques (la frayeur causée par un appareil photo, les mesures prises pour un costume occidental) mais surtout de rapport de force tant notre héros ne peut séparer le bon grain de l’ivraie dans cette culture occidentale.

Tsui Hark évite le manichéisme, montre des étrangers corrompus (les industriels américains) et bienveillant avec le prêtre catholique, mais aussi des chinois fascinés et crédules (les appels à une migration aux Etats-Unis qui dissimule un esclavagisme larvé) mais aussi d’une xénophobie crasse envers ce qui est différents. Les pires et les méchants du film seront ceux qui choisiront les plus viles facilités des deux cultures pour leur réussite, que ce soit une milice locale racketteuse et pratiquant la traite des blanches ou le pendant inversé de Wong Fei-hung avec « Habit de fer » (Shi-Kwan Yen) maître d’art martiaux prêt à souiller son art pour s’enrichir. Dans cette idée, le personnage le plus intéressant sera Leung Fu (Yuen Biao, complice bien connu de Jackie Chan), jeune homme indécis ne trouvant pas sa place dans cette Chine schizophrène, voguant d’un camp et métier à un autre avant d’être pris sous l’aile de Wong Fei-hung.

Tsui Hark mène de main de maître ce scénario particulièrement riche dans une veine épique qui fait passer le spectateur par toutes les émotions. Jet Li est absolument impérial et trouve de loin son meilleur rôle, à la fois stoïque dans ses convictions et plus vulnérable dans ses émotions pour une belle alchimie avec la belle Rosamund Kwan. Les combats virtuose servent de fil conducteur à toute la montée en puissance épique, passant du trivial (la bagarre générale chez les occidentaux) au véritable ballet aérien sous la férule du chorégraphe Yuen Woo Ping. S’appuyant sur les compétences martiales hors-normes de Jet Li, Tsui Hark alterne le jeu sur la gravité irréel issu de ses wu xia pian (la trilogie Swordsman, sa relecture de L’Auberge du Dragon (1993)) dans son usage des câbles, avec la vélocité surhumaine des combattants assenant des rafales de coups dans les positions les plus impossibles. 

Le sens du chaos cher au réalisateur (et que l’on retrouvera dans le furieux The Blade (1995)) s’estompe pour une mise en scène plus lisible - qui permet de savourer la superbe direction artistique -, le montage aidant à faire passer les mouvements réellement irréalisable tandis que le découpage virtuose des manos à manos peut laisser place à des ralentis mettant en valeur la beauté de certaines passes. Le sommet est atteint avec un stupéfiant combat final où des échelles servent tout autant de marchepied que d’objet destructeur à Wong Fei-hung et son redoutable adversaire. L’acceptation de « l’autre » se fait même dans l’action avec ce moment discutable où Wong Fei-hung daigne faire l’usage d’une arme à feu. Au final un vrai grand classique du cinéma de Hong Kong qui remportera un immense succès et fera de Jet Li la nouvelle incarnation indélébile de Wong Fei Hung pour le public. C’est aussi le premier jalon d’une saga de six films dont la trilogie initiale toujours signée Tsui Hark constitue le sommet et prolonge les thématiques de cette brillante entrée en matière. 

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez HK Video

mercredi 27 novembre 2013

Mister Dynamite - Longxiong hudi ou Armour of God, Jackie Chan (1986)


Jackie Chan, boucanier des temps modernes, découvre une arme médiévale qu'il met en vente avec de nombreux autres trésors. Lors de la mise aux enchères, l'arme suscite l’intérêt d'une mystérieuse jeune femme qui semble déterminée à l’acquérir à  n'importe quel prix.

Mister Dynamite achève la mue entamée par Jackie Chan avec Le Marin des mers de Chine (1982) et Police Story (1985). Exportant son talent d’équilibriste casse-cou hors des sentiers du seul kung fu pian, Jackie Chan devient définitivement un héros universel en investissant le film d’aventures dans Mister Dynamite. Le classique Marin des mers de Chine avait déjà tracé la voie dans ce même genre, mais ce trouvait encore fortement ancré à Hong Kong par le cadre du récit –Hong Kong sous colonisation anglaise au début du XXe siècle et le nationalisme qui en découle dans l’intrigue-, la présence des joyeux drilles des lucky stars (Sammo Hung, Yuen Biao…) qui amenait un humour cantonais bien gras pas forcément exportable. 

Jackie Chan aura appris entretemps à assumer seul le haut de l’affiche mais surtout de se distinguer dans des productions s’occidentalisant de plus en plus. Police Story était ainsi un vrai polar d’action mais laissant encore une large part aux joutes martiales dont l’inoubliable et furieux final dans le centre commercial. Mister Dynamite emprunte une voie plus internationale, que ce soit l’aventure se déroulant en Europe (et un tournage se partageant entre l'Autriche (Graz et Vienne), la Croatie, la France et l’Espagne) et une inspiration lorgnant sur Indiana Jones. 

La scène d’ouverture est d’ailleurs un habile décalque de celle des Aventuriers de l’Arche perdue (1981) avec un Jackie dérobant une relique en plein rituel sacrificiel d’une tribu qui va le traquer dans une scène d’action de haute volée se concluant par le dévalement d’une colline sinueuse  en glissant (imaginez l’ouverture de Police Story avec des humains à la place des voitures..). Ce moment vaudra aussi sa blessure la plus grave à Jackie Chan qui fera une chute de dix mètre tête la première en sautant d'un mur pour s'accrocher à une branche se brisant sous son poids. Six mois d’immobilisation pour la star et des impressionnantes images pour le traditionnel making-of final, la seule trace de l’incident dans le film étant la coupe de cheveux différente de Jackie signifiant le temps écoulé après l’interruption du tournage.

Un des aspects les plus plaisants du film est l’évolution du jeu de Jackie Chan. Ayant fait le tour du rôle de jeune chien fou immature et incontrôlable, l’acteur s’avère particulièrement à l’aise en baroudeur arrogant et séducteur. Il se la jouera même James Bond le temps d’une scène d’escamotage de voiture truffée de gadget mais l’intrigue habile le rend intelligemment plus vulnérable. Jackie affronte une secte ayant enlevée son amour de jeunesse (la belle Rosamund Kwan) en échange d’une armure ancestrale, et l’acteur offre des nuances inédites pour dissimuler la blessure de cet amour perdu le temps de quelques séquences (le sauvetage final ou il la joue rustre). 

Le film néanmoins souffre de quelques menus défauts : Alan Tam constitue un acolyte comique bien moins tordant que les lucky stars, le semblant de romance plaisant avec  Lola Forner est trop survolé et l’intrigue finalement pas si pourvue que cela en action (l’ouverture, la poursuite automobile et le grand final) piétine un peu par moment. Cependant la mise en scène élégante de Jackie Chan mettant bien en valeur les paysages ruraux (magnifique panorama suisses) et le ton change pas mal des stéréotypes habituels (même si on aura le traditionnel quiproquo/cache-cache typique de la comédie cantonaise) des intrigues de Jackie Chan.

On aura tout de même notre grand feu d’artifice final d’action sacrément impressionnant se partageant entre joutes martiale face à une armée d’amazones impitoyable (et des chorégraphies virtuoses) un déluge d’explosion et surtout un incroyable saut dans le vide où Jackie plane pour s’agripper à une montgolfière. 

Un plan large montre l’absence d’artifice visuel pour une cascade absolument stupéfiante qui conclut brillamment le film. Avec ce nouveau succès, Jackie Chan se crée sa troisième franchise après Le Marin des mers de Chine et Police Story puisqu’une suite verra le jour quelques années plus tard avec Opération Condor (1991) et plus récemment l'encore inédit chez nous Chinese Zodiac (2012) où il reprend le rôle du Faucon.

Sorti en dvd zone 2 français et en bluray (dans un combo avec la suite Opération Condor) chez HK Vidéo

samedi 21 septembre 2013

Le Marin des Mers de Chine 2 - Project A 2 ou 'A' gai waak juk jap, Jackie Chan (1987)


Au début du XXe siècle à Hong Kong, l'incorruptible Sergent Dragon, fort d'avoir mis hors d'état de nuire le pirate San Po, se voit confier la surveillance du plus dangereux district de la province de Hong Kong. Une fois sur les lieux, il doit arrêter de dangereux criminels mais se heurte à la corruption dramatique de la police locale, qui cherche à se débarrasser au plus vite de ce nouveau collègue trop zélé.

Noyé malgré lui dans la vague des sous Bruce Lee pour ses premiers rôles importants au cinéma sous l’égide de Lo Wei (La Nouvelle Fureur de vaincre en 1976), Jackie Chan se sortira bien vite de cette impasse en s’inventant ce personnage de jeune chien fou plus vulnérable, comique et casse-cou qui lui vaudra un succès immédiat. La star restera cependant dans un premier temps dans le registre du kung fu pian classique avant que le succès du Marin des Mers de Chine (1983) n’en fasse ce héros universel transcendant les genres, du film d’aventures (Opération Condor, (1991) au polar avec la série des Police Story notamment. Dès lors, Jackie Chan devient une sorte d’équivalent contemporain d’un Charlot (Charlie Chaplin) ou Malec ((Buster Keaton), promenant son personnage sans peur et sans reproche dans des univers divers et variés. Cette optique entraîne désormais un cahier des charges strict sur lequel se casseront les dents les réalisateurs qui travailleront avec la star, surtout les plus chevronnés comme Kirk Wong franchissant tous les écarts de violence et de bon goût dans un Crime Story (1993) loin du côté ludique et aseptisé habituel de Jackie. Le maître Lu Chia Liang lui-même en fera les frais, viré en cours de tournage du fabuleux Drunken Master 2 (1994).

C’est cette assurance et cadre plus défini et balisé qui fait toute la différence entre Le Marin des mers de Chine et sa suite, dans les réussites comme les ratés. Une nouvelle fois à la mise en scène, Jackie Chan y assume pleinement  son statut de star et donc exit les acolytes des Lucky Stars (Yuen Biao et Sammo Hung coincés sur le tournage du film de commando de Hung Eastern Condors) qui amenait une loufoquerie et un humour cantonais gras bienvenu dans le premier volet. Le récit d’aventure limpide de 1983 laisse également place à une intrigue plus ambitieuse où se mêle fresque policière et espionnage, Dragon (Jackie Chan) y étant confronté à des mafieux et policiers corrompus ainsi qu’à des révolutionnaires chinois (où l’on trouve les futurs vedettes Rosamund Kwan et Maggie Cheung qui débutèrent en faire-valoir féminin de Jackie). 

Pour le meilleur cela donne un film formellement bien plus abouti. Décors et costumes font preuve d’un raffinement certain avec ces plans d’ensemble somptueux du quartier où officie Dragon et la longue séquence de la soirée mondaine épate par son luxe ambiant.
Malheureusement cette suite s’avère inférieure par son manque de fantaisie. Le désormais formatage de la formule Jackie Chan affecte grandement le personnage de Dragon dont on se demande bien s’il est le même que dans le premier film. Mature et moins chien fou, il est bien plus lisse et perd en intérêt alors que les comparses déjantés qu’étaient Sammo Hung et Yuen Biao le faisaient réellement exister dans l’épisode précédent.

Quand ce personnage incorruptible enfreignait la loi pour aider Sammo Hung au nom de l’amitié, cela avait bien plus d’impact que le renfort final qu’il apportera aux révolutionnaires ci. De même, le revirement (façon Han Solo dans le premier Star Wars) de ce même Sammo Hung oubliant son intérêt personnel pour revenir aider Jackie était autrement plus fort que le secours tardif des révolutionnaires (tellement anecdotique que filmé hors chant lorsqu’ils sauvent Jackie de la noyade). En gros on a là un exemple de tout ce qui sépare un classique de la formule calibrée.

Les scènes d’actions souffrent également de ce formatage. Objectivement, le film est sans doute aussi (si ce n’est plus) spectaculaire que l’original mais laisse étrangement l’impression inverse. Les environnements sont bien moins variés (rendant d’ailleurs le titre français d’autant plus incongru), rendant les moments noyant les passages spectaculaires dans une certaine répétition. Seule la toute dernière partie semble retrouver un vrai grain de folie tel ce moment où Jackie frotte du piment rouge dans les yeux de ses adversaires ou bien sûr lorsqu’il survit miraculeusement à la chute d’un gigantesque échafaudage. Auparavant les pourtant nombreuses acrobaties de Jackie Chan (glissant le long d’échelles, sautant de maison en maison ou escaladant les murs avec une vélocité stupéfiante) auront presque laissé indifférents car l’efficacité aura pris le pas sur l’inventivité. 

Aucun équivalent à l’extraordinaire séquence de la poursuite en vélo ici et le grand classique de la comédie cantonaise qu’est le cache-cache de personnage antagonistes dans une maison est ici raté dans les grandes largeurs. Signe de cet affadissement, les féroces pirates du premier film sont devenus des faire-valoir comique et poissards qui noueront presque amitié avec un Jackie définitivement trop gentil. Une suite qui constitue un divertissement tout à fait honorable mais qui n’approche jamais l’émerveillement de son glorieux aîné car trop calculé

Sorti en dvd zone 2 français chez HK Vidéo