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mardi 28 août 2012

Box-Office : La biographie du producteur le plus déjanté d’Hollywood - Charles Fleming


Un livre qui a le mérite de se pencher sur une décennie moins adulée que la précédente, à travers cette biographie du producteur Don Simpson, longtemps associé à Brukheimer et à qui l'on doit des cartons 80's comme Le Flic de Beverly Hills et autres Top Gun. Charles Fleming s'appuie sur la personnalité perturbée de Simpson et son mode de vie trash pour effectuer une radiographie du cinéma et des mœurs de l’ Hollywood de l'époque (la mégalomanie galopante des stars, les salaires de plus en plus insensés, les caprices les plus fous).

On découvre ainsi l'invention du « high concept » cher à Simpson. En gros : un pitch ou une idée de base accrocheuse sur laquelle doit se baser le succès et l'originalité d'un film, passant même avant le scénario ou le choix du réalisateur, avec des descriptions assez tordantes des genèses de Top Gun (qui ne doit son existence qu’à son nom qui sonnait bien dans une revue de l’US Army) ou du Flic de Beverly Hills. Le lecteur a souvent l'impression de parcourir une biographie de rock star, tant le quotidien de Simpson était excessif et déjanté, entre la consommation dantesque de cocaïne, la fréquentation assidues de prostituées et les expériences SM les plus folles narrées dans le détail.


D'ailleurs, pour replacer la situation et les modes de vies des autres personnalités guère plus sages que Simpson (mais qui ont su s'arrêter à temps), l’auteur consacre de longs passages fort documentés à l'histoire de la prostitution de luxe à LA, avec le parcours des deux Madame Claude de l'époque, ainsi qu’à l'évolution de la consommation de dope dans les milieux huppés. De récits de tournages épiques (l'inoffensif Jour de tonnerre dont le tournage semble avoir été Sodome et Gomorrhe) en anecdotes croustillantes, plane sur tout le livre la personnalité fascinante et insaisissable de Don Simpson.

Vrai génie créatif dont certaines idées marquèrent (pour le meilleur et pour le pire) le cinéma d’entertainment américain (les bandes-son très travaillées de Flashdance ou Top Gun, l’aspect clippesque), capable de rendre efficaces et universels les scripts les plus idiots (il aurait entièrement réécrit le perso de Ed Harris dans Rock notamment), il était le cerveau du duo tandis que Bruckheimer avait un rôle plus comptable et logistique.

Le portrait de cette grande gueule, nabab hollywoodien en surface qui, au fond, est toujours resté cet adolescent grassouillet, complexé par son physique et ses origines redneck, s’avère donc assez touchant. La constante quête de reconnaissance (il souhaitait entamer une carrière d’acteur et a un petit rôle minimisé au montage dans Jour de Tonnerre) et la lente autodestruction de cet homme qui avait tout offre donc un instantané saisissant de décadence hollywoodienne.

Un peu l'équivalent, pour les années 80, des deux livres de Peter Biskind (Le Nouvel Hollywood, consacré aux 70’s et à la génération Spielberg, Scorsese,Coppola et Sexe mensonge et Hollywood, sur la révolution du cinéma indépendant dans les 90’s), sauf que Charles Fleming évite de son côté le syndrome « c’était mieux avant ». Tout en étant conscient du vide de certaines œuvres dont il parle, il reconnaît aussi leur caractère novateur et le sang neuf qu’elles apportèrent à l’époque, saluant ainsi le talent de Simpson. Après la triste disparition récente de Tony Scott, un rappel intéressant de la période où il a émergé.

Paru aux éditions Sonatine

Et avec pareil sujet, on allait pas finir sans un petit "Take my breath away" ^^

6 commentaires:

  1. Il faut aussi reconnaitre que le bouquin de sources anonymes en j'men foutisme éditorial (il n'y a même pas une filmographie !) laisse une impression peu sérieuse: on a parfois le sentiment de lire une des biographies non-autorisée, dans laquelle tout est bon pour en rajouter dans le sordide. A la lecture, j'ai eu le sentiment de ne jamais savoir ce qui est vrai et exagéré. On est loin de la rigueur d'un Royaume enchanté, non ?

    Et je n'ai pas, pour ma part, trouvé Simpson touchant. A la lecture, on se rend compte qu'à part avoir été une ou deux fois au bon moment, au bon endroit, c'était un branleur, dont le "travail" consister à humilier ses collaborateurs, souvent d'une façon asse puérile, et à dicter des mémos à 80 % incompréhensible, selon plusieurs de ses anciens employés. Voir aussi, la délicatesse avec laquelle il traite ses prestataires de se(r)vices sexuels. Non, définitivement pas un gars à qui j'aurai envie de payer un demi !

    Cela étant, une étude critique des films (les siens et les autres) de la période reste à faire. Flashdance, ça reste tout à fait étonnant comme truc.

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  2. J'hésitais un peu jusque là, mais la lecture de ton article me donne bien envie de lire cet ouvrage. Je viens de lire les deux bouquins de Biskind dont tu parles à la fin, avec un certain plaisir (surtout celui sur Le Nouvel Hollywood !), et j'ai donc très envie de poursuivre avec la lecture de cette biographie.

    Je te remercie ! Et je t'en dirai des nouvelles !

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  3. Oui le livre c'est un peu l'équivalent de ceux de Biskind pour l'aspect racoleur mais sans la rigueur critique qu'on retrouve néanmoins derrière. Ca ne se prétend pas aussi rigoureux de toute façon que "Le Royaume Echanté" j'ai plus vu ça comme le témoignage des moeurrs et du fonctionnement d'un certain Hollywood des 80's qu'une vraie étude analytique qui reste effectivement à faire sur cette période. D'ailleurs ce journalisme mi tabloïd, mi analyse quand il est bien manié peut donner un résultat pas inintéressant j'avais un peu développé là dessus ici

    http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2012/07/mon-hollywood-peter-biskind.html

    Après Don Simpson en dépit des excès et de l'attitude odieuse largement décrite (sachant qu'il y a de sacrée ordures aussi parmi les nababs du cinéma hollywoodien classique) je l'ai trouvé intéressant dans cette soif de reconnaissance et ce complexe d'infériorité, comme s'il était conscient de ce à quoi il devait son succès et voyait plus grand. Comme je disais dans le texte il faut plus y voir une biographie de rock star qu'une étude critique et sous cet angle Simpson est quand même une figure passionnante.

    Et je le pense bien plus créatif qu'on ne le soupçonne malgré les excès (le livre montre bien ses apports quoiqu'on pense des films) voir la différence entre les productions Brukheimer après sa mort bien moins marquantes puisque les petits éléments qui faisaient la différences étaient dû à Simpson.

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  4. Merci Félix, c'est un poil en dessous des Biskind (et oui Le Nouvel Hollywood vraiment captivant je l'ai relu plusieurs fois depuis le temps) quand même mais ça reste très intéressant tu verras ;-)

    Celui là aussi pourrait t'intéresser sur les coulisses de Disney des 30 dernières années un must

    http://chroniqueducinephilestakhanoviste.blogspot.fr/2012/08/le-royaume-enchante-james-b-stewart.html

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  5. Ah oui, j'en ai effectivement entendu parler aussi de celui sur Disney. A priori ça m'intéresse un peu moins l'univers Disney, mais je vais lire ton article et ne pas m'arrêter à ça. :)

    Par contre, en ce qui concerne Biskind, je ne qualifierai pas ses livres de "racoleur". Disons qu'ils sont remplis d'anecdotes assez croustillantes (parfois assez folles, c'est vrai), mais sans jamais tomber dans le racoleur, selon moi, et c'est notamment ce qui fait leur qualité ! :)

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  6. Disons qu pour quelqu'un qui s'attends à une analyse "universitaire" ça paraîtra un peu racoleur (surtout avec le manque de sources) mais c'est vrai qu'il manie bien l'équilibre entre le côté anecdote et la vision personnelle des périodes dont il parle c'est ce qui en fait le sel c'est vrai. Du coup celui sur Disney est beaucoup plus sérieux et rigoureux mais moins drôle même si c'est tout aussi passionnant !

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