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samedi 4 août 2012

Le Royaume Enchanté - James B. Stewart


En 2006 se terminait le règne de près de vingt ans de Michael Eisner à la tête de Disney. Sur le papier son passage fut une authentique réussite : la valeur en bourse du groupe s’est démultipliée et artistiquement un nouvel âge d’or se fit jour avec une magie retrouvée dans des films comme La Belle et la Bête, Aladin ou Le Roi Lion. Michael Eisner, dirigeant à poigne mais aussi vrai esprit créatif était l’homme idéal pour redonner son lustre à un Disney moribond à son arrivée en 1984. Après dix années d’un spectaculaire redressement qui voit son apogée avec le triomphe du Roi Lion, la machine va pourtant se gripper dangereusement jusqu’au point de non-retour.

C’est donc dans les coulisses de cette odyssée de l’ascension et la chute d’Eisner que nous plonge le livre-enquête du journaliste James B. Stewart. Si on pense forcément aux livres de Peter Biskind chargés en ragots et révélations graveleuses par la nature impudique des portraits dépeints, on en est loin. A l’origine, Stewart devait écrire un ouvrage sur Eisner encore PDG de Disney en 2003/2004 et se trouva bien malgré lui témoin d’une situation explosive. Eisner subissait alors la défiance de l’emblématique Roy Disney et de l’administrateur Stanley Gold, critiquant sa gestion du groupe. Le trône vacillant du charismatique dirigeant amène donc Stewart à remonter le temps pour savoir comment on en est arrivé là et nous faire découvrir les petites histoires cachées derrière les échecs et les triomphes de Disney.

Stewart profita du chaos régnant pour avoir accès à une somme considérable de documents (mails, mémos, notes de production) et l’ambiance de fin de règne délia quelques langues au sein des collaborateurs. Au départ animé autant par des vertus de rentabilité que de réussites artistiques, Eisner apparaît donc comme un meneur courageux, inventif et ouvert et ayant su s’entourer de personnalités brillantes à l’image de Jeffrey Katzenberg qui sut relancer un département animation en berne. Sous les succès et les ratages, Eisner nous apparaît néanmoins dans la première partie du livre comme un homme intègre dont l’esprit en ébullition parvient à être canalisé par son partenaire Frank Wells, vice-président du groupe. C’est la mort accidentelle de ce dernier en 1994 qui signe le déclin progressif de Disney. Sans garde-fou, Eisner voit désormais dans chaque dirigeant trop brillant et indépendant un concurrent potentiel cherchant à lui prendre sa place.


Katzenberg en fera les frais et quittera Disney avec fracas en fondant une section d’animation rivale au sein de Dreamworks. Le pire sera cependant le destin houleux de Michael Ovitz, meilleur ami d’Eisner (et ancien dirigeant de CAA, agence d’acteurs à l’origine des contrats faramineux dont bénéficièrent les stars dans les années 90) que ce dernier engagera comme partenaire à Disney mais en le plaçant dans une situation intenable, où il ne lui laissera jamais aucun pouvoir de décision.

Les exemples de Katzenberg et Ovitz ne sont que les plus voyants de la politique de management d’Eisner qui, à coups de revirements, promesses non tenues et trahisons diverses, entretient un climat de suspicion permanent au sein du groupe, qui lui permet d’asseoir son pouvoir. Détaché ainsi des réalités, Eisner perd peu à peu de son flair artistique et passe à côté de succès futurs qui furent pourtant proposés en premier à Disney : Le Seigneur des Anneaux (à travers Miramax), Le Sixième Sens (ne croyant pas au projet, il renonce aux droits pour se contenter de le distribuer), la série Les Experts via la chaîne ABC dont Disney fit acquisition…

L’ouvrage de Stewart est ainsi une plongée en apnée dans le fonctionnement d'un studio, voire d'un grand groupe multimédia, où les décisions sont moins le fruit d’une réelle stratégie que de querelles d'egos, de complots et d’ambitions. C’est aussi une vision du passage de témoin entre des dirigeants à l’ancienne, créatifs et dotés d’une vision d’ensemble, au profit des cadres sortis d’écoles de commerce aux objectifs restreints à la seule profitabilité immédiate. C’est toute la problématique d’Eisner, passé de l’un à l’autre de ces statuts, et qui en se rêvant nouveau Walt Disney y a perdu son âme et finalement son poste. Passionnant et foisonnant, à lire absolument.

Paru aux Editions Sonatine

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