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vendredi 3 août 2012

L’Étrange Aventurière - I See a Dark Stranger, Frank Launder (1946)


Une jeune femme d'origine Irlandaise, convaincue que les Anglais sont le mal incarné, décide de se tourner vers l'IRA. Alors que celle-ci la refuse, elle ne tarde pas à être repérée par un espion Nazi qui lui propose de travailler pour le IIIe Reich...

Le duo Sidney Gilliat/Frank Launder signe une nouvelle belle réussite avec ce plaisant film qui ne saura jamais choisir entre comédie et thriller d'espionnage oppressant pour notre plus grand plaisir. Cela en est presque une sorte de "digest" des films des deux compères tant on trouve de reprise de leurs figures favorites aperçues dans d'autres œuvres où ils ont officié comme scénaristes où coréalisateurs.

On retrouve donc ce gout du pastiche et mélange des genres (Green for danger, Une femme disparait), le duo comique incongru qui vient s'immiscer dans l'intrigue avec les officiers pieds nickelés Spanswick et Goodhusband (le duo de golfeurs Charters et Caldicott pour qui étaient écrit les rôles disparaissant car les acteurs avaient renoncés aux rôles les ayant rendu célèbres) et même une séquence de train à suspense où on retrouve la disparue d'Une femme disparait (l'actrice Dame May Whitty) dans un rôle voisin. Plutôt que le sentiment de redite, c'est celui d'une démonstration de savoir-faire et de plaisir de raconter qui domine dans une intrigue très inventive malgré ces récurrences.

Depuis sa plus tendre enfance Brydie (Deborah Kerr) a été nourrie des légendes de la lutte acharnée du peuple irlandais contre l'oppresseur anglais, notamment par son père qui participa à la révolte de 1916. Elle a depuis une haine farouche des anglais et à sa majorité c''est tout naturellement qu'elle quitte son village pour Dublin où elle compte bien proposer ses services à la section de l'IRA en place. Malheureusement, l'heure est plutôt à l'apaisement et ses instincts belliqueux se voient refroidi par les locaux, jusqu'à ce qu'elle soit sollicité par un farouche ennemis des anglais d'une tout autre nature à savoir un espion nazi pour lequel elle va travailler sans connaître sa vraie identité.

Le film exploite avec humour l'antagonisme anglo-irlandais (abordé sur un mode plus sérieux par Launder et Gilliat dans l'excellent Captain Boycott l'année suivante) à travers le personnage de Deborah Kerr qui aveuglé par son éducation et ses préjugés va commettre toutes les erreurs possibles. Les scénaristes s'en donne à cœur joie à travers diverses situation hilarantes tel ce moment où elle est dans le même compartiment de train qu'un homme (qui s'avéra être l'espion allemand) dont elle savoure l'attrait en monologue avant que ses initiales sur sa valise révèlent sa nationalité anglaise, lui attirant regard méprisant et remarque désobligeante.

Deborah Kerr est fabuleuse, loin des emplois plus réservés qu'elle aura avec le temps avec cette bouillonnante et charmante irlandaise dont Launder se plaît à mettre en valeur la beauté juvénile et le jeu expressif. Malgré les errements de l'héroïne, on ne peut que craquer devant ce festival de moue boudeuse et de regard écarquillés d'indignation.

Le film interroge en fait sur la question du parti à prendre pour les irlandais et leur capacité à mettre de côté un conflit ancestral pour une cause commune avec l'Angleterre haïe face à la menace nazie. Pour Byrdie, ce cheminement se fera par la voie de l'amour lorsqu'elle tombera sous le charme de l'agent britannique David Byrne (Trevor Howard) qu'elle doit distraire pendant qu'officient ses agents.

On a ainsi de joyeuse scène de screwball comedy où Deborah Kerr évente plus d'une fois sa couverture séductrice face à la présence de ce "bloody English" joué par un Trevor Howard parfait dans la tradition des héros gentleman décontracté et enquiquineurs de Gilliat et Launder (sans égaler néanmoins le Rex Harrison à la cool de Train de nuit pour Munich). La tension naît pourtant progressivement au fil des responsabilités inattendues que se verra confier Deborah Kerr traquant à travers l'Irlande un mystérieux carnet comportant les coordonnées d'invasion allemande.

Traquée par la police irlandaise, anglaise et les espions nazis à travers le pays elle aura fort à faire pour s'en sortir. Launder use de tous les artifices possibles pour faire naître le suspense que ce soit les monologues angoissés de Byrdie, le jeu hébété de Deborah Kerr et la paranoïa naissante dans le regard de l'espionne novice ainsi qu'une photographie tout en jeu d'ombres menaçantes durant les scènes nocturnes. On peut ajouter une galerie de méchants aux mines patibulaires (hormis Raymond Huntley à l'élégance sournoise en mentor recruteur) qui accentue le sentiment de menace face à la frêle Deborah Kerr.

On est donc parfaitement manœuvré entre rire et vraie tension même si le film pêche un peu par excès malgré l'inventivité de l'ensemble, le dernier quart d'heure tire un peu en longueur à force de rebondissements. C'est sur un ultime éclat de rire que le tout s'achève, Deborah Kerr quittant indignée l'hôtel où Howard eu l'outrecuidance de l'emmener en voyage de noce, le bien nommé In Cromwell Arms. Le film fera un score modeste en Angleterre, la critique étant décontenancé par ses ruptures de ton le rendant inclassable. Mais renommé The Adventuress, il remportera un grand succès aux Etats-Unis où il contribuera à la notoriété de Deborah Kerr qui se verra vite sollicité par Hollywood pour la carrière que l'on sait.

Disponible en dvd zone 2 anglais sans sous-titres

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