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dimanche 12 août 2012

Espion sur la Tamise - Ministry of Fear, Fritz Lang (1944)


Un homme attend face à une horloge. Dans quelques minutes, il sera libéré, après deux ans de détention. Dans quelques minutes, à l’air libre, il trouvera une Angleterre bombardée, sous la menace nazie. Dans quelques minutes, il se mêlera à la foule d’une fête foraine, entrera dans la tente d’une voyante, gagnera un gâteau et deviendra le protagoniste principal d’une histoire d’espionnage rocambolesque…

Espion sur la Tamise constitue après le troisième film consécutif de Lang consacré à la menace nazie après Chasse à l'homme (1941) et Les bourreaux meurent aussi (1943). Lang retrouve le cadre d'un studio avec le dernier volet de cette trilogie "nazie" après une production houleuse à la Fox sur Chasse à l'homme et la grande liberté de l'indépendant Les bourreaux meurent aussi puisque c'est à la Paramount qu'il dirigera cette adaptation de Graham Green. Le film est un sommet de paranoïa oppressante par la force d'un récit redoutablement inventif auquel Lang apporte toute sa maestria et parvient à intégrer ses thématiques malgré une nouvelle fois contrainte se présentant avec le scénariste et producteur Seton I. Miller qui lui refusera toute modification à son script.

Stephen Neal (Ray Milland) fraîchement libéré de l'asile se voit à nouveau plongé dans la tourmente par un concours de circonstance rocambolesque. Flânant dans une fête foraine caritative, il prononce par hasard la phrase/mot de passe lui permettant de gagner un gâteau dont il a deviné le poids mais qui ne lui était pas destiné. Lang, entre symbolique discrète (Neal qui attrape au vol le ballon d'une fillette en entrant dans la kermesse, signe de culpabilité tout à fait langien depuis M le maudit) et effet plus marqué lorsqu'un silence de plomb s'instaure autour d'un Milland seul à sa joie d'avoir remporté le gâteau et scruté par tous.

Dès lors la suspicion et la paranoïa de tous les instants va s'installer à travers des rebondissements inattendu où le danger peut surgir de partout et de n'importe qui. Ce pourrait être des ruelles sombres et menaçante de ce Londres en plein blackout (Lang offrant des vues quasiment gothiques de ce panorama urbain londonien par instants), du doute savamment entretenu sur les émigrés autrichiens lui venant en aide où de séquences inattendues lorgnant vers le fantastique. A ce titre la scène de spiritisme est un grand moment de malaise et de suspense au cordeau.

Ray Milland est parfait en fugitif traqué de toute part et le passé du personnage permet à Lang de réintroduire des thèmes déjà abordé notamment dans Furie. On apprendra que Neal fut interné pour avoir mis fin par empoisonnement au jour de sa femme mourante et en proie à d'affreuse souffrances. Cette notion de responsabilité et de pouvoir de vie et de mort sur le destin d'autrui évoque tourmentant Neal est plus fort encore chez le Spencer Tracy de Furie animé par la vengeance. Bien que moins approfondi que dans le film de 1936 (ou même que dans Le Retour de Frank James où Henry Fonda est soumis à la même situation) ce choix se voit à nouveau questionné ici en fin de film à travers celui que devra effectuer le personnage de Marjorie Reynolds lorsque les masques vont tomber.

L'ensemble est mené tambour battant par Lang dans une narration des plus efficaces où rencontres inquiétantes (l'aveugle, une séduisante et mystérieuse Hillary Brooke en voyante), guet-apens et grand spectacle (la course poursuite sous les bombes en campagnes) s'enchaînent sans férir. Lang avait peu d'estime pour le film à cause de sa gestation où il n'eut guère son mot à dire mais ça n'en reste pas moins un excellent divertissement qui a dû marquer les futur artisans du cinéma paranoïaque des 70's.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

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