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jeudi 12 décembre 2013

L'amour n'est pas en jeu - In This Our Life, John Huston (1942)


La famille Timberlake n'a guère de quoi se réjouir. Le père a dû céder son entreprise à son riche beau-frère, William Fitroy; la mère est une malade chronique et à la veille d'épouser le bel avocat Craig Fleming (George Brent), Stanley Timberlake (Bette Davis), riche enfant gâtée par son oncle, s'enfuit avec son beau-frère, Peter (Dennis Morgan), brisant ainsi le mariage de sa sœur Roy (Olivia De Havilland)...

Révélé en 1941 par Le Faucon Maltais, John Huston signait dans la foulée ce second film plus méconnu. Mobilisé après l'engagement des Etats-Unis dans la Seconde Guerre Mondiale Huston ne terminera d'ailleurs pas le film, Raoul Walsh (non crédité) achevant le tournage et ayant au passage une relation exécrable avec Bette Davis pour cette courte collaboration. Le film est d'ailleurs plutôt véhicule et women pictures taillée pour la star où ne se ressent pas forcément la patte des deux réalisateurs (encore que Walsh ait pratiqué l'héroïne hystérique avec la Ida Lupino d'Une femme dangereuse (1940)). In This Our Life n'en est pas moins un superbe mélodrame, très audacieux de surcroît puisque bien que lissé il conserve une grande part des éléments scandaleux du livre éponyme (et récompensé du prix Pulitzer) de Ellen Glasgow brassant adultère, racisme et inceste.

Stanley (Bette Davis) et Roy (Olivia de Havilland) sont deux sœurs que tout oppose. La douce Roy tient plus du côté paisible et bienveillant de son père Asa Timberlake (Frank Craven) écrasé par le côté plus imposant de sa mère et plus particulièrement son oncle William Fitzroy (Charles Coburn). Le début du film voit Fitzroy mettre la mainmise sur l'affaire commune qu'il avait avec Timberlake et c'est précisément de ce caractère égoïste et étouffant que tient la nature profonde de Stanley (au passage curieux d'ailleurs ces prénoms masculins pour les deux héroïnes...).

Pourrie gâtée et ne se voyant refuser aucun caprice, Stanley a l'habitude de prendre et d'exiger ans se soucier des sentiments des autres. On n'en aura un exemple cinglant lorsque Stanley s'enfuira avec le Peter (Dennis Morgan) le mari de sa sœur et abandonnant son fiancé Craig (George Brent). Le récit tisse ainsi dans un premier temps les destins parallèles des deux sœurs après cette trahison initiale. Roy trouve la force de se remettre de ce drame et va progressivement se rapprocher de Craig dans leur détresse commune tandis que Stanley une fois savouré son outrage se lassera de la vie maritale et va tuer à petit feu un Peter trop faible de caractère.

Bette Davis délivre une performance outrancière dont elle a le secret, rattrapant son âge trop mûr pour le rôle par la sophistication qu'elle apporte au personnage, cette frivolité, égocentrisme et égoïsme s'exprimant par le look recherchée de Roy entre coiffure stylisée, robe courtes aux motifs tapageur destiné à la rendre constamment voyante et au centre de l'attention. En dépit de prestation toujours impeccable, certains de ces films à l'ode de Bette Davis sont parfois parasités par justement la mainmise de la star qui vampirise le récit (comme La Lettre (1940) où le contenu passionnant perd de sa force par son omniprésence).

Il n'en est rien ici grâce à une formidable Olivia de Havilland qui n'a aucun mal à exister face aux excès de Davis. Sobre mais jamais lisse, l'actrice est même plus impressionnante quand elle mêle le fond bienveillant de son personnage et la rancœur compréhensible qu'elle entretient pour sa sœur. On en aura une belle illustration lorsque Roy ira retrouver une Stanley esseulée et qui a tout perdu loin de la maison, la crispation et l'empathie se mêlant dans le réconfort qu'elle apporte à sa sœur aux emportements trop théâtraux pour être honnête.

Cette rivalité se mêlera à un contexte familial trouble et une dimension raciale surprenante. L'oncle bougon mais adorant Stanley semble ainsi avoir un amour tout sauf chaste pour sa nièce qui en joue et lui soutire tout ce qu'elle veut par cette séduction. Cela inclut un environnement plié à ses désirs dont les domestiques noirs pour lesquels elle n'a pas un regard. A l'inverse Roy prend son temps dans l'avancée de sa relation avec Craig, l'occasion de beaux moments romantiques telle la scène où ils s'avouent leur sentiment alors qu’ils observent un feu de forêt.

Cette même délicatesse s'exprimera dans ses relations au noirs dont elle encourage les velléités d'émancipation avec le jeune Parry Clay (Ernest Anderson, serveur sur le tournage et engagé par Huston sur les conseils de Bette Davis le trouvant idéal pour le rôle) souhaitant devenir avocat. Comme les faces contradictoires d'une même pièce, la pureté et bonté de l'une s’opposent à la vilénie de l'autre, aspect qui s'exprimera pleinement en y mêlant justement le destin de Parry accusé à tort pour un méfait de Stanley.

Cette question du racisme est abordé de manière étonnamment frontale (Parry étant arrêté sans soucis de preuves simplement car sa parole s'oppose à celle d’une femme blanche de l'élite), le film se voyant interdit de ressortie par la censure en 1943 après son exploitation initiale. Le final d'une grande intensité est un festival Bette Davis, totalement abjecte dans les écarts impardonnable de Stanley et avec en clou une poursuite automobile assez scotchante que l'on doit sans doute à Walsh. Une très belle réussite.

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais

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