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lundi 6 août 2018

Femmes entre elles - Le amiche, Michelangelo Antonioni (1955)


Clélia revient à Turin, dont elle est originaire, afin d'y créer la succursale d'une maison de haute-couture romaine. Là, elle se lie avec un cercle de femmes issues de la grande bourgeoisie, et fait aussi la connaissance de Cesare, un décorateur qui supervise les travaux de son salon. C'est surtout le drame personnel de l'une d'entre elles, Rosetta, amoureuse désespérée du peintre Lorenzo marié à Nene, qui sollicite toute sa sensibilité.

Femmes entre elles est une œuvre assez méconnue de Michelangelo Antonioni mais qui à l’époque marquera une certaine reconnaissance internationale (Lion d'argent à la Mostra de Venise en 1955) après des premiers films simplement salués par la critique italienne. Antonioni adapte ici la nouvelle  Tra donne sole de Cesare Pavese, écrivain dans lequel il se reconnaît par la richesse et la mélancolie de ses personnages féminins. Cependant quand Pavese nouait une forme de tragédie à travers le mal-être de ses héroïnes (en mettant en avant le personnage interprété par Eleonora Rossi Drago dans le film), Antonioni y ajoute un portrait acerbe de de la bourgeoisie turinoise à travers un groupe de femmes. 

Chaque héroïne témoigne dans son cheminement de la société italienne patriarcale d’alors et donc de leurs rapport aux hommes. Clélia (Eleanor Rossi Drago) dans sa volonté d’indépendance se condamne à une forme de solitude en refusant la romance possible avec Carlo (Ettore Manni). Rosetta (Madeleine Fischer) par dépit amoureux envers le peintre marié Lorenzo (Gabriele Ferzetti) cède au suicide tandis que Nene (Valentina Cortese) l’épouse de ce dernier n’ose embrasser ses ambitions artistiques par peur de le perdre. Enfin la volage Momina (Yvonne Furneaux) multiplie les liaisons alors qu’elle vit en ville séparée de son époux. 

Toutes se définissent donc par leur rejet ou soumission aux hommes, mais sans qu’Antonioni cède à la facilité de faire de ces derniers leurs cruels tourmenteurs - la première tentative de suicide de Rosetta intervenant d’ailleurs avant la liaison, par simple désespoir sentimental. Ce sont les codes de cette bourgeoisie qui façonnent ce mal-être, notamment sociaux entre Carlo et Clélia qui se refuse à nouer une romance la ramenant son passé modeste et au simple statut d’épouse. Le cynisme et le détachement sert également à remplir le vide pour Momina dont les encouragements font basculer les plus fragiles Rosetta et Nene, au destin sacrificiel chacune à leur manière. 

Antonioni montre ainsi la communauté d’ami(e)s se constituer et le fossé se creuser dans des rapports peu sincères. Le réalisateur notamment de l’agencement de ses personnages pour l’exprimer, un environnement commun extérieur (la scène de la plage) comme intérieur (la soirée dans l’appartement de Momina) exilant toujours le personnage le plus faible (Rosetta puis Nene) et victime des médisances des autres. Le décor sert aussi cette distance, que ce soit dans son évolution (la maison de haute-couture en travaux autorise le rapprochement entre Clélia et le prolétaire Carlo, mais le même lieu devenu clinquant et luxueux signe leur séparation et différence sociale) ou ses différences (la visite de son ancien quartier turinois qui là encore rapproche Clélia et Carlo, mais ensuite celle d’un magasin de meuble ou le sens pratique de Carlo s’oppose au raffinement de Clélia). 

La bienveillance et la vilénie ordinaire s’entrecroisent dans un quotidien sans but (toutes les femmes sont nanties ou entretenues) fait de soirée mondaines et messes basses interchangeables. Les héroïnes « actives » y sacrifient leurs vies sentimentales ou leur destin professionnels, à cause des hommes mais surtout par le conditionnement de leur milieu bourgeois. Antonioni parvient à se montrer cinglant tout en préservant une émotion sincère qui ne fait jamais prendre de haut ou juger les protagonistes. Une réussite majeure qui précède les classiques plus célébrés à venir. 

Sorti en bluray et dvd zone 2 chez Carlotta 

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