Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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lundi 20 août 2018

Mother! - Darren Aronofsky (2017)


Une jeune femme (Jennifer Lawrence) et son mari (Javier Bardem) mènent une vie paisible dans une maison campagnarde et retirée. Leur existence est bouleversée par l'arrivée chez eux d'un mystérieux couple (Ed Harris et Michelle Pfeiffer).

Le cinéma de Darren Aronofsky pourrait se résumer à la quête d’absolu de ses personnages, qui en voient l’objet se dérober à eux dans des contextes et circonstances toujours plus dramatiques. Cette quête peut être intellectuelle avec la formule mathématique de Pi (1999), le bonheur simple et le rêve américain qui s’évaporent dans les opiacés et la violence (Requiem for a dream (2000) et The Wrestler (2010)), l’accomplissement artistique sacrificiel de Black Swan (2011) et enfin l’intime et la quête mystique/religieuse qui s’entremêlent dans The Fountain (2006) et Noé (2014). Mother! Est une forme de synthèse de tout cela dans une épure cauchemardesque, psychanalytique et très impudique pour Aronofsky.

La force du film est de dédoubler ce motif de quête à travers un couple qui va s’opposer dans ces aspirations. La femme (Jennifer Lawrence) a conçu un véritable cocon isolé avec une maison de campagne retirée pour n’avoir rien que pour elle son époux poète (Javier Bardem) dont cet isolement doit favoriser l’inspiration. Seulement dès la scène d‘ouverture les dissensions à venir se devinent. Jennifer Lawrence se réveille seule dans la maison, son premier et seul réflexe étant de rechercher Javier Bardem parti faire un tour dehors. L’existence de Jennifer Lawrence se résume à cette amour/dévotion (représentée par la maison) à Javier Bardem et la caméra d’Aronofsky agrippée à son point de vue ne laisse rien voir du monde extérieur. 

A l’inverse Bardem étouffe dans cet amour exclusif alors que la création se nourrit du contact et de l’observation de l’autre. Dès lors toute intrusion de cet ailleurs se ressent comme une agression notamment avec l’arrivée d’un inquiétant couple (Ed Harris et Michelle Pfeiffer) qui mettra en lumière les peurs d’abandon de Jennifer Lawrence. Les intrus admirateurs galvanisent l’égo inhérent à l’artiste selon Aronofsky et l’inspiration naît de leurs maux intimes. Le réalisateur associe ainsi Bardem au créateur au sens artistique du terme, mais également au Créateur dans sa dimension religieuse qui se doit d’être idolâtré tout en posant de toute sa hauteur/son génie un regard bienveillant/carnassier sur les tourments des humains qui alimentent son œuvre. 

Le dépit de la muse Jennifer Lawrence de ne pas suffire à son époux se traduit par des hallucinations où la réalité qu’elle a conçue pour son bonheur se disloque, puis par la destruction progressive de l’espace fragile de la maison par les intrus. Aronofsky laisse progressivement grimper la folie, les nerfs à vifs de l’héroïne se conjuguant à la désinvolture des invités investissant les lieux, se montrant grossièrement familier (et bien sûr s’asseyant sans cesse sur ce satané évier). Cette intimité volée s’illustre même par une fissure au plancher qui se mue en plaie ouverte. Aronofsky se dévoile comme rarement avec cette idée de la coexistence conflictuelle entre l’artiste dont les états d’âmes et la quête d’attention dévore tout pour son entourage. La maison devient peu à peu un véritable espace mental où son égo envahi tout à travers des admirateurs de plus en plus hargneux. On retrouve l’analogie religieuse avec un Dieu tout puissant éloigné des amours terrestre par son statut et Javier Bardem excelle à exprimer ce mélange de mégalomanie et de détresse. Aronofsky le film ainsi dans des contre-plongées où il surplombe le décor, des plan d’ensemble où sa silhouette centrée fait face aux foules et isole parfois l’orateur gonflé d’orgueil par l’assistance en adoration. 

La religion tout comme le culte de la personnalité de l’artiste sont  fustigés dans un même élan, s’approprier l’être aimé passant par les mêmes dérives d’amour, de haine et de violence dans la folie pieuse et l’admiration extrême. Les plus attentifs remarqueront d’ailleurs qu’une grande part du récit rejoue en grande partie le livre de la Genèse (le Jardin d’Eden, Caïn et Abel) et plus globalement ce culte devenant violence est typique du Dieu belliqueux et vengeur de l’Ancien Testament déjà questionné par Aronofsky dans Noé – même si l’affiche et un rebondissement majeur nous ramène aussi au Fils de Dieu sacrfié et à la Vierge Marie du Nouveau Testament.  Jennifer Lawrence est la muse indispensable pour poser les conditions de cette inspiration, avant d’être sacrifiée lorsque celle-ci se manifeste. 

L’actrice livre une prestation assez stupéfiante d’abandon physique et mental, le sacrifice se jouant aussi en coulisse puisqu’elle entretint une liaison avec Aronofsky durant le tournage. Les outrages subis par le personnage passent de l’angoisse du Polanski parano de Rosemary’s Baby/Le Locataire/Répulsion à une véritable apocalypse filmique entre folie mystique, guérilla et imagerie infernale grandiloquente. Tel est le destin de la muse une fois son flux d’énergie inspiratrice épuisée, le cycle de la création peut recommencer pour Bardem, déité en attente d’adoration pour façonner son monde. Un objet hors-normes qui en laissera plus d’un sur le carreau, que les friands de subtilités passent leur chemin avec Aronofsky c’est l’ivresse du trip qui importe.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Paramount 

 

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