L’Au-delà est la pièce centrale de la « trilogie de l’enfer » de Lucio Fulci, suivant Frayeurs (1981) et précédant La Maison près du cimetière (1981), même si tout avait vraiment commencé avec l’excellent L’Enfer des zombie (1979) qui réunissait pour la première fois la fine équipe qui accompagnerait le réalisateur dans ces réussites. Capables de proposer le meilleur sur des intrigues bien charpentées (L’Emmurée vivante (1977), Liens d’amour et de sang (1969)), Fulci ne s’épanouit pourtant jamais mieux que quand il s’extirpe de carcans de la narration classique pour ne s’appuyer que sur l’atmosphère teintée de visions infernales. Cela rendait Frayeurs très inégal malgré des fulgurances sidérantes, mais L’Au-delà transformer l’essai sur cette méthode.
L’argument très mince sert de lien entre le terrifiant prologue de 1927 et l’intrigue contemporaine pour définir la nature inquiétante d’un lieu, un hôtel de Louisiane, et la menace qu’il renferme, une des sept portes de l’enfer. Dès ce pont jeté, le récit va aligner les situations macabres sur fond d’ambiances funestes de fin du monde. Schweik, le peintre assassiné durant la scène d’ouverture, semble contenir dans ses tableaux la puissance démoniaque de cette porte de l’enfer. La découverte de son cadavre libère tous les maléfices possibles, et mettent à profit l’inventivité de Fulci pour les mises à mort les plus sanglantes, l’imagerie la plus décadente. Les extérieurs en Louisiane ancrent le récit dans un contexte tangible qui implose durant les scènes d’intérieur filmées en studio en Italie. La photo de Sergio Salvati distille une atmosphère gothique mettant en valeur l’usure des murs, la poussière sur les meubles, et transforme littéralement certaines pièces de l’hôtel en antichambre des enfers comme cette cave aux proportions insoupçonnées. Les figures de style gore (cette obsession de l’énucléation) brillent sur un véritable autel de la putréfaction et de la chair écorchée dans quelques séquences mémorables, comme cet homme au dos brisé par une chute et dévoré par des araignées. C’est pourtant bien quand il bascule vers l’abstraction, lorsque la vision de l’innommable altère le temps et l’espace, que Fulci tutoie les sommets horrifiques lors de la puissante séquence finale.Sorti en bluray français chez Le Chat qui fume




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