Entre les ouvrages, les nombreux making-of trouvés sur les
multiples éditions vidéo de l’ensemble de ses films, on pourrait se demander ce
qu’il y a encore à apprendre sur Lean. Le documentaire de Barnaby Thompson
trouve le ton juste en prenant justement celui cher à David Lean, parler de
l’intime dans un cadre spectaculaire. On part de l’enfance difficile et austère
de Lean, né en 1908, au sein d’une famille Quaker, en développant son complexe
d’infériorité né d’une scolarité médiocre dû à sa dyslexie et du sentiment
d’abandon dû à un père absent qui le rabaisse. Le cadeau d’un appareil par un
oncle révolutionne sa vie, la perspective des images lui confère la science
d’un autre langage que celui des mots. L’amateur de David Lean n’apprendra pas
forcément grand-chose sur les péripéties des tournages épiques de
Le Pont de
la rivière Kwaï,
Lawrence d’Arabie,
Docteur Jivago ou
La Fille de Ryan, mais verra le réalisateur sous un autre jour en comprenant à
quel point chacune de ses œuvres était liée à sa vie intime et plus
particulièrement ses amours tumultueuses.
Ses instincts séducteurs, son besoin de reconnaissance
permanent et la manière cavalière d’effacer compagnes et enfants de sa vie une
fois l’histoire terminée ne le montrent pas toujours sous son meilleur jour. Il
montre sa force dans la tyrannie de général avec laquelle il dirige ses projets
les plus périlleux, et paradoxalement expose sa vulnérabilité dans des récits
miroirs des moments cruciaux de sa vie personnelle :
La Fille de Ryan
correspond à la période où il se mettra en couple avec une femme plus jeune
comme le personnage de Robert Mitchum, l’adultère et l’abandon de foyer de Yuri
dans
Docteur Jivago reflète sa propre fuite discutable du sien et l’Alec
Guiness allant au bout d’un dessein fou et obsessionnel dans
Le Pont de la
rivière Kwaï est incontestablement un double aussi.
C’est passionnant et
riche en extraits de tournages rares, témoignages passés et récents, documents
personnels inédits (les lettre d’amour à sa maîtresse Barbara Cole) mais sans
doute plus discutable sur le choix de certains intervenants – on cherche la
légitimité ou le lien au cinéma de Lean chez Nia Dacosta, Greta Gerwig ou
Céline Song, côtoyant les plus établis Steven Spielberg, Francis Ford Coppola
ou les talents montant comme Brady Corbet. La narration est assurée par Cate
Blanchet (présente lors de la présentation) et Kenneth Branagh qui en toute
modestie se substitue à la voix de Lean.
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