Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

samedi 6 juin 2026

Maverick: The Epic Adventure of David Lean - Barnaby Thompson (2026)

 Entre les ouvrages, les nombreux making-of trouvés sur les multiples éditions vidéo de l’ensemble de ses films, on pourrait se demander ce qu’il y a encore à apprendre sur Lean. Le documentaire de Barnaby Thompson trouve le ton juste en prenant justement celui cher à David Lean, parler de l’intime dans un cadre spectaculaire. On part de l’enfance difficile et austère de Lean, né en 1908, au sein d’une famille Quaker, en développant son complexe d’infériorité né d’une scolarité médiocre dû à sa dyslexie et du sentiment d’abandon dû à un père absent qui le rabaisse. Le cadeau d’un appareil par un oncle révolutionne sa vie, la perspective des images lui confère la science d’un autre langage que celui des mots. L’amateur de David Lean n’apprendra pas forcément grand-chose sur les péripéties des tournages épiques de Le Pont de la rivière Kwaï, Lawrence d’Arabie, Docteur Jivago ou La Fille de Ryan, mais verra le réalisateur sous un autre jour en comprenant à quel point chacune de ses œuvres était liée à sa vie intime et plus particulièrement ses amours tumultueuses.

Ses instincts séducteurs, son besoin de reconnaissance permanent et la manière cavalière d’effacer compagnes et enfants de sa vie une fois l’histoire terminée ne le montrent pas toujours sous son meilleur jour. Il montre sa force dans la tyrannie de général avec laquelle il dirige ses projets les plus périlleux, et paradoxalement expose sa vulnérabilité dans des récits miroirs des moments cruciaux de sa vie personnelle : La Fille de Ryan correspond à la période où il se mettra en couple avec une femme plus jeune comme le personnage de Robert Mitchum, l’adultère et l’abandon de foyer de Yuri dans Docteur Jivago reflète sa propre fuite discutable du sien et l’Alec Guiness allant au bout d’un dessein fou et obsessionnel dans Le Pont de la rivière Kwaï est incontestablement un double aussi. 

C’est passionnant et riche en extraits de tournages rares, témoignages passés et récents, documents personnels inédits (les lettre d’amour à sa maîtresse Barbara Cole) mais sans doute plus discutable sur le choix de certains intervenants – on cherche la légitimité ou le lien au cinéma de Lean chez Nia Dacosta, Greta Gerwig ou Céline Song, côtoyant les plus établis Steven Spielberg, Francis Ford Coppola ou les talents montant comme Brady Corbet. La narration est assurée par Cate Blanchet (présente lors de la présentation) et Kenneth Branagh qui en toute modestie se substitue à la voix de Lean.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire