Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 12 juillet 2013

D'amour et de sang - Fatto di sangue fra due uomini per causa di una vedova (si sospettano moventi politic), Lina Wertmüller (1978)


 A l'aube de la seconde guerre mondiale, Titina, jeune femme sicilienne, perd son mari, assassiné par la mafia. Obsédée par d'éventuelles représailles, elle rencontre Spallone, de retour en Sicile après dix ans d'absence. Ce dernier s'éprend instantanément de la belle veuve qui ne résiste pas longtemps à ses avances. Dans le même temps, Nick, petit escroc revenu venger la mort de son cousin, tombe également sous le charme de Titina. Amour, jalousie et désir de vengeance, un cocktail qui va vite devenir explosif...

Lina Wertmüller croise à nouveau romanesque et politique avec ce grand mélodrame où elle orchestre la rencontre entre le couple mythique Marcello Mastroianni/Sophia Loren et Giancarlo Giannini, star de la génération suivante qui lui doit une grande part de son ascension. L'intrigue se déroule à une période charnière de l'Italie, quelques mois avant l'arrivée de Mussolini au pouvoir et sur la terre de toutes les passions et les extrêmes, la Sicile. Ce cadre sera le théâtre en miniature du destin qui attend le pays avec l'intimidation, la corruption et le machisme régnant en maître et brisant le destin de trois personnages anachroniques.

Titina (Sophia Loren) est une jeune veuve dont le mari a été tué par le tyran local pour avoir mené une grève de pêcheur. Vindicative et menaçant de se venger du meurtrier, elle est une anomalie parmi la communauté sicilienne soumise et obéissant à la loi du silence. Il en va de même pour Spallone (Marcello Mastroianni), activiste de gauche de retour au pays et dont la délicatesse sied mal à cet environnement. Enfin, Nick (Giancarlo Giannini) cousin du défunt exilé aux Etats-Unis et lui aussi à contre-courant par sa flamboyance et ses attitudes provocatrices dont une tonitruante première apparition en voiture jaune dénote dans ce très austère village sicilien.

Dans la trilogie que formait Mimi métallo blessé dans son honneur (1972), Film d'Amour et d'anarchie (1973) et Chacun à son poste et rien ne va (1974), les grands idéaux et les aspirations nobles des personnages finissaient au bout du compte par montrer leur vacuité. L'ouvrier valeureux de Mimi ressemblait dangereusement au oppresseurs qu'il dénonçait une fois arrivé au sommet, l'amoureux transi et terroriste en herbe de Film d'amour et d'anarchie servait plus sa gloire que la cause et la vie en communauté de Chacun à son poste et rien ne va révélait finalement l'individualisme et la corruption progressive du groupe de personnages. 

Lina Wertmüller semble au départ procéder de même ici : la veuve indomptable Titina cède finalement assez vite à la séduction de Spallone dont l'altruisme est un prétexte à sa libido affolée par les formes de Sophia Loren et tout le mystère dégagé par Giancarlo Giannini ne sert pas comme attendu une vengeance mais aussi une passion secrète pour Titina. La grande différence avec les autres films étant que lorsque les protagonistes se détachaient de leurs "rôles" c'étaient pour céder à des bassesses du commun dénonçant leur médiocrité.

C'est tout l'inverse ici où notre trio part au contraire d'un cliché (la veuve sicilienne, l'activiste de gauche abscons, "l'américain" vantard) pour finalement révéler un libre arbitre s'affirmant dans ce beau triangle amoureux. Cette romance leur sert à apprendre de leurs erreurs, Lina Wertmüller revisitant de manière différente des situations de ces précédents films. 

Ainsi le machisme sous-jacent des personnages masculins se révélaient dans des éprouvantes scènes de violence allant jusqu'au viol, dans D'Amour et de sang toute situation suggérant un tel basculement est désamorcée, notamment avec un excellent Giancarlo Giannini s'arrêtant avant de commettre l'irréparable ayant compris son erreur ou plus tard acceptant finalement dignement la liaison de Sophia Loren et Mastroianni. C'est un peu comme si entre-temps Lina Wertmüller avait abandonné son pessimisme pour croire en l'humain et à sa possible et réelle bonté d'âme.

C'est un espoir qui ne peut malheureusement qu'être isolé alors que les chemises noires envahissent bientôt le pays, cette singularité marginalisant nos héros et en faisant des victimes idéales du système. Le surgissement du camion chargé de fascistes dans le cadre naturel somptueux jette comme un voile de désespoir qui ne se démentira plus jusqu'au bout, les personnages secondaires et l'environnement du village est quasi abstrait (témoignant de l'uniformisation de pensée et de la peur de la population, symbolisée dès l'ouverture où Sophia Loren hurle seule sa rage dans les rues) pour placer le trio comme seul êtres vivants, seuls électrons libre face à la pensée unique. Contrairement à d'autres de ces films, Lina Wertmüller ne politise pas à outrance son propos pour n'affirmer l'opposition de Titina, Spallone et Nick que dans leurs amours libres. 

Tous trois sont magnifiquement contrasté et attachant dans leur contradiction (Titina ardente alors qu'elle se voudrait détachée, Spallone passe pour l'activiste parleur avant de révéler un vrai héroïsme et Nick le meurtrier fait office de sauveur) alors que le fascisme naissant est tout d'un bloc. Les trois acteurs sont au somment de leur art mais on saluera tout particulièrement une Sophia Loren magnifique, acceptant sa quarantaine entamée avec la même grâce que dans Une Journée Particulière (1977) et dégageant une sensualité de tous les instants (ce beau moment où elle se baigne sous le regard de Giannini). 

Lina Wertmüller les capture dans une mise en scène inspirée alternant le grandiose (les extérieurs siciliens sont somptueux et quelle photo de Tonino Delli Colli) et l'intime avec finalement pour l'essentiel une intrigue se déroulant dans la cabane austère de Sophia Loren. Quand le monde extérieur ose enfin se révéler c'est pour happer définitivement nos héros dans un tragique final qui les laissera pourtant plus unis que jamais. 


Sorti en dvd zone 2 français chez PVB, édition épuisée et assez dure à trouver et à laquelle il manque la VO italienne mais Sophia Loren et Giancarlo Giannini se doublent eux-même sur la version anglaise. Pour ceux maîtrisant la langue plutôt tenter l'édition italienne par contre.
 

2 commentaires:

  1. Merci pour ta critique! A cause de toi, mon été DVD sera italien et asiatique!!! Pleins de bons films que tu nous fais découvrir!!! Je reviens de la projo de "Plein Soleil", je veux absolument ton avis là-dessus! As-tu vu le nouveau Winterbottom "Look of Love" avec Steve Coogan? Je l'ai vu lundi!

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  2. Hé hé c'est vrai que je suis dans une bonne période italienne en ce moment et que généralement il y a matière sur le blog. En tout cas très belle découverte récente que Lina Wertmüller dommage qu'on trouve si peu de ses films en France.

    J'aime beaucoup "Plein Soleil" mais pas revu depuis un bail je vais profiter de la ressortie pour me rafraîchir la mémoire et poster un avis par ici oui. Pas encore vu le Winterbottom non j'ai intérêt à me dépêcher avant qu'il saute. J'imagine que Steve Coogan doit être énorme !

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