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samedi 27 juillet 2013

La Pelote basque : la peau contre la pierre - La pelota vasca. La piel contra la piedra, Julio Medem (2003)


Ce documentaire sur le conflit basque a pour objectif d'inviter les parties au dialogue, un dialogue politique nécessaire qui actuellement est totalement bloqué. L'idée de départ est que, très probablement, personne n'est détenteur de la vérité absolue, mais que celle-ci, à part de n'être définie qu'en des termes relatifs, se trouve fractionnée et diversifiée dans chacun des interviewés.
Il s'agit de permettre à chacun de donner, dans le respect, son point de vue et ses sentiments, avec la conviction saine que chacun est détenteur au moins d'une vérité partiale.


La pelota vasca. La piel contra la piedra est un film particulier dans l'œuvre de Julio Medem puisqu'il s'agit d'un documentaire et que le cinéaste y revient sur le conflit agitant de longue date son Pays Basque natal. Medem n'avait abordé directement le sujet que dans son inaugural Vacas (1991) mais un des thèmes du film (la terre d'origine et ses traditions à la fois bienfait culturel et objet de fermeture et d'obscurantisme) parcoure toute sa filmographie sans forcément évoquer directement le Pays Basque (L'écureuil Rouge et Tierra notamment) et est donc forcément au cœur de ce documentaire.

Le but de Medem est de réunir différents acteurs du conflit, exprimer les différentes opinions et divergences mais sans forcément les confronter pour au contraire montrer la vérité contenue dans chaque voies. Chaque voix devrait on plutôt dire puisque en voulant s'opposer au souverainisme (recherché par le Pays Basque) et à l'unité (volonté du gouvernement espagnol) qui guide le conflit, Medem adopte une forme polyphonique où l'on sera perdu parmi les nombreux intervenants (près de 70 mêlant politique, écrivain, philosophe, militant comme victime de l'ETA) avant d'isoler l'opinion de chacun.

Une affirmation et son contraire s'enchaîneront donc constamment, notamment au début où Medem essaie d'établir historiquement ce qui constitue l'identité basque. Le mythe et la réalité historique s'entremêlent pour illustrer l'enracinement basque dans l'histoire espagnole et celle de la région, le fantasme d'un pouvoir basque établi depuis cinq siècles pour les locaux se voyant contredit par les opposants selon lesquels une vraie gouvernance autonome n'a pas existé plus de trente ans. C'est un mouvement qui opérera durant tout le documentaire, Medem glissant quelques précieuses informations qui entretienne cette confusion plus qu'elle ne la clarifie comme l'origine du vrai mouvement nationaliste basque né à la fin du XIXe dans une volonté identitaire alors que la région en plein essor économique attirait divers étrangers.

De même le réalisateur évoque la reconnaissance du mouvement basque par Franco dans le but de l'éradiquer violemment tandis que plus tard à la mort du dictateur le gouvernement démocratique privilégiant l'identité nationale refusera toujours cette réelle existence de l'Euskadi (terme désignant la communauté autonome basque et française) et provoquant les actions les plus violentes de l'ETA (un chiffre alarmant nous informant que plus de gradé sont morts durant la période d'action intensive de l'ETA que lors des deux dernières guerres...).

Les témoignages de victimes d'attentat se mêlent donc à ceux de nationalistes "pacifistes" ayant subis les tortures de la police politique, sous Franco comme lors du gouvernement qui lui succéda (le film ayant quand même fait polémique en Espagne pour une supposée complaisance envers les terroristes). Par cette option Medem renvoie constamment chaque partie dos à dos et face à ses propres erreurs, la vérité se situant entre les deux. Même si le néophyte de l'histoire espagnole contemporaine sera perdu entre les noms des différentes entités et mouvements politiques le réalisateur parvient à nous donner un spectre global de la situation assez limpide.

Malgré le sujet se prêtant moins à ses envolées habituelles, la patte de Medem est omniprésente dans la forme. Des inserts de pelote basque sont omniprésents comme pour montrer les protagonistes aux idées divergentes se renvoyer la balle. Les intervenants pour la plupart sont interrogés hors de lors quotidien, Medem les fondant dans un paysages basque (bois, champs, montagnes, falaises) autant pour montrer la diversité géographique de la région que pour symboliquement signifier que c'est à eux de faire l'effort, de se déplacer et faire valoir leur volonté de discussion.

Le montage si particulier de Medem mêlant poésie, métaphore et vraies informations est également présent entre vue aériennes du Pays Basque, image d'archives et extraits de film (le Around The World with Orson Welles côtoyant son propre Vacas notamment) qui poursuivent ainsi par la seule image cette idée de polyphonie des idées et des approches. Le tout est entrecoupé et accompagné de chansons de l'artiste basque Mikel Laboa dont la mélancolie donne un souffle fascinant aux visions de Medem.

L'épilogue essaie par les attentes et espérances de chacun d'envisager des solutions de paix en faisant notamment intervenir des personnalité étrangère au conflit mais en ayant connu d'autres tout aussi violent (dont un prêtre médiateur durant les moments sombres de l'Irlande du Nord) mais malgré le volonté de conclure sur une note optimiste de Medem la situation semble tout de même assez inextricable (l'Espagne attendant le démantèlement de l'ETA pour écouter les demandes des nationalistes qui même pacifistes perdent finalement un moyen de pression tout en se débarrassant d'une épine du pied) au moment de la sortie du film. Captivant et suffisamment pédagogique pour intéresser un non connaisseur à cette situation, tout en gardant la touche si particulière de Medem, une réussite.

Sorti en dvd zone 2 espagnol et doté de sous-titres français

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