Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 11 décembre 2020

Les Nuits de la pleine lune - Eric Rohmer (1984)

Louise, qui vit en couple avec Rémi, décide de reprendre son studio parisien afin de pouvoir profiter pleinement de ses sorties nocturnes et avoir un pied à terre dans le centre-ville. Son compagnon voit ce choix d'un mauvais œil, persuadé que Louise tente par ce moyen de le fuir. Accompagnée d'Octave, un ami qui éprouve pour elle des sentiments ambivalents, elle fera l'expérience de ce mode de vie et en éprouvera les conséquences.

Les Nuits de la pleine lune est le quatrième film du cycle Comédies et Proverbes d’Éric Rohmer. Comme L’amie de mon amie (1987) à venir, le proverbe supposé être l’inspiration du film est une totale invention avec ce Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd sa raison ». Le proverbe (prétendument champenois) a en tout cas le mérite de définir les enjeux à la fois sentimentaux et géographiques du film. Louise (Pascale Ogier) est une jeune femme se sentant déchirée entre la vie nocturne festive parisienne à laquelle elle aspire et celle plus rangée du couple qu’elle forme avec Rémi (Tchéky Karyo) dans une nouvelle ville de banlieue. 

Chaque composant de ces lieux constitue des négatifs qui s’opposent. A la frénésie des soirées parisienne surpeuplée répond l’ennui et le calme de l’appartement qu’elle partage avec Rémi. La vie urbaine grouillante et les bâtiments chargés d’histoire trouvent leur inverse avec l’épure des immeubles modernes et les ruelles de la banlieue. Cela s’applique aussi aux relations de Louise, la frivolité toute parisienne de l’ami Octave (Fabrice Luchini) s’opposant à l’austérité terre à terre de Rémi. C’est paradoxalement dans la « ville nouvelle » (Rohmer consacrera plusieurs documentaires télévisés à ces villes émergentes) que Louise est aspirée par une existence conventionnelle quand la vieille Lutèce abrite les « jeunes gens modernes » dont Pascale Ogier était l’icône. 

Louise, en ne sachant que choisir, ne s’épanouit ni dans une vie de couple qu’elle fuit, ni dans l’hédonisme dont elle ne profitera finalement pas tant que cela. Rohmer s’attache finalement plus aux atermoiements solitaires de notre héroïne dans son studio parisien, ses appels sans succès pour trouver des partenaires de soirées. Initiée par Pascale Ogier, Rohmer offre néanmoins une photographie de la jeunesse « növo » à travers les lieux, tenues vestimentaires et la musique (la bande originale est signée  Elli & Jacno) mais aussi un portrait en creux de son actrice en multipliant les réminiscences entre elle et son personnage. Pascale Ogier fut ainsi au cœur d’un triangle amoureux entre Jim Jarmusch et le décorateur Benjamin Baltimore, son personnage est décoratrice alors que justement Rohmer lui fit choisir ses tenues vestimentaire et les accessoires de son environnement ce qui entérine son image fashion moderne d’alors. Le film fonctionnement donc avant tout dans cette notion de capsule temporelle, ce qui en fera un des plus grands succès commerciaux de Rohmer avec près de six cent mille spectateurs en salle.

Dans le cycle des Contes Moraux (La Boulangère de Monceau (1962), La Carrière de Suzanne (1963), La Collectionneuse (1967), Ma nuit chezMaud (1969), Le Genou de Claire (1970) et L’Amour l’après-midi (1972), les films forment souvent une boucle où l’ivresse de la tentation est plus palpitante que sa réalisation qui n’aura jamais lieu, et ramène le personnage au point de départ. La construction est la même ici mais sans le souffle romanesque et littéraire. La frustration si rattachée à la littérature du XIXe siècle n’a pas court ici et c’est après la transgression que Louise comprend sa solitude et sait où elle veut être mais il est trop tard. La conclusion amère ne sanctionne pas cette transgression, Rohmer ne se montre pas (totalement) moralisateur mais observe les conséquences d’une indécision. L’impasse amoureuse se conjugue à celle topographique, comme le promettait le « proverbe ». Après cette errance sophistiquée sans doute trop dans l’ère du temps, Rohmer conclura le cycle dans la magnifique et poétique épure de Le Rayon vert (1986). 


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