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mercredi 23 décembre 2020

Mobile Suit Gundam III: Encounters In Space - Kidô Senshi Gundam III: Meguriai Sorahen, Yoshiyuki Tomino (1982)

0079 du Calendrier Universel. Le White Base repart pour l'espace afin de participer à la campagne orchestrée par les Forces Fédérales et qui devra mettre un terme au conflit. Toujours poursuivi par Char Aznable, le vaisseau de nos héros devra déjouer pièges et embuscades afin de connaître le répit, avant de participer aux deux grandes batailles qui scelleront le destin du monde. Par de-là les combats surgira une révélation, celui des New-Types : simples anomalies génétiques ou éveil d'une nouvelle espèce ?

Ce troisième film conclut la première saga Gundam en apothéose après Mobile Suit Gundam (1981) et Mobile Suit Gundam :Soldiers of Sorrow (1981). On se souvient que la série tv originelle avait vu faute de succès sa diffusion écourtée à 43 épisodes sur les 52 prévus, et donc connue un conclusion précipitée. Ce dernier film comme les précédent est en grande partie un montage des épisodes de la série, mais c’est celui qui bénéficie du plus d’ajouts et de modifications pour justement bénéficier d’un développement et de la fin ambitieuse envisagée par Yoshiyuki Tomino. Le premier point à profiter de cet aspect est le rythme du film, qui ne donne plus cette impression « rushée » des deux premiers volets où les batailles s’enchaînaient sans respiration. 

Nous avions laissé l’équipage du White Base de retour dans l’espace après les rudes épreuves rencontrées sur terre. Servant toujours de leurre à la Fédération terrienne, il subit de multiples assauts des troupes du Duché de Zéon. On constate le chemin parcouru entre les «bleus » du premier film et désormais vaisseau rompu aux nombreuses joutes guerrières. Le héros Amuro et son Gundam inspirent désormais la même terreur aux troupes adverses que le fit pour lui son meilleur ennemi, Char Aznable. Alors que les motifs de cette guerre restaient nébuleux dans les deux premiers volets, ils sont enfin développés ici et s’inscrivent dans les questionnements humanistes de Tomino. La Fédération terrienne est une démocratie qui s’avère corrompue (et dont les hautes sphères restent invisibles signes d’un mal insaisissable) auquel s’oppose la colonie spatiale du Duché de Zéon réclamant son indépendance mais dont les bonnes intentions initiales ont dérivées vers un régime totalitaire. Le scénario ramène ces enjeux monumentaux à l’intime de ses personnages. Ainsi dans les deux camps les « newtypes », ces humains ayant développés de nouvelles facultés en grandissant dans l’espace, constituent un des grands enjeux du conflit. 

Ce sont des instruments de guerre qui les mèneront à la victoire pour la Fédération terrienne, et la justification même de la guerre pour Zéon qui dans un principe eugéniste veut en faire la race humaine dominante. Chaque personnage subit les conséquences de cet échiquier politique. Après avoir intimidé sa mère par ses instincts soldats dans le premier film, Amuro se confronte à la froideur de son scientifique de père qui ne voit en lui que l’image de sa réussite d’avoir à la fois conçu l’arme parfaite avec le Gundam, et le pilote idéal à travers son fils. Le froid réalisme guerrier des précédents volets s’orne cette fois d’un mysticisme et onirisme fascinant lorsqu’Amuro va se confronter et tomber amoureux de l’arme ultime de Zéon, la « newtype » Lalah. Ses pouvoirs psychiques lui confèrent une prescience anticipant les manœuvres adverses, et une capacité de destruction spectaculaire. Comme Amuro la jeune fille est manipulée (mais sans avoir trouvé comme lui une famille de substitution avec son équipage) et la manifestation très poétique de ses pouvoirs est imprégnée de son innocence, tout en semant massivement la mort. Lorsque son esprit rencontre celui d’Amuro en pleine joute spatiale, tous deux se reconnaissent dans leurs maux et espérances mais il est déjà trop tard. 

Cette dualité court dans toute la saga Gundam où les vrais méchants sont rares, et où chacun est le bras armé d’un régime, le fruit de souffrances imposées par les puissants. On retrouve donc ici des scènes où les personnages se croisent et sympathisent hors du champ de bataille tant que l’identité (et le camp) de l’autre est inconnu, et cet autre devient un ennemi mortel par la seule injonction supérieure d’enjeux qui nous dépasse. Ce sera le cas entre Amuro, Char Aznable et Lalah sur une planète neutre. Le passé de Char Aznable et ses desseins véritables, ainsi que sa relation avec sa sœur Sayla, donne une perspective toute différente à ses actes pour en faire une figure d’autant plus fascinante et tragique – ce passé qui donnera lieu à un préquel très célébrée par la suite. Même le traitement de la famille militaire dirigeant Zéon donne lieu à une pure tragédie Shakespearienne alors que le premier film amorçait un traitement plus manichéen. 

Ainsi ornées d’enjeux émotionnels bien plus intenses, les batailles spatiales sont absolument monumentales. Tomino démultiplie les armadas de vaisseaux, les Mobile Suit, et les plonge dans une apocalypse de collisions, d’explosion et de manœuvres spectaculaires. Ce gigantisme est toujours contrebalancé par une violence crue et des pertes amères (une romance un peu sacrifiée par le montage parvient quand même à émouvoir lorsqu’est brutalement interrompue), l’enjeu étant d’enfin mettre les facultés « newtype » au service d’actes plus nobles. L’ultime affrontement entre Amuro et Char sera alors idéologique et non plus guidé par les volontés des puissants. C’est vraiment le plus captivant et impressionnant des trois films, conjuguant brillamment enjeux géopolitiques (où les parallèles avec l’histoire du Japon ou même les deux guerres mondiales se font aisément), intimes et philosophiques entrevus précédemment. Une très belle saga SF dans l’ensemble et parfaite porte d’entrée au foisonnant univers Gundam.

La trilogie est sortie en bluray français chez @anime

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