Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 29 décembre 2020

Last Letter - Shunji Iwai (2020)

Misaki vient de mourir. Lors des funérailles, sa sœur Yuri revoit pour la première fois depuis longtemps sa nièce Ayumi, la fille de Misaki qui a du mal à accepter le décès de sa mère. Par la suite Yuri se rend à une réunion d'anciens élèves du lycée, comptant profiter de l'occasion pour annoncer aux ex-camarades de classe de sa sœur que cette dernière est décédée. Cependant, avant même qu'elle puisse transmettre la triste nouvelle, tout le monde la confond avec sa sœur et elle n'ose plus dire la vérité. Par ailleurs, elle recroise ce jour-là Otosaka Kyoshiro, dont elle était amoureuse plus jeune tandis que lui éprouvait des sentiments pour Misaki.

Last Letter voit Shunji Iwai renouer avec la veine romantique et mélancolique de ses premiers films. Le postulat (et bien sûr le titre) est une réminiscence de son superbe Love Letter (1995) tandis que l'on retrouve au casting Takako Matsu, l'inoubliable étudiante du merveilleux April Story (1998). Last Letter constitue vraiment une variation sur le même thème pour Shunji Iwai, ce que renforce le fait qu'il s'agisse du remake d'un film dont il signa une première version en Chine. Le film est donc une sorte de remake officieux de Love Letter, un de ses classiques, tout en étant celui officiel d'une production plus récente d'Iwai, et cet écho passé/présent s'inscrit tout à fait dans la démarche du récit.

Tout comme dans Love Letter, un quiproquo entraîne une relation épistolaire inattendue entre différents personnages reliés par un être disparu. Yuri (Takako Matsu) vient de perdre sa sœur Misaki et assiste à ses funérailles en compagnie de sa nièce Ayumi (Suzu Hirose) dans sa ville natale. Découvrant une invitation à une réunion d'ancien élève adressée à sa sœur, Yuri s'y rend et est prise pour elle, notamment par Kyoshiro (Ryûnosuke Kamiki) ancien amoureux éperdu de Misaki au lycée. Un concours de circonstance les oblige à ne pouvoir communiquer que par lettre, situation à laquelle s'ajoute un second quiproquo quand Kyoshiro écrivant à l'ancienne adresse va échanger avec Ayumi restée chez ses grands-parents et qui intriguée va également se faire passer pour sa mère par lettre. 

Ces échanges révèlent ainsi la nature d'un deuil à surmonter pour des raisons très différentes chez chacun des personnages. Yuri regrette de ne pas avoir sut voir la souffrance d'une sœur aînée qui lui a toujours fait de l'ombre, belle, charismatique et admirée de tous au lycée. Kyoshiro ne s'est jamais remis d'avoir été éconduit par Misaki, et lui à dédié un roman à succès mais n'a plus jamais retrouvé l'inspiration pour en écrire d'autres. Enfin Ayumi se sent coupable que par convention, la vraie raison de la mort de sa mère (un suicide) ait été arrangée en maladie pour la famille.

Love Letter, montrait des personnages miroir trop écorchés ou au contraire indifférents face à la perte. C'était, dans la veine de récit d'apprentissage typique d'Iwai, des jeunes femmes (toutes deux jouées par Miho Nakayama qui fait d'ailleurs une apparition ici) devant apprendre à contenir ou laisser s'exprimer leurs émotions. Les épreuves et déceptions du temps du lycée étaient encore fraîches et les héroïnes avaient toute une vie devant elles pour les surmonter et se reconstruire. Last Letter est le film où ces maux nous aurons poursuivis jusqu'à l'âge mûr sans que l'on ait pu se remettre.

Iwai glisse subtilement les failles de ses personnages, comme le complexe de Yuri face à sa sœur qui se ravive lors de la scène de réunion des anciens élèves. Prise pour Misaki, Yuri est poussée à faire un discours qu'elle va laborieusement improviser. Le charisme de son aîné disparue lui sera renvoyé à la figure lorsqu'un enregistrement du discours de remise de diplôme de Misaki, pleine d'éloquence, sera lancé. Le présent terre à terre nous ramène à nos manques quand le passé est magnifié et idéalisé. 

Kyoshiro remonte les étapes de la vie adulte de Misaki qui l'ont conduite au suicide, tout en se souvenant de cette merveilleuse période du lycée ou il l'aimait à distance. Shunji Iwai renoue dans les flashbacks adolescents avec l'esthétique stylisée et éthérée qui a fait sa gloire dans Love Letter et April Story, à travers une photo diaphane et une atmosphère cotonneuse et en apesanteur. Nous ne sommes pourtant pas dans la redite, la photo de Noboru Shinoda qui exacerbait et magnifiait les saisons (l'hiver pour Love Letter, le printemps dans April Story) s'orne d'une patine numérique, réaliste et tout en mouvement qui correspond aux travaux plus récents d'Iwai avec le directeur photo Chigi Kanbe (Hana et Alice mènent l'enquête (2015), A Bride for Rip Van Winkle (2016)). L'usage du drone notamment fonctionne à la fois comme une prise de hauteur omnisciente et poétique, ou à l'inverse pour suivre les méandres d'un esprit torturé (le mouvement de caméra quand Kyoshiro rend visite à l'ancien époux violent de Misaki). 

On retrouve le motif du double pour signifier le renouveau avec les actrices jouant Yuri et Misaki adolescentes (Suzu Hirose et Nana Mori) dans les flashbacks qui incarnent leurs filles dans le présent. Cet élément embellit le passé même dans ces versants douloureux (la déclaration d'amour non réciproque de Yuri) et est un synonyme de renouveau dans le présent comme la superbe scène onirique ou Kyoshiro croit rêver en croisant les sosies/réincarnation de ses camarades de lycée. La rédemption des personnages fonctionne par cet effet de redite, explicite ou plus subtil (la fille de Yuri hésitante à se déclarer à un garçon comme sa mère autrefois) mais avec toujours comme moteur cette matière épistolaire et littéraire. 

Tout cela est en tout cas une manière pour Iwai d'enrichir et d'aborder ces thèmes de prédilection avec le recul de l'adulte qui a vécu, et comme toujours la candeur adolescente pleine d'espérance. Les initiés savoureront même la petite touche référentielle avec Hideaki Anno (célèbre créateur d'Evangelion t fondateur du studio Gainax) dans un petit rôle de mari mangaka (et dont les dessins sont en fait ceux de Kenji Tsuruta dont l'univers et les héroïnes répondent bien à celui d'Iwai).


 Sorti en bluray et dvd japonais

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