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mercredi 14 novembre 2018

Le Genou de Claire - Eric Rohmer (1970)


Jérôme, trente-cinq ans, attaché d'ambassade, se rend près d'Annecy pour vendre la propriété familiale. Il y retrouve une ancienne amie, Aurora, romancière qui lui présente son hôtesse, Mme Walter, dont la fille Laura est une jeune lycéenne de seize ans. Après son départ Laura clame qu'elle est amoureuse de Jérôme, mais ce dernier va se laisser séduire par son amie Claire, dont il admire les genoux.

Le Genou de Claire est  le cinquième volet du cycle des Six contes moraux d’Éric Rohmer. Comme les autres volets celui-ci est une variante du postulat d’un homme rangé ou s’apprêtant à l’être confronté à une tentation amoureuse menaçant l’équilibre de sa situation. Le Genou de Claire se caractérise par la distance que place ici Jérôme (Jean-Claude Brialy) face au réel émoi amoureux qu’il ressent. Momentanément de retour dans la région et villégiature de son enfance, Jérôme, attaché d’ambassade en Suède, y recroise le chemin d’Aurora (Aurora Cornu) ancienne amie perdue de vue. Cette distance de ses sentiments, Jérôme la crée d’abord par l’intermède e l’imagination d’Aurora qui est romancière. La famille qui héberge Aurora comprend la jeune Laura (Béatrice Romand), lycéenne supposément amoureuse de Jérôme. Pour le plaisir de l’observation et nourrir son inspiration, Aurora encourage donc le rapprochement tandis que Jérôme faussement réticent se prend au jeu.

Le mélange de maturité et de candeur de la jeune fille, la séduction ayant encore un pied dans l’enfance, donne une tonalité ambiguë à la relation mais où se devine toujours cette distance « jouée ». Jérôme s’amuse de son rôle de mentor/séducteur dans des situations artificiellement amenée (car souvent provoquée par Aurora), où le rapprochement est plus une expérience qu’un désir (un baiser qui n’ira pas plus loin) et dont la sincérité est empêchée par l’ironie de l’adulte comme par l’inconséquence naturelle de l’adolescente (qui s’amourache d’un garçon de son âge joué par un tout jeune Fabrice Luchini). Éric Rohmer façonne formellement un écrin romantique (magnifique paysage du lac et montagne d’Annecy) dont les situations (la ballade en montagne) forment un contrepoint à une relation amoureuse qui ne se révèle jamais vraiment, au point que la méfiance possible de la mère n’est jamais évoquée (et est même source d’un dialogue ironique où elle exprime son absence de crainte).

A mi-parcours la comédie va pourtant se rejouer avec l’apparition de Claire (Laurence de Monaghan), « sœur » de Laura. La jeune fille impose une présence à la fois plus sensuelle et désirable tout en entretenant une forme de mystère et de « distance » qui trouble Jérôme, n’intellectualisant plus une possible attirance mais en ressentant une bien réelle. La bascule se fait quand il avoue ce désir à Aurora plutôt qu’elle lui suggère comme dans la première partie. L’attrait physique forcé et aussitôt éteint avec le baiser à Laura devient ici tangible à travers l’observation lointaine de Claire. Rohmer la met magnifiquement en valeur dans des moments où se conjuguent toujours la séduction qu’elle dégage et des activités plus triviales la ramenant à son âge (la cueillette, la partie de volley-ball). Tout cela se concentre alors sur son genou que rêve de toucher Jérôme. C’est une partie du corps promesse de volupté adulte pour peu qu’on laisse remonter sa main le long des cuisses, ou figeant encore dans l’enfance puisque c’est celle qu’on s’écorche le plus facilement en culottes courtes.

Claire dégage cette ambiguïté aux yeux de Jérôme qui au moment fatidique, n’aura pas l’audace de rendre cette caresse du genou plus insistante. Après être tombé malgré lui dans tous les travers du jeune amoureux maladroit, Jérôme donne par « procuration » sa première déconvenue amoureuse à Claire et retrouve par là même son recul initial. Ceux qui se refusent aux élans amoureux sont rattrapés (la célibataire endurcie Aurora) par la réalité, ceux qui s’en amusent par la réalité (Jérôme) tandis qu’à l’image de la scène finale (qui annonce les atmosphères de Contes d’été (1996)) la langueur de l’éphémère reste la plus belle des parenthèses enchantées. L’arrivée en barque où Jérôme passe sous le pont aura signalé l’entrée dans ce monde où une jambe nue nous trouble au plus profond, et le contact physique (et du coup l’approche trop dangereuse du rêve confronté au réel) nous en sort.

 Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Potemkine

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