Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!
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Cécile, 18 ans, vit à Paris avec son père Raymond, un richissime et séduisant veuf quadragénaire, qui ne lui impose aucune contrainte, même pas celle de ses études. À l’exemple de son père, la vie de Cécile ne semble être que futilités : suites de sorties en boîtes avec flirts successifs. C’est parce que quelque chose s’est brisé en elle durant leurs dernières vacances sur la Côte d’Azur. Depuis lors, Cécile connaît la tristesse et elle se souvient… En compagnie de son père et de sa petite amie du moment, la jeune Elsa, ils s'étaient installés pour passer l’été dans une superbe villa entourée de pinèdes et donnant sur la mer. Leur séjour s’annonçait lumineux et gai, à l’image de la blonde et joyeuse Elsa, farniente alternant avec dîners à Saint-Tropez ou soirées à Monte-Carlo. Et ce, jusqu’à l’arrivée d’Anne Larson, créatrice de haute couture et maîtresse femme, autrefois amie de la mère de Cécile et que Raymond ne se souvenait plus avoir invité...
4 ans à peine après la sortie et le succès du premier roman de Françoise Sagan (écrit alors qu'elle avait tout juste 18 ans), Otto Preminger s'attaquait à son adaptation prestigieuse (casting haut de gamme, costume signé Givenchy...). Un des sentiments qui s'emparait du lecteur dès les premières pages du livre, c'était une profonde nostalgie mêlée de culpabilité qui se dévoilait à travers le mélancolique récit à la première personne. Très fidèle au roman (à quelques broutilles près comme le prénom du personnage de Cyril qui devient Philippe plus simple pour les américains peut être...) Preminger retranscrit cet aspect par des idées narratives simple mais d'une parfaite justesse.
Alors que le livre démarre d'emblée à Saint-Tropez, le film s'ouvre dans un Paris en noir et blanc. On assiste au quotidien de Cécile, jeune fille détachée de tout, des multiples garçons qui se battent pour la séduire comme des environnements mondains bruyant et superficiels qu'elle fréquente chaque soir avec son père. La réalité ne semble être qu'un purgatoire désincarné et triste, alors que les derniers souvenirs de bonheurs inondent soudain Cécile dans un fondu enchaîné dilaté (qui rappelle certaines expérimentations de Mankiewicz dans on usage du flashback) où la couleur se devine progressivement avant d'envahir l'image d'un technicolor éclatant dans une Côte d'Azur de rêve.
Bien que l'aspect sexuel soit moins explicitement exprimé et scandaleux, le scénario de Arthur Laurents rend vraiment bien la complicité entre Cécile et son père (David Niven) notamment à travers les échanges sans tabou sur les nombreuses conquêtes de ce dernier et ses méthodes de séduction. Cette vie oisive et insouciante est complétée par le pétillant et attachant personnage de blonde écervelée joué par Mylène Demongeot et ce quotidien fait de baignades, farniente fête et sorties au casino exerce effectivement un bel attrait.
L'arrivée d'Anne (Deborah Kerr) exprime soudain une terrible réalité sur cet existence à tout les niveaux que ce soit la cruauté de la séduction de Raymond (terrible moment lorsque Anne découvre qu'il l'a invitée sans lui préciser la présence sur les lieux de sa maîtresse du moment) ou l'ignorance et l'immoralité dans laquelle évolue Cécile. Deborah Kerr en devient involontairement une figure oppressante en éclairant simplement d'une certaine réalité un mode de vie creux et inapproprié.
Là encore Preminger dans la réaction de Cécile exprime parfaitement (même si un peu trop signifiant comme lorsqu'elle se parle face à son miroir) la cruauté égoïste de l'adolescente, naturelle mais amplifiée par le contexte et qui aura des répercussions dramatiques. Jean Seberg (qui retrouvait Preminger dans la foulée de son premier rôle cinéma sur Sainte Jeanne où elle jouait Jeanne D'Arc) est formidable, mutine, charmeuse et capricieuse, encore coincée entre l'enfance et une féminité ravageuse.
David Niven (plus attachant que le personnage du roman) en grand immature est tout aussi bon et tout en nuance malgré les apparences mais c'est clairement Deborah Kerr qui véhicule l'émotion. Sa bienveillance incomprise, son amour mesuré mais non moins passionné pour Niven tout cela se ressent dans la bienveillance et la fragilité exprimée dans sa performance. La séquence de flagrant délit d'adultère et sa réaction s'avère ainsi presque plus poignante que dans le livre.
Le retour au noir et blanc du présent semble donc signifier l'illusion et le refuge de ce retour à un train de vie léger, mais rien n'est oublié. L'ultime séquence où Jean Seberg laisse tomber le masque en pleurant devant son miroir est amenée par un lent travelling avant traversant la chambre pour arriver jusqu'au visage de l'actrice. C'est un peu tout le poids du souvenir et de la culpabilité qui s'abat alors par ce procédé, plus rien ne sera comme avant.
À Rome, Scintillone et Ruggeretto, deux garçons marginaux et désœuvrés, volent une voiture et son chargement. Ils décident de partir en grande banlieue pour écouler leur butin (notamment des armes) et, pour ne pas attirer l’attention de la police, ils prennent des femmes comme passagères, deux prostituées. En chemin, ils rencontrent Bella Bella, un autre oisif, susceptible de les aider à revendre leur marchandise…
Les Garçons est le premier film de l'association entre Bolognini et Pasolini qui va permettre pour chacun d'eux une avancée majeure dans leur carrière. Pour Bolognini jusqu'ici réalisateur de comédie populaire sans relief, c'est l'occasion de se frotter à des sujets plus sérieux en se confrontant à l'univers de Pasolini. Pour ce dernier, c'est un apprentissage du métier en côtoyant un grand cinéaste avant de passer derrière la caméra deux ans plus tard avec Accatone. C'est d'ailleurs précisément à une version moins brute d'Accatone qu'on pense ici, à travers cette tranche de vie de petites frappes romaines.
Là où la recherche de réalisme poussera Pasolini à engager des gens du cru et à adopter une mise en scène naturaliste, Bolognini fait appel à un duo français pour camper ses mauvaises graines (Laurent Terzief et Jean-Claude Brialy post-synchronisés comme cela se faisait à l'époque dans le cinéma italien) et fait preuve du soin visuel qui lui est coutumier (voir la remarquable séquence qui introduit Mylène Demongeot). C'est donc à un équilibre entre les deux sensibilités que tient le film, Pasolini amenant sa connaissance de l'errance et de petits larcins, pratiques qui furent un temps les siennes.
Les personnages masculins sont particulièrement médiocres, attachés uniquement à l'argent et au plaisir immédiat qu'ils peuvent en tirer. Pas d'ambition notable lorsque la providence et la roublardise leur amènent quelques billets, aussitôt engloutis en filles, alcools et frimes diverses. L'amitié ne scelle même pas de lien durable puisque tous sont prêts à se voler les uns et les autres si l'occasion se présente. Pour creuser un peu ses personnages plutôt détestables finalement, Bolognini fait appel à son art de soigner ses figures féminines. Fil rouge du parcours des héros, ce sont les différentes filles rencontrées qui vont révéler le fond de leur coeur. Elsa Martinelli est bouleversante lorsqu'elle sort un court instant de son extérieur de prostituée exubérante et intéressée, avant qu'une raillerie de Brialy lui fasse comprendre qu'il lui mentait pour arriver à ses fins.
Terzief en écorché vif est bien plus intéressant et ses tendres instants avec Mylène Demongeot dans une demeure bourgeoise (une des plus belles scènes du film) ainsi que la conclusion oisive et charmante avec Rossana Schiaffino montrent un attrait pour un ailleurs que cette vie-là. C'est sans doute à lui que Pasolini, qui a progressivement réussi à s'en sortir, s'identifie le plus. Belle réussite qui connaîtra un complément avec Ça s'est passé à Rome, collaboration suivante entre Bolognini et Pasolini (plus explicite avec les deux titres originaux La Notte Brava pour Les Garçons et La Giornata balorda pour Ça s'est passé à Rome) toujours consacrée à la délinquance romaine que j'aimerais bien découvrir si un éditeur français daigne se pencher sur la question (comme on avait pu le constater lors d'une discussion dans les commentaires de Bubu De Montparnasse Bolognini est bien mal servi en France !).
Sorti en dvd zone 2 français récemment chez Carlotta avec des bonus très intéressant.
En rompant ses fiancailles, Marcello ne se doute pas que le soir-meme, il va rencontrer la belle Anna. Ils restent quelque temps ensemble, puis Anna doit partir pour un tournage a Capri. Quand il la rejoint, il s'apercoit qu'elle est tombee amoureuse d'un acteur. Ils se quittent alors.Un drame puissant où Risi imprègne la même noirceur et cruauté que dans ces comédies les plus féroces. Risi instaure une tonalité assez légère dans un premier temps, où on suit un jeune intellectuel incarné par Peter baldwin, insatisfait courant d'une histoire à une autre à la recherche du grand amour. Il pense l'avoir trouvé en la personne de la délicieuse et naïve Mylène Demongeot après une rencontre magique et une première nuit ensemble.
Il va rapidement déchanter lorsqu'il comprendra que la belle malgré le réel amour qu'elle lui porte ne peut s'empêcher de se donner à d'autres hommes. Le film est trompeur dans un premier temps en nous plongeant dans la langueur estivale Romaine où s'épanouissent les amours des deux héros, mais tout se fissure rapidement. Peter Baldwin est remarquable, abordant un masque détaché face au infidélités répétées de Anna avant que ces réels sentiments le rattrapent et qu'il craque complètement lors d'une scène de flagrant délit d'adultère.
Mylène Demongeot est tout aussi brillante, un sex appeal ravageur et une innocence bien réelle la rende aussi attachante que détestable et finalement égoïste face à cette quête maladive du plaisir immédiat. Une des rares et sérieuses interprétations de nymphomane où le film devient soudain de plus en plus pesant malgré la décontraction de façade de tout les personnages, remarquablement dépeint par Risi, entre le futur beaux père de Baldwin qui a déjà profité des faveurs d'Anna ou une ex assez pathétique.
L'érotisme latent est d'ailleurs tout sauf joyeux bien que s'illustrant le plus souvent à travers les formes plantureuses de Mylène Demongeot, puisque à chaque fois teinté de suspicion et de rancoeur pour ce personnage déséquilibré. La conclusion est d'ailleurs formidable de sécheresse et d'intensité, lorsque Baldwin excédé décide enfin de réagir, tandis que Demongeot au pied du mur est poussée face à ses contradictions.