Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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dimanche 7 septembre 2025

Les Yeux de Laura Mars - Eyes of Laura Mars, Irvin Kershner (1978)

Photographe de mode engagée contre la guerre et le sexisme, Laura Mars mène une brillante carrière. Aucune ombre au tableau de ses spectaculaires compositions, du moins jusqu'au jour où, par la pensée, elle capte les agissements d'un tueur en série, vivant en direct le meurtre qu'il commet. Un cauchemar qui se répète et dont elle pourrait bien être l'une des prochaines victimes...

Les Yeux de Laura Mars est une œuvre qui participe indirectement à l’ascension de John Carpenter puisqu’il s’agit de son premier script produit par un grand studio. Sa sortie et son succès précèdent de quelques mois, en cette même année 1978, celui d’Halloween qu’il va réaliser lui-même. Le film est d’ailleurs initialement destiné à être une production indépendante dans la lignée des premiers films de John Carpenter, avant que le producteur Jon Peters tombe sous le charme du script dans lequel il voit un parfait véhicule pour sa compagne de l’époque, Barbra Streisand. 

Il va convaincre le studio Columbia de produire le film, et ce malgré le désistement de Streisand (qui signera la chanson du générique) au profit de Faye Dunaway fraîchement auréolée d’un Oscar pour Network (1976). Ces péripéties vont faire du film un objet nettement plus prestigieux que prévu, mais aussi amener des réécritures le rendant plus conventionnel sur certains points que le script initial de Carpenter, ce qu’il regrettera.

Les Yeux de Laura Mars semble être une sorte de réponse américaine au giallo italien, ce qui n’est pas surprenant d’après les goûts de Carpenter. Il y a aussi une dimension de thriller hitchcockien, penchant vers lequel tend Carpenter sur Halloween bien sûr, mais aussi le téléfilm Meurtre au 43e étage qu’il signe au cours de cette décidément très productive année 1978. Le mélange de meurtre sanglant avec le milieu de la mode rappellera aussi bien sûr Blow up d’Antonioni (1966), un aspect qui va particulièrement inspirer Irvin Kershner dans son esthétique. La première partie est très réussie dans son travail pour entremêler le glamour et le macabre. Les créations photographiques controversées de Laura Mars (Faye Dunaway) invitent le macabre dans le glamour et l’érotisme dans une imagerie mêlant sophistication et morbide avec brio – les clichés du film étant repris des travaux d’Helmut Newton. 

Les visions prémonitoires cauchemardesques de Laura imposent ce macabre au glamour hors des feux des projecteurs, en semant la mort dans l’entourage de l’héroïne. Le côté graphique demeure pourtant dans les mises à mort fétichistes, par le choix du tueur de crever un œil des victimes. Il y a là comme une punition rituelle et machiste, à punir par l’entremise de ses proche l’audace du regard de Laura Mars d’imposer au monde des visions aussi provocantes. On ressent cela par le choix des gros plans sur l’œil de Laura quand les visions l’assaillent, et toute la symbolique marquée en montrant souvent les ses amis en situation « immorale » prolongeant la souillure manifeste arborée sous l’objectif de l’héroïne. Ainsi le manager Donald meurt alors qu’il est travesti en femme, les deux mannequins féminines périssent après que l’on a découvert leur liaison lesbienne, une de ses amies succombe avant qu’on apprenne qu’elle entretenait une relation avec l’ex-mari de Laura.

Tout le travail de vision subjective lors des prémonitions sanglantes de Laura est brillamment mis en scène par Kershner, travaillant par cette caméra à l’épaule et la texture vidéo ce monde parallèle, onirique et inquisiteur pour ces hédonistes de la mode. Cela présage d’ailleurs un peu l’approche qu’au justement Carpenter sur les visions du futur dans Prince des ténèbres (1987). Les indices sont semés de manières purement formelle et sensorielle, notamment lors d’une scène où Laura essaie d’expliquer le ressenti de ses visions avec une caméra et un écran vidéo, l’image sur ce dernier levant avec subtilité l’ambiguïté autour du coupable. On regrettera simplement que la mécanique routinière du drame policier basique sème quelques longueurs, c’est sans doute sur cette structure plus rassurante qu’ont porté les demandes de réécritures de Columbia. Néanmoins, le savoir-faire d’Irvin Kershner, le charisme de Faye Dunaway (qui jongle entre sa propre aura iconique et une facette plus vulnérable) et un ultime rebondissement efficace maintiennent la tension et achève de faire de Les Yeux de Laura Mars un thriller très réussi. 

Sorti en bluray français chez Sidonis 

vendredi 18 septembre 2020

Stormy Monday - Mike Figgis (1988)

Comment les vies d'un propriétaire d'un club de jazz, d'une serveuse, d'un mafioso et d'un employé de maison se retrouvent mêlés par une sale histoire.

Les couples cassés qui se rencontrent dans un environnement urbain marqué, voilà un leitmotiv des meilleurs films de Mike Figgis (Leaving Las Vegas (1995), Pour un nuit (1997)) que l'on retrouve dans ce galop d'essai qu'est Stormy Monday qui est un projet très personnel. Né au Kenya, Mike Figgis retourne à l'âge de huit ans vivre à Newcastle avec sa famille et y passera le reste de son enfance. La première passion de Figgis est la musique, arpentant les clubs de jazz de la ville durant son adolescence et menant plus tard une carrière de musicien au sein de divers groupes avec comme fait de gloire avoir joué du clavier pour Bryan Ferry. Tout cela est contenu dans Stormy Monday qui y ajoute une dimension de film de gangster. Le cadre de Newcastle ravive bien sûr le souvenir de Get Carter de Mike Hodges (1971), le plus fameux des polars anglais situé dans la cité nordique britannique. 

C'est après avoir fait ses preuves avec The House (1984), téléfilm produit par Channel Four que Figgis obtient un modeste budget pour réaliser Stormy Monday. Le script va intéresser des producteurs américains qui amènent une plus-value prestigieuse avec le casting de Tommy Lee Jones et Melanie Griffith. Cet élément va amener une parenté supplémentaire par le personnage de malfrat américain en col blanc joué par Tommy Lee Jones, celle de The Long Good Friday de John Mackenzie (1980). On retrouve en effet cette opposition entre les gangsters américains arrogants venant faire sa loi dans une Angleterre qu'il considère arriérée et où il va se confronter aux pontes locaux. Ici ce sera Finney (Sting) patron d'un club de jazz qui gêne les ambitieux projets immobiliers de Cosmo (Tommy Lee Jones) qui va tenter de régler le problème avec toute la sournoiserie dont il est capable.

Cette facette policière n'est pourtant qu'une toile de fond au vrai sujet du film, la rencontre amoureuse entre les deux âmes solitaires Katie (Melanie Griffith) et Brendan (Sean Bean). Elle est l'âme damnée de Cosmo qui l'envoie coucher avec les notables locaux dont il recherche l'approbation, tandis que lui végète sans emploi ni avenir. Figgis travaille les petits hasards pour tisser à la fois cette trame amoureuse et le polar de façon à la fois candide (la bousculade de la première rencontre) et inéluctable pour installer le drame. On apprécie ce rapprochement fragile et naïf qui se fait très rapidement, sans dialogues appuyés et où l'on ressent par l'image et l'alchimie des acteurs le besoin des personnages de trouver une oreille pour les écouter, une épaule où poser la tête et des bras pour les enlacer. 

Cela passe par l'écrin très particulier que Figgis confère à sa Newcastle "natale", travaillant tour à tour les environnements gris et cotonneux où s'échappe le couple au petit matin, ou au contraire les intérieurs aux compositions de plans stylisée pour exprimer leur solitude - le montage alterné du réveil de Katie et Brendan. Par contre tous ce qui relève des club de jazz et des bars branchés gravitant autour fait preuve d'une sophistication où le réalisateur met en scène une sorte de Newcastle fantasmé gorgé de néons (qui rappelle un peu le travail d'un Neil Jordan pour Londres dans son Mona Lisa (1987)). Quel que soit le cadre, l'idée est cependant toujours pour le couple de s'isoler, physiquement ou simplement par la communion d'esprit et Figgis excelle à amener une connivence silencieuse. Les confidences sont rares et les personnages se comprennent instinctivement (superbe premier rendez-vous au bar), contrairement aux autres faisant passer leur volonté par la violence.

Tommy Lee Jones est excellent en mafieux/entrepreneur carnassier où l'on sent le cap criminel changeant avec cette figure aux accointances politiques et financières. Face à la lui Sting est sacrément charismatique en dandy du cru malicieux capable de faire plier "l'envahisseur" plein d'assurance. Il a ses quelques moments de gloire comme l'accueil qu'il réserve au deux hommes de mains venus le malmener à son bureau. La nonchalance tranquille et l'élégance du personnage est un des gros atouts du film. Parmi les quelques défauts on signalera tout de même la bande-son jazzy (forcément) mais un peu trop marquée 80's composée par Mike Figgis himself (ce qui sera d'ailleurs le cas sur tous ses films) mais rehaussée par les standards du genre, c'est d'ailleurs le morceau de T-Bone Walker Call It Stormy Monday (But Tuesday Is Just As Bad) qui donne son titre au film. 

Quelques tics de mise en scène très marqués 80's (certains ralentis clippesques dans le mauvais sens du terme) gêne un peu ici et là mais dans l'ensemble le film a vraiment un cachet singulier pour la période. Sean Bean encore gauche et mal dégrossi est très touchant et Melanie Griffith absolument magnifique et tendrement vulnérable. Le film attirera la lumière sur Mike Figgis qui entamera une carrière américaine dès son second film. Et sinon le personnage de Finney aura tellement marqué les esprits qu'il aura droit en 1994 à une série TV en six épisodes (où il est joué par David Morrissey) faisant office de préquel aux évènements du film.
Sorti en bluray et dvd zone 2 anglais chez Arrow et doté de sous-titres anglais

jeudi 2 mai 2013

Légitime Violence - Rolling Thunder, John Flynn (1977)


Charles Rane est un vétéran de l'armée. Considéré comme un héros de guerre par sa ville, tout le monde lui offre beaucoup de cadeaux. Une bande de voleurs y voit l'occasion de s'enrichir. Ils attaquent la maison de Charles Rane.

Rolling Thunder prolonge un an après Taxi Driver (1977) les préoccupations de Paul Schrader de nouveau au script avec ce même penchant pour les personnages violent et autodestructeur ainsi que le traumatisme du Vietnam en source de ce mal-être. Rolling Thunder n'atteint pas la puissance du film de Scorsese (dont il est une variante plus rurale) mais sous ses dehors de série B musclée est digne d'intérêt grâce au brio de John Flynn.

Le film s'ouvre sur le retour au pays triomphal de Charles Rane (William Devane), vétéran du Vietnam ayant passé sept ans dans un camp de prisonnier. Uniforme fièrement arboré, pose de vainqueur et discours rassurant, Rane semble sorti grandi de l'expérience et répondre idéalement aux honneurs qui lui sont accordés.

On comprendra vite qu'il n'en est rien et que ce n'est pas son foyer où il est désormais un étranger qui lui fera retrouver l'équilibre. Tous les repères s'effondrent avec ce fils qu'il n'a pas vu grandir et sa femme ayant connu des aventures et amoureuse d'un autre homme. Assaillie par les visions des tortures subies au Vietnam, Rane en a conservé la discipline d'hygiène de vie, celle qui lui a permis de ne pas craquer et reste donc un être sous tension.

William Devane, masque de froideur cachant son bouillonnement derrière ses épaisse lunettes de soleil est formidable de bout en bout. Le scénario de Schrader est malin en faisant du motif de la vengeance un quasi prétexte pour libérer les pulsions de Rane. Celui-ci va subir une terrible agression au terme de laquelle il va perdre sa main et où surtout sa femme et son fils seront brutalement assassinés. John Flynn aura intelligemment amené cela avec ces courts inserts noir et blanc où les douloureux souvenirs des geôles vietnamiennes viennent pénétrer le quotidien, Rane mimant ces mêmes tortures le temps d'une scène et adoptant par réflexe une résistance suicidaire lors de son agression qui conduira au terrible drame.

Les agresseurs s'intervertissent donc thématiquement et par le montage aux Viêt-Cong dans l'esprit de Rane. Après avoir revécu les maltraitances des camps face à eux, il va trouver par la vengeance la possibilité de sortir enfin vainqueur. Fantomatique dans la première partie du film, Rane s'éveille enfin dans la méticulosité qu'il apporte à la préparation de ses armes, à l'aiguisement du crochet qui lui sert désormais de main. On pourrait en dire de même pour son ancien compagnon d'arme tout aussi égaré joué par Tommy Lee Jones, totalement éteint jusqu'au gunfight final. Le film a une réputation sulfureuse et de grande violence mais s'avère finalement très posé et introspectif, rendant d'autant plus forte les élans de brutalité trop longtemps contenus.

Le rythme s'avère tout de même un peu lent et Flynn ne parvient pas tout à fait à donner ce sentiment d'enfer sur terre que dégageait Taxi Driver. Flynn désamorce l'ambiguïté du script de Schrader par la nature grotesque des antagonistes, simple prétexte au catharsis du héros et bien exprimé par l'outrance de la libératrice scène finale qui fait parler la poudre et les débordements sanglants. Cet apaisement final ne semble en effet que bien provisoire, on ne doute pas que pour se défaire de ses démons Rane doive à nouveau s'abandonner à la barbarie.

Sorti en dvd zone 2 anglais et Bluray anglais sans sous-titres

dimanche 15 avril 2012

Captain America : The First Avenger - Joe Johnston (2011)


Steve Rogers, frêle et timide, se porte volontaire pour participer à un programme expérimental qui va le transformer en un Super Soldat connu sous le nom de Captain America. Allié à Bucky Barnes et Peggy Carter, il sera confronté à la diabolique organisation HYDRA dirigée par le redoutable Red Skull.

Captain America, créé en 1941 dans la foulée du succès de Superman, fut un des tout premiers super-héros. Tout comme Superman également, sa période de création l’amena au-delà de la simple figure de héros de comics pour en faire une sorte de symbole. Symbole patriotique bien évidemment, avec pareil nom et costume, mais surtout la figure de l’américain moyen courageux et fier, prêt à donner le meilleur de lui-même pour se dresser face à toute forme d’oppression. C’est cet esprit que cherche à capter Joe Johnston avec ce qui est sans doute la meilleure production des Studio Marvel à ce jour.

Un des grands atouts de Captain America est la volonté de Johnston de faire un « vrai » film, et pas un véhicule supplémentaire préparant le futur film The Avengers, censé réunir Iron Man, Thor, Hulk et donc Captain America. Le laborieux Iron Man 2 avait grandement souffert de cette volonté de continuité entre les films pour au final ne pas raconter grand-chose, ne tenant au fond que par le charisme de Robert Downey jr. Thorquant à lui, cédait à la facilité en instaurant des séquences terriennes poussives alors que le shakespearien Branagh déployait toute sa grandiloquence dans les passages en Asgard.

Si le lecteur de comics et celui qui a vu l’ensemble des productions Marvel repérera les éléments de continuité, ils ne parasitent pas le film, qui existe donc par lui-même. L’intrigue entière se déroule donc dans cette Amérique va-t-en guerre des années 40, où tout jeune homme ne rêve que de la gloire des combats où il pourra affronter l’ennemi nazi. Le plus déterminé d‘entre eux semble être Steve Rogers, dont le physique malingre est à première vue un frein sérieux, tandis que sa noblesse d’âme en fait le soldat parfait, altruiste et courageux.

Le script parvient merveilleusement à faire passer son patriotisme en l’incarnant dans ce héros fort et fragile qui connaît la valeur du pouvoir qui lui est donné et le met au service de la justice. Cet esprit naïf de l’âge d’or des comics passe merveilleusement dans la prestation de Chris Evans, et le film prolonge cet aspect americana lumineux et positif. Johnston avait déjà donné dans l’esthétique pulp 40’s avec son sympathique Rocketeer (1991), et c’est le même charme qui se déploie ici, avec une belle reconstitution et des échanges piquants entre Chris Evans et sa dulcinée.

L’interprétation est solide, notamment Tommy Lee Jones, toujours impeccable, et Hugo Weaving, méchant parfait en Crane Rouge. Contrairement aux autres productions Marvel, plutôt pingre en la matière, les morceaux de bravoures sont nombreux et variés (même si trop elliptiques pour certains), toujours vecteurs d’émotions, comme le premier grand sauvetage de Cap’ et la très belle scène finale (faisant étrangement songer à l’ouverture d’Une Question de Vie ou de Mort de Powell/Pressburger). Un divertissement humble, généreux et trépidant.

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount