Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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jeudi 26 septembre 2024

Les Anges de la nuit - State of Grace, Phil Joanou (1990)

Après plusieurs années d'absence, Terry Noonan revient dans le quartier newyorkais de Hell's Kitchen, fief des irlandais. Il y retrouve Jackie Flannery, ses amis d'enfance et Kathleen, son amour de jeunesse. La guerre avec la mafia italo-américaine bat son plein.

Les Anges de la nuit est une superbe fresque criminelle malheureusement restée dans l’ombre de Les Affranchis de Martin Scorsese, sorti la même semaine aux Etats-Unis et qu’il l’éclipsera médiatique ainsi qu’au box-office. A la chronique virtuose scorsesienne, Phil Joanou pour ce second film (après le brillant teen movie Trois heures, l’heure du crime (1987) fait davantage le choix du drame et de l’étude de caractères. Le quartier new-yorkais de Hell’s Kitchen, à la fois une prison et un lieu scellant le socle fraternel de sa communauté irlandaise. Ce lien communautaire et d’amitié profonde se rattache à ces origines irlandaises, à une enfance commune fait de tradition et de solidarité pour les personnages. Cependant y rester, c’est souffrir des faibles perspectives d’avenir et basculer dans la criminalité.

Tous les protagonistes sont dans une perspective contradictoire quant à leur immersion ou rejet de cet environnement. Terry (Sean Penn) l’a fui un temps avant de renouer de vieilles amitiés, mais aussi de nouveau céder aux mauvaises tentations, même si ses intentions apparaîtront progressivement plus complexes. Son meilleur ami Jackie (Gary Oldman) baigne quant à lui dans l’illégalité avec délectation, en véritable chien fou imprévisible. Frankie (Ed Harris) sous prétexte de protéger les siens, témoigne de la bascule identitaire en se soumettant à la mafia, puissance criminelle supérieure et communauté dominante. Il a perdu le fil de ses racines en s’embourgeoisant et vivant dans le New Jersey, et il est devenu le bras armé de « l’étranger » mafieux, mais avant du capitalisme en rackettant les commerces locaux irlandais. Enfin Kathleen (Robin Wright) s’est éloignée autant qu’elle le pouvait du quartier géographiquement, mais les attaches filiales (elle est la petite sœur de Frankie et Jackie) et amoureuse (la flamme d’antan ravivée avec Terry) l’y ramènent constamment.

La narration se fait à la fois ample et intimiste pour dévoiler ces différents enjeux, ménageant un équilibre délicat entre caractérisation sobre et vrais moments chocs par les révélations ou les morceaux de bravoures. Phil Joanou apporte un grand soin aux détails insignifiants mais qui auront leur importance dans la trajectoire des personnages (le côté « parvenu » de Frankie moqué par les italiens lorsqu’il mange avec eux, annonçant sa bascule finale par cette soif de reconnaissance), rend palpables et poignant les élans sentimentaux (magnifiques scènes entre Terry et Kathleen, bien aidé par la romance naissante en coulisse de Sean Penn et Robin Wright) et est aussi aidé par la prestation exceptionnelle d’un Gary Oldman dangereux, pathétique et touchant. 

Le périmètre finalement restreint de l’intrigue contribue bien à cette atmosphère introspective magnifiée par la photo de Jordan Cronenweth), où la proximité exprime ce sentiment de solidarité et de fraternité, mais aussi l’étouffement, la menace et la paranoïa. La perspective de croiser ou d’être épié par une connaissance ne laisse jamais totalement libre de ses gestes, pour les bons comme les méchants d’ailleurs, Joanou jouant de cela pour faire naître les tensions. Un commerçant qui l’a connu enfant freine les ardeurs de Stevie (John C. Reilly) au moment de le racketter, tout comme Terry rencontrant un ami de son père (Burgess Meredith). Dans une perspective plus topographique, Joanou use de panoramiques prolongeant l’étendue d’une ruelle, offrant un autre angle d’un lieu familier, pour y superposer le regard d’un individu dont on ne soupçonnait pas la présence et qui va agir en conséquence de ce qu’il a observé – Hell’s Kitchen en devient un personnage à part entière.

Lorsque les évènements s’accélèrent pour le pire, le réalisateur se montre particulièrement brillant dans l’action et le suspense. Une séquence entière dont l’issue paisible ou belliqueuse tient à un coup de téléphone est une véritable prouesse de montage et d’escalade anxiogène. L’ultime fusillade en montage alterné avec une fête de la Saint-Patrick est très impressionnante aussi, dans son travail d’alternance des sons musicaux celtiques et de la sécheresse sourde des coups de feu, ainsi que des temporalités opposées entre les deux évènements voisins. 

Ainsi à la fluidité des festivités extérieures répondent les ralentis, les impacts douloureux et le décor détruit de l’intérieur du bar. On peut soupçonner que les films de John Woo circulaient déjà sous le manteau à Hollywood tant ce morceau de bravoure évoque le cinéma hongkongais, d’ailleurs mieux digérés que des films américains qui s’en réclameront plus explicitement par la suite. Les Anges de la nuit est vraiment un grand polar à redécouvrir, son insuccès ayant malheureusement mis un gros frein à la carrière prometteuse d’un Phil Joanou qui ne retrouvera plus ces sommets ensuite.

Sorti en bluray français chez Rimini

mercredi 27 février 2013

Trois heures, l'heure du crime - Three O'Clock High, Phil Joanou (1986)


Un lycéen nerd, Jerry Mitchell, est contraint d'écrire une nouvelle pour le journal officiel de l'établissement à propos d'un nouveau venu, Buddy Revell, qui est réputé pour être un vrai barjo. Quand Jerry heurte accidentellement Buddy, ce dernier le met au défi de le retrouver à 3 heures du matin dans le parking du lycée pour régler leurs comptes. Jerry va devoir tout faire pour éviter la confrontation avec ce psychopathe.

Les trentenaires se souviennent certainement de Parker Lewis, excellente et délirante série ado qui rencontra un grand succès au début des années 90. Le plus souvent on associe la série à un décalque télévisé de La Folle Journée de Ferris Bueller, ultime et loufoque teen movie de John Hughes mais finalement hormis son facétieux héros pour tout le reste il faut aller chercher du côté de ce survolté et méconnu Three O'Clock High.

Le film est une sorte de géniale déclinaison adolescente du Train sifflera trois. Le lycée est en ébullition avec l'arrivée d'un nouvel élève que sa terrible légende précède, Buddy Revell (Richard Tyson). Le film débute d'ailleurs sur la rumeur de ses violents méfaits lors du brouhaha des conversations de couloirs. Jerry Mitchell (Casey Siemaszko) élève sans histoire va bien malgré lui croiser la route du danger public qu'il va se mettre à dos en ayant commis l'irréparable : le toucher. Revell lui fixe donc un funeste rendez-vous, à trois heures lors de la fin des cours il lui réglera son compte. Comme dans Le train sifflera trois fois, toute tentative d'aide extérieure est vouée à l'échec et une grande partie de l'intrigue repose sur les astuces de Jerry pour éviter la confrontation. Le script s'avère des plus inventifs pour faire monter avec drôlerie la tension et dépeindre les mœurs de cette communauté lycéenne.

La rumeur du combat s'étend à toute vitesse, attirant sur le discret Jerry les figures les plus azimutées tel ces deux élèves souhaitant faire un documentaire sur le "condamné" (pour le coup c'est carrément visionnaire du fonctionnement ado contemporain qui immortalise tout par l'image), les parieurs misant sur son temps de résistance, le principal qui arbore une allure à la Blofeld installé à son bureau. Cette journée maudite (phrase récurrente de Jerry accablé It's one of those days...) constitue en fait une forme de parcours initiatique pour Jerry forcé de sortir de sa coquille pour relever son plus grand défi.

Les stratagèmes pour y échapper se font ainsi plutôt lâche (cacher une arme dans le casier de Buddy pour le faire renvoyer, payer un membre de l'équipe de football pour lui régler son compte...) tandis que l'intrigue multiplie les allusions aux mythes (le cours de littérature où l'on étudie l'Iliade et le professeur ricanant avec sadisme sur le passage où Achille écharpe Hector) où dotant Buddy d'une menace quasi surnaturelle et omnisciente que Jerry ne peut fuir.

Le grand atout, c'est la mise en scène virevoltante et cartoonesque de Phil Joanou dont c'est le premier film (mais qui s'était fait la main sur la série Histoires Fantastiques de Spielberg ici producteur même s'il demanda à ne plus figurer au générique la folie du film étant loin de l'ersatz de Karaté Kid auquel il s'attendait).

Cadrages alambiqués et déroutants, zooms agressifs, mouvements de grue improbables, tout est fait ici pour désarçonner et nous plonger dans l'esprit apeuré de Jerry. Les contres plongées donnent à Buddy des allures de cyclope (Tyson s'en donnant à cœur joie dans le jeu monolithique), l'échelle des décors varie d'une scène à l'autre et à nouveau en hommage au Train sifflera trois fois les inserts d'horloges nous rapprochant de l'heure fatidique se multiplient de façon toujours plus démesurée.

Casey Siemaszko est épatant en nerd insignifiant forcé de se faire violence. Plutôt placide et quelconque au départ, son jeu se met progressivement à la hauteur de la folie de l'ensemble avec notamment une scène de fiche de lecture comme on a rarement vue (et une enseignante sous le charme qui reviendra suite aux projections test pour une sacrée scène finale) et surtout une résolution finale le voyant accepter le duel avec dignité. La bagarre en elle-même est assez décevante vu la montée en puissance pour l'introduire, Joanou ne parvenant pas tout à fait à croiser la dimension loufoque et le côté mythologique amorcé jusque-là (malgré un beau panoramique sur les spectateurs lycéens aux fenêtres faisant du parking une arène antique) même si le tout s'avère plutôt efficace.

Le final rattrape cependant cet écueil avec une nouvelle fois bons sentiments et légèreté (Jerry sauvé par la solidarité lycéenne) et facette héroïque où Jerry devenu légende à son tour voit ses exploits sources de conversations et rumeurs déformées par ses camarades admiratifs.

Sorti en dvd zone 1 chez Universal avec sous-titre français mais l'édition est épuisée et hors de prix donc se tourner plutôt vers le zone 2 anglais qui comporte des sous-titres anglais.

Extrait