Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 27 décembre 2011

Les Gangsters - Payroll, Sidney Hayers (1961)


Des gangsters pillent la camionnette blindée transportant les salaires d'une compagnie. Le chauffeur est tué. Sa femme se lance dans son enquête, parallèlement à la police.

Une redoutable série noire bien retorde qu'on retient surtout désormais pour être le premier rôle en anglais de Françoise Prévost. Le point de départ est classique. Une bande de malfrats projettent de braquer un fourgon blindé depuis longues semaines. Leurs plans sont contrecarrés par l'arrivée d'un nouveau modèle de véhicule dont la sécurité est bien plus difficile à franchir.

Heureusement pour eux, ils possèdent une taupe au sein de la compagnie avec le modeste Denis Pearson (William Lucas) qui va leur donner les plans de la camionnette afin qu'ils en trouvent les points faibles puisqu'ils sont mécaniciens dans le civil. La première partie dépeint donc la minutieuse préparation du casse et parallèlement insère des scénettes qu'on pense futiles sur le quotidien des agents de la compagnie et leur vie de famille, ainsi que des rapports orageux entre la taupe et son épouse Jackie (Françoise Prévost).

La scène de braquage, filmée au cordeau par Sidney Hayers est une merveille de tension et de violence sèche à l'issue spectaculaire. Passé ce moment, le film part dans une direction étonnante. Tous les protagonistes même les gangsters sont dépeints comme des "monsieur tout le monde" plongé dans une situation inhabituelle. Pour les auteurs du hold-up, c'est un coup d'éclat inespéré qu'ils ne vont pas savoir gérer pour faire profil bas.

L'informateur sombre dans le remord et la paranoïa tandis que son épouse par son trouble devine le fin mot de l'histoire et entame une liaison avec le redoutable chef de gang incarné par Michael Craig. Ce qu'ils n'avaient pas prévus, c'est la vengeance impitoyable de l'épouse d'un des convoyeurs tués. On saisit alors l'importance des apartés bucoliques du début et Billie Whitelaw femme au foyer quelconque au départ devient une veuve glaciale bien décidé à faire payer les meurtriers de son époux.

Le script (adapté d'un roman de Derek Bickerton) joue intelligemment de la frêle allure du personnage en donnant un tour bien plus sournois à sa vengeance. Elle va briser psychologiquement les truands amateurs à coup de lettre anonymes, d'appels téléphonique dans le vide et de filature dans un Newcastle sinistre et grisâtre qui se prête parfaitement à cette ambiance de film noir. Billie Whitelaw est parfaite de froideur et de détermination (et un regard d'une intensité incroyable) et il est dommage que le film ne s'appuie pas plus sur elle au lieu de laisser la place à des moments plus classiques sur l'errance et la suspicion des gangsters et aussi les manigances de Françoise Prévost un peu trop mise en avant.

Le final est redoutable d'efficacité avec notre veuve qui traque les meurtrier jusqu'à une ultime séquence jubilatoire (et qui l'absous avec un peu d'hypocrisie morale) tandis que ceux-ci se seront joyeusement trahis entre eux auparavant le temps de mémorables retournements de situations. Très alerte et diablement efficace, porté par une mise en scène nerveuse de Sidney Hayers, un très bon thriller.

Sorti en dvd zone 2 anglais et dépourvu de sous-titres anglais.

samedi 16 juillet 2011

Galia - Georges Lautner (1966)


A Paris, Galia sauve Nicole, qui veut se jeter dans la Seine car son mari la néglige. Galia lui conseille de disparaître pendant quelques jours afin d'inquiéter cet homme et accepte de le suivre pour voir ses réactions. Mais elle tombe amoureuse de lui et malgré les avertissements de Nicole, accepte de passer le week-end avec lui.

Galia semble être un film quelque peu oublié dans les fleurons de la collaboration entre Mireille Darc et Georges Lautner et pourtant ce drame troublant est probablement un des plus singulier et réussi. Si Lautner et Mireille Darc avait déjà travaillé ensemble trois fois auparavant (Des Pissenlits par la racine, Les Barbouzes et le génial film à sketch Les Bons Vivants) l'actrice y abordait toujours (et avec brio) le même emploi de jeune séductrice sensuelle et faussement ingénue. Galia marque donc une vraie avancée car elle trouve là son premier très grand rôle dramatique en jetant un voile sombre sur le personnage insouciant qu'elle s'est créé dans les précédents films.

Le film (adapté d'un roman de Vahé Katcha qui coécrit avec Lautner le scénario) nous narre donc l'étrange destin de Galia (Mireille Darc), une jeune fille bien de son temps. En quête d'aventure et de frisson,, elle quitte sa trop étroite province d'Etretat pour la capitale où elle mène une existence trépidante et multiplie les conquêtes masculines d'un soir. Pourtant elle ne peut s'empêcher de ressentir la vacuité et la solitude qu'entraînent ce quotidien faussement exaltant. Lautner orchestre une mise en scène élégante, percutante et très moderne pour accompagner l'état d'esprit de son héroïne en ouverture. Le montage inventif est dans l'esprit psyché pop de l'époque et fait se bousculer les lieux et les visages, la caméra accompagne la silhouette radieuse de Mireille Darc dont la narration détachée en voix off fait parfaitement corps avec les images pour exprimer l'esprit libre de Galia.

Ces fulgurances visuelles (qui annoncent grandement celles plus extravagantes de La Grande Sauterelle) seront plus parcimonieuses par la suite lorsque le drame va s'installer. Celui ci arrive par la rencontre de Galia avec Nicole (Françoise Prévost), une femme qu'elle sauve de la noyade dans la Seine où elle tentait de se suicider. La cause, un mari infidèle, et la malicieuse Galia décide d'aider sa nouvelle amie en côtoyant le goujat afin d'évaluer sa réaction face à la supposée disparition de son épouse. Seulement elle va être prise à son propre jeu en tombant folle amoureuse de lui.

Malgré quelques longueurs dans son dernier tiers, Galia passionne alors de bout en bout en estompant sa légèreté de ton pour un drame lourd et intense, à l'image de la transformation de son héroïne. Si Galia paraissait si pétillante et détachée face aux hommes, c'est qu'elle n'avait jamais réellement aimée. Mireille Darc offre une prestation mémorable avec cette jeune fille qui paradoxalement se découvre femme (l'allure relativement garçonne et androgyne du début laisse place progressivement à une féminité de plus en plus prononcée) au contact du pire homme possible, et se désagrège littéralement au fil du récit, consumée par sa passion.

Lautner crée un décalage constant entre la bonne mesure détachée que cherche à dégager Galia et le réel trouble qui la gagne, la voix off moqueuse contrastant avec son attitude (et inversement) et nous faisant comprendre que le mauvais tour se transforme en vrai romance. Venantino Venantini fait un peu peur le temps d'une première apparition où il incarne tout les clichés du macho séducteur et rouleur de mécanique italien.

On comprendra plus tard que c'était par le prisme du regard de Galia qu'il était représenté ainsi puisque lorsqu'elle lui cède finalement (superbe séquence de weekend à Venise) on devine alors le terrible prédateur qu'il cache. Son personnage est réellement odieux, égoïste et satisfait de lui-même mais se cache si peu de ce qu'il est et impose une telle séduction animale qu'on comprend sans peine le trouble de Galia plus habituée à faire courir les jeunes hommes. Les accords de Bach s'alternant avec l'envoutant et majestueux score de Michel Magne exprime bien cette dualité entre doux romantisme qui s'oublie et douleur cynique du présent.

Plusieurs éléments fascinent tel le jeu de miroir entre Françoise Prévost et Mireille Darc, la première voyant dans les comportements de plus en plus perturbés de la seconde les affres par lesquels elle est passée mais ne pouvant l'empêcher d'y succomber. La complicité en les deux femmes laissent place à la dissimulation, la méfiance et la jalousie et la dernière partie n'est pas loin de basculer dans le thriller passionnel.

Le film prend un tour onirique et cauchemardesque face aux tourments de Galia, comme pour la punir de sa liberté du début (et Galia créa une réelle polémique pour la sexualité sans tabou de son héroïne), tel cette sordide scène où Mireille Darc débarque chez Venantini pour le trouver en pleine orgie enfumée ou plus tard une séquence de rêve oppressante et psychédélique (c'est plastiquement un des Lautner les plus aboutis, notamment le noir et blanc aux nuances subtiles de Maurice Fellous). En dépit d'une dernière partie moins maîtrisée, la conclusion implacable et dramatique est réellement marquante, ramenant Galia à sa solitude mais où la quiétude du début a laissée place à une angoisse sourde.


Sorti en dvd chez Gaumont

Extrait