Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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jeudi 6 mars 2014

Candyman - Bernard Rose (1992)

Helen Lyne, une étudiante, décide d'écrire sa thèse sur les mythes et légendes locales. C'est en visitant une partie de la ville inconnue qu'elle découvre la légende de Candyman, un homme effrayant qui apparait lorsqu'on prononce cinq fois son nom en face d'un miroir. Helen, pragmatique, choisit de ne pas croire à l'existence de Candyman. Mais son univers bascule dans l'horreur quand une série de meurtres horribles commence ...

Candyman constitue un petit classique du fantastique des 90's, adapté de la nouvelle de Clive Barker Lieux Interdits (et issus de ses recueils de nouvelles Livres de Sang) par l'auteur lui-même. Le film propose un thème qui sans être inédit s'avère assez surprenant dans son traitement à savoir la place qu'occupent les mythes et légendes urbaines et la façon dont elles s'inscrivent dans notre réalité. Cela se manifeste ici à travers la quête de l'héroïne Helen Lyle(Virginia Madsen) qui mène une thèse sur cette question des mythes locaux. Entre deux histoires farfelues prêtant plus au rire qu'à la peur, Helen voit de manière persistante revenir la légende de Candyman durant son étude. Le principe des apparitions du croquemitaine (prononcer son nom cinq fois devant un miroir et il surgit pour vous tuer) semble plus être une marotte des adolescents de la ville mais Helen va découvrir que le mythe s'enracine de manière bien plus concrète dans la culture locale. Candyman serait un jeune homme noir assassiné au XIXe siècle pour être tombé amoureux d'une femme blanche et se vengeant de cette mort injuste et brutale en tuant ceux qui l'invoquent du crochet lui faisant office de main.

Le début du film est absolument fascinant par la façon dont il introduit progressivement la figure de Candyman. Source d'histoire lycéennes pour se faire peur au départ, le mythe s'inscrit progressivement dans le réel par les liens se faisant avec des faits divers irrésolus, par la façon dont la transmission orale inscrit ses tirades dans le paysage urbain (les tags les reprenant comme des poésies apprise par cœur par la population) et enfin de manière sociale puisque le culte du Candyman demeure le plus fort dans les quartiers pauvres de la ville. C'est dans ces lieux qu'il fut tué et sa présence sourde s'imprègne en toile de fond tout en symbolisant les douleurs contenues de cette population désœuvrée. Virginia Madsen dans son enquête nous sert de guide et rend simple tous ces différents concepts tandis que Bernard Rose parvient magnifiquement à instaurer une vraie atmosphère trouble alors qu'aucune réelle menace ne se manifeste à l'écran.

Le film se perd malheureusement quand il délaisse la pure ambiance pour verser dans l'horreur plus explicite. Il y a certes quelques bonnes idées comme cette ambiguïté entre rêve et réalité où la seconde partie plus décousue multiplie les ruptures de ton (le premier réveil ensanglanté d'Helen fait son petit effet) et nous fait hésiter entre surnaturel et folie possible de son héroïne. Les amorces gratuites et assez ratées de jump-scares dans la première partie nous auront pourtant montrées que si Bernard Rose excellait à poser une atmosphère, il était fort maladroit pour susciter la peur.

Tout cette partie nous faisant perdre pied avec le réel s'avère donc un pâle ersatz du bien plus brillant Les Griffes de la Nuit (1984) de Wes Craven dont on ne retrouve ni l'inventivité lors des surgissements de Candyman dans la psyché de Virginia Madsen, ni le génial charisme de son croquemitaine. Si Tony Todd impose une présence physique certaine et un visage étrange et inquiétant, la pauvreté de ses dialogues conjuguée à son jeu monolithique fait grandement regretter d'avoir donné une incarnation physique à Candyman quand sa seule évocation suffisait à effrayer en début de film. Le script perd même un bon moment son principal atout à savoir l'ancrage social de cette mythologie pour verser dans les scènes horrifiques gores quelconques.

La conclusion rattrape un peu ces défauts où Helen devient la figure de proue de tous les exclus terrorisés par Candyman et ose l'affronter un final incandescent dans une sorte de Bonfire Night revisitée où le bûcher célèbrerait la chute de Candyman au lieu de Guy Fawkes. La scène d'enterrement aurait dû terminer le film en appuyant cette idée mais au lieu d'en finir là on aura un épilogue absolument ridicule singeant à nouveau celui des Griffes de la Nuit sans en égaler le malaise (mais belle idée tout de même cette peinture faisant à son tour d'Helen un mythe populaire).

Cela n'empêchera pas le film de remporter un grand succès et deux suites de voir le jour, Candyman 2 (1995, Bill Condon et un Barker encore impliqué) même si raté possède tout de même pas mal de qualités (revenir aux sources du mythe avec les flashbacks sur le passé de Candyman, le cadre bien exploité de la Nouvelle-Orléans) et le troisième est à oublier. Un remake pourrait être pertinent et la seule absence de taille serait l'incroyable musique de Philip Glass (tour à tour onirique, inquiétante et hypnotique avec cet entêtant thème au piano), grande plus-value de ce Candyman.

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony 

vendredi 6 mai 2011

Dune - David Lynch (1984)


En l’an 10191 AG (Après la Guilde), une seule substance permet de voyager dans l’espace : l’Épice. Cette substance, la plus convoitée de l’univers, ne se trouve que sur la seule planète Arrakis, aussi appelée Dune, planète aride et hostile, couverte de sable. Le Duc Leto Atréides remplace ses ennemis, les Harkonnens, à la tête du fief d’Arrakis, et part s’y installer avec sa concubine Jessica et son fils Paul. Les membres de la Maison Atréides pressentent un piège, tendu par le baron Harkonnen, mais ils doivent obéir à la volonté de l’Empereur. Les Fremen, peuple indigène d’Arrakis et véritable maîtres du désert attendent la venue d’un Messie qui les délivrera. Se pourrait-il que ce soit Paul ?

Dune est sans doute l'un des films de David Lynch les moins considérés, y compris par l'intéressé qui s'est réellement trouvé avec son film suivant le magistral Blue Velvet. La méfiance envers Dune vient également du fait qu'il porte en son germe un des projets avortés parmi les plus influent du cinéma (on peut même étendre à la bd) de science fiction. En 1975, le réalisateur Alejandro Jodorowski avait en effet déjà envisagé une première adaptation. Lui-même artiste aux multiple compétences, il convoque pour ce faire des talents venus des horizons les plus divers d'une certaine culture underground. Un script adaptant de manière toute personnelle le livre est écrit tandis que rien moins que Moebius, HR Giger (futur créateur de la créature terrifiante de Alien), Dan O'Bannon sont conviés pour la création visuelle de l'univers ainsi que Salvadore Dali qui devait tenir le rôle de l'Empereur.

A la musique Pink Floyd et Magma son envisagés. Faute de financement le projet n'aboutira pas mais n'en est pas mort pour autant. L'ensemble de l'équipe artistique est recrutée quelques mois plus tard par Ridley Scott pour Alien avec la réussite que l'on sait grâce à l'apport de ces génies. Jodorowski quand à lui recyclera nombre d'idées dans ses bd notamment le cycle de L'Incal et surtout dans La Caste de Méta Barons où le passage où le Méta baron stérile use d'une goutte de son sang pour féconder son épouse reprend l'idée d'une séquence similaire entre le Duc Leto et Jessica pour enfanter Paul Atreides.

Il faudra donc le succès massif de Star Wars puis du premier film Star Trek pour que naisse une mode du space opera aboutissant à un nouveau projet de film Dune. On doit cette folie au producteur Dino De Laurentis qui entre le superbe Conan le barbare de John Milius et le décalé Flash Gordon de Mike Hodges était très porté les projets fantastiques risqués à l'époque. Le choix de David Lynch peut surprendre aujourd'hui mais après Elephant Man (nominé 8 fois aux Oscars) il était plutôt perçu comme un réalisateur grand public malgré le très inquiétant Eraserhead. Pour preuve il refuse même de mettre en scène Le Retour du Jedi que lui proposait George Lucas après s'être pris de passion pour le livre.

Mais que raconte donc ce Dune de Frank Herbert qui suscite tant de convoitise ? Le livre est en quelque sorte (même si le Seigneur des Anneaux plus orienté fantasy lui a ouvert la voie) le fondateur de la conception de livre univers dans la littérature de science fiction. Sorti en 1965, Herbert y développait à un niveau jamais vu un monde en son entier avec son histoire, ses conceptions et sa véracité tangible dans un cadre purement imaginaire avec force de détails. Mélangeant space opera, mysticisme, concepts religieux et grande aventure, Dune trouva son public grâce à des thématiques dans l'air du temps tel l'absorption de l'eau de la vie par Paul changeant sa perception de l'univers et qu'on peut bien sûr associer au consommation opiacées des hippies à ce moment là.

L'adaptation de Lynch sera un échec massif à sa sortie en salle mais malgré ses défauts reste un beau film. Le principal problème viendra du fait que le script (signé David Lynch himself) ne trouve jamais le juste équilibre entre le novice et le connaisseur de Dune. Malgré quelques options explicatives (la narration en ouverture avec Virginia Madsen plutôt réussie mais qui deviendra l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire pour tout les futurs réalisateurs s'attaquant à ce type de projets, Proyas s'en mord encore les doigts pour le début de Dark City) le non lecteur est rapidement perdu dans le flot de noms farfelus et l'atmosphère étrange et lente portée par de grand conflits shakespearien ne comporte pas assez d'action pour s'y raccrocher.

Le fan de Dune quant à lui peut être assez décontenancé par certains choix bien que l'adaptation soit vraiment très fidèle. La fameuse ouverture sur Virginia Madsen est très bien vue puisque dans le livre son personnage la princesse Irulan ouvre tout les chapitres par des appendices sur ces mémoires apportant complément d'informations, il est donc judicieux d'en faire notre guide au départ. Herbert usait grandement du dialogue intérieur pour ses héros afin de faire ressentir leur émotion et un second degré de perception des situations. Lynch reprend cette idée qui a bien du mal à fonctionner à l'image et amène une lourdeur certaine. Le format de deux heures sacrifie des personnages essentiel du livre comme le professeur Kynes (joué par le grand Max Von Sydow) et si la première heure est plutôt bien équilibrée, dès l'arrivée chez les fremens on a l'impression que la découverte de leur moeurs par Paul, sa transformation en guide la rébellion se fait en un clin d'oeil.

La réussite de Dune tient donc grandement dans la direction artistique, les personnages extravagants et l'atmosphère mystique que parvient à instaurer Lynch. L'aspect film-univers se ressent parfaitement dans les trois cadres que parcours l'histoire, la planète Caladan berceau des Atreides paisible et baignant dans une douce nature, l'oppressant monde industriel des Harkonnens et bien sûr Arrakis (autre nom de Dune) lieux de toutes les convoitises. Kenneth McMillan obèse et purulent Baron Harkonnen est un extraordinaire méchant tandis que le débutant Kyle MachLachlan (futur acteur fétiche de Lynch) lui oppose grâce et pureté juvénile tout en détermination. Le casting est d'ailleurs assez prestigieux dans l'ensemble (dont un superbe Jurgen Prochnow en Duc Leto, Sting débutant en Feyd Rauta) de Laurentis plaçant même son épouse Silvana Mangano en pretresse Bene Gesserit.

Si Lynch est peu à l'aise dans l'action et que certains effets spéciaux supportent mal l'épreuve du temps, l'ambiance de Dune est unique en son genre. Le réalisateur offre des tableaux envoutant et hypnotique totalement intégré à la dramaturgie du récit et capte au plus près le ton onirique et mystique du livre. On retiendra cet incroyable voyage stellaire aux images fabuleuses et bien sûr Paul prenant l'eau de la vie par laquelle il va achever son cheminement spirituel annoncé dès le départ par le leitmotiv Le dormeur doit se réveiller.

Idées saugrenue sur le papier, la musique du groupe de rock FM Toto est une grande réussite (ils n'auraient vraiment dû faire que ça) tout à la fois électrique, symphonique et synthétique, exprimant tout le mystère et le souffle épique dégagé par les images. En prime Brian Eno signe le sublime morceau Prophecy accompagnant l'expérience de Paul dans ce qui est la meilleur scène du film.

Le final épique est des plus réussis avec l'assaut des vers (à l'esthétique discutable de Carlo Rambaldi) décimant les armées de Sardaukars impériales dans des cadrages impressionnant. Le meilleur est cependant pour la fin avec cette génial trahison du livre (à nouveau on peut imaginer que Proyas s'en est inspiré pour la fin de Dark City qui relève d'une idée proche) ou Paul définitivement devenu le Kwisat Haderach divinité omnisciente réalise l'impossible et fait tomber la pluie sur Dune. On peut se demander comment ils comptaient lancer les suites envisagées avant le bide avec pareille séquence, mais à l'écran cela donne une conclusion magistrale.

Dune connaîtra une seconde adaptation télévisée dans les années 2000, plus fidèle mais visuellement hideuses et sacrifiant au tout numérique. Une nouvelle version était envisagée jusqu'à il y apeu mais il semble que le projet soit tombé à l'eau. En attendant une autre vision, la magie du film de David Lynch nous suffit amplement...


Sorti en dvd zone 2 français dans une belle édition chez Opening