Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 13 septembre 2012

Il Giovedi - Dino Risi (1963)


Dino, la quarantaine, qui vit séparé de son épouse depuis de longues années, profite d’un jeudi passé en compagnie de son jeune fils de 8 ans, Robertino, pour tenter de gagner son affection et retrouver son estime…

Coincé entre des titres majeur de la filmographie d'un Dino Risi au sommet de son art (Une vie difficile, Les Monstres, Le Fanfaron sortent un peu avant ou après) Il Giovedi est considéré à tort comme un opus mineur du réalisateur. Son échec commercial aura amoindri sa portée face au succès en cours de Risi et surtout son ton intimiste et tendre, loin de la férocité et du cynisme habituel de l'auteur en fait un film assez différent et déroutant. Risi ne s'y trompait d'ailleurs pas, plaçant Il Giovedi parmi ses réalisations favorites.

On suit ici la rencontre d'une journée entre Dino (Walter Chiari), quarantenaire raté et sans le sous avec Robertino son jeune fils de 8 ans dont il ne s'est jamais occupé. Un fossé semble séparer le père gouailleur, exubérant et affabulateur et le fils réservé, bien élevé et au tempérament déjà très mature. Le récit va tâcher de les rapprocher en faisant tomber progressivement les masques au fil de cette journée et faire naître l'affection entre eux.

Dino Risi (sur un scénario de Castellano et Pipolo) signe un récit tout en retenue, sans vrai pic dramatique ni rebondissement où l'émotion naîtra d'évènements mineurs qui permettent au père et fils de se découvrir au fil de cette journée. L'acuité du regard de Risi fait merveille pour saisir le caractère de chacun en quelques poignées de scène. L'introduction où l'on découvre un Dino endetté, entretenu et mythomane suffisent à nous expliquer sa situation et la distance avec Robertino élevé dans un milieu guindé et nanti se dévoile dès la première rencontre où les manières froide du garçonnet s'opposent à l'affection forcée de son père.

Les premiers pas communs sont donc forts parlant avec un Dino cherchant à épater Robertino par ses mensonges où il se voit trop beau (héros de guerre, chef d'entreprise) tandis que le gamin acquiesce froidement et griffonne ses observations dans le petit journal intime qu'il tient déjà. L'ironie légendaire de Risi est bien présente mais perd de sa pure méchanceté pour se faire attachante dans le regard moqueur et tendre de ce père maladroit magnifiquement interprété par Walter Chiari. De même son côté scrutateur cruel des travers de ces concitoyens adopte cette fois le regard amusé et pas dupe du petit garçon qui de circonspect face à son géniteur bavard s'en amuse puis s'y attache peu à peu.

Le naturel du jeune Roberto Ciccolini (pour son seul rôle cinéma) à la bouille craquante y est pour beaucoup, Risi capturant par une alternance de plan alterné ses sourires en coin, ses airs renfrognés et regards aimant ses réactions face aux les gesticulations de son géniteur. Le principe est posé dès le début lors des séquences en voiture où les deux se jaugent, plus tard ce sera pour montrer leur complicité naissante et plus le film avance pour ce motif tendra à disparaitre, Dino et Robertino enfin binôme se partageant la présence dans le plan le temps de jeu, course poursuite et blague diverse. La séquence dans le champ où ils ferment les yeux en imaginant leurs précédentes incarnations et les montrant en plan large dans ce grand espace expriment bien cela quand on contraire à la fin ils seront à nouveau séparés dans le cadre quand Robertino assistera du haut des escaliers à l'humiliation de son père par un créancier.

Les micros drames ne sont pas absents de cette journée qui va confronter Dino à ses contradictions par son refus d'un emploi stable, l'échec de toutes ses combines et le dépit de sa compagne (charmante Michelle Mercier) exaspérée de cette immaturité. Sans forcer le trait et au fil de pérégrinations dans la langueur de cette Rome estivale, on assiste par des faits anodins à la prise de conscience de Dino qui de désinvolte et faux se transforme en vrai père sincère et joueur. Le regard quasi chirurgical de Risi présent dans ses plus grosses farces prend un tour plus retenu, la caricature dans la description des travers humain devenant ici une peinture ordinaire d'un homme maladroit, bardé de défauts mais très touchant.

L'outrance laisse place à un déroulement et des situations inscrites dans le quotidien où l'humour plus léger et chaleureux que méchant naît des interactions entre le père et le fils. Pas de message (même si l'épanouissement de Robertino face à la décontraction populaire de son père opposée aux règles diverses de son cadre aristocrate est plusieurs fois soulignée) mais seulement un joli moment passé avec deux être qui se découvrent.

La fin est très belle avec une nouvelle fois Risi échappant à l'écueil mélodramatique pour nous cueillir magnifiquement à travers la réaction simple et spontanée de Robertino au moment de quitter son père, celui-ci qui s'attarde pour l'observer à distance et leur lien s'exprimant par un simple sifflement de connivence. En forçant moins le trait, Dino Risi réalise sans doute son film le plus ouvertement chaleureux, plus même que Le Fanfaron.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC/M6 Vidéo

vendredi 1 avril 2011

Casanova 70 - Mario Monicelli (1965)


Femmes fatales ou pures ingénues, en passant par les épouses parfaites, aucune ne résiste à Andrea, bel officier de l'OTAN qui va de conquête en conquête au gré de ses déplacements. Las de si faciles victoires, ce séducteur prématurément blasé n'arrive plus à éveiller son désir que lorsqu'il se trouve dans des situations périlleuses. Afin de régler son problème, il décide de se faire psychanalyser...

Casanova 70 est un Monicelli mineur, réalisé durant la période creuse des 60's pour le cinéaste après ses chef d’œuvre de la fin des 50's (La Grande Guerre, Le Pigeon) avant la nouvelle embellie des 70’s avec amorcées avec Mes chers amis. Le film offre cependant un des numéros d’acteurs les plus mémorables de Mastroianni où ce dernier est confronté à un mal particulier pour un séducteur, l'impuissance. Ayant découvert que le seul moyen d'éveiller sa libido est de se trouver dans une situation dangereuse, le scénario (fonctionnant plus comme un film à sketches malgré la trame générale chaque lieu et situation changeant selon la nouvelle conquête) offre foule de moments hilarants, chaque nouvelle proie de Mastroianni constituant une nouvelle mission difficile à effectuer. Il est dommage que le concept ne soit pas exploité jusqu'au bout car c'est là que le film décolle réellement et devient tordant.

Cela commence doucement avec un Mastroianni séduisant la femme de son supérieur tout en lui envoyant un télégramme pour qu'il rentre, l'urgence ressentie renforçant l'excitation. Viendra ensuite une coucherie dans un lit à baldaquin napoléonien, en plein milieu d'un musée. On s'aventure ensuite dans l'absurde, lorsque Andréa abandonne sa fiancée au cirque pour aller embrasser une jolie dompteuse dans la fosse aux lions et surtout ce passage où il se fait passer pour un médecin afin de vérifier la virginité d'une jeune sicilienne peu farouche alors que sa famille attend la réponse dans la pièce d'à côté.

Le tout se concluant dans une course poursuite fusil à la main où on reconnaît la patte des scénaristes Age/Scarpelli pour tourner les moeurs moyenâgeuses des Siciliens à la farce énorme. Malheureusement, au lieu de multiplier ce genre de situation en poussant de plus en plus loin le délire et le danger (comme l'épisode de la prostituée qui porte-malheur à ses clients), le film se perd un peu dans d'autres sous-intrigues moins intéressantes comme tout le final dans le château avec le mari retors et jaloux de Marisa Mell, interprété par Marco Ferreri en personne.

Il y a un certain potentiel inexploité, peut-être à cause de la censure mais surtout par manque d'audace. Marcello Mastroianni est parfait, au carrefour de ses rôles comiques et de son image de séducteur, qu'il casse et glorifie à la fois ici, notamment dans son discours final où il fait l'éloge de la conquête, préférant une séduction de longue haleine plutôt qu'une fille lui tombant facilement dans les bras. Un ode au challenge de la séduction en somme qui donne tout son sens à cet inégal mais fort agréable film.

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

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