Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 5 novembre 2024

R comme Roger - Baxter!, Lionel Jeffries (1973)

Roger Baxter (Scott Jacoby), un jeune Américain souffrant d'un trouble de l'élocution, part vivre à Londres avec sa mère (Lynn Carlin) après le divorce de ses parents. Il a du mal à prononcer la lettre R et, à l'école, il se rapproche de son orthophoniste (Patricia Neal). Il se lie d'amitié avec sa voisine du dessus, Chris Bentley (Britt Ekland), qu'il rencontre dans l'ascenseur, et son mari français, Roger Tunnell (Jean-Pierre Cassel).

Parallèlement à sa fructueuse carrière de comédien au sein du cinéma anglais, Lionel Jeffries a mené une courte mais belle carrière de réalisateur essentiellement consacré au film pour enfant. The Railway Children (1970), son premier essai, fut un grand succès et un classique instantané du cinéma anglais. Il réitère l’exploit avec le superbe The Amazing Mr Blunden (1972), qui bien qu’à destination du jeune public se teintait d’une vraie noirceur et atmosphère de film gothique. Jeffries ne craint pas d’aborder des thématiques difficiles telle que la mort, la vieillesse, la séparation dans ses fables où il ne prend jamais son spectateur juvénile de haut, et dont la profondeur est apte à toucher les adultes. Cela se confirme avec Baxter, nouveau bijou de sensibilité.

The Railway Children et The Amazing Mr Blunden étaient adaptés de classiques anglaise de la littérature enfantine dont les récits se situaient dans le passé (l’Angleterre victorienne pour The Railway Children, et edouardienne pour The Amazing Mr Blunden). Chacun des films proposaient un message bienveillant célébrant l’entraide, sous un jour lumineux dans The Railway Children et plus inquiétant dans The Amazing Mr Blunden. Cet ancrage dans le passé et le cadre rural des récits leurs conféraient une certaine idéalisation du monde de l’enfance, théâtre de tous les possibles. Baxter, adapté du roman The Boy Who Could Make Himself Disappear (publié en 1968), vient rompre ce confort en se situant à une époque contemporaine. On retrouve cependant les prémices des deux autres films avec Roger Baxter (Scott Jacoby), jeune adolescent qui va se trouver déraciné après le divorce de ses parents, quittant les Etats-Unis pour venir vivre à Londres avec sa mère (Lynn Carlin). Les flashbacks dépeignant le passé familial douloureux puis le présent de l’installation à travers les échanges acerbes entre Roger et sa mère illustre une situation complexe pour le jeune adolescent. Bien que désormais éloigné géographiquement, son père accaparé par ses affaires a toujours été absent pour lui, et sa mère bien que vivant avec lui est davantage préoccupée par sa vie mondaine et ses loisirs que de s’occuper de lui.

En apparence Baxter est pourtant un enfant enjoué et à la langue bien pendue. C’est pourtant bien son élocution qui trahit ses maux intimes puisqu’il se montre incapable de prononcer la lettre R (qui devient L) lorsqu’il s’exprime – renforçant sa crise d’identité puisqu’il est incapable de correctement prononcer son propre prénom. Cette faille qui aurait pu être soignée plus tôt avec de la patience, de l’amour et de l’attention persiste chez lui, suscitant les railleries de son professeur d’anglais. D’ailleurs la quête d’attention du personnage réside dans le fait d’exposer d’emblée son « handicap » à chaque nouvel interlocuteur plutôt que de honteusement le cacher. Le microcosme rural, les personnalités excentriques rencontrées et l’équilibre entre ce qu’ils donnaient et recevaient construisaient une sorte d’idéal romanesque et solidaire dans les précédents films de Lionel Jeffries. Cela ne semble qu’en partie reproduisible dans la grisaille urbaine de Londres dans laquelle, le moral au plus bas, il traîne sa mélancolie. Cette notion de microcosme bienveillant va néanmoins exister avec le couple de voisins qui va s’attacher à lui. 

Elément gênant dans son propre domicile en présence de sa mère, Roger se déride et devient spontané, détendu et sollicité en compagnie du français Roger (Jean-Pierre Cassel) et de l’anglaise Chris (Britt Eckland) quand ils l’emmènent avec eux à la campagne. La joyeuse euphorie de ces moments alterne avec sinistrose de la demeure familial, dans le fond et la forme. Lionel Jeffries adopte des couleurs et un montage « pop » dans les environnements et la compagnie plus aimante de Roger, et retrouve une imagerie terne et exiguë lors des retours au quotidien. C’est un véritable ascenseur émotionnel traduisant un état de dépression dont même les moments heureux en deviennent douloureux. Ainsi lors d’un immense moment de détresse et de solitude, le sourire revient le visage de Roger le temps d’une tourbillonnante scène de cuisine, mais le semblant d’atmosphère familial alors créé par la chaleur de Chris et Roger rappellent au jeune garçon ce qu’il n’a jamais vécu et ne vivra jamais avec les siens. Jeffries illustre subtilement ce schisme, avec un cadre dans le cadre montrant Jean-Pierre Cassel et Britt Eckland s’affairant joyeusement dans la cuisine éclaire, tandis que Roger se trouve dans la pièce extérieure, loin d’eux malgré leur gentillesse.

Le très beau personnage d’orthophoniste incarné par Patricia Neal représente un vrai pivot pour Roger, celle face à qui il n’a pas à forcer un masque de joie, avec laquelle il peut montrer ses failles – terrible scène où il échoue à prononcer Rolls Royce devant elle après avoir réussi quelques instants plus tôt. La vraie noirceur du récit surprend, notamment une dernière demi-heure durant laquelle Roger perd définitivement pied. Lionel Jeffries multiple les idées formelles pertinentes pour traduire cet état d’anxiété et de dépression, notamment par une caméra subjective et chaotique exprimant l’oubli de lui-même et le sentiment d’abandon de Roger. Le jeune Scott Jacoby est incroyablement touchant, d’une vulnérabilité suscitant une profonde empathie pour une des prestations les plus impressionnantes réalisée par un enfant-acteur. Cette sincérité va paradoxalement desservir le film puis Bernard Delfont, producteur à la tête de Anglo-EMI Film Distributors, principale compagnie finançant le film, sera rebuté par cette tonalité sombre et reportera la sortie du film qui bien que tourné avant The Amazing Mr Blunden sortira un après celui-ci. Voilà donc un superbe mélodrame à hauteur d’enfant qui mérite d’être remis en lumière. 

Actuellement visible en streaming sur MyCanal

samedi 7 octobre 2023

Les Indomptables de Colditz - The Colditz Story, Guy Hamilton (1955)


 La forteresse de Colditz est une prison militaire réputée infranchissable. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont l'idée d'y transférer les rois de l'évasion de toutes les nationalités. Regrouper ainsi des récidivistes de l'évasion se révélera une idée plus dangereuse que lumineuse...

The Colditz Story est un récit s'inscrivant dans le courant du film de guerre anglais des années 50, période qui en contrepoint des films de propagandes produits durant le conflit, s'attache désormais à atténuer le message collectif pour s'attacher aux histoires individuelles. Un des films les plus fameux dans cette veine est L'évadé du camp 1 de Roy Ward Baker (1957), qui osait même adopter le point de vue allemand avec son héros roi de l'évasion incarné par Hardy Krueger. Il est également question d'évasion dans The Colditz Story, adaptation du roman éponyme de Pat Reid (publié en 1952), officier britannique qui y narrait son évasion de la redoutable prison militaire et destination finale des évadés multi récidivistes. Le scénario de Guy Hamilton, Ivan Foxwell et William Douglas-Home assume cependant dès son générique avoir grandement romancé les évènements. Sur le papier le film distille le programme attendu et largement vu dans ce type de film d'évasion en tant de guerre, notamment hollywoodien comme Stalag 17 de Billy Wilder (1953) ou plus tard La Grande évasion de John Sturges (1963).

Le traitement va cependant détonner des habitudes et ce dès la scène d'ouverture ou Pat Reid (John Mills) et son ami Mac (Christopher Rhodes) sont transférés à Colditz. Après avoir été introduit dans leurs quartiers et liés connaissance avec leur compagnon d'infortunes britanniques, la porte de leur cellule est crochetée par des soldats polonais voisins dans une tonalité presque humoristique. C'est une manière d'esquisser la nature cosmopolite de la prison, d'exposer ses personnalités fantasques ayant déjà apprivoisé les lieux en vue de les quitter au plus vite, et de donner l'illusion que Colditz est une geôle dont on pourra s'évader facilement. Les quelques plans d'ensemble montrant les vues intimidantes de cette forteresse située sur les hauteurs d'une colline gelée suffisent à calmer les ardeurs, mais le film ne joue étonnamment pas sur la cinégénie et la topographie de ce fabuleux décor pour développer son suspense. C'est sur ce point que le film dénote du modèle hollywoodien et The Colditz Story préfigure davantage Le Caporal épinglé de Jean Renoir (1962) voire la série télévisée Papa Schultz dans son traitement. Le drame de la guerre n'y est pas traité en comédie (malgré des moments légers) mais le traitement de l'évasion y a quelque chose d'étonnamment trivial, et finalement plus réaliste.

La première raison des échecs des tentatives d'évasion sera donc certes la rigueur de la surveillance de Colditz, mais surtout le manque de concertation entre les différentes nationalités de la prison. Ce ton léger et tendu s'exerce dans les deux premières scènes d'évasion où il y a d’abord interférence temporelle (l'échec d'une évasion française empêchant l'évasion anglaise en cours) puis topographique lorsque les tunnels creusés par les Anglais et les hollandais se croisent et s'effondrent, alertant les Allemands. On assiste donc à une étonnante coopérative de l'évasion, où toutes les nations en place se concertent et s'entraident dans leurs stratégies respectives. Certaines évasions relèvent du stratagème méticuleusement élaboré, et d'autres de la pure et folle improvisation selon les opportunités (ce qui annonce totalement le traitement de Le Caporal épinglé), la vraie tension se disputant à la surprise voire l'hilarité en passant d'un type d'escapade à l'autre. Le protagonistes anglais sont bien sûr les plus développés, avec notamment un excellent John Mills en "coordinateur des évasions", un flegmatique Eric Portman en chef charismatique, Christopher Rhodes en colosse soupe au lait, et quelques autres que l'on a davantage l'habitude de voir dans un registre comique comme Lionel Jeffries ou Ian Carmichael (habitué des rôles d'ahuri chez les frères Boulting). 

Si aucun personnage ne se détache chez les autres nations, Guy Hamilton les fait exister par le panache dont ils font preuve dans certaines séquences pour les français (l'évasion "acrobatique" totalement improbable d'un officier), du sens de l'honneur chez les polonais (le tribunal mis en œuvre pour juger une taupe) ou l'habileté stratégique des hollandais - une amusante concurrence sur la nation la plus efficace naissant même au sein du camp. Même les Allemands bénéficient d'un traitement subtil, s'incarnant comme des geôliers impitoyables certes, mais aussi des militaires effectuant simplement la tâche qui leur est assignée ce qui les différencient du pur sadisme nazi. C'est abordé sur un registre grave lorsqu'il s'agira d’exfiltrer le prisonnier polonais démasqué comme informateur (et subissant le chantage de la gestapo) ou dans un ton plus léger le commandant du camp (Frederick Valk) ne pouvant s'empêcher de lâcher un petit rire lorsqu’un de ses officiers subit la moquerie des Anglais.

Le film jongle avec brio sur plusieurs registres et reste captivant de bout en bout, notamment dans le dilemme moral posé par l'ultime évasion dont la méthode simple et efficace dénote avec tous les plans complexes qui ont précédemment échoués. Une grande réussite qui sait offrir une proposition détonante dans le registre balisé du film de "camp de prisonniers". Le film sera un immense succès en Angleterre, se plaçant quatrième au box-office de 1955. Le livre bénéficiera d'une seconde adaptation sous forme de série télévisée dans les années 70 à la télévision anglaise.

Sorti en bluray anglais doté de sous-titres anglais chez Studio Canal, et disponible avec sous-titres français en streaming sur MyCanal

vendredi 16 septembre 2022

The Amazing Mr. Blunden - Lionel Jeffries (1972)

L'histoire commence en 1918, quand M. Blunden rend visite à Madame Allen, récemment devenue veuve et vivant dans des circonstances de pauvreté avec ses trois enfants, Lucy, Jamie et le bébé Benjamin. M. Blunden propose à Mme Allen un emploi de gardienne dans une maison qui appartenait auparavant à M. Latiner, elle accepte l'emploi, malgré les rumeurs de fantômes dans la maison. Puis Lucy et Jamie rencontre des fantômes.

Le populaire comédien Lionel Jeffries avait effectué un tonitruant passage à la réalisation en 1970 en signant le film culte The Railway Children. En adaptant le classique de la littérature anglaise de Edith Nesbit, Jeffries en avait signé un des plus beaux films pour enfant qui soit, formellement inventif, bienveillant mais sans niaiserie, lumineux mais jamais mièvre. Ce créneau du film pour enfants allait être le sien le temps le temps de ses quatre autres réalisations dans les seventies (Baxter (1973), Wombling Free (1977), The Water Babies (1978)) et avec The Amazing Mr. Blunden, il atteint un nouveau sommet. Le film est de nouveau l’adaptation d’un classique cette fois plus contemporain (publié en 1969 contre 1906 avec The Railway Children) de la littérature enfantine avec The Ghosts de Antonia Barber. 

Lionel Jeffries se trouve à la fois dans la totale continuité thématique de son film précédent, mais dans une approche différente. Même le point de départ entretient le mimétisme avec The Railway Children avec cette famille amputée du père (cette fois décédé) et vivant dans le dénuement qui va être contrainte de s’exiler à la campagne. Ce départ est un bien fait pour les Allen ayant du mal à joindre les deux bouts, mais l’opportunité arrive de façon étrange avec ce curieux M. Blunden (Laurence Naismith) proposant à la mère (Dorothy Alison) un poste de gardiennage pour une maison de campagne abandonnée. Ce faisant il demande aux deux enfants Lucy (Lynne Frederick) et le cadet Jamie (Garry Miller) s’ils seraient effrayés de croiser des fantômes dans leur future demeure, et rassuré du contraire il s’éclipse à son tour de manière presque spectrale. D’autres allusions durant l’introduction laissent supposer également un élément surnaturel jusqu’à ce que une fois installée, la fratrie rencontre effectivement des fantômes. Dès cette première apparition se manifeste la grande qualité qui va parcourir tout le film. Les fantômes surgissent en plein jour, silhouettes translucides et incertaines avançant vers nos héros de manière réellement inquiétante. Lionel Jeffries réalise certes un film pour enfant, mais assume totalement l’imagerie du film gothique.

Il fait cohabiter cette tonalité avec un message bienveillant qui renoue avec celui de The Railway Children. Les fantômes sont en effet deux enfants, Sara (Rosalyn Landor) et Georgie (Marc Granger) ayant vécu dans la maison cent ans plus tôt, en 1818. Ayant trouvé dans la bibliothèque abandonné les composants d’un sortilège permettant de voyager brièvement dans le temps, Sara et Georgie viennent solliciter l’aide de Lucy et Jamie afin qu’il les sauve de leur sort funeste annoncé. Leur mort permettant à l’affreuse belle-mère (Diana Dors méconnaissable) de toucher un juteux héritage, ils sont amenés à périr dans d’affreuse circonstances. Leurs précédentes tentatives ont échoué car les adultes ayant perdu l’innocence permettant de distinguer le surnaturel ne les voient pas, et les enfants qui les distinguent s’enfuient apeurés. Lucy et Jamie averti par le mystérieux M. Blunden n’ont pas cette réaction, les écoutent et décident de les aider en voyageant dans le passé après avoir concocté la fameuse mixture à leur tour. 

Lionel Jeffries ravive l’idée d’un monde de l’enfance fait d’entraide et encore une fois de bienveillance, face à des adultes malveillants, inconséquents ou insensible. Dans ce sens le vrai rôle de M. Blunden dans l’histoire, la tragédie et la culpabilité qui guident ses actions amènent un degré de lecture supplémentaire au film, bien aidé par l’interprétation très touchant de Laurence Naismith. Le réalisateur trouve l’équilibre idéal dans sa mise en scène et direction d’acteur pour jouer sur plusieurs tonalités. Le jeu des méchants donne dans une outrance donnant dans le Disney live, mais avec cette petite dose de monstruosité et cruauté propre à impressionner le jeune public et révolter les plus âgés pour une empathie parfaite. Le filmage à hauteur d’enfant rend d’autant plus éprouvantes les maltraitances subies par Sara et Georgie, sous la candeur de l’ensemble plane toujours l’ombre de la mort (Sara et Georgie tombant sur la tombe de leurs amis dans le présent) et Jeffries utilise toute la gamme formelle à sa disposition pour poser une ambiance gothique glaçante. La photo de Gerry Fisher baigne l’ensemble d’une aura macabre, la maison est un vrai personnage secondaire dont les pièces sont des pièges ou des solutions, et Elmer Bernstein signe un score superbe ou la peur se conjugue à l’emphase mélodramatique. 

Ainsi mis en condition, on vibre réellement lors du grand climax sur fond d’incendie dévastateur, d’autant que l’on en a vu des bribes en flashbacks du drame initial aux conséquences tragiques. Jeffries parvient à allier spectaculaire, ambiguïté du « déjà-vu » et rédemption à travers un suspense rondement mené. En traçant sa voie entre fantastique, épouvante et point de vue enfantin sans jamais en exacerber aucun, il parvient à signer une œuvre marquante propre à effrayer et stimuler les bons penchants de son jeune public. Le bien appelle donc le bien lors de la conclusion naïve où les bonnes actions «passées » de nos héros vont avoir d’heureuses répercussions sur leur présent par le jeu ludique des paradoxes temporels que l’on accepte bien volontiers. Une belle réussite, équivalente si ce n’est supérieure au plus acclamé The Railway Children. Le roman d’Antonia Barber a connu une seconde adaptation plus récente pour la télévision en 2021. 

Sorti en bluray anglais Second Sights Films dans une très belle édition dotée de sous-titres anglais et comportant le livre (en anglais bien sûr) d'Antonia Barber

lundi 21 novembre 2011

The Railway Children - Lionel Jeffries (1970)


Roberta (Bobbie), Peter et Phyllis (Phil) vivent à Londres, dans une grande et belle villa avec domestiques, jusqu'à ce que, suite à la visite que font deux hommes à leur père, celui-ci disparaisse et que Mère et les trois enfants déménagent pour une petite maison à la campagne. Après une première soirée d'angoisse et de désespoir, les trois enfants découvrent que la maison surplombe une ligne de chemin de fer.

The Railway Children est l'adaptation d'un grand classique de la littérature enfantine anglaise de Edith Nesbit, pionnière du genre dont l'influence s'étend de C.S. Lewis à JK Rowling en passant par Diane Wynn. Le livre a connu pas moins de six adaptations dont une radiophonique et trois télévisuelles produites par la BBC en 1951, 1968 et plus récemment en 2000. Le film de Lionel Jeffries est la seule version cinématographique et demeure la version plus célèbre. On comprend pourquoi tant on a rarement vu plus belle description du monde de l'enfance.

Roberta (Jenny Agutter), ses frères et sœur cadets Peter (Gary Warren) et Phyllis (Sally Thomsett) voit leur existence confortable et protégée voler en éclat lorsque deux hommes emmènent leur père pour d'obscures raisons le jour de noël. Bien que leur mère essaie tant bien que mal de leur dissimuler la vérité, les enfants voient le quotidien se détériorer avec le départ de plusieurs domestiques et l'angoisse autour du sort de leur père. La famille réduite est bientôt contrainte de déménager dans une demeure modeste à la campagne. L'abattement initial cède bientôt la place à la folle aventure lorsque les enfants découvrent qu'une ligne de chemin de fer passe à côté de leur maison.

Par un équilibre miraculeux, le film parvient à faire preuve d'une sensibilité extrême sans jamais tomber dans la niaiserie ou les bons sentiments. Lionel Jeffries à l'origine comédien réalise là son premier film et dirige magnifiquement son jeune casting. Le rôle de l'aîné Bobbie n'a plus de secret pour Jenny Agutter qui l'a déjà interprété dans la version TV de 1968 et elle est ici merveilleuse de maturité et de douceur naturelle. Sally Thomsett est-elle la craintive et espiègle Phyllis et sa performance est d'autant plus impressionnante qu'elle avait 20 ans alors qu'elle jouait une fillette de 11 sans que le spectateur ne le distingue et pour l'anecdote son contrat lui interdisait durant le tournage d'apparaître cigarette à la main ou en compagnie de son petit ami pour ne pas éventer l'astuce. Gary Warren complète le trio en fougueux et intrépide Peter, benjamin de la bande.

L'évasion amenée par les passages quotidiens du train amène les enfants à oublier momentanément leur problème et de manière inattendue à se faire de nouveau amis. Cela sera le cas avec un passager bienveillant surnommé le "Old-Gentleman" (William Mervyn) qui va s'habituer à leur facéties lors de ses voyages et faire office d'ange gardien, le loufoque chef de gare Perks (Bernard Cribbins) ou le très sollicité Docteur Forrest (Peter Bromilow).

Après avoir suscité la bienveillance et la gentillesse de chacun, le trio use du cadre de la gare et des chemins de fers pour aider les autres à leur tour. Cet aspect est amené avec une infinie délicatesse, toujours touchante et jamais trop forcées dans le statut de bienfaiteurs de la communauté acquise par le trio qui entre autre exploits évite la traversée d'un éboulement à un train ou aide un réfugié russe à trouver sa famille (rebondissement qui permettait à Nesbit de glisser quelques-unes de ses idées socialistes). L'interprétation des adultes est au diapason notamment Bernard Cribbins en Perks qui offre un des plus beaux moments du film lorsque croyant à de la charité il rejette le cadeau d'anniversaire des enfants avant de se raviser. Dinah Sheridan en mère courage et compréhensive est tout aussi attachante.

Lionel Jeffries confère l'esthétique idéale avec un début bourré d'idées visuelles ludiques pour savourer ce bonheur éphémère où toute la famille est réunie avant de donner dans un ton plus posé et contemplatif quand on arrive à la campagne. Là on a véritablement le sentiment de voir se tourner les pages des livres d'images de notre enfance avec ces couleurs chatoyante, cette nature chaleureuse où tout est une constante découverte. Jeffries n'abandonne jamais le point de vue enfantin (et même si on devine où est le père on n'en connaîtra la raison que quand Bobbie la découvrira également) donnant ainsi un sentiment d'émerveillement permanent avec les éléments les plus anodins, que ce soit les multiples passages du train toujours inventifs, l'utilisation du décor de la gare ou l'apparition de personnages notamment le Old-Gentleman ou la féérique réapparition finale de l'être tant attendu.

On sent beaucoup l'influence du Whistle down the wind de Bryan Forbes (qui est joliment remercié lors du générique de fin où on entend une voix crier "Thank you Mr Forbes" car il contribua à boucler le financement du film). Vraiment une merveille pour qui a gardé son âme d'enfant et qui se conclu par un sublime générique final où le casting franchi le quatrième mur pour nous dire au revoir. Immense succès public et critique à sa sortie, The Railway Children a depuis bercé les souvenirs de plusieurs générations de jeunes spectateurs et fait aujourd'hui figure de grand classique du cinéma anglais, classé dans les 100 plus grands films anglais par la BFI notamment. Témoin de cette longévité, Jenny Agutter aura effectué une troisième incursion dans l'univers de Edith Nesbit en jouant cette fois la mère lors de l'adaptation télévisée de 2000.

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa

Extrait