Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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dimanche 18 août 2024

Planète hurlante - Screamers, Christian Duguay (1995)


 Nous sommes en 2078 sur la planète Sirius 6B. L'Alliance, regroupement de mineurs qui s'oppose à un puissant consortium qui extrait un minerai radioactif, va devoir affronter dans sa lutte une redoutable armée, les Screamers, robots autonomes enfouis dans le sol qui détectent tout ce qui vit et l'exterminent. Le colonel Hendricksson, commandant de l'Alliance, va essayer de sauver les quelques mineurs rescapés.

 Planète hurlante est une œuvre de science-fiction qui doit sans doute sa mise en production au succès de Total Recall de Paul Verhoeven, sorti quelques années plus tôt. Tout comme ce dernier, Planète hurlante est une adaptation de Philip K. Dick (la nouvelle Nouveau modèle publiée en 1975) et fut un projet de longue haleine portée par Dan O’Bannon également coscénariste de Total Recall. O’Bannon rédige un script dès 1983 sans que le film se fasse, qui ressurgit donc des tiroirs au milieu des années 90, en partie réécrit au niveau des dialogues par Miguel Tejada-Flores mais restant fidèle dans les grandes lignes au texte initial.

Le film est un alliage habile d’horreur et de science-fiction, posant avec efficacité le contexte politique de son univers. Si les tenants et aboutissants d’une guerre industriel sont grossièrement exposés dans le texte d’ouverture, la situation d’une colonie abandonnée et isolée depuis de longues années sur la planète théâtre du conflit est bien amenée. Cela se ressent par le travail sur le décor, montrant ce lieu de vie comme une anomalie dans un espace désertique et menaçant. La lassitude des protagonistes est un autre facteur, notamment grâce à la remarquable prestation de Peter Weller, excellent en militaire sarcastique et désabusé. 

Un des dangers rencontré est les Screamers, robots sous-terrain lâchés dans le sous-sol de la planète et assaillant tout individu traversant leur espace, repéré par ses battements de cœur. La scène d’ouverture nous montre une démonstration de force sanglante des Screamers, ennemi invisible si ce n’est les lignes tracées dans le sol qu’ils traversent à toute vitesse à la poursuite de leur proie. La séquence et le principe rappelle le film d’horreur Tremors  (1990), le cadre de SF en moins. Néanmoins, les assauts des Screamers s’avèrent progressivement plus ciblés et stratégiques, comme si le long fonctionnement en autonomie durant toutes ces années les avait fait évoluer.

C’est ce que nous allons progressivement découvrir durant le périple de sauvetage effectué par Hendricksson (Peter Weller) qui va croiser la route de Screamers bien plus sournois et complexe. Sans égaler le climat d’angoisse du chef d’œuvre de John Carpenter, Christian Duguay installe néanmoins une paranoïa lorgnant sur The Thing (1982), sentiment renforcé par la désolation enneigée des paysages parcourus par les personnages. La direction artistique est superbe, ajoutant une touche futuriste et un gigantisme à de vrais décors, que ce soit le stade Olympique de Montréal ou un ancien site d’usine qui ajoute une couleur à la fois industrielle (les anciens sites miniers de la planète) et inquiétante à l’ensemble. La première découverte de l’évolution des Screamers est surprenante par les perspectives de duperie qu’elle ouvre, installant une tension et suspicion de tous les instants. Cela générer quelques vraies images chocs, telle cette armée de Screamers à l’apparence d’enfant décimée par nos héros, et plusieurs rebondissements marquant.

Là encore le script est malin puisqu’après avoir joué la pure carte paranoïaque et donc du seul suspense, les incarnations suivantes des Screamers secouent les personnages par rapport à leurs émotions. En tenant compte des liens tissés durant l’aventure ou faisant ressurgir un visage du passé, à la peur s’ajoute la douleur et la déception. C’est en travaillant cette facette sensible que le film tient en haleine, même en distillant parfois des révélations et retournements de situations attendus – même si les surprises tiennent jusqu’à dernière image. Voilà donc une série B de SF tout à fait recommandable, qui ne souffre que de quelques effets numériques parfois un peu datés. 

Sorti en blu-ray français chez ESC

lundi 24 décembre 2012

Robocop - Paul Verhoeven (1987)

Les services de police inventent une nouvelle arme infaillible, Robocop, mi-homme, mi- robot, policier électronique de chair et d'acier qui a pour mission de sauvegarder la tranquillité de la ville. Mais ce cyborg a aussi une âme...

Premier film américain de Paul Verhoeven, Robocop est un classique instantané qui  offrira une nouvelle voie au « Hollandais violent ». Persona non grata aux Pays-Bas suite aux multiples provocations de ces œuvres (dont un ultime pied de nez magistral avant son départ avec Le Quatrième Homme), Verhoeven  rencontra l’échec également avec le tout aussi peu consensuel La Chair et le Sang, fascinante fresque historique montrant un Moyen Age comme on l’a rarement vu au cinéma, barbare, paillard et où règne l’obscurantisme religieux.

Désormais exilé aux Etats-Unis, Verhoeven végète faute d’un projet intéressant  et s’apprête à balayer d’un revers de la main le script de Robocop qu’on lui a adressé mais sa propre épouse l’incitera à revoir sa décision. En effet, sous le pitch de série B poussif (un policier transformé en robot traque les truands dans la ville) le script de  Michael Miner et Edward Neumeier s’avère bien plus corrosif qu’il n’y paraît. Verhoeven y trouve la voie qui fera le sel de toute sa période américaine : offrir un spectacle divertissant et attrayant sous lequel se dissimule un sous-texte virulent. On aura ainsi parmi les grandes réussites à venir le All About Eve de Mankiewicz revisité à l’aune de la vulgarité du monde des strip-teaseuses de Las Vegas (Showgirls), une quasi  parodie de polar Hitchcockien transcendée par sa virtuosité et ses écarts sexuels (Basic Instinct) et surtout le visionnaire et incompris Starship Troopers, critique d’une société totalitaire, manipulé par les médias et fascinée par l’uniforme anticipant l’Amérique de George W.Bush.

Ici la cible de Verhoeven et de ses scénaristes sera la société américaine des 80’s, règne du cynisme, du paraître et de de la consommation où les nouveaux dieux sont les yuppies aux dents longues. La caricature est poussée à gros trait avec les faux spots de pub outranciers traversant tout le film, les réunions d’exécutives obséquieux et le cynisme glacial des nantis (ce n’est qu’un détail lancé par Ronny Cox alors que l’ED209 vient de massacrer un innocent).  L’humanité va surgir de la plus étonnante des façons dans toute cette ironie sous la cuirasse (conçue par Rob Bottin) de l’imposant Robocop.

Verhoeven use de manière surprenante de la parabole christique où en reconquérant son humanité, tel un Jésus d’acier Robocop va racheter les péchés de ce monde corrompu. Les angles de caméra et les postures de martyrs d’Alex Murphy (Peter Weller) ne trompent pas lors de l’insoutenable séquence où il se fait massacrer par une horde de malfrats. De même plus lorsque devenu le cyborg policier Robocop ses collègues se retourneront contre lui Verhoeven adoptera à nouveau cette imagerie d’iconographie religieuse pour signifier la dimension sacrificielle du personnage.

Qu’est ce qui définit un être humain ? La chair constituant son corps ou son âme ? Voilà la question que nous pose Verhoeven et à travers ce Robocop tout d’abord présenté dans toute sa froide technologie. L’imposante allure du héros (cet aspect lourd et intimidant étant parfaitement raccord avec le cadre de l’action la cité industrielle de Detroit) est donc magnifiée lors de sa première sortie sur le tonitruant thème martial de Basil Poledouris où il décime impitoyablement les truands et obéissant aux desseins de la tentaculaire multinationale OCP. 

Pourtant sous les directives et les programmes, les souvenirs du passé affluent sous ce casque sans expression à travers les anciens collègues (excellente Nancy Allen) et des geste et habitudes oubliées. C’est donc en traquant ses anciens meurtriers que Robocop va se construire une identité et redevenir Alex Murphy, et découvrir que sa mission de justice est viciée dès l’origine puisque la violence d’en bas trouve sa source dans les profits d’en haut avec un duo de méchant d’anthologie avec le feu Clarence Boddicker (Kurtwood Smith terrifiant) et la glace Dick Jones (Ronny Cox carnassier).

Dans cette progression dramatique, Verhoeven ne daigne faire retirer son casque et laisser voir l’homme sous la machine que dans les derniers instants du film. C’est à visage découvert, en homme prêt à se défendre que la machine s'estompe pour laisser place à Murphy faisant face à ses ennemis. Toutes ses thématiques sont insérées avec une limpidité et efficacité rare dans ce qui n’oublie jamais d’être un grand spectacle d’action rondement mené. Verhoeven y déploie sa fascination pour une violence outrancière qui choque encore aujourd’hui dans ses excès (encore plus gratiné dans le director’s cut du dvd) et l’on n’est pas près d’oublier le terrible assassinant de Murphy donc, le test de l’ED209 ou ce moment peu ragoutant ou un méchant se liquéfie après avoir été plongé dans un bain d’acide.

Cet usage est tout à la fois complaisant pour signifier le détachement des personnages les plus cyniques face à ces écarts et on contraire créer une empathie douloureuse et extatique vers les plus proche de nous puisque l’on souffre enfin avec Robocop/Murphy dans les derniers instants et craignons pour sa vie. Verhoeven a réussi son pari en dévoilant le plus fragile des hommes sous une carcasse de métal et d’acier (Peter Weller vécu d’ailleurs un enfer sur le tournage) avec en point d’orgue cette magistrale et parfaite réplique finale.

-          Nice shooting, son. What's your name?
-          Murphy.

Grand film qui porte toute les qualités de l’autre chef d’œuvre SF à venir de Verhoeven, Starship Troopers. La seule différence étant que l’ironie a triomphé dans ce dernier pour un Verhoeven désabusé alors que Robocop malgré ses dérapages porte encore une vraie foi en l’Homme.

Sorti en dvd chez MGM