Amma Ariyan de John Abraham (1986). Il s’agit d’un road movie expérimental et engagé produit en Inde du sud. Un jeune homme quitte son foyer familial pour Delhi et, en chemin, se trouve face à un cadavre emporté par la police. Persuadé de connaître le défunt sans se souvenir où il l’a croisé, il va mobiliser plusieurs individus afin de pouvoir l’identifier et, une fois cela fait, aller prévenir sa mère de son décès par suicide. Ce postulat quitte très vite les rails de la narration traditionnelle pour basculer dans le pur récit allégorique au message marxiste.
On va découvrir le passé du disparu et les évènements l’ayant conduit au suicide, le road movie est prétexte à des pas de côté amenant des réflexions sur la situation sociale de l’Inde, la description et en définitive le constat désabusé de l’activisme de gauche de la jeunesse indienne. Plus le pèlerinage s’étoffe de nouveaux voyageurs, plus le mouvement et la conscience sociale semblent grandir mais ne débouchent finalement que sur l’impuissance. Nous ne sommes pas dans une Inde carte postale et mystique, le noir et blanc crayonneux capture des environnements arides et se pare d’éléments pop évoquant davantage les années 70 que 80. Malgré le ton teinté en définitive d'amertume, la structure du film s'inscrit dans la démarche initiée par John Abrahama au sein du collectif Odessa qu'il a fondé, porté par un manifeste d'indépendance dans la production et distribution du film hors des circuits classiques. Pas évident à appréhender mais un objet singulier et politique.mardi 2 juin 2026
Report to Mother - Amma Ariyan, John Abraham (1986)
dimanche 22 mars 2026
Une jeunesse indienne, Homebound - Neeraj Ghaywan (2026)
Dix ans après le célébré Masaan, Neeraj Ghaywan revient avec Homebund au cœur du clivage de caste de la société indienne. A travers le destin des deux amis d’enfance Shoali (Ishaan Khatter) et Chandan (Vishal Jethwa), nous allons observer la cruauté de cette injustice sociale. Le réalisateur opère par strates subtiles pour nous faire comprendre la façon tour à tour sournoise ou douloureusement frontale dont s’opère la discrimination des deux héros, déclassé en raison de leur religion musulmane. Une des premières scènes voit Chandan se présenter en omettant son nom de famille qui trahirait sa classe. S’il cèdera à cette demande de patronyme en rencontrant la bienveillance de la belle Sudha (Janhvi Kapoor), d’autres situations le confrontent à un rejet bien plus humiliant. La moindre interaction, obligation administrative, est là pour lui rappeler d’où il vient, la ligne qu’il ne doit surtout pas envisager de dépasser.
Chandan et Shoali voient dans le concours de fonctionnaire de police, et l’autorité que représente l’uniforme, une façon de s’élever socialement et d’enfin gagner ce respect refusé pour leurs origines. Neeraj Ghaywan par les tempéraments différents de ses deux protagonistes montre une même impasse se dessiner, lorsqu’un an après leurs examens il doivent décider de leur avenir alors qu’ils n’en ont toujours pas reçu les résultats – signe de la désorganisation et de l’engorgement administratif du pays. Shoali, jeune homme fort et volontaire, choisit la voie professionnelle temporaire mais se voit tour à tour entravé dans ses initiatives, puis rabaissé dans la société de vente en porte à porte au sein de laquelle il est embauché. Chandan retarde cette échéance professionnelle avec le soutien de ses parents (et au détriment de sa sœur aînée) pour tenter des études universitaires, mais va vivre également son lot de désillusions. L’abnégation de l’un tout comme « l’oisiveté » de l’autre sont les surfaces d’une même pièce quand le monde qui les entoure les rejette impitoyablement. Invectives verbales, blagues humiliantes, violences policières, climat médiatique hostile (le journal télévisé laissant entendre que le covid est une émanation des musulmans), les personnages vivent à la fois l’enlisement dans lequel les enfonce le système, mais aussi l’urgence d’une condition économique et familiale qu’ils ne peuvent surmonter par la voie d’une méritocratie qui leur est interdite. Neeraj Ghaywan suscite la révolte du spectateur dans un contexte tristement ordinaire, avant d’exacerber les maux dépeints dans la si spéciale période du covid et des confinements. Il est connu que ce moment fut particulièrement meurtrier en Inde, non pas du fait du virus mais plutôt de ce système de caste. La dernière partie, terriblement éprouvante et traversées de drames, va le démontrer avec force. Ghaywan tisse le lien profond unissant ses héros avec l’emphase des plus beaux mélodrames. Les retrouvailles entre Shoali et Chandan après leur longue brouille et le lâcher-prise du supposé plus solide (Shoali) dans les bras du faussement plus faible (Chandan) inverse leur trajectoire après leurs déconvenues respective dans cette scène bouleversante. Les ravages du virus et l’abandon des populations (ou plus particulièrement d’une population sociale et ethnique du pays) par le pouvoir déploie donc par une catastrophe collective ce qui était ressenti au quotidien de manière individuelle par les personnages. Alors que les désagréments en tout genre sont subis dans les environnement restreints et civilisés (monde de l’entreprise, fac), Ghaywan exprime les liens forts unissant les personnages par la majesté ample et la poésie de paysages somptueux. La photo de Pratik Chah rend l’horizon optimiste par le seul éclat de ses couleurs vives, et le beau score de Naren Chandavarkar envoute de bout en bout. Un grand et beau mélodrame.En salle
lundi 30 avril 2012
Mangala, fille des Indes - Aan, Mehboob Khan (1952)
Manga, fille des Indes est une sorte de réponse indienne aux péplums de Cecil DeMille où se ressent notamment une forte influence visuelle de son Cléopâtre. A l’instar de son modèle, le film en met plein la vue par sa splendeur visuelle de tous les instants : palais fastes et flamboyant, extérieurs majestueux et décors studios au charme (et au kitsch) qui évoquent autant les futures productions Shaw Brothers de Hong Kong que (pour demeurer sur l’influence Hollywoodienne) Le Magicien d'Oz. Pas de demi-mesure non plus dans la réalisation emphatique et soignée de Mehboob Khan qui s’ornent d’un technicolor chatoyant (c’est d’ailleurs le premier film indien filmé en technicolor) et d'interludes musicaux très réussis.
Le valeureux héros symbolise toute cette fierté d’un peuple bien décidé à ne plus être asservi, osant aimer cette princesse incapable de dépasser son arrogance malgré ses sentiments réciproque évident. Malgré une actrice au talent très relatif (Nadira amenée à devenir une des grandes stars de Bollywood par des prestations plus convaincante comme Shree 420 trois ans plus tard) l'évolution du personnage est vraiment bien développée, et la thématique du pouvoir à confier au peuple trouve une simplification bienvenue dans ce spectacle naïf, la victoire des opprimés se jouant dans l’amour que saura susciter le héros chez l’orgueilleuse princesse alors que sa rivale amoureuse Mangala (vraie héroïne finalement et emblème de cette noblesse de coeur des démunis) aux attitudes sacrificielles lui renvoie un bien piètre reflet d’elle-même.
Le méchant est très réussi (et roulant en Cadillac !) représentant bien le sentiment de toute-puissance et d'impunité des castes élevées et la jeune actrice jouant Mangala est parfaite de candeur et de sensualité.
Pour ne rien gâcher c'est bien spectaculaire avec des moyens pharaoniques (figurants à pertes de vues, bestiaire foisonnant) l'ouverture lors de la fête aux palais évoque le meilleur du péplum hollywoodien et le final palpitant avec son climax multiple particulièrement impressionnant.
Seul gros défauts mais relatif à tous les films Bollywood (surtout pour le néophyte) en général c'est vraiment trop long (2h40). Le film aura un succès gigantesque en Indes et, récompense suprême, il valut à Mehboob Khan les compliments d'un Cecil B. DeMille admiratif. La boucle était bouclée. Vivement recommandé car très accessible pour s’initier au bariolé cinéma de Bollywood.
Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta qui tenta pas mal de sortie Bollywood il y a quelques années comme l'autre classique d'époque "Sholay".













