Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tout mes visionnages de classiques, coup de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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lundi 28 février 2022

Evil Dead Trap 2 - Shiryô no wana 2: Hideki, Izô Hashimoto (1992)


 Aki Otani, projectionniste, femme en surpoids et solitaire, se voit hantée par les apparitions d'un garçonnet. Victime d’un traumatisme, elle éventre des femmes auxquelles elle retire l’utérus. Son amie, Emi, journaliste TV, suit les méfaits du tueur des rues. Elle lui présente Kurahashi, son amant. Une relation étrange s'établit entre eux trois...

Evil Dead Trap de Toshiharu Ikeda (1988) fut une vraie sensation du cinéma d’horreur à sa sortie, dont l’impact résonna même à l’international. Les producteurs envisagent bien sûr une suite et sollicitent Toshiharu Ikeda qui s’attèle à un scénario supposé être dans la continuité directe du premier film. Cependant Ikeda tombe malade et les producteurs impatients préfèrent lancer ce second volet avant son rétablissement. Ils feront donc appel à Izo Hashimoto, impressionnés par Lucky Sky Diamond (1990) récemment réalisés par ce dernier. Hashimoto est un est un talent éclectique qui s’est fait remarquer en coécrivant le scénario du Akira de Katshuhiro Otomo et on le connaît aussi en France pour être le scénariste (jusqu’au tome 25) du manga Coq de combat dessiné par Akio Tanaka. Avec l’arrivée d’une personnalité créative aussi forte, Evil Dead Trap 2 s’écarte grandement de la voie initiée par le premier volet mais, sans pour autant l’égaler, s’avère tout à fait intéressant. 

Evil Dead Trap avait un postulat relativement classique de slasher/giallo, mais totalement transcendé par les idées et le brio formel de Toshiharu Ikeda. Ce sera un peu l’inverse dans cette suite où le récit déroute totalement, mais où les sursauts visuels seront plus ponctuels. On troque la désolation, l’unité de temps et de lieu de Evil Dead Trap pour cette fois plonger dans une atmosphère urbaine oppressante où nous suivrons un étrange triangle amoureux. Aki (Shoko Nakajima) est une jeune femme complexée et solitaire exerçant le métier de projectionniste. Elle est amie avec la bien plus exubérante Emi (Rie Kondoh), présentatrice tv qui entretient une liaison avec Kurahashi (Shirô Sano), un homme marié. Au même moment sévit dans la ville un tueur assassinant sauvagement des jeunes femmes, et qui semble avoir un lien avec nos trois protagonistes.

Tous semblent hantés par une parentalité espérée (Emi), avortée (Aki) ou endeuillée (Kurahashi) qui va se manifester par des phénomènes étranges que l’on ne saura jamais à quoi associer, troubles psychologiques ou manifestations surnaturelles. Cela s’incarne par la présence spectrale d’un enfant traversant la salle de cinéma où travaille Aki, les images des reportages présentés par Emi (prolongeant la propagation du mal par les écrans du premier film) où le domicile de Kurahashi, porté par ce même doute entre folie et fantastique. Les trois acteurs sont remarquables (en particulier Shoko Nakajima) pour exprimer cette nature torturée qui influent sur le rythme lancinant du film et ces images. 

Izo Hashimoto excelle dans le filmage de la décadence urbaine où le sort réservé aux marges féminines de la société résulte autant d’une jalousie que d’une frustration du tueur. Les mises à mort oscillent entre la brutalité gore la plus crue, et quelques brillantes idées visuelles. On pense à ce moment stupéfiant où les lueurs des néons font passer un cours d’eau au rouge, amorçant un plan large de la ville où dans un coin de l’image se révèlent les ombres de la victime et son bourreau. 

La narration flottante (ou bancale selon le ressenti) n’a pas l’efficacité et l’évidence du premier film, mais c’est aussi ce côté incertain et soumis à l’interprétation qui fait le prix de ce second volet. C’est ce qui rend Evil Dead Trap 2 plutôt mal-aimé mais cela reste un film à voir. Tohiharu Ikeda reviendra pour un Evil Dead trap 3 (1993) qui n’en a que le nom mais qui sera davantage une renommage opportuniste qu’une réelle suite. 

Sorti en bluray français chez Le Chat qui fume en combo avec Evil dead trap

dimanche 27 février 2022

La Reine d'Espagne - La reina de España, Fernando Trueba (2016)

Dans les années 1950, en plein franquisme, la superstar internationale Macarena Granada retourne en Espagne, son pays natal, pour incarner Isabelle la Catholique dans un film biographique à grand budget. Quand il apprend son retour, Blas Fontiveros, un réalisateur qui l'a fait tourner dans une comédie musicale en 1938, retourne également à Madrid pour la revoir. Mais son arrivée déclenche une série d'événements inattendus qui perturbent le tournage du biopic surveillé par les hommes de Francisco Franco...

Fernando Trueba signe 18 ans après une suite tardive à La Fille de tes rêves (1998), l'un de ses plus grands succès. Le film vient s'ajouter à son cycle de films historiques autour des tumultes de l'Espagne des années 30 dans Manolo (1986), Belle Epoque (1992) et donc La Fille de tes rêves. On quitte cette fois le cadre des années 30, des questionnements pré guerre civile puis l'agitation de cette dernière pour avancer dans le temps sur l'Espagne franquiste des années 50. L'introduction faite de vraie/fausse scène d'archives met justement en parallèle l'évolution socio-politique du pays avec l'ascension de Macarena (Penelope Cruz) qui après sa fuite d'Espagne à la fin du premier film s'est installée à Hollywood où elle est devenue une grande star. Durant les années 50, Franco offre des crédits d'impôt avantageux permettant le tournage de grosses productions au moment où Hollywood exporte la production de ses films en Europe. Le choix d'un sujet évoquant la grandeur passée de l'Espagne est bien sûr un plus pour se voir autoriser un tournage et c'est dans ce contexte que Macarena, désormais naturalisée américaine, va revenir au pays pour tourner un biopic de Isabelle la Catholique. Le personnage de Macarena se détache cette fois d'Imperio Argentina qui était le vrai modèle implicite (et embellie en occultant ses amitiés douteuses pour Goebbels et Franco) de La Fille de tes rêves et semble s'inspirer au sens large des actrices latino (et pas forcément espagnoles) ayant eues une carrière hollywoodienne durant cette période comme Sophia Loren ou Gina Lollobrigida. 

Le film est vraiment une variation et suite de La Fille de tes rêves (qu'il est plutôt nécessaire d'avoir vu, pas de vraie réintroduction pour le spectateur néophyte) où le cadre franquiste a remplacé celui de l'Allemagne nazie. On découvrira Blas Fontiveros (Antonio Resines) le beau personnage de réalisateur du film précédent, a passé suite à ces évènement la Deuxième Guerre Mondiale en camp de concentration. De retour en Espagne il retrouve famille et amis (toutes les réapparitions des héros du précédent sont d'ailleurs très touchantes) avant d'être dans le collimateur de la police secrète qui va l'envoyer en camp de travail. On se partage donc entre les coulisses de la superproduction hollywoodienne délocalisée, ses petits tracas superficiels et en parallèle la pénible subsistance de Fontiveros. Une nouvelle fois, Trueba excelle dans la satire du monde du cinéma en renouvelant l'humour par rapport à La Fille de tes rêves. On croque ainsi la désinvolture bien connue de certains réalisateurs américains exilés en Europe (Robert Aldrich sur Sodome et Gomorrhe (1962) étant un des plus fameux) ici avec un simili John Ford sénile et somnolant plus que ne dirigeant son film. 

Le lissage hollywoodien de la matière culturelle et historique des pays dont on adapte le passé est moquée dans certaines scènes kitsch où le musical boursouflé s'invite dans un décorum espagnol, dans l'interprétation très "yankee" de Cary Elwes censé jouer Ferdinand le Catholique. Les redites du premier film fonctionnent aussi tel le bellâtre et macho Julian (Jorge Sanz) de nouveau la proie de la star masculine gay (l'ombre de Cary Grant/Burt Lancaster planant la caractérisation). Le seul problème du film est de ne pas réussir à marier aussi harmonieusement l'équilibre entre causticité et vraie tension qui faisait l'intérêt de La Fille de tes rêves qui était un vrai To be or not to be (1942) ibérique. On ne ressent pas vraiment la même noirceur et anxiété de l'Allemagne nazie qui éteignait les rires dans le film de 1998 au sein de cette Espagne franquiste. Pendant un bon moment les deux intrigues semblent vraiment trop détachées l'une de l'autre et notamment à travers le personnage de Macarena.

Penelope Cruz tout comme son personnage était des stars en construction dans La Fille de tes rêves, alors qu'elles reviennent en diva au sein de l'histoire et dans la production même du film. Le détachement d'une Macarena exilée face à la réalité de son pays s'explique, mais moins quand elle se rattache aux destins de ses anciens amis comme Fontiveros qui fut son amant et mentor. La manière dont Trueba fait se rejoindre l'ensemble manque de l'évidence narrative de celle de La Fille de tes rêves qui combinait ambition romanesque et propos politique en les concentrant sur l'enjeu amoureux. 

C'est plus laborieux ici (malgré le charisme de Chino Darín en beau machiniste) mais tout finit par s'équilibrer dans la dernière partie où notre troupe de cinéma va devoir, après la Gestapo et Goebbels, duper la police franquiste pour faire évader leur ami. Tout le suspense, l'urgence et le sentiment de danger qui manquait précédemment retrouvent leur droit de manière plus marquée sans totalement retrouver la force du précédent. L'émotion fonctionne malgré tout grâce au lien noué désormais avec les protagonistes et Trueba ose une belle confrontation finale entre Macarena et Franco himself venu se gargariser sur le tournage. Bref pas le petit classique en puissance de La Fille de tes rêves mais une jolie et honorable suite.

Sorti en dvd et bluray espagnol ou disponible sur Amazon Prime mais uniquement en vf malheureusement

vendredi 25 février 2022

Traitement de choc - Alain Jessua (1973)


 Helene Masson soigne une déception sentimentale dans un institut de thalassothérapie appartenant au docteur Devillers. Elle s'aperçoit peu à peu que le personnel de service de l'institut, composé de jeunes Portugais, a un comportement pour le moins bizarre. De plus le Docteur Devillers fait de bien étranges expériences dans son établissement...

Alain Jessua réalise une très pertinente satire avec Traitement de choc où se rencontrent l’hédonisme des années 70 et le cynisme baigné de capitalisme à venir des années 80. C’est le souvenir de longues journées d’ennuis lors d’une cure de repos où il aura laissé voguer son imagination qui inspire au réalisateur sa trame retorse. Hélène (Annie Girardot) chef d’entreprise souffrant d’une perte de confiance l’âge avançant et suite à une rupture sentimentale, décide de suivre la cure du mystérieux docteur Devilers (Alain Delon) réputé pour donner une seconde jeunesse à ses patients.

Bande-son baignée de rythmes et chœurs brésiliens, imagerie carte postale servant une langueur de tous les instants, corps nus et décomplexés, tout concoure à servir cette ambiance hédoniste où Hélène et ses voisins de cure retrouvent couleurs et énergie. Pourtant progressivement le malaise s’installe dans l’addiction qui semble ressortir de ce traitement dont on ne connaît pas la teneur, ceux n’ayant plus le moyen de le poursuivre étant exclus et sombrant dans la folie autodestructrice. Le film sort dans un contexte où l’élan d’une société libertaire est encore très prononcé, mais où ces idéaux servent finalement un individualisme se rapprochant du capitalisme le plus froid. 

Tous les patients de l’institut sont de riches notables qui, songeant avant tout à leur bien-être, ignorent ou font mine d’ignorer les conséquences de leurs corps vivifiés. La symbolique est parfois un peu lourde (les ouvrages et images de sacrifices tribaux ornant la bibliothèque du docteur Devilers) mais l’idée de nantis dont le confort se construit sur l’exploitation des autres trouve une résonnance très forte dans ce cadre vacancier. Le mystère plane tout en laissant craindre le pire avec ces domestiques portugais interchangeables tombant comme des mouches. Jessua fustige la capacité des sociétés occidentales à détourner le regard du pire tant que les agréments de leur quotidien se maintiennent.

Il fait montre aussi d’une vraie préoccupation écologique dans sa satire dont la finalité rejoint celle de son contemporain Soleil Vert de Richard Fleischer sorti la même année. Ce sont des problématiques qui commencent à imprégner l’opinion et la force du film est de ne pas se réfugier dans un cadre de SF alarmiste pour nous faire regarder droit dans les yeux notre égoïsme par la proximité de cet environnement de repos. Tant que l’on reste dans cet entre-deux de tension et d’atmosphère étrange (bien aidé par un Alain Delon beaucoup trop solaire et souriant pour être honnête), le film fonctionne. Ce sera moins évident quand il faudra accélérer le rythme, introduire les grandes révélations dans l’action et le suspense. C’est filmé assez laborieusement (la confrontation entre Girardot et Delon dans le laboratoire) et la conclusion laisse un petit goût d’inachevé où le malaise ambiant ne trouve pas de vraie apothéose. Il n’en reste pas moins un film singulier et intéressant qui sera d’ailleurs un vrai succès public. 


 Sorti en dvd zone 2 français chez Studiocanal

 

mercredi 23 février 2022

Le Rêve du singe fou - El sueño del mono loco, Fernando Trueba (1989)

Dan Gillis, un scénariste américain récemment installé à Paris, est engagé par le producteur de cinéma Julien Legrand pour écrire un script pour un film peu conventionnel mis en scène par Malcolm Greene, jeune réalisateur inconnu. Gillis, intrigué par la personnalité de Greene, accepte malgré les objections de Marilyn, son agent. Gillis rencontre Jenny, la sœur cadette de Malcolm et devient obsédé par cette jeune femme manipulatrice. 

Fernando Trueba délaisse son Espagne natale pour la grisaille parisienne et les joies de la production internationale avec Le Rêve du singe fou. Il adapte là le roman éponyme de Christopher Frank dont on ressent en creux le sens du malaise malheureusement bien mieux exploité dans d'autres fameuses transpositions comme L'important c'est d'aimer d'Andrzej Zulawski (1975) ou même L'Année des méduses (1983) qu'il réalisera lui-même. Le tournage en anglais porté par un casting improbable (Jeff Goldblum, Miranda Richardson, Anémone, Arielle Dombasle, Daniel Ceccaldi manifestement en difficulté avec la langue de Shakespeare) trahit un peu le problème ressenti tout au long du film, un certain manque de direction et d'identité.

Le postulat intrigue dans un premier temps avec Dan (Jeff Goldblum) scénariste américain installé à Paris qui se voit engagé par un producteur (Daniel Ceccaldi) pour signer le script du premier long-métrage d'un jeune réalisateur anglais, Malcolm Green (Dexter Fletcher). Malcolm s'avère aussi fascinant par son charisme étrange qu'agaçant dans la prétention artistique qu'il dégage lors des scènes de co-écriture où l'on devine le film arty poseur qu'il envisage. Dan s'étonne ainsi face à ce talent pas encore démontré que les portes s'ouvrent si facilement et alors qu'il s'apprête à quitter le projet, comprend pourquoi. Tombé sous le charme de Jenny (Liza Walker) la jeune sœur de Malcolm, Dan poursuit finalement la collaboration. Jenny se montre particulièrement convaincante à le faire rester en cédant à ses avances, mais il y a comme quelque chose de perturbant dans l'attitude de la jeune femme qui va le hanter jusque dans ses rêves. Trueba peine vraiment à distiller l'atmosphère trouble, onirique et sensuelle attendue, quel que soit les directions voulues par le récit. 

La possible satire du milieu du cinéma tourne court, tout comme l'éventualité d'une mise en abyme par rapport au scénario que compte filmer Malcolm Green (direction explorée par Christopher Frank dans son roman La Nuit américaine qui donnera L'important c'est d'aimer). Ensuite la romance coupable et vénéneuse entre Dan et Jenny ne prend jamais vraiment à cause du manque certain de charisme de la femme-enfant jouée par Liz Walker qui ne provoque aucune fascination ni ambiguïté (victime ou manipulatrice, on ne se pose même pas la question au bout du compte). Cet émoi qu'elle suscite passe soit par le dialogue (quand on comprendra qu'elle se donne aux différents décideurs pour permettre la mise en production du film de son frère), soit par des situations trop timorée ou platement filmée pour saisir ce qui captive les hommes en elle. Il n'y a ni sensualité, ni malaise que pourrait susciter les traits trop juvéniles du personnage (notamment quand plane le spectre de l'inceste fraternel) et finalement il faut tout l'abattage d'un Jeff Goldblum très impliqué pour admettre que Jenny peut perturber l'équilibre d'un homme.

Un dernier point aurait pu sauver l'ensemble, à savoir capturer l'atmosphère d'un Paris 80's interlope façon Frantic de Roman Polanski. Là encore c'est raté, on navigue entre trois appartements, un bout de ruelle et un restaurant sans ressentir la moindre ivresse ni inquiétude à l'exception de la toute dernière scène à la superbe idée morbide mais là encore platement filmée. Une traversée de frontière pas très heureuse donc pour Fernando Trueba pour un film qui vieillit assez mal mais qui étrangement lancera le début de reconnaissance internationale du réalisateur.

Disponible en anglais non sous-titré sur la plateforme FlixOlé dédiée au cinéma espagnol