Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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samedi 13 septembre 2025

Track of the Cat - William A. Wellman (1954)


 Un ranch de Californie du Nord est isolé depuis plusieurs semaines par les rigueurs de l'hiver. Au sein de la maison, tenue par la matriarche Ma Bridges, les conflits font rage. Son mari alcoolique et sa fille Grace assistent impuissants aux affrontements entre les fils, Harold et Curt, qui se disputent les faveurs de la ravissante Gwen. Les deux jeunes hommes montent bientôt une expédition pour tuer une panthère qui décime leur troupeau. Au cours de celle-ci, Harold est tué par le félin.


Track of the Cat est la dernière contribution de William A. Wellman au western, genre auquel il a offert quelques-uns de ses classiques comme L'étrange incident (1943), La Ville abandonnée (1948) et Convoi de femmes (1951). L'étrange incident et La Ville abandonnée étaient particulièrement marquants par leur minimalisme, leur dimension psychanalytique, métaphysique et introspective. On retrouve de cela dans Track of the Cat, western enneigé, élément qui offre souvent des perspectives formelles jouant sur cette volonté d'espace mental. Le leitmotiv d'une panthère noire surgissant aux premières neiges et décimant les troupeaux sert ici de catalyseur pour observer le déchirement d'une famille. Un père sénile, alcoolique et démissionnaire (Philip Tonge), une mère autoritaire et manipulatrice (Beulah Bondi) entoure une fratrie en tout point dissemblable. 

Le cadet Curt (Robert Mitchum) domine de toute sa virilité Art son aîné en retrait, et Harold (Tab Hunter) le benjamin ayant du mal à s'affirmer. La traque de la panthère fait ressurgir les dissensions sentimentales (Curt lorgnant Gwen (Diana Lynn) la fiancée d'Harold) et matérielles (l'autoritarisme de Curt et la jalousie de la mère empêchant Harold de prendre son indépendance et se marier) au sein de la famille. L'isolement hivernal fait de la maison et de ce cadre familial un espace mental, une prison dont les personnages ne peuvent réchapper.

Dans cet idée, l'environnement enneigé et immaculé de blanc oscille entre réalisme et artificialité. La traque de la panthère se joue dans une nature hostile au sein de laquelle Curt perd de sa superbe, fait face à sa vulnérabilité et à la peur, lui qui s'imaginait tout puissant. La maison familiale et le ranch, avec ses "extérieurs" trahissant le studio acquiert une dimension presque théâtrale durant les différentes invectives mère/fils, mari/femme, belle-mère/bru. Curt centre du monde au sein de sa famille est enfin démuni en dehors du foyer familial, et les plus effacés doivent apprendre à s'imposer en son absence, les vérités peuvent éclater. 

Le film ne convainc pas totalement malheureusement car il passe à côté du sous-texte représenté par la panthère. Le passif du vieil indien Joe Sam (Carl Switzer) installe une portée mystique qui n'est finalement jamais réellement exploitée dans le film. De même la panthère symbolise un ensemble d'expressions du refoulé mais cette dimension psychanalytique n'est qu'effleurée formellement par Wellman.

L'interprétation solide maintient l'implication, notamment un très touchant Tab Hunter et une Beulah Bundi intense (qui pour une fois a enfin l'âge de jouer les vieilles matriarches qu'on lui a fait précocement interpréter) mais il y a parfois un problème de ton dans un ensemble qui se veut tragique, notamment la truculence (certes vraiment drôle) du père et de ses multiples cachettes de whisky. Les quelques inserts et plans d'ensembles de paysage enneigés ne suffisent pas à installer la veine métaphysique attendue. 

On est loin des grands westerns psychologiques comme La Vallée de la peur ou Les Furies, voire en versant plus contemporain Celui par qui le scandale arrive, toujours avec Robert Mitchum. A ce titre l'ultime confrontation avec la panthère (avec le choix de ne jamais la montrer qui reste pertinent) est un rendez-vous manqué, et malgré la délivrance que cet acte constitue pour Harold, l'allant de quasi-happy-end malgré deux deuils terribles paraît assez incongru. Même s'il ne tient pas les promesses de son argument initial, Track of the Cat demeure malgré tout un Wellman digne d'intérêt, même si mineur dans son œuvre.

Sorti en dvd français chez Paramount

samedi 30 décembre 2023

L'Étrangleur - Lady of Burlesque, William A. Wellman (1943)


 Dixie Daisy est l’une des vedettes d’un spectacle burlesque dans un théâtre de Broadway transformé en music-hall. Lolita, une des actrices de la troupe, est retrouvée assassinée. Dixie est très vite soupçonnée à cause de la rivalité qui régnait entre les deux femmes. Mais d’autres crimes inexpliqués sont bientôt commis et Dixie veut mettre en place un piège pour démasquer l’assassin.

L'étrangleur est un plutôt habile mélange de whodunit et de film musical, adapté du roman The G-String Murders de Gypsy Rose Lee publié en 1941 - le titre anglais du livre étant la première victime des censeurs du Code Hays. L'argument criminel est traité à échelle égale, voire inférieure, de la partie musicale, et ce pour une bonne raison. Gypsy Rose Lee, autrice du roman est une véritable icône du monde du spectacle américain, lancée sur scène dès son plus jeune âge avec sa sœur l'actrice June Havoc par une mère abusive, et qui popularisa le spectacle burlesque ainsi que l'art du striptease auquel elle ajouta une dimension caustique et intellectuelle. Cette carrière tumultueuse sera immortalisée dans la comédie musicale de Broadway puis sa transposition cinématographique Gypsy (Mervyn LeRoy (1962)), tous deux adaptés de Gypsy: A Memoir, son autobiographie publiée en 1957.

Fort de ce passif, le film soigne particulièrement les séquences scéniques et les coulisses de ce théâtre de Broadway, passé de l'opéra au music-hall par intérêt économique. Les scènes de spectacle, les chorégraphies, le soin apporté aux costumes (conçus par Edith Head) et même le côté sophistiqué/coquin (dans la mesure de ce que pouvait permettre le code Hays) bénéficient d'une volonté de réalisme certain, mais toujours gentiment facétieux notamment dans le jeu avec le public. Pour les coulisses on oscille entre le ton badin et enlevé de la screwball comedy, dans la lignée des films de Busby Berkeley des années 30 avec le "couple" vachard constitué par Barbara Stanwyck et Michael O'Shea, et la foire d'empoigne teintée de rivalités sourdes entre danseuses. 

La solidarité se dispute à la mesquinerie, mais on sent un vrai besoin d'authenticité notamment dans la caractérisation de Dixie (Barbara Stanwyck), ses doutes, ses ambitions et un passif que l'on devine difficile, le personnage se voulant un double fictionnel de Gypsy Rose Lee. La partie criminelle avec cet étrangleur décimant les danseuses de la troupe fonctionne ainsi moins sur la tension et le suspense que sur tout le cadre tendre, concurrentiel et scandaleux (les descentes de police sont légion) que William A. Wellman a pris le temps de nous exposer, y compris les protagonistes masculins louches gravitant autour des danseuses. 

Les scènes d'interrogatoires ou de découverte de cadavre manque un peu du piquant du thriller et s'avèrent assez conventionnels, mais l'identité et les motivations du coupable vont faire habilement le lien avec la vision non-»noble» et vulgaire que les rétrogrades associent au spectacle burlesque. Une œuvre très plaisante dans son mélange des genres et portée par la prestation pleine de panache de Barbara Stanwyck.

Sorti en dvd zone 2 français chez Arus

mercredi 18 juillet 2018

L'Appel de la forêt - Call of the Wild, William A. Wellman (1935)


Jack Thornton, un chercheur d'or, perd tout son argent au jeu. Un ancien ami, Shorty, lui propose alors de partir à la recherche d'un trésor, en suivant le chemin d'une carte qu'il a mémorisée. Pour ce voyage, Thornton se procure un chien incontrôlable, Buck, qu'il parvient à dresser. Au cours de leur voyage, les deux hommes découvrent une femme, Claire Blake, dont le mari a disparu...

L’Appel de la forêt est la seconde adaptation du roman de Jack London après celle muette signée par  D. W. Griffith en 1908. Le livre de Jack London est devenu en peu de temps un classique plébiscité par la jeunesse qui justifie une version à grand spectacle avec l’avènement du parlant et constituera un vrai tournant dans la carrière e William A. Wellman. Si l’adaptation s’avère très libre par rapport au roman (Wellman avouera n’avoir pas lu le livre et s’être contenté de transposer le scénario de Gene Fowler et Leonard Praskins, le chien Buck même s’il a son importance n’est pas au centre u récit), Wellman va faire montre d’un grand souci de réalisme dans sa description. 

Le film offre la possibilité encore pas si courante dans le Hollywood des années 30 d’un tournage en plein air, loin du confort des studios. Wellman ira filmer dans la forêt nationale de Mount Baker (dans l’Etat de Washington) pour tournage à rude épreuve où se développe sa thématique de la traversée et ses épreuves climatiques comme révélateur des personnages. Un élément au cœur de Convoi de femmes (1951),La Ville Abandonnée (1950) ou encore Bastogne (1949). Le héros viril et désinvolte incarné par Clark Gable annonce ainsi le Robert Taylor e Convoi de femme, déjà adouci par le courage et le charme de sa compagne de voyage impromptue avec Loretta Young. 

L’environnement du film hésite ainsi entre la dépravation et la barbarie de ces villes de chercheurs d’or (l’entrée en matière boueuse et déliquescente est assez saisissante) faites de bagarre, beuverie et petite vertu avec les grands espaces sauvages dont l’horizon blanc épure la conscience des personnages. L’individualiste Jack Thornton s’y attache tout d’abord au chien Buck, aussi éprouvé et cabochard que lui, avant e tomber amoureux de Claire Blake (Loretta Young). Cette dureté se trouvait déjà dans les Pré-Code de Wellman, notamment cette idée d’enfer immoral refuge des âmes damnées avec Safein Hell (1931).

La chasse au trésor n’est qu’un prétexte pour réunir ces êtres perdus et Wellman excelle à alterner péripéties confrontant à la fureur des éléments (la traversée en canot, tempête de neige, attaques de loups) avec l’après chaleureux et délicat qui tisse le rapprochement entre Gable et Loretta Young. Le premier baiser et son dialogue entre crudité et retenue témoigne d’une tension érotique qui s’est également jouée en coulisse. 

Clark Gable star établie (et mariée) entretint une liaison (les sources moins romantiques parlent d’un viol) avec une alors toute jeune Loretta Young qui tomba enceinte durant le tournage. Gênant au vu du code moral exigé par les studios envers ses acteurs et donc Loretta Young (catholique pratiquante revendiquée ce qui ajoute au scandale) disparu quelques mois le temps d’accoucher et « adopta » sa fille Judy Lewis pour donner le change. Une certaine audace en demeure dans le film où le couple, adultère à son insu, doit au final se séparer pour les apparences alors que l’attirance demeure intacte.

C’est là toute l’importance du chien Buck qui libre des entraves humaines peut céder à ses instincts et au fameux « appel de la forêt » lors de la conclusion. Un Wellman captivant et méconnu mais qui sera malheureusement bien malmené par la censure – il y a bien vingt minutes coupées entre la version existante et le montage initial. 

Sorti en en dvd zone 2 français chez Wild Side

mercredi 27 septembre 2017

Pilotes de chasse - Thunder Birds, William A. Wellman (1942)



Pendant la Seconde Guerre mondiale, dans un camp d'entraînement de l'armée américaine, un élève pilote tombe amoureux de la fiancée de son instructeur.

Thunder Birds est un film de propagande pensé par la Fox pour surfer sur le succès de Un Yankee dans la RAF (1941). On inversera ainsi simplement le principe ici en faisant évoluer un anglais dans l’aviation américaine, le titre de travail du film étant d’ailleurs A Tommy in the U.S.A. Darryl Zanuck en écrit un traitement sommaire et engage William A. Wellman qui accepte la commande avec la promesse de pouvoir réaliser le plus personnel L'Étrange Incident (1943). Wellman est un vétéran de la Première Guerre Mondiale dans l’aviation et servi au sein de l'escadrille La Fayette. Cette expérience se manifesta dans plusieurs de ses films de guerre évoquant l’aviation, notamment Les Ailes (1927) un de ses chefs d’œuvres. 

 Thunder Birds s’attache ainsi à dépeindre la formation d’apprentis pilotes dans une base d’entraînement américaine. Une voix-off tonitruante nous présente ainsi les lieux qui vont faire de ces jeunes gens des « hommes » avec images imposantes des avions en vol, des recrues arpentant le tarmac. Cette ouverture amorce des pistes intéressantes et méconnues en montrant des chinois parmi le melting-pot de recrues mais ce ne sera guère creusé dans la suite du film. Le scénario en reste au récit d’apprentissage à travers la relation entre l’élève anglais Peter Stackhouse (Jack Sutton) et l’instructeur Steve Britt (Preston Foster). Le devoir à accomplir surmonte tous les écueils à ce cheminement où s’entremêle le professionnel (le vertige que doit affronter Peter pour devenir pilote) et l’intime avec un triangle amoureux entre Peter, Steve et la belle Kay (Gene Tierney).

 Aucune vraie dramaturgie ne se noue cependant autour de ces enjeux, les élans du cœur ne venant pas détourner du devoir mais contribuant à mieux le réaliser. La rivalité n’existe ainsi pas réellement, Britt mettant sentiments personnels de côté pour faire de Peter un pilote chevronné. Ce n’est pas un cheminement fait de conflits initiaux mais un fait établi immédiatement et du coup le film suit une sorte de ligne claire sans heurts pas très passionnante et qui n’évite l’ennui que grâce à sa brève durée. Les scènes de vol témoignent de l’expérience de Wellman en mêlant habilement prises de vues réelles, rétroprojection pour les plans rapprochés et usage plus ou moins réussies de maquettes (moins impressionnantes que celles des films de guerre de la Warner) notamment durant une séquence de tempête de sable. Il faut bien cela pour nous sortir de l’indifférence polie ainsi que quelques moments piquants (la scène de la Croix rouge, le bain de Gene Tierney) et un Technicolor chatoyant mettant en valeur le regard de Gene Tierney.

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez ESC