Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 27 février 2024

Juge et Hors-la-loi - The Life and Times of Judge Roy Bean, John Huston (1972)

 Recherche pour vol, Roy Bean se réfugie dans la petite ville de Vinegaroon ou il est battu et laisse pour mort. Secouru par une jeune Mexicaine, Maria Elena, il revient en ville, élimine ses agresseurs et se proclame juge, décide à faire régner la loi et l'ordre.

John Huston sut parfaitement, tout en creusant ses thèmes habituels, se fondre dans les mues du cinéma américain des années 70. Le thème de l’échec cher au réalisateur accompagne le désenchantement des classiques du Nouvel Hollywood dans des œuvres comme Fat City (1972), et avec Juge et hors-la-loi, il signe un western dans la lignée démythificatrice de réussites contemporaines telles que John McCabe de Robert Altman (1971). Le film est une évocation romancée de Roy Bean, personnalité légendaire de la conquête de l’ouest, connue pour son application toute personnelle de la justice. 

Durant une existence où il se plaça lui-même souvent du mauvais côté de la loi, il devint soudain arbitrairement son bras armé le plus fervent dans un coin reculé du Texas. Le scénario initial de John Milius (qu’il envisageait de réaliser lui-même avec Warren Oates dans le rôle-titre) se voulait à la fois plus modeste et picaresque dans la lignée des films de Sergio Leone. Il regrettera le choix de Paul Newman dont le physique avantageux amène selon lui une touche glamour inappropriée, et la frustration devant les modifications de Huston accélérera sa volonté de passer à la mise en scène.

Juge et hors-la-loi se veut en effet une allégorie en grande partie ironique sur la mythologie de l’Ouest et des fondations de l’Amérique. La séquence d’ouverture déleste d’emblée Roy Bean (Paul Newman) de toute dimension héroïque, tant dans la manière dont il se fera lamentablement dépouiller que par sa vengeance particulièrement sanglante où il décime ses agresseurs (hommes et femmes) dans un saloon crasseux perdu au milieu de nulle part. Son terrible geste lui inspire des regrets, le désir d’abandonner son ancienne existence de canaille, et d’être désormais le chantre d’une application impitoyable de la loi en s’autoproclamant juge. John Huston travaille un savoureux décalage voulant que cette justice inflexible développe la ville et, avec les nouveaux intérêts en jeu, rendent la rigueur de Roy Bean gênante aux entournures. Les hauts faits de Bean sont désacralisés de diverses manières, en les réduisant à de simples photographies, en moquant la noblesse de leur motivation (l’obtention de la moitié du butin des criminels appréhendés l’enrichissant lui et ses marshals), et escamotant les possibles morceaux de bravoures. Ainsi la confrontation avec le hors-la-loi Bad Bob (Stacy Keach) se conclut par une balle dans le dos antihéroïque au possible.

S’il ne peut donc exister en tant que figure glorieuse, Roy Bean devient néanmoins attachant en tant qu’homme à la poursuite d’un rêve, d’une chimère. Il y a bien sûr l’illusion qu’il se donne d’être l’incarnation de la justice, ou encore la passion romantique et enfantine qu’il voue à l’actrice de théâtre Lillie Langtry (Ava Gardner). Les photos et l’affiches immenses de la star dont il inonde les murs de son saloon confère à ce lieu de fange et perdition une dimension surréaliste bien vite rattrapée par la brutalité de l’Ouest (une affiche étant enlaidie par le trou d’une balle). Huston peuple le film de séquences décalée soulignant cette facette de Bean comme cette virée en pique-nique avec son ours domestique et sa fiancée mexicaine Maria Elena (Victoria Principal). La bande-originale de Maurice Jarre, notamment par son superbe thème principal, parvient brillamment à capturer cet entre-deux du mythe et de sa réalité crasse, tout en exprimant une vraie tendresse pour la figure bourrue de Roy Bean.

Malgré ses motivations discutables, Bean va paradoxalement incarner une sorte d’ultime rempart de droiture quand les « combines » d’antan se professionnalisent pour mener vers un capitalisme plus froid et carnassier. Le personnage sournois de Frank Gass (Roddy McDowall) représente en temps qu’avocat une forme plus sournoise et civilisée de la justice, passant de notable à maire puis homme d’affaire pour avoir la mainmise sur la ville devenue un lucratif gisement de pétrole. C’est seulement face à cette vraie corruption que Bean peut enfin endosser les contours de la figure mythologique et être filmé comme tel par John Huston (grandiose scène de comeback à cheval dans un cadre désormais moderne et industrialisé). 

Le réalisateur lui offre avec ses anciens compagnons un baroud d’honneur à mi-chemin entre le morceau de bravoure façon La Horde Sauvage (1969) et une tonalité plus distanciée et bricolée correspondant à la bonhomie et roublardise du personnage. Forcément, le film ne peut se conclure sur ce moment pseudo épique et choisit de faire venir enfin Lillie Glantry à Bean (puisque la démarche inverse a été avortée dans un moment-clé du récit), et souligner la nature candide et romantique de son antihéros. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner

vendredi 24 novembre 2023

Déviation mortelle - Road Games, Richard Franklin (1981)


 En Australie, Pat Quid est un conducteur de semi-remorque. Lors de ses trajets il prend souvent des auto-stoppeurs. Un de ses passe-temps préférés est de jouer à des jeux pendant le trajet (comme imaginer la vie quotidienne des gens qu'il croise). Pamela est une auto-stoppeuse qu'il fait monter dans son camion. Lorsqu' elle disparaît, il soupçonne le conducteur d'un camion dont le comportement suspect lui fait penser au tueur en série dont tout le monde parle à la radio. En prenant en chasse le suspect, il attire l'attention de la police qui se pense alors croire qu'il est le suspect...

Road Games est un des fleurons de Ozploitation, cet âge d’or du cinéma de genre australien qui entre le début des années 70 et celui des années 80 offrit son lot de films singuliers. Une des particularités de ces films consistaient à revisiter les grands genres hollywoodiens ou européen par le prisme des particularismes culturels australiens. Road Games en est un bon exemple avec le réalisateur Richard Franklin qui, en féru du cinéma d’Alfred Hitchcock, parvient à réaliser une sorte de Fenêtre sur cour à ciel ouvert dans le bush australien. Le premier réflexe dans ce jeu de chat et la souris routier serait pourtant de penser tout d’abord à Duel de Steven Spielberg (1971). 

Le rapport de force est cependant inversé puisque c’est le héros Pat Quid (Stacey Keach) qui est au volant du semi-remorque et traque plus ou moins celui qu’il soupçonne être un serial-killer au volant d’une camionnette. Le scénario est d’ailleurs suffisamment habile pour être par moment interprété comme une relecture de Duel du point de vue du méchant puisque (tout comme dans Fenêtre sur cour) les « crimes » sont soumis au point de vue de celui qui les imagine, sans preuve concrète – malgré une saisissante scène de meurtre en ouverture.

Richard Franklin capture « l’inquiétante étrangeté » de l’espace immense du bush australien, ces étendues sauvages et désertiques où l’on peut se dissimuler, cet asphalte sans fin dans lequel Quid doit dialoguer avec son chien pour maintenir son attention et sa raison pour échapper à la solitude. Le réalisateur teinte ces moments de route d’aparté surréaliste et parfois inquiétante, telle cette auto-stoppeuse faisant une barrière de papier toilette pour forcer l’arrêt des automobilistes, et la réaction absurde de certains d’entre eux (l’homme remorquant son bateau) reflétant les attitudes kamikazes typiques des routes australiennes qui inspireront George Miller pour Mad Max (1979).

Le réalisateur travaille ainsi constamment l’ambiguïté du regard distant d’un potentiel thriller, en l’alternant avec l’effet de loupe d’un pittoresque bien réel dans les interactions de Quid avec les autochtones lors des différentes haltes et rencontres. Ses réactions logiques dans le danger qu’il soupçonne apparaissent inquiétantes face aux quidams ordinaires (la scène des toilettes), et on constate la différence entre l’effroi qu’il provoque chez la madame tout le monde qu’il prend en stop en premier, et l’acceptation immédiate de sa paranoïa quand il voyagera avec Pamela (Jamie Lee Curtis) jeune femme rebelle et excentrique plus à même de le croire. 

Par ce choix, le film fait le plus souvent office de road-movie décalé, et n’en rend que plus efficace les sursauts de tension assez mémorables, notamment l’intrusion de Jamie Lee Curtis dans la camionnette du tueur. Cet équilibre entre normalité et dérèglement provoque une hésitation équivalente dans les réactions du héros dont les élans d’héroïsme se dispute à la rationalité et travaille l’ambiguïté du point de vue. Ainsi, lancé à toute berzingue aux trousses du serial-killer et l’ayant rattrapé, Quid prend conscience de sa propre folie et se ravise pour un temps. 

C’est une idée assez géniale qui voit ce bush australien comme un déclencheur des folies et névroses enfouies, seulement s’agit-il de celles du serial-killer ou de son supposé poursuivant ? Le morceau de bravoure final avec sa double poursuite creuse ce sillon jusqu’au bout et il faut attendre la toute fin de la séquence pour que la narration assume une orientation claire. Et même en revendiquant objectivement sa nature de thriller, l’épilogue par un beau débordement sanglant assume l’ironie mordante faisant tout le sel de ce Road Games.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Studiocanal

mardi 27 avril 2021

Doc Holliday - Doc, Frank Perry (1971)

Dans un saloon, Doc Holliday, joueur de cartes professionnel, joue son cheval contre une jolie prostituée blonde. Il gagne la partie et part donc avec son gain, Kate Elder, pour Tombstone. Là se trouve son ami marshall, Wyatt Earp. Pour gagner les élections, il compte sur la confiance des habitants, mais celle-ci est entamée car des petits fermiers, semeurs de troubles, les Clanton, prétendent qu'il est malhonnête. Earp cherche à éliminer le clan Clanton, ce qu'il parviendra à faire avec l'aide de Doc à Ok Corral.

L’ère désenchantée et démythificatrice des années 70 donne l’occasion avec ce Doc d’offrir une nouvelle variation de la fameuse fusillade d'O.K. Corral. Jusque-là on avait notamment eu la vision intimiste de John Ford dans My Darling Clementine (1946), celle purement mythologique de John Sturges avec Règlement de compte à OK Corral (1957) et la suite/variation plus âpre et réaliste de Sept secondes en enfer (1967) du même Sturges. Le scénario du romancier et journaliste Pete Hamill apporte une perspective à contre-courant, dénuée du romantisme héroïque, mythologique et idéalisé associé à ce haut fait de l’Ouest pour le ramener à une dimension plus terre à terre.

Cela passe par la vision sans concession des personnages. Le célèbre règlement de compte d’OK Corral n’est donc plus une ode à la bravoure du Marshall Wyatt Earp (Harris Yulin) et sa fratrie, mais un conflit d’intérêt et une vengeance personnelle après avoir été humilié le temps d’une bagarre par Ike Clanton. Mettre à mal ses ennemis assouvit une ambition personnelle (qui le rendrait crédible dans sa quête électorale) et un égo meurtri. Wyatt Earp apparait d’abord sous ses atours virils et imposants quand il met au pas les petites frappes de la ville, avant de montrer un visage peu reluisant dans les paroles (le dialogue où il révèle à Doc Holliday ses ambitions pécuniaires et politique pour Tombstone) et les actes où la corruption et la justice arbitraire fait loi. Frank Perry se rapproche d’une certaine réalité concernant Wyatt Earp et le déleste du semblant d’ambiguïté qu’il avait encore dans Sept secondes en enfer où son héroïsme était déjà mis à mal. Dans toutes les évocations de l’histoire, la vedette est volée par Doc Holliday et son interprète et c’est d’autant plus vrai ici où il est le vrai héros. 

La déconstruction de Doc (Stacy Keach) ne sert donc pas à le rendre plus négatif, son passif de joueur et tueur l’accompagne (et ce dès la magistrale scène d’ouverture) mais sert un personnage las et usé. La légende veut que la tuberculose qui rongeait Doc Holliday ait nourrit sa témérité, celui-ci préférant mourir les armes à la main plutôt que terrassé par son mal. C’est pourtant bien la conscience de sa mortalité, les abîmes dans lequel le plonge son mal qui vont au contraire l’humaniser. Il espère trouver une sortie plus paisible et tendre auprès de Kate Elder (Faye Dunaway) prostituée aguerrie de l’Ouest (et inspirée de la réelle compagne de Holliday « Big Nose Kate »). Les deux amants ont conscience de ce qu’ils sont, n’ont jamais connu d’autres vie que violence et débauche, et s’invectivent avec humour dans ce sens dès leur premier échanges – « Killer ! », « Whore ! ». 

Les dialogues soulignent à quel point leur destin décadent semble dicté par un déterminisme (la maîtrise des armes de Doc apprise par son père, la mère de Kate qui était déjà une prostituée) dont ils cherchent à s’affranchir - idée exprimée littéralement lorsqu'il entame une valse les yeux dans les yeux au milieu d'un saloon crasseux. Le passif du couple n’en fait pas des amoureux transis innocents, mais plutôt des adultes meurtris vivant comme un inespéré miracle ce qui leur arrive. Frank Perry capture cela dans de magnifiques scènes romantiques faites de rires, de longs regards silencieux et de gêne face à un contexte qui leur est inconnu. Stacy Keach est excellent, presque contraint quand il doit retrouver le stoïcisme du gunfighter et soulagé quand il retrouve le foyer et les bras de Faye Dunaway. 

Cette dernière n’est pas en reste, elle aussi comme en représentation quand elle doit renouer avec son identité de « traînée » (superbe premier adieu sobre à Holliday avant de reprendre son timbre gouailleur entourée d’hommes) et soudain authentique, belle et sincère en se liant à Doc. Nous sommes face à des personnages dont le vécu leur fait viser le bonheur non pas "malgré",mais "avec" ce qu'ils sont. Le parfum d’inéluctable ne guide pas la confrontation d’OK Corral, mais plutôt la mécanique primaire du pouvoir et de la violence que Wyatt Earp assume tandis que Doc ne sait pas s’y soustraire. C’est même sa propre bienveillance initiale qui l’amène malgré lui à construire son jeune antagoniste final qui se rêvait comme lui et renvoie un reflet qu’il devra détruire. L’atmosphère âpre et austère de cette relecture brille par son absence de manichéisme (les Clanton ne sont pas non plus les affreux dépeint dans d’autres adaptations) où le ton austère sert la fragile quête d’humanité des personnages. 

 Sorti en dvd zone 2 français chez Cinemalta

mercredi 10 avril 2013

Fat City - John Huston (1972)


En Californie, à Stockton, Billy Tully est un ancien boxeur devenu alcoolique après le départ de sa femme. Aidé par son ami Ernie Munger, il tente aujourd'hui de refaire surface et de revenir sur le ring...

Le thème de l'échec, central dans l'œuvre de John Huston, pu y prendre des voies bien différentes de l'épique et picaresque L'Homme qui voulut être roi (1975) à la destinée implacable du polar Quand la ville dort (1950) ou de la noirceur de la quête du Trésor de la Sierra Madre (1948). La tension, le dépaysement et le souffle des films précités est totalement absente de ce Fat City où cette dimension de l'échec prend un tour des plus dépressif et ordinaire pour nous plonger littéralement la tête dans le caniveau.

Le film s'ouvre sur les plans des quartiers populaires de cette cité Californienne grouillante et pauvre de Stockton avant de nous faire pénétrer la demeure de notre héros loser Billy Tully (Stacy Keach). La chambre insalubre, la mine hagarde de Stacy Keach et la bouteille de whisky bien entamée à portée de main sur la table de nuit, on se croirait dans une chanson de Kris Kristofferson et l'on n'est finalement pas surpris d'entendre jouer son Help Me Make It Through the Night, leitmotiv musical du film (belle bande son folkeuse d'ailleurs ).

Huston dépeint ici l'Amérique des perdants, pas celle des perdants magnifique comme saura l'être un Rocky (1976) mais celle dont la guigne et l'insignifiance semble déjà inscrite dans les gènes. L'histoire suit les destins croisés de deux boxeurs, le vieux champion qui a raté le coche joué par Stacy Keach et le rookie talentueux et ambitieux incarné par Jeff Bridges. Huston ne les fait pas évoluer en trajectoires inversées, mais plutôt en miroir où Bridges marié trop jeune gâche son potentiel et s'apprête à mener une carrière quelconque et une vie médiocre après que sa petite amie e lui ait plus ou moins passé la bague au doigt sans qu'il y trouve à redire.

Keach représente un futur cauchemardesque avec un parcours très proche mais alourdit du poids des ans et des excès, tentant un retour auquel il est le seul à croire et s'enfonçant dans une relation sordide avec l'alcoolique Oma (Susan Tyrrell, saisissante et vieillie avant l'âge en pochtronne beuglante).Si Huston pose un vrai regard de compassion sur eux, il leur retire toute gloire (les images du seul adversaire battu par Keach bien mal en point avant le combat, faisant de cette poisse un virus contagieux) et les fige à leur inextricable sort. Stacy Keach est poignant d'abnégation veine et d'autodestruction, trouvant là un de ses meilleurs rôles (et retrouvera cet emploi d'épave alcoolique en plus excessif encore dans le polar anglais The Squeeze) tandis que Bridges offre un pendant plus sobre et inconsciemment résignée de cet aura de perdant.

Adapté par Leonard Gardner lui-même de son roman éponyme, Fat City brille par le réalisme teinté de poésie qu'instaure Huston. La magnifique photographie de Conrad L. Hall se fait aussi ensoleillée et chaleureuse sur certains extérieurs (l'ouverture, les boulots fermier de Keach) que crue et neutre dans les intérieur où le grouillement des bars miteux, l'agitation des salles de boxe agitées et la crasse des chambres de motel nous sautent au visage et accentue ce sentiment d'emprisonnement dans cette spirale de lose, la vraie. Le dialogue final entre Bridges et Keach appuie cette idée et plus encore le dernier regard de Keach, le regard de celui qui n'a plus rien à perdre ni à espérer de la vie. Glauque et beau, un grand Huston.


Sorti en dvd zone 2 français chez Columbia

vendredi 12 octobre 2012

Le Piège Infernal - The Squeeze, Michael Apted (1977)


Sa femme l'a abandonné, Scotland Yard l'a révoqué: l'inspecteur Naboth abusait des boissons fortes. Il va s'enfoncer davantage encore dans l'univers des alcooliques. Mais, par un triste jour de brume, Jill et son enfant sont pris en otages par des truands, il faudra au policier toute son énergie pour retrouver son flair et son courage sur la piste du mal.

La filmographie policée de Michael Apted oscille entre l'honnête (Gorky Park, Gorilles dans la brume) et l'oubliable sans jamais réellement se démarquer mais il semble que ses premiers films anglais (son premier film The Triple Echo a un pitch particulièrement intriguant à tenter) et son travail de documentariste pour la télévision britannique (la série documentaire des Up Series suivant l'évolution de gamin de sept ans tous les sept ans justement de 1964 à aujourd'hui) soit digne d'intérêt. The Squeeze s'inscrit dans ses débuts encore prometteur avec ce drôle de polar qui au premier bord lorgne du côté des réussites anglaise de l'époque comme Get Carter ou The Long Good Friday. Bas-fonds londoniens (ou liverpuldien dans le cas présent) crasseux, gangsters hargneux et au mine patibulaire et mise en scène sur le vif rien ne manque mais le film est plus particulier que cela.

Jim Naboth (Stacy Keach) est une véritable épave. Alcoolique indécrottable, son penchant pour la bouteille lui a tout fait perdre : son boulot de flic à Scotland Yard, sa femme et son estime de soi et de ses enfants. Le début du film nous le présente comme un vrai déchet qui en une série de scènes s'effondre dans le métro, suit une cure de désintoxication pour dès sa sortie foncer dans le premier bistrot venu... Humiliation diverses et moments pathétique s'enchaînent donc jusqu'à l'enlèvement de son ex épouse par de dangereux malfrats cherchant à voler son richissime nouvel époux. Là on imagine notre héros se reprendre en main et chercher à sauver son ex mais même pas ou si mollement.

Il faudra qu'il soit lui-même menacé pour enfin traquer les kidnappeurs et là encore laborieusement. Stacy Keach mal fagoté et l'air constamment abruti par sa dernière cuite campe sans doute le héros le plus pathétique de l'histoire du polar. Une fois l'intrigue lancée la tension retombe constamment lors des multiples écarts éthyliques de Naboth, son pire ennemi étant plus lui-même que les gangsters qu'il traque. Secondé par son ami Teddy (joué par l'ex pop star juvénile des 60's Freddie Starr) il va tant bien que mal remonter la piste des malfrats grâce à son réel talent d'enquêteur mis en avant dans quelques excellentes scènes comme une filature en pleine ville superbement filmé par Apted. Le film s'avère aussi génial qu'agaçant avec ce héros complètement paumé et le rythme très inégal.

Entrecoupant les multiples levées de coude de Stacy Keach, l'intrigue s'intéresse aux gangsters et à leurs otages. On a une belle galerie d'affreux avec un casting haut en couleur où on retrouve David Hemmings, Stephen Boyd (loin de ces airs benêt des rôles hollywoodien de sa jeunesse, il s'est taillé une trogne des plus vicieuse avec le temps et des plus menaçant ici) et on reconnaît en homme de main retors Alan Ford terrifiant parrain londonien quelques années plus tard dans le Snatch de Guy Ritchie. Le script ose quelques moments dérangeant avec le traitement réservé aux otages dont une humiliante scène de strip-tease pour Carol White.

Le rythme est assez brinquebalant avec pareil parti pris mais reste prenant, notre patience étant récompensée par un final musclé et hargneux où Keach prend une revanche mémorable sur ceux qui l'ont humilié. Pas forcément captivant de bout en bout et assez putassier dans la longue description des travers de son héros mais une vraie curiosité tout de même que The Squeeze régulièrement classé dans les meilleurs polars anglais de cette période.

Sorti en dvd zone 1 dans la collection Warner Archives et donc sans sous-titres

Extrait

jeudi 2 décembre 2010

Les flics ne dorment pas la nuit - The New Centurions, Richard Fleischer (1972)


Un film qui est sans aucun doute l'ancêtre de toutes les séries policières à tendances réaliste apparue ces dernières années de la plus ancienne Hill Street Blues ou à la récente et acclamée The Wire . Le film adapte un classique de la littérature policière The New Centurions de l'ancien policier passé écrivain Joseph Waimbaugh. L'expérience de ce dernier donnait à ces écrits une véracité crue et un style direct qui nous faisait vivre la réalité du terrain comme rarement. La transposition de Richard Fleischer suit fidèlement cette voie en nous faisant suivre le quotidien d'une patrouille de flics en uniformes dans les quartier chaud de LA. L'accent étant mis sur Roy, un jeune bleu joué par Stacy Keach et Kilvinsky, un vétéran chargé de le former incarné par le grand Georges C. Scott.


Pas de vraie intrigue directrice si ce n'est le cheminement psychologique de Roy qui sous la houlette du charismatique Kilvinsky, se fait la main jusqu'à devenir littéralement "accro" à la rue et à son ambiance. Demandeur en sensation forte au point de délaisser sa famille, il faudra une blessure pour provoquer un premier traumatisme. Fleischer trouve le ton juste pour aborder tout ces thèmes, sans appuyer outre mesure et maintenant constamment le côté routinier de la vie de ses flics. Point d'héroïsme à attendre dans l'authenticité dégagé par les deux personnage principaux. Keach est excellent en flic perdant pied progressivement et Scott en vieux briscard comme chez lui dans la rue perd grandement de sa superbe quand la retraite venue il s'avère totalement inadapté à la vie de tout les jours.

L'ambiance urbaine sent bon l'asphalte et le bitume avec un Fleischer qui nous offre toutes les situations possibles auxquels peuvent être confronté ses flics de proximité : du plus sordide avec un bébé maltraité au comique pur avec un hilarant alpaguage de prostituée, en passant par la bavure policière où les opérations peu glorieuses comme la fouille de poubelles de bookmaker. Le livre de Joseph Waimbaugh (au passage à quand une vraie bonne réédition seule une poignée de ses oeuvres sont disponibles en France) offre un cadre narratif restreint laissant la part belle à la psychologie dans ce film en avance sur son temps et constamment passionnant. C'est cet aspect qui rend le film si singulier par rapport à d'autres polar "réalistes" de l'époque comme Serpico ou French Connection qui cédaient malgré tout à un certain spectaculaire ou à une dramaturgie plus marquée.

Au rayon des rares défauts on reprochera peut être le côté elliptique qui ne fonctionne pas toujours (Keach sur le terrain en un clin d'oeil après avoir été grièvement blessé, l'échange entre Scott et la femme de Roy qui suppose qu'ils se sont déjà rencontré mais nous n'y avons pas assisté ) et que le tout s'avère un poil moins prenant passé le la disparition de Kilvinski. De plus le début du film laissaient à supposer à une trajectoire parallèle entre le perso de Keach et les deux autres bleu joués par Erik Estrada (futur héros de la série Chips ) et Scott Wilson et finalement cette idée ne sera reprise qu'à la toute fin en revenant sur la situation de chacun. Hormis ces broutilles, du très bon Fleischer, carré et efficace, et le final inattendu s'avère aussi bref que poignant.

Sorti uniquement en dvd zone 1 et doté de sous titres français

Extrait