Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!
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La prometteuse soprano Christine Dubois est une jeune femme très courtisée, à la fois par le chanteur lyrique Anatole Garron et l'inspecteur Raoul D'Aubert. Mais elle a également un prétendant secret, ancien violoniste de l'Opéra de Paris défiguré par une projection d'acide, qui hante les catacombes de l'édifice...
Seconde adaptation hollywoodienne du roman de Gaston Leroux, après celle de 1925 avec Lon Chaney. Produite à nouveau par Universal, elle s'inscrit dans la veine de toute les adaptations fantastique qui firent la gloire du studio dans les années 30 avec les Frankenstein de James Whale, le Dracula de Tod Browning ou encore L'Homme Invisible. Sur le papier du moins et dans l'intention sans doute mais les différents choix de Arthur Lubin donne une toute autre tonalité au film. Là où on attendait un noir et blanc tout en jeu d'ombres où on imaginerait le fantôme tapi dans les alcôves de l'opéra, Lubin use d'un technicolor éclatant. De même, il faut toute la conviction de Claude Rains en musicien poussé aux dernières extrémités par le dépit amoureux et les humiliations pour croire à l'aspect torturé du fantôme, le scénario expédiant son drame dans une brève première partie. Il ne réapparaît ensuite que par intermittence pour rappeller qu'il y a tout de même une menace qui pèse sur les personnages.
Le vrai film de Lubin est donc moins une adaptation de Gaston Leroux qu'une comédie fantastique mâtiné de film d'époque. Les décors sont imposants et soignés que ce soit l'opéra visités de fond en comble où de superbes maquette et matte painting du Paris de la Belle Epoque. Les séquences d'opéra sont d'ailleurs forts réussies, notamment celle qui ouvre le film où Lubin met autant en valeur ce qui se déroule sur scène que les futurs rapports entre les personnages exprimés par la seule image : le triangle amoureux entre Christine Dubois (charmante Susanna Foster), Raoul et Anatole, l'amour secret et maladif du violon Claudin ou encore la jalousie de la soprano Biancarelli. Lubin passe de l'un à l'autre avec maîtrise à travers d'ample mouvement de cama sillonnant l'opéra.
Bien que déjà rompu au fantastique avec Fantôme en vadrouille tout comme dans ce dernier le genre semble plus se prêter à la comédie qu'au pur film d'épouvante mystérieux, la preuve avec l'intrigue amoureuse légère qui prend une place insensée au détriment de la vengeance et passion tragique du fantôme menaçant trop brièvement. Il faut tout de même admettre que le suivre se suit agréablement grâce aux qualités plastiques évoquées et à l'allant des acteurs mais vu les moyens déployés c'est tout de même frustrant.
La conclusion laissant découvrir le superbe et imposant décor des catacombes fait clairement regretté à ce que le film aurait pu être en d'autres mains, tant tout ce qui manquait précédemment s'amorce là pour un court instant. Claudin jouant pour son aimée tenue en otage avec ferveur, un bref instant de magie trop vite interrompu le film se concluant même sur une ultime note farceuse.
Sorti en dvd zone 2 français dans la collection Universal Monsters
Stephen Lowry affiche une douleur feinte à la mort de sa femme. Dans son for intérieur, il se réjouit d'autant plus malignement que c'est lui qui l'a empoisonnée. Sa jeune domestique, Lily Watkins, a trouvé le flacon d'arsenic. La voici armée d'un redoutable moyen de pression, dont elle ne se prive pas d'user. Elle contraint Stephen à faire d'elle sa maîtresse et se met à régenter la demeure. Or, Stephen veut épouser Elizabeth, la fille de son associé Alfred Travers. Il lui faut dès lors se débarrasser de l'encombrante Lily...
Un redoutable thriller remarquablement équilibré dans toutes les directions qu'il prend. La première scène donne le ton avec une scène d'enterrement où le veuf joué par Stewart Granger semble terriblement accablé. Rentrant péniblement sous une pluie battante dans la vaste demeure désormais vide nous le voyons de dos contempler le portrait de la défunte, avant qu'un plan sur son visage ne nous dévoile un triomphal sourire de satisfaction. Le récit (adapté d'une nouvelle de W. W. Jacobs) tourne autour de la relation amour/haine entre le veuf assassin et sa servante jouée par Jean Simmons qui après avoir démasqué son maître le soumet à un odieux chantage. Les motifs des deux personnages à leur actes répréhensibles semble les même, l'argent et la réussite sociale. Granger s'est marié pour la fortune de sa femme et l'a tué pour en profiter seul tandis que Simmons soustrait différent avantages matériels et de statut en échange de son silence. Les échanges entre les deux sont d'ailleurs très mordant dans un premier temps avec un festival de dialogue à double sens et d'allusions macabres.
La servante a pourtant comme seul but de rester proche de son maître dont elle est amoureuse et qu'elle va sauver du désastre à plusieurs reprise lorsque la suspicion se fera ressentir. Jean Simmons délivre une prestation brillante avec son personnage froid et déterminé, usant de tout les moyen pour ne pas être séparé de Granger mais qui s'avère touchant de naïveté et de soumission dans l'adoration qu'elle lui porte. Au contraire ce dernier semblant incarner l'insensibilité des classe aisée s'avère un redoutable manipulateur, impulsif et froid.
L'alchimie entre Granger et Simmons (mari et femme à l'époque) fait merveille dans cette relation aux multiples contradictions mêlée de lutte des classes. C'est aussi un remarquable thriller, tendu à souhait notamment la séquence justifiant le titre qui délivre un meurtre saisissant et brutal dans la brume londonienne.
Derrière chaque sourire où geste tendre se dissimule le calcul et les arrières pensées même si sa dualité Jean Simmons s'avère une nouvelle fois la plus émouvante comme le montre la conclusion redoutable et tragique à la fois. Un vrai plaisir pour les yeux aussi, avec des intérieurs splendide (notamment la demeure de Granger qui renforce le côté Cluedo du film) et une photo magnifique de Christopher Challis bien connu pour son travail sur certains des plus somptueux Powell/Pressburger.
Trouvable en dvd zone 2 anglais doté de sous titres anglais.