Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est Jean-Paul Belmondo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jean-Paul Belmondo. Afficher tous les articles

samedi 15 mars 2025

Un nommé la Rocca - Jean Becker (1961)

Pour aider un ami accusé à tort d'un crime et condamné aux travaux forcés, un homme pénètre la pègre de Marseille. Il devient vite un redoutable caïd.

Assistant-réalisateur sur tous les films de son père Jean Becker à partir de Touchez pas au grisbi (1954), Jean Becker va à son tour passer à la mise en scène avec Un nommé La Rocca. Il y retrouve d’ailleurs un fameux collaborateur de l’ultime chef d’œuvre de Jacques Becker, Le Trou (1960), avec José Giovanni. Criminel endurci et repenti ayant trouvé la rédemption dans l’écriture, Giovanni deviendra le fer de lance du polar français à travers sa participation à plusieurs grandes réussites des années 60, adaptées de ses romans et/ou scénarisé par lui, et inspiré plus ou moins directement de sa véritable expérience de malfrat. Le Trou, Classe tous risques de Claude Sautet (1960), Le Deuxième Souffle (1966) et Le Clan des Siciliens (1969) de Jean-Pierre Melville, ainsi que ses propres réalisations comme Dernier domicile connu (1970) et Deux Hommes dans la ville (1973) imposent ainsi son cinéma d’hommes, entre ode à la seconde chance et fatalité du film noir.

Jean Becker adapte ici le roman L'Excommunié publié en 1958. On retrouve là toute la charpente des récits de Giovanni et ses récits d’amitiés viriles et tragiques, mais il manque un petit quelque chose au film de Becker pour se hisser à la hauteur des meilleures adaptations de l’auteur. On a davantage l’impression d’assister à des blocs de récits chacun représentatif du corpus de Giovanni plutôt qu’une histoire à l’unicité se suivant de bout en bout. Jean-Paul Belmondo est charismatique à souhait en La Rocca cherchant à tout prix à sauver son ami Adé (Pierre Vaneck), les racines de ce lien indéfectible restent plutôt floues. 

Si cela fonctionne avant que les retrouvailles entres les personnages ait eu lieu, l’alchimie est assez absente une fois que leur chemin se recroise en prison. Les séquences musclées s’enchaînent durant la première partie où La Rocca s’infiltre chez les gangsters, mais l’on cherche vainement où cela va nous mener passées les démonstrations de force affirmant la détermination du héros. Un soupçon de film de gangster donc, puis un zeste de film de prison dans une segment assez fort pris individuellement, mais au sein duquel on cherche encore la cohérence de l’action de La Rocca se faisant emprisonner afin de protéger son ami derrière les barreaux.

Les séquences fonctionnent mais le liant entre elles semblent forcés et malgré une efficacité certaine, on sombre dans une forme de cliché via les différents sous-genres criminels abordés (film de gangsters et de prison). Malgré tout, une séquence d’anthologie s’insère dans cet ensemble durant ce moment où, sous promesses d’écourtement de peine, les prisonniers sont chargés de nettoyer un champ de mines allemand. Cette fois enfin, la tension, l’amitié, le sens du sacrifice et un certain nihilisme fonctionnent dans un sacré moment de cinéma. 

Le talent filmique de Jean Becker n’est vraiment pas à remettre en cause, ni même sa direction d’acteur, mais la narration est pour l’essentiel déficiente et peine à nous captiver sur la longueur. Le réalisateur corrigera le tir sur ses réalisations à venir mais le résultat laissera José Giovanni (ici en charge des dialogues) très insatisfait, au point de signer dix ans plus tard en tant que réalisateur une seconde adaptation de son roman avec La Scoumoune (1972), de nouveau avec Jean-Paul Belmondo dans le même rôle, tandis que Michel Constantin (qui joue un petit rôle de malfrat dans le film de Becker) remplace Pierre Vaneck.

Sorti en dvd zone 2 français chez StudioCanal

mercredi 27 septembre 2023

Flic ou voyou - Georges Lautner (1979)


 A Nice, suite à l'assassinat de son confrère, le commissaire Grimaud décide de faire appel à un inspecteur de la "police des polices", Stanislas Borowitz qui découvre au travers de son enquête que l'affaire inclue la mafia niçoise mais aussi des policiers ripoux. Afin de les confondre, Stanislas va alors infiltrer la bande de malfrats. Mais rapidement démasqué, sa fille Charlotte se fait enlever. Il décide alors d'employer la manière forte pour la retrouver.

Flic ou voyou marque un tournant dans la lente bascule de Jean-Paul Belmondo vers « Bebel », de la mue de l’acteur alternant intelligemment cinéma populaire et d’auteur vers la seule figure de divertissements au service de son égo. L’échec commercial de Stavisky d’Alain Resnais (1974) suivit du succès de Peur sur la ville d’Henri Verneuil (1975) marque cette transition mais la formule va définitivement se mettre en place par le véritable triomphe public de Flic ou voyou. En effet Peur sur la ville restait un vrai thriller haletant et une vraie proposition singulière dans le polar français tandis que quatre ans plus tard Flic ou voyou n’est désormais plus qu’un simple véhicule pour les facéties de Belmondo.

C’est la première collaboration entre l’acteur et le réalisateur Georges Lautner. Dans l’opposition que l’on se plait à faire entre Alain Delon et Jean-Paul Belmondo, le premier passe souvent pour le psychorigide narcissique tandis que le second a cette image de bon vivant, ce capital sympathie attachant pour le public. Pourtant, avant de voir sa carrière sombrer dans les années 80 en voulant marcher sur les plates-bandes de Belmondo, la filmographie de Delon durant les années 70 écrase qualitativement celle de son rival. L’exigence, la variété des rôles, le choix des collaborateurs semble se faire avant tout au service du film plutôt que de l’égo. Au contraire Belmondo s’enfermera jusqu’à la caricature, dans un confort, une formule commerciale où son contrôle ne sert que sa personne jusqu’à finir par la lasser le public après certes une domination impressionnante au box-office. 

Pour symboliser cela il suffit de comparer la collaboration des deux acteurs avec Georges Lautner. Alain Delon impose durant leur deux films communs (Les Seins de glace (1975) et Mort d’un pourri (1977)) un cadre et une rigueur pas toujours prégnante chez le réalisateur, tout en lui laissant l’espace pour développer de vrais films ambitieux dans le fond (Mort d’un pourri) et la forme (Les Seins de glace et ses élans de giallo et thriller psychologique). Au contraire, Belmondo fait de Lautner un exécutant presque anonyme dans Flic ou voyou et toutes les collaborations qui suivront (Le Guignolo (1980), Le Professionnel (1981), Joyeuses Pâques (1984)) où l’on ne fait plus la différence avec d’autres films de la formule Bébel (Le Marginal de Jacques Deray (1983), autre réalisateur plus doué et libre avec Delon que Belmondo) qui gâche même des projets aussi ambitieux que Le Professionnel.

Lautner voit après Mort d’un pourri l’occasion de collaborer avec l’autre grande star du cinéma français d’alors dans Flic ou voyou, Michel Audiard dialoguiste sur les deux ayant établit le contact. Le début du film fait son effet, à travers le mystère autour des intentions et de l’identité de Cerruti (Jean-Paul Belmondo), mais aussi son attitude iconoclaste le voyant semer la zizanie dans différents clans de la pègre niçoise. Peu à peu le récit s’enlise malheureusement, laissant trop d’espace au numéro de Belmondo (même si la fantaisie de l’acteur et quelques bons mots d’Audiard font mouche) dans une intrigue lâche et ne parvenant jamais à retrouver le nerf du polar entrevu au départ. Les cascades, certes impressionnantes, ne semblent là que pour servir un cocktail attendu, mais sans ressentir la moindre tension ou ivresse. La poursuite en voiture d’auto-école dans Nice provoque un ennui poli, et l’incroyable morceau de bravoure où Belmondo descend à mains nues un câble de téléphérique semble plus préoccupé à bien montrer que l’acteur exécute lui-même la cascade que de construire un suspense autour.

L’équilibre entre polar et comédie policière n’est jamais tenu, notamment la relation père/fille avec Charlotte (Julie Jézéquel). C’est pourtant un registre que maîtrise Lautner, que ce soit dans la dominante farceuse (Les Tontons flingueurs (1963)) ou plus tendre (le très attachant Il était une fois un flic (1972). Là on sent clairement que le réalisateur n’a pas la main, notamment par le fait que tous ses acteurs fétiches dans les seconds rôles (André Pousse, Henri Cogan, Robert Dalban, seul Venantino Venantini a échappé à la purge) soient absents et remplacés par les habitués des productions de Belmondo (Claude Brosset, Michel Beaune , Charles Gérard). Dans l’équipe technique on remarquera aussi l’absence de Maurice Fellous, directeur photo emblématique de Lautner, au profit de Henri Decaë. Flic ou voyou est donc une production assez poussive et en pilotage automatique (exception faite de la scène d'ouverture la seule aventureuse visuellement) au service de sa star, le charisme de Belmondo parvient à maintenir mollement l’attention (la conclusion certes amusante est d’une rare paresse formelle), tout comme le beau score de Philippe Sarde. Une œuvre qui aura davantage servi la carrière commerciale de ses participants que le cinéma.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez StudioCanal

jeudi 9 juillet 2020

L'Aîné des Ferchaux - Jean-Pierre Melville (1963)

Contraint de renoncer à une carrière de boxeur qu'il avait un temps envisagée, un jeune homme, Michel, se fait engager comme secrétaire et garde du corps d'un vieux banquier, Dieudonné Ferchaux, contraint de quitter précipitamment la France pour fuir la justice. À New York puis à La Nouvelle-Orléans, les deux hommes apprendront à mieux se connaître tout en jouant au chat et à la souris.

L’Aîné des Ferchaux est la troisième et dernière collaboration entre Jean-Pierre Melville et Jean-Paul Belmondo après les réussites de Léon Morin, prêtre (1961) et Le Doulos (1962). C’est de loin le moins bon des trois pour diverses raisons. Melville destinait cette adaptation du roman éponyme de Simenon à Alain Delon et Spencer Tracy. Le premier refusa tandis que le second déjà très malade ne put être assuré. Jean-Pierre Belmondo et Charles Vanel les remplacent donc avec brio, formant un duo fascinant de bout en bout. Melville conserve le postulat de Simenon mais modifie un peu le background, les interactions des personnages ainsi que le cadre du récit. Le richissime Dieudonné Ferchaux n’est donc plus accusé d’avoir assassiné trois indigènes au temps des colonies mais durant la guerre. L’interprétation roublarde de Vanel et sa manière désinvolte d’évoquer les faits au début du film suffit cependant à faire planer une aura trouble sur le personnage. 

Par contre la rencontre et l’association entre Ferchaux et le jeune Michel (Jean-Paul Belmondo) est plus abrupte dans le film, se faisant dans l’urgence suite à une petite annonce. Cela est intéressant dans l’effet miroir entre le vieux loup Ferchaux abandonnant son frère cadet à la justice et quittant sa vie sans un regard en arrière (ce qui donne une idée de la façon dont il a réussi en affaire), et le jeune loup Michel qui lui par ambition se montre tout aussi indifférent pour sa fiancée Lina (Malvina Silberberg) qu’il abandonne également. Cela change cependant la dynamique du roman où Michel était déjà le secrétaire de Ferchaux et un admirateur de sa réussite, ce qui facilitera sa fuite avec lui. Le film aurait pu compenser cela en développant réellement le rapprochement entre Ferchaux et Michel sur la route, ce qui rendrait d’autant plus forte leur rupture.

Cela fonctionne dans l’excellente première partie du film où les personnages se reconnaissent dans le côté « rien à perdre ». L’Aîné des Ferchaux est le dernier film de Melville où sa fascination pour les Etats-Unis se fait aussi explicite. Par la suite les éléments anglo-saxons vont se fondre sous forme de motifs, de gimmick et de références esthétiques dans l’univers froid et stylisé de Melville. Cependant ici comme dans Deux hommes dans Manhattan (1959) mais sans le même charme, le réalisateur tente de donner l’illusion qu’une partie de l’intrigue se déroule réellement aux Etats-Unis. La dimension d’errance existentielle et sans but aurait été renforcée par l’imagerie des grands espaces américains. Hélas ici les extérieurs urbains où n’apparaissent jamais les personnages, les inserts et stock-shots de Louisiane, les rétroprojections qu’on distingue lors des scènes de voiture voiture, les intérieurs du cru (bar, chambre d’hôtel) où se devine le studio (les Studios Jenner propriétés de Melville justement) trahissent à chaque instant l’illusion. Dans les univers épurés et abstraits de Le Samourai (1967) ou Un Flic (1972) cette facticité s’accepte naturellement mais ici l’intérêt de placer l’intrigue aux Etats-Unis apparait discutable. Parfois la suspension d’incrédulité fonctionne (l'autoroute l'Esterel transformée en Route 66 en la bordant de voitures américaines) mais c’est rare.

Le problème majeur du film est cependant narratif. Pouvant parfois se montrer particulièrement cruel et odieux envers ses collaborateurs sur un tournage, Melville avait cette fois fait du malheureux Charles Vanel son souffre-douleur qu’il rudoyait plus qu’à son tour. Excédé par cette attitude, un jour où Melville était allé trop loin, Belmondo le secoua sévèremen et quitta le tournage avec Vanel pour ne plus revenir. Une partie du film repose donc sur des rustines à la fois formelles et narratives pour terminer l'histoire malgré l’absence des deux stars. Le rythme dans la seconde partie est des plus laborieux, des sous-intrigues sont oubliées en route (les agents du FBI qui filent Ferchaux), certains artifices grossiers (la doublure de Belmondo arpentant la Louisiane de dos) faisant perdre le fil et l’intérêt de l’ensemble. C’est bien dommage tant l’alchimie entre Belmondo et Vanel fonctionne mais le résultat en restera aux promesses non tenues pour l’essentiel. 

Sorti en dvd zone 2 français chez René Chateau

lundi 9 juin 2014

Les Tribulations d'un Chinois en Chine - Philippe de Broca (1965)


Arthur, jeune milliardaire blasé, semble s'ennuyer, mais se retrouve ruiné sur un coup du destin. Son précepteur lui conseille de prendre une assurance vie au profit de sa fiancée et de lui même. Arthur va être victime de nombreuses tentatives de meurtre, et en oublie sa déprime.

Après le triomphe commercial de L'Homme de Rio (1964), une suite en est bien évidemment attendue mais Philippe de Broca craignant d'être catalogué s'y refuse. A la place il préfèrera retrouver son premier double cinématographique Jean-Pierre Cassel dans Un monsieur de compagnie (1964), poursuivant l'esprit de leur brillantes collaboration sur Les Jeux de l'amour (1960), Le Farceur (190) et L'Amant de cinq jours (1961). Le film sera malheureusement un échec commercial, forçant le réalisateur à revenir à au registre de L'Homme de Rio.

Plutôt qu'une suite, De Broca préfère très librement adapter le roman de Jules Verne Les Tribulations d'un Chinois en Chine où il intégrera tous les éléments du succès initial, retrouvant Jean-Paul Belmondo, le producteur Alexandre Mnouchkine et bien sûr son scénariste Daniel Boulanger. Seul absent de taille Jean-Paul Rappeneau qui avait pourtant eu un rôle majeur par sa rigueur narrative coutumière dans la construction parfaite de L'Homme de Rio. Film signé à contrecœur, Les Tribulations d'un Chinois en Chine sera une redite du succès de 1964 où tout est repris dans un excès indigeste : plus de moyens, plus d'exotisme, plus de cascades, plus d'humour nonsensique. Il manque cependant l'essentiel, l'implication.

La réussite de L'Homme de Rio était une affaire d'équilibre. Les courses poursuites endiablées étaient entrecoupées des respirations comico-romantique entre Jean-Paul Belmondo et Françoise Dorléac. Les méchants grotesques prêtant à rire était contrebalancé par un Jean Servais glaçant qui ramenait le tout à un premier degré où le danger et l'imprévu continuait à guider l'aventure. Il en va de même pour les cascades où les exploits reposaient avant tout les capacités physiques exceptionnelles de Belmondo. Ici tout est placé à l'aune de l'excès et de la surenchère hystérique qui lasse rapidement le spectateur. L'enjeu moins "concret" que L'Homme de Rio (un sauvetage et une chasse au trésor) méritait pourtant un traitement plus subtil avec ce héros milliardaire suicidaire qui en orchestrant sa propre mort va retrouver gout à la vie.

Belmondo parait bien désintéressé par cet enjeu dramatique, exprimant le mal être du personnage en tripotant sa mèche de cheveux et en adoptant des moues affectées. Il est bien sûr plus convaincant dès qu'il est dans le mouvement mais le rythme infernal du film en fait plus un pantin désarticulé qu'un personnage auquel on s'attache et dont on a envie de suivre les aventures. En face Ursula Andress n'est guère convaincante, manquant de finesse et d'espièglerie, un peu forcée dans la légèreté.

De Broca commet également l'erreur de traiter sur le même ton rigolard et déjanté la menace du film, que ce soit celle finalement factice de la première partie ou celle plus concrète de la fin avec pour résultat une absence totale de sentiment de danger alors que le héros est poursuivi par une horde de tueurs surarmés. Le recyclage de Tintin est des plus maladroits et grossiers aussi avec les similis Dupont et Dupond joué par Paul Préboist et Mario David (supplantant parfois le bien plus intéressant majordome à la Nestor joué par Jean Rochefort), des atmosphères à la Tintin au Tibet mais sans l'émotion de l'album d'Hergé.

La seule réelle satisfaction sera donc la patte esthétique de De Broca toujours aussi brillante. Le tournage entre le Népal à Katmandou, à Hong Kong puis en Malaisie fut une aventure en soi et ce dépaysement et exotisme se ressent largement à l'écran. Cadrages parfait mettant en valeur les vues de la baie de Hong Kong, vue aérienne du Népal traversé en ballon, scène d'amour sur une île de l'archipel de Langkawi, les rares moments contemplatifs sont de pures merveilles pour les yeux.

Si l'accumulation rend l'ensemble indigeste, prise séparément les scènes d'actions et les nombreux gags qui les parsèment font montre d'une inventivité bluffante. On pense à ce moment où Rochefort et Belmondo sont suspendus à un pont en bois par les chemises de la valise de Bebel formant un nœud ou encore cette folle poursuite (qu'un certain Jackie Chan a certainement dû voir) où notre héros s'agrippe à un échafaudage en bambou tout en affrontant une dizaine d'adversaires. Toutes ces réelles qualités sont malheureusement au service d'un certain vide dont le succès certes réel sera bien moindre que celui de L'Homme de Rio qui aura fait deux millions d'entrées de plus. Premier vrai simili ratage de De Broca, Les Tribulations d'un Chinois en Chine est condamné à rester dans l'ombre de son illustre modèle.

Sorti en dvd zone 2 et bluray chez TF1 vidéo

Extrait

vendredi 27 décembre 2013

L'Homme de Rio - Philippe de Broca (1964)


Une statuette brésilienne de la civilisation maltèque est volée au musée de l'Homme. Elle faisait partie d'un ensemble de trois statues, ramenées par trois explorateurs : le professeur Catalan (Jean Servais) qui travaille au musée de l'Homme, le professeur Villermosa tragiquement disparu et André de Castro, un riche homme d'affaires brésilien. Le professeur Catalan est enlevé devant le musée. Le deuxième classe Adrien Dufourquet est témoin de l'enlèvement de sa fiancée Agnès, fille d'un célèbre ethnologue. Il part à sa recherche, qui le mène au Brésil...

La fantaisie de Philippe de Broca s'était exprimée sur ses premiers films dans une veine encore imprégnée de la Nouvelle Vague. Sans réellement s'inscrire dans le mouvement, sa manière de dynamiter la romance et le marivaudage classique (Les Jeux de l'Amour et Le Farceur (1960)) s'inscrivait dans une même volonté moderniste. Avec Cartouche (1962), grand film d'aventures historique, on pouvait deviner le virage plus populaire qui allait libérer ces œuvres suivante. L'Homme de Rio établit ainsi un pont idéal entre le De Broca des débuts et celui plus ouvertement grand public de la suite de sa carrière où l'énergie arty de la Nouvelle Vague se télescope à un horizon plus vaste, à l'évasion et la grande aventure.

Le film naît au départ d'un projet d'adaptation de Tintin auquel est associé De Broca (après le départ d'Alain Resnais initialement envisagé) mais le réalisateur constate vite les limites d'une transposition littérale des cases de Hergé et jette l'éponge. Plutôt qu'une vraie adaptation, il réfléchira à un récit original où il pourra mêler son propre ton à l'énergie et le style des aventures de Tintin. Un séjour à Rio en compagnie de Jean-Paul Belmondo pour la promotion de Cartouche impose immédiatement ce cadre dans son esprit pour le futur film et après une longue écriture en compagnie de son collaborateur habituel Daniel Boulanger et son ami Jean-Paul Rappeneau pas encore passé à la réalisation, L'Homme de Rio va progressivement voir le jour.

L'influence de Tintin est manifeste, que ce soit en terme visuel, narratif ou d'idées scénaristiques. Le vol d'ouverture de la statuette, la silhouette du voleur et le décor du musée de l'Homme ramène d'emblée à L'Oreille cassée. Les enlèvements et plus tard la quête des statuettes et la malédiction qui les entoure lorgne bien sûr vers le diptyque Les Sept boules de cristal/ Le Temple du Soleil.

Le plus bel emprunt sera cependant cette énergie trépidante et vitesse du récit et de la même manière qu'Hergé pouvait nous emmener d'une Europe grisâtre aux contrées les plus exotiques en deux pages et maintes péripéties, De Broca quitte Paris pour le soleil du Brésil en vingt minutes d'introduction idéales.

Dans une ligne claire narrative parfaite, toutes les informations et la caractérisation des personnages se fait dans un mouvement perpétuel jubilatoire. Cela va du plus explicite (le passé des savants, les trois statues) au plus subtil (le regard furtif et légèrement concupiscent de Jean Servais sur Françoise Dorléac qui permet de vaguement se douter de la suite à son sujet) et on devine la patte de Jean-Paul Rappeneau déjà si habile pour marier anarchie et construction rigoureuse. Le couple Jean-Paul Belmondo/Françoise Dorléac apporte la touche romantique vacharde et adulte qui rend l'ensemble si pétillant.

Plutôt que le mièvre Tintin, Belmondo serait plutôt plus proche d'un Capitaine Haddock juvénile avec ce héros franchouillard et râleur voué à deux seul but, sauver sa fiancée et être rentré à temps de sa permission à Paris.

C'est vraiment dans ce film que naît "Bebel", le héros casse-cou et gouailleur mais plutôt que le rouleur de mécanique indestructible des années à venir, sa silhouette frêle et élastique apporte vraiment ce côté bd/cartoon irrésistible le faisant se relever de toute les chutes, riposter aux adversaires autrement plus imposant. Françoise Dorléac est adorable en demoiselle en danger capricieuse et les échanges orageux du couple en pleine action son un régal de bout en bout.

De Broca nous promène dans un Brésil 60's envoutant dont il visite avec autant de brio l'urbanité moderne (avec son lot de bâtiment aux designs high tech) que les plus grouillant et festifs milieux populaires mais aussi une nature dépaysante et bariolée (le côté bd n'étant pas oublié là non plus tel ce crocodile factice attendant Belmondo lors de son atterrissage en parachute.).De Broca multiplie les péripéties et environnements avec une inventivité rare, ne fatiguant jamais grâce à des respirations comiques ou gags en pagaille (la voiture rose à étoiles vertes !).

Ce mouvement perpétuel reprend également le principe de ligne claire qui guide le script. On constatera que dans sa poursuite effrénée, il suffira toujours à Jean-Paul Belmondo de foncer droit devant lui pour rattraper les méchants ravisseurs de Françoise Dorléac.

A moto, en voiture, à pieds ou en avion, Bebel ne fait que suivre une ligne droite où même lorsqu'il les perd de vue, ceux qu'il recherche se retrouveront forcément tôt ou tard dans son champ de vision. Cela souligne la détermination de notre héros et inscrit une fois de plus le film dans cette facette bd où l'on est destiné à se retrouver quelques cases plus tard.

Un univers de tous les possibles où le réalisateur ose les transitions les plus incohérentes (la séquences des lianes à la fin) et les faux-raccords en pagailles sans que cela ne gêne tant l'on sent que c'est l'énergie et le mouvement qui compte (ces expérimentations évoquant justement la Nouvelle Vague). Comme toujours, ce côté foutraque alterne avec la vraie élégance et recherche formelle dont est capable De Broca avec ces compostions de plan splendides des décors où déambule notre couple et la photo ensoleillée de Edmond Séchan.

Le dépaysement est total et le bonheur constant tout au long du de cet Homme de Rio qui inspirera tant Spielberg pour Les Aventuriers de l'Arche Perdue et que De Broca conclut sur une note sobre et amusée idéale sur les notes enfin apaisées de George Delerue qui peut laisser s'exprimer sa mélancolie.

Sorti en dvd zone 2 français chez TF1 Vidéo

dimanche 14 juillet 2013

Stavisky - Alain Resnais (1974)


Serge Alexandre Stavisky est un puissant conseiller financier, propriétaire de nombreux établissements. Ses relations étroites avec notables et hommes politiques lui confèrent de nombreux privilèges et lui évitent beaucoup d'ennuis judiciaires. Pourtant, une enquête est menée dans l'ombre par l'inspecteur Bonny qui l'accuse de détourner des millions de francs: c'est le début du scandale des faux bons de caisse de la banque de Bayonne.

Stavisky marque sans doute pour Jean-Paul Belmondo la fin de sa carrière d'interprète pour désormais ne plus être pour le meilleur (Le Magnifique) et pour le pire (Les Morfalous) que "Bebel", le héros casse-cou et rigolard qu'il promène dans les gros divertissement qui firent sa gloire durant les années 70/80. L'échec du film (ajouté à celui de La Sirène du Mississippi de Truffaut) cassera donc le si brillant équilibre entre film d'auteur et populaire qu'il sut mener jusque-là ce qui est regrettable au vu de sa remarquable interprétation de Stavisky. Le film dépeint ainsi un des plus grands scandales politico-financier des années 30 avec l’affaire des bons de Bayonne des bons de Bayonne orchestré par l'escroc Alexandre Stavisky.

Même si on comprend grossièrement les tenants et aboutissants des magouilles de Stavisky, Resnais cherche plutôt à nous y perdre afin de dresser le portrait contrasté de son héros. Il nous est d'abord présenté comme un viveur flamboyant et dépensier dont le seul but est d'être vu, admiré et le seul sujet de conversation de sa société. Femmes (excellente scène où il couvre une inconnue séduisante de fleur en cinq minutes), politiques, banquiers, personne ne résiste à Stavisky ou plutôt à son nouvelle incarnation respectable Serge Alexandre. C'est bien cette schizophrénie qui causera sa perte puisque Serge Alexandre mène des affaires ambitieuses et respectables avec la roublardise de Stavisky, le prestige du premier s'opposant à la moralité toute relative du second.

Resnais captive en sondant cette dualité à travers sa narration (divers personnages donnant avec recul leur sentiment sur le héros dans des séquences interrompant la trame générale et en fait issue de l'enquête qui suivit la mort de Stavisky) mais surtout par un Stavisky rendu insaisissable par la superbe prestation d'un Belmondo parlant de lui-même à la troisième personne.

C'est dans la source de ce dédoublement de personnalité qu'il faudra chercher la cause du drame de Stavisky. Sept ans plutôt, son père dentiste respectable voyant son nom souillé se suicida suite à une des énièmes arrestations de son fils pour escroquerie et Stavisky après avoir noyé la perspective d'un procès à coups de pot de vins réapparu dans le monde en tant que Serge Alexandre. Ce passé le ronge et n'a jamais pu être complètement effacé, notamment par les traquenards tendus par l'Inspecteur Bonny (Claude Rich) qui a juré sa perte.

Resnais enveloppe habilement (à l'image de la photo vaporeuse de Sacha Vierny) cela d'un voile de mystère, ne surlignant jamais les évènements et laissant deviner ce que les évènements et agissements de Stavisky révèle de lui et de l'époque. La soif de reconnaissance vient ainsi de son besoin d'intégration, qui doit se faire sans courber l'échine comme le fit son père mais ce confronte au contexte politique agité et corrompu, où les prémisses du Pétainisme trouve déjà leurs sources. Si ce n'est l'amour indéfectible d'Arlette (magnifique Annie Duperey), Stavisky malgré son faste et son entourage est un homme seul.

C'est ce qui causera sa perte au final, Stavisky aurait fui pour tout recommencer ailleurs, Serge Alexandre souhaite rester et se défendre même si tout est perdu. L'ambiguïté du final obéit à cela, Stavisky a certainement été assassiné mais Serge Alexandre se serait plus probablement lui suicidé face à ce déshonneur. Lequel a été découvert par la police, là est la question. Un des films les plus accessibles de Resnais, visuellement somptueux (superbe reconstitution) et à l'atmosphère du rêve que n'a cessé de vouloir vivre Belmondo.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

dimanche 13 janvier 2013

Le Voleur - Louis Malle (1967)



Les aventures de Georges Randal, devenu voleur par défi envers son oncle et tuteur qui l'a dépouillé et envers sa cousine Charlotte, qui l'a délaissé.

Unique collaboration entre Jean-Paul Belmondo et Louis Malle, Le Voleur constitue un des films les plus remarquables du réalisateur. Le Voleur s'ouvre sur une scène de cambriolage très éloignée des vertus de tension et de suspense associé aux films traitant des exploits de monte en l'air et Jean-Paul Belmondo glacial n'évoque en rien le fantasme du voleur aristocrate et charmeur à la Arsène Lupin. Dans cette introduction, notre hors la loi inspecte la rue d'un côté puis de l'autre, escalade un muret, brise méthodiquement une serrure et inspectera méticuleusement toute une nuit la maison vide où il s'est introduit pour évaluer la valeur de chaque objet qui s'y trouve. Point de glamour ou de panache, on suit un professionnel en plein travail ce qu'appuie cette phrase cinglante de Belmondo en voix-off.

Il y a des voleurs qui prennent mille précautions pour ne pas abîmer les meubles, moi pas. Il y en a d'autres qui remettent tout en ordre après leur visite, moi jamais. Je fais un sale métier, mais j'ai une excuse, je le fais salement...

Ce vol méthodique servira de fil rouge au présent tandis que l'intrus Georges Randal (Jean-Paul Belmondo) nous narre la façon dont il en est arrivé là. Le film adapte le roman éponyme de Georges Darien paru en 1897. L'auteur était connu pour ses penchants anarchistes et son mépris des grandes institutions érigées par la société que sont la politique, la religion ou l'armée, opinions qu'il exprima dans ses différents ouvrages comme Biribi, discipline militaire (inspiré de son séjour dans le camp disciplinaire du même nom en Tunisie pour insubordination).

Le Voleur est plus particulier dans son œuvre par le mimétisme qu'il entretien avec la vie mystérieuse de Georges Darien. Il disparait entre 1891 et 1897 pour sillonner l'Europe et revient avec le manuscrit du Voleur sous le bras entretenant ainsi le fantasme que les aventures de son héros Georges Randal sont les siennes puisque pour les opinions radicales cela ne fait aucun doute. Louis Malle entretient cette idée dans son adaptation puisque lui-même issu de la grande bourgeoisie il ne manquera pas de l'égratigner dans nombre de ses films comme Les Amants (1958).

La dénonciation de l'hypocrisie et superficialité de cette bourgeoisie se fait ici par étape. Ce sera tout d'abord durant les scènes d'enfance où les tirades moralisatrices de l''oncle Urbain tuteur de Georges (Christian Lude) se verront contredite dès l'ellipse qui suit où à l'âge adulte on constate qu'il dilapidé l'héritage de son neveu. George amoureux de sa cousine Geneviève Bujold voit cette dernière lui échapper pour un mariage richement doté et par dépit va briser les fiançailles en dérobant les précieux bijoux de la famille de l'époux. Là c'est la révélation, Georges détaché de tout et vivant dans l'ennui jusqu'ici a trouvé sa voie. A travers la formation et la maîtrise de cet art du vol de Georges le film fait défiler son lot de rencontre savoureuse (Julien Guiomar génial en abbé escroc) où s'opposent constamment le monde des malfrats et celui de la bourgeoisie.

 On découvre ainsi la remarquable organisation des voleurs, vraie société souterraine partageant planques, informations sur les coups potentiels et vraie solidarité pour les complices en difficulté ou en cavale. C'est tout l'inverse de l'univers des nantis où les rombières fauchées (Françoise Fabian) communiquent moyennant pourcentage des informations sur les demeures bien loties et vide, les épouses légères s'avèrent toutes disposées à repartir avec celui venu les dépouiller (Marie Dubois parfaite en rouquine sophistiquée et dépravée) sans parler des portraits grotesque de certains comme cet industriel belge sacrément ridicule.

Hormis quelques séquences jouant de l'urgence (une course poursuite où les cambrioleurs découvrent à leurs dépens les premières alarmes domestiques) chaque vol sert donc surtout à se moquer de la bêtise des bourgeois comme ce vol/déménagement en plein jour où Belmondo fait fuir un curieux en l'invitant à les aider. Cette France de la fin du XIXe est un cadre propice aux idées libertaires et à l'anarchie comme en témoigne le parcours de Georges Darrien et cet aspect est évoqué dans le récit avec la rencontre de certains voleurs à la vision plus vaste que leur seul larcins et souhaitant dynamiter le système comme la remarquable séquence où Belmondo croise la route de Charles Denner, voleur et activiste qui finira mal.

C'est ces idées qui finissent par causer le déclin et la dangerosité du métier, mais pas pour George Randal uniquement préoccupé par l'adrénaline de son prochain vol. Malgré ce détachement, l'intrigue en fait tout de même une froide et impitoyable figure de justice avec une scène de deuil et de succession d'une cruauté saisissante même si la victime ne l'a pas volé. Jean-Paul Belmondo est absolument parfait, séducteur et tout en retenue, idéalement mis en valeur par Louis Malle qui en dépit de la belle reconstitution estompe tout éclat trop appuyé aux cadres luxueux traversé pour une vision volontairement terne de cette superficialité. Remarquable!

Sorti en dvd cez MGM

Extrait