Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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samedi 7 octobre 2023

Les Indomptables de Colditz - The Colditz Story, Guy Hamilton (1955)


 La forteresse de Colditz est une prison militaire réputée infranchissable. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont l'idée d'y transférer les rois de l'évasion de toutes les nationalités. Regrouper ainsi des récidivistes de l'évasion se révélera une idée plus dangereuse que lumineuse...

The Colditz Story est un récit s'inscrivant dans le courant du film de guerre anglais des années 50, période qui en contrepoint des films de propagandes produits durant le conflit, s'attache désormais à atténuer le message collectif pour s'attacher aux histoires individuelles. Un des films les plus fameux dans cette veine est L'évadé du camp 1 de Roy Ward Baker (1957), qui osait même adopter le point de vue allemand avec son héros roi de l'évasion incarné par Hardy Krueger. Il est également question d'évasion dans The Colditz Story, adaptation du roman éponyme de Pat Reid (publié en 1952), officier britannique qui y narrait son évasion de la redoutable prison militaire et destination finale des évadés multi récidivistes. Le scénario de Guy Hamilton, Ivan Foxwell et William Douglas-Home assume cependant dès son générique avoir grandement romancé les évènements. Sur le papier le film distille le programme attendu et largement vu dans ce type de film d'évasion en tant de guerre, notamment hollywoodien comme Stalag 17 de Billy Wilder (1953) ou plus tard La Grande évasion de John Sturges (1963).

Le traitement va cependant détonner des habitudes et ce dès la scène d'ouverture ou Pat Reid (John Mills) et son ami Mac (Christopher Rhodes) sont transférés à Colditz. Après avoir été introduit dans leurs quartiers et liés connaissance avec leur compagnon d'infortunes britanniques, la porte de leur cellule est crochetée par des soldats polonais voisins dans une tonalité presque humoristique. C'est une manière d'esquisser la nature cosmopolite de la prison, d'exposer ses personnalités fantasques ayant déjà apprivoisé les lieux en vue de les quitter au plus vite, et de donner l'illusion que Colditz est une geôle dont on pourra s'évader facilement. Les quelques plans d'ensemble montrant les vues intimidantes de cette forteresse située sur les hauteurs d'une colline gelée suffisent à calmer les ardeurs, mais le film ne joue étonnamment pas sur la cinégénie et la topographie de ce fabuleux décor pour développer son suspense. C'est sur ce point que le film dénote du modèle hollywoodien et The Colditz Story préfigure davantage Le Caporal épinglé de Jean Renoir (1962) voire la série télévisée Papa Schultz dans son traitement. Le drame de la guerre n'y est pas traité en comédie (malgré des moments légers) mais le traitement de l'évasion y a quelque chose d'étonnamment trivial, et finalement plus réaliste.

La première raison des échecs des tentatives d'évasion sera donc certes la rigueur de la surveillance de Colditz, mais surtout le manque de concertation entre les différentes nationalités de la prison. Ce ton léger et tendu s'exerce dans les deux premières scènes d'évasion où il y a d’abord interférence temporelle (l'échec d'une évasion française empêchant l'évasion anglaise en cours) puis topographique lorsque les tunnels creusés par les Anglais et les hollandais se croisent et s'effondrent, alertant les Allemands. On assiste donc à une étonnante coopérative de l'évasion, où toutes les nations en place se concertent et s'entraident dans leurs stratégies respectives. Certaines évasions relèvent du stratagème méticuleusement élaboré, et d'autres de la pure et folle improvisation selon les opportunités (ce qui annonce totalement le traitement de Le Caporal épinglé), la vraie tension se disputant à la surprise voire l'hilarité en passant d'un type d'escapade à l'autre. Le protagonistes anglais sont bien sûr les plus développés, avec notamment un excellent John Mills en "coordinateur des évasions", un flegmatique Eric Portman en chef charismatique, Christopher Rhodes en colosse soupe au lait, et quelques autres que l'on a davantage l'habitude de voir dans un registre comique comme Lionel Jeffries ou Ian Carmichael (habitué des rôles d'ahuri chez les frères Boulting). 

Si aucun personnage ne se détache chez les autres nations, Guy Hamilton les fait exister par le panache dont ils font preuve dans certaines séquences pour les français (l'évasion "acrobatique" totalement improbable d'un officier), du sens de l'honneur chez les polonais (le tribunal mis en œuvre pour juger une taupe) ou l'habileté stratégique des hollandais - une amusante concurrence sur la nation la plus efficace naissant même au sein du camp. Même les Allemands bénéficient d'un traitement subtil, s'incarnant comme des geôliers impitoyables certes, mais aussi des militaires effectuant simplement la tâche qui leur est assignée ce qui les différencient du pur sadisme nazi. C'est abordé sur un registre grave lorsqu'il s'agira d’exfiltrer le prisonnier polonais démasqué comme informateur (et subissant le chantage de la gestapo) ou dans un ton plus léger le commandant du camp (Frederick Valk) ne pouvant s'empêcher de lâcher un petit rire lorsqu’un de ses officiers subit la moquerie des Anglais.

Le film jongle avec brio sur plusieurs registres et reste captivant de bout en bout, notamment dans le dilemme moral posé par l'ultime évasion dont la méthode simple et efficace dénote avec tous les plans complexes qui ont précédemment échoués. Une grande réussite qui sait offrir une proposition détonante dans le registre balisé du film de "camp de prisonniers". Le film sera un immense succès en Angleterre, se plaçant quatrième au box-office de 1955. Le livre bénéficiera d'une seconde adaptation sous forme de série télévisée dans les années 70 à la télévision anglaise.

Sorti en bluray anglais doté de sous-titres anglais chez Studio Canal, et disponible avec sous-titres français en streaming sur MyCanal

dimanche 9 février 2020

The League of Gentlemen - Basil Dearden (1960)

Récemment mis a la retraite, le lieutenant-colonel Hyde décide de se venger et réunit sept officiers renvoyés de l'armée pour commettre un casse.

The League of gentlemen est le premier film produit par Allied Film Makers, société de productions lancée sur une idée du producteur Sydney Box d'associer sous le parrainage de la Rank plusieurs réalisateurs anglais sur des projets dont ils seraient initiateurs. Basil Dearden qui avait déjà exploré des sujets sociaux audacieux durant les années 50 va pouvoir prendre de plus grands risques encore dans ce cadre avec des films comme Victim (1961 traitant de l'homosexualité ou encore Life for Ruth (1962) abordant les travers moraux des témoins de Jéhovah. Cela va permettre également de lancer la carrière de réalisateur de Bryan Forbes (ici scénariste et acteur) avec des classiques comme le mélodrame Whistle Down the Wind (1961) et le thriller Seance on a Wet Afternoon (1964). Michael Relph (partenaire emblématique de Basil Dearden), Richard Attenborough et l'acteur Jack Hawkins s'ajouteront à cette association et même si malgré plusieurs réussites la compagnie produira un nombre restreint de films.

The League of Gentlemen est une manière (en comparaison des films plus difficiles qui suivront) de lancer la société sur un sujet accessible et grand public avec un film de casse, genre très à la mode dans le polar d'alors entre les américains Quand la ville dort de John Huston (1950), L'Ultime razzia de Stanley Kubrick (1956), Le coup de l'escalier de Robert Wise (1959) ou le français Du rififi chez les hommes de Jules Dassin (1955). Chacune de ces œuvres se sert du genre pour aborder des problématiques sociales, pour travailler une atmosphère ou dans le plaisir de voir la fatalité dérégler une horlogerie parfaitement réglée. The League of Gentlemen trouve son identité dans son identité profondément british.

Tout dans le recrutement, la préparation et l'exécution du coup se teinte de cet aspect. Dearden en joue dans la caractérisation de son casting charismatique où la crapulerie et la sournoiserie est d'autant plus délectable dans ce cadre anglais guindé (Roger Livesey en faux prêtre escroc et sa valise remplie de revues érotiques). Le quotidien de chacun des associés nous est présenté sous son jour le plus pathétique (ennui, dettes, adultère) qui les pousse au crime pour changer de vie, le passé peu reluisant les réunit mais également l'expérience militaire. Du coup Dearden humanise les protagonistes dans leurs failles tout mettant en relief leur professionnalisme à travers cette rigueur militaire.

Tout le monde existe et garde une certaine forme de mystère (Jack Hawkins parfait en leader, tout comme Nigel Terry en second plus décontracté) dans une narration parfaite équilibrée entre tension et décontraction. On pense à la scène du vol d'arme dans une caserne où par la grâce du montage la satire de la soumission militaire alterne avec une intrusion chargée de suspense. Ce sont toujours des éléments décalés spécifiquement anglais que vient le déséquilibre qui met à mal les plans (la bienveillance non désirée d'un policier à moto, l'arrivée inopinée d'un camarade de régiment lors du final) et Dearden sait en jouer pour rendre d'autant plus efficace les séquences spectaculaires. Le casse est ainsi fort inventif et trépidant, renversé dans ce même jeu du récit par une chute surprenante. Pas le plus engagé des Dearden donc mais un excellent divertissement !

 Sorti en bluray et dvd zone 2 anglais chez Network

mercredi 26 avril 2017

The Angry Silence - Guy Green (1960)

Tom Curtis (Richard Attenborough) est ouvrier dans une usine du nord de l’Angleterre père de deux enfants, avec un troisième en route. Quand une grève éclate, il décide de ne pas suivre le mouvement et de continuer à travailler. Les pressions se font de plus en plus fortes, et sa famille est mise en danger, mais au lieu de céder, Tom persévère. Une fois la grève terminée, il doit faire face à l’isolement et au silence imposé par ses collègues. Les média attirent alors l’attention sur la situation de Tom. Mais cela ne fait qu’empirer les choses.

The Angry Silence est la première production Beaver film, la société fondée par Richard Attenborough et Bryan Forbes d'où sortiront nombres de grandes réussites anglaises des années 60 réalisée par tous deux : Le vent garde son secret (1961), La Chambre indiscrète (1962), Le Rideau de brume (1964), Oh! What a Lovely War (1969)... The Angry Silence s'avère une sorte de pendant sérieux et dramatique de I’m all right Jack (1959) des frères Boulting, virulente satire qui dénonçait les petit arrangements et la corruption du monde de l'entreprise et des syndicats. C'est également le propos du film de Guy Green qui transcende toute idéologie pour un constat virulent.

Le suivisme et un certain obscurantisme militant se révèle ainsi dans une usine du nord de l'Angleterre. Un agent extérieur (Robert Burke) aux motifs nébuleux s'immisce ainsi auprès du délégué syndical (Bernard Lee) pour semer la discorde au sein de l'entreprise. Guy Green présente au départ l'usine comme un espace convivial et de camaraderie, du moins tant que l'on en reste du point de vue des ouvriers. Les angoisses économique semblent pouvoir se résoudre par le travail (Tom Curtis (Richard Attenborough) et l'annonce de la troisième grossesse de sa femme), les amours plus ou moins sérieuses se nouent avec les jolies ouvrières qu'on tente maladroitement de séduire pour Joe Wallace (Michael Craig également coscénariste du film) et côté loisir un tour au pub après une journée de labeur ou football le weekend semblent constituer une évasion satisfaisante pour ces gens simples.

Les quelques désaccords entre le délégué syndical et la direction (le manque de protection sur les machines sont bien là, mais leur résolution semblent plus reposer sur un jeu de pouvoir que sur un vrai souci du bien collectif. Ainsi une grève est décidée sans que l'on ait ressenti une réelle oppression patronale et surtout sans un début de négociation qui aurait éventuellement avortée. Richard Attenborough souhaitait dénoncer le rôle discutable que pouvait exercer des agents extérieur d'extrême gauche pour exacerber les conflits sociaux, ce que semble être le personnage manipulateur de Robert Burke qui fait grimper la tension sans que la branche syndicale officielle ait pu intervenir.

La tradition amène donc le lancement d'une grève machinalement votée par les ouvriers sans qu'ils n'en comprennent réellement le motif. Tous sauf Tom Curtis, autant motivé par sa situation familiale précaire qu'une conscience individuelle dont sont dénués ses collègues. Dès lors la cause n'a plus d'importance, seule compte la soumission de celui qui a osé sortir du rang. La violence se fait furtive, qu'elle soit concrète avec une réelle intimidation physique, psychologique et sociale avec l'ignorance et la mise au ban de Curtis et au final vraiment malveillante quand les actes nocifs sortent du cadre d l'usine et touche la famille du héros. La mise en scène de Guy Green brille à traduire cet isolement du personnage. Son individualité face à la meute est de plus en plus marquée, notamment lorsque sa silhouette traverse stoïquement les rangs de grévistes pour se rendre à l'usine déserte. Lorsque le travail reprendra, les compositions le mettent en avant plan dans les couloirs parcourus de machines. Lors d'une scène marquante le réfectoire lieu de cette camaraderie initiale prend des allures de cirque grotesque et hypocrite par un jeu sur les plongées, les gros plans monstrueux sur les visages ouvriers décérébrés.

Cette vision sera celle qui provoquera un hurlement de rage de Curtis envers ses anciens amis lui apparaissant sous leur vrai jour. Le propos sera encore plus virulent lorsque la situation prendra de l'ampleur pour attirer les médias, les ouvriers interrogés étant incapables de donner de motifs concrets à l'ostracisation de leur collègue si ce n'est d'avoir exprimé une opinion individuelle. Richard Attenborough livre une très grande prestation, sensible et puissante pour incarner cet homme simple dépassé par ses choix. La droiture et l'intensité de la conviction passe par ce jeu de plus en plus fiévreux et habité, le reste du casting n'étant pas en reste notamment Michael Craig en mouton culpabilisant, Bernard Lee en syndicaliste détestable et Geoffrey Keen en superviseur résistant à la pression - Pier Angeli très touchante également et on croise un Oliver Reed débutant. Le film fut accusé d'être antigrève mais finalement les patrons sont tout autant fustigés, s'accommodant de cette loi du silence et livrant en pâture Curtis pour ne pas perturber leurs affaires en cours. Richard Attenborough membre du parti travailliste n'a donc pas un propos réellement politique mais dénonce la meute instrumentalisée pour célébrer l'individu dont l'ultime rempart reposera plus sur son foyer que l'idéologie.

Néanmoins le propos du film fut parfois mal perçu, manquant d'être interdit au Pays de Galles par le syndicat des mineurs mais Attenborough se rendra sur place pour leur projeter le film afin d'en faire comprendre le vrai sens. Un vrai grand film dont propos audacieux (le final est particulièrement sombre et rageur) lui vaudra une nomination à l'Oscar du meilleur scénario.

Sorti en bluray et dvd zone 2 anglais chez StudioCanal, dot de sous-titres anglais 

Extrait

samedi 5 décembre 2015

The Raging Moon - Bryan Forbes (1971)

Bruce Pritchard (Malcolm McDowell) est un jeune homme issu des classes populaires, passionné par le foot, qu’il pratique assidument en amateur. Mais, le jour du mariage de son frère, il s’effondre. Il est atteint d’une maladie incurable qui le condamne à rester en chaise roulante jusqu’à la fin de ses jours. Décidé à ne pas retourner vivre chez ses parents, il obtient une place dans une maison d’accueil pour handicapés. Il a du mal à s’adapter à sa nouvelle vie, jusqu’à ce qu’il tombe amoureux d’une autre pensionnaire, Jill (Nanette Newman).

Bryan Forbes signe un superbe mélo au sujet très original en plus d'offrir un de ses rôles les plus sensible à Malcolm McDowell avec The Raging Moon. Le film adapte le roman éponyme de Peter Marshall paru en 1964. Frappé par la polio à l'âge de 18 ans et paralysé depuis, il exprima les difficultés de cet handicap dans la société d'alors avec son autobiographie Two Lives paru en 1962 et pour laquelle il reçut de nombreux prix, puis dans la fiction avec le roman The Raging Moon tout aussi personnel. Le sujet tenait particulièrement à cœur à Bryan Forbes qui se mit dans une situation compliquée pour tourner le film. Alors directeur de la production au sein d'EMI, Forbes fit produire le film par le studio tout en renonçant à son salaire de réalisateur mais ne put empêcher les mauvaises langues de l'accuser d'avoir joué de sa position.

Malcolm McDowell incarne une sort de double de Peter Marshall avec ce Bill Pritchard aspirant écrivain mais qui ne sait que faire de sa vie, vivant encore chez ses parents alors que son frère s'apprête quitter le foyer familial pour se marier. On devine ce mal-être sous son air jovial et qui va se concrétiser brutalement lorsqu'une maladie va lui faire perdre l'usage de ses jambes et le coincer en chaise roulante. Le récit dépeint une réalité cruelle pour les handicapés, nulle part à leur place. Notre héros s'isole donc dans un centre spécialisé pour s'isoler d'une société où il est de trop mais la rencontre avec Jill (Nanette Newman) va progressivement lui redonner gout à la vie.

Les deux personnages offrent un reflet du rejet d'un monde réel où ils sont un fardeau encombrant pour leur entourage ou alors objet d'attention exacerbées qui les infantilisent. Pire que tout, leur handicap semble les destituer de leur statut d'être humain. Jill est ainsi fiancée depuis de longues années avec un homme connu avant d'être en chaise roulante, sauf que ce dernier a désormais une attitude chaste envers elle comme si elle n'était plus une femme en attente d'affection physique plutôt que de pitié. C'est ainsi que va se nouer le lien entre Bill et Jill qui se rapprocheront et s'aimeront sans jamais être gênés par leur handicap si ce n'est pour en rire. Plus que leur chaise roulante, c'est le regard des autres qui va constituer la plus terrible des prisons.

On a ainsi une approche forte audacieuse fustigeant la compassion chrétienne. Tant qu'ils vaquent au diverses activités proposés par le centre, celui-ci constituera un havre de paix où ils pourront se reconstruire. Dès lors qu'ils chercheront à y vivre une histoire d'amour, on leur niera ce besoin vital du fait de leur handicap. Ils leurs refusent tout autant ce statut d'humain, les réduisant à de simples objets sur lesquels s'apitoyer dans ce cadre religieux (l'esprit sarcastique de Bill offrant une scène hilarante et pathétique face aux "bienfaiteur) et voyant comme une monstruosité le fait qu'ils puissent s'aimer et se désirer. Ces entraves physiques et morales offrent ainsi un beau frisson au moindre moment de rapprochement comme ce premier baiser à l'intensité magique.

Malcolm McDowell incarne vraiment un de ses rôles les plus touchants et vulnérables, formant un couple idéal avec une Nanette Newman (épouse et actrice fétiche de Bryan Forbes) alliant espièglerie et mélancolie à merveille. La mise en scène contemplative et intimiste de Bryan Forbes sert à merveille le sujet, la magnifique bande originale de Stanley Myers (lorgnant sur le meilleur de John Barry) faisant superbement décoller l'émotion des images par son entêtant thème principal. Preuve que le sujet était encore dérangeant, les exécutifs d’EMI tenteront d'empêcher la sortie du film qui sera uniquement sauvé par ses projections-tests enthousiastes. Même s'il ne rencontrera pas un grand succès à sa sortie, The Raging Moon s'avère une des œuvres les plus justes sur ce thème et une magnifique histoire d'amour.

Sortie en dvd zone  2 anglais et bluray et doté de sous-titres anglais

mercredi 23 juillet 2014

Un inspecteur vous demande - An Inspector Calls, Guy Hamilton (1954)


En 1912, au sein de la riche famille des Birling, industriels opulents et condescendants, le père Arthur Birling, est fier de célébrer le mariage entre sa fille Sheila et Gerald Croft. Mais le passé douteux des Birling resurgit lorsque l'on découvre ses relations avec Eva Smith, une jeune fille retrouvée morte après avoir bu, en grande quantité, un fort désinfectant.

An Inspector Calls est une des premières réalisations de Guy Hamilton, surtout connu plus tard pour ses grosses production dont sa contribution à la série des James Bond (un excellent Goldinger (1964), un moyen Les Diamants sont éternels (1971) et des mauvais Vivre et laisser mourir (1973) et L''Homme au pistolet d'or (1974)) et d'autres titres connus comme Mes funérailles à Berlin (1966) dans la série des Harry Palmer ou encore le film de guerre La Bataille d'Angleterre. Hamilton se montre un peu plus digne d'intérêt en dehors de ces mastodontes comme le prouverait l'excellent et plus intimiste The Party's Over (1964) ou encore ce An Inspector Calls. Le film est l'adaptation (par le futur cinéaste Desmond Davis) de la pièce de théâtre éponyme de John Boynton Priestley écrite en 1945 et jouée pour la première cette même année en URSS. Un détail étonnant mais pas anodin (la pièce sera jouée en Angleterre à partir de 1946) puisque l'on peut imaginer que le propos social cinglant du film parle autant au régime communiste qu'à une Angleterre en proie constante à la lutte des classes.

Le film s'ouvre sur un dîner joyeux de la famille Bilding, industriels richissimes qui fêtent ce soir-là les fiançailles de la fille aînée Sheila (Eileen Moore) avec le distingué Gerald Croft (Brian Worth). Sous l'atmosphère légère, la condescendance et les dysfonctionnements de cette famille se révèle en filigrane. Ainsi lors d'une discussion le père (Arthur Young) affirme avec aplomb (l'intrigue se déroule en 1912) qu'aucune guerre n'est prochainement à craindre en Europe et certainement pas des Allemands (la pièce en rajoutait une couche sur la "clairvoyance" du personnage puisqu'il vantait en plus les mérites du Titanic).

Le fils aîné affiche également un penchant certain pour l'alcool tandis que sa mère (Olga Lindo) ne semble pas s'en apercevoir et le traite encore comme un enfant. Des travers simplement vu en surface et qui vont se révéler en détail lorsqu'arrive l'élément perturbateur en la personne de l'Inspecteur Poole (Alastair Sim). Ce dernier vient évoquer aux Bilding la mort de Eva Smith (Jane Wenham), jeune femme s'étant suicidée par empoisonnement cette même soirée. Stupeur parmi l'assemblée qui n'a jamais entendu parler de cette personne mais Poole va la rappeler à leur bon souvenir et leur faire comprendre la terrible responsabilité qu'ils ont dans cette mort tragique.

L'origine théâtrale du matériau originel se devine pour le meilleur à travers les joutes verbales brillantes où Poole perce à jour chacun des membres de la famille par son bagout, sa froide détermination et une quasi omniscience sur le passé douteux de chacun. Alastair Sim s'était déjà plusieurs fois essayé à ce type de rôle de policier roublard et excentrique (notamment dans le thriller Green for danger (1946) de Sidney Gilliat) mais ajoute à cette truculence une dimension mystérieuse et solennelle à Pool qui n'est pas loin de la figure surnaturelle comme le montre son apparition subite dans le salon des Bilding. L'histoire est en fait un cruel mélodrame qui se révèlera au fil des flashbacks où chacun à leur tour l'indifférence de ces nantis causera la déchéance et la misère d'une jeune femme fragile. L'indépendance et l'esprit de Eva Smith causera ainsi chaque fois sa perte dès qu'elle croisera le chemin d'un des Bildings.

Ayant eu le culot de réclamer une rémunération plus élevée, elle est renvoyée en dépit de ses compétences de l'usine de Bildings père puis perdra son second emploi de vendeuse de vêtement par le seul caprice de Sheila. Gerald fera office dans un premier temps de bienfaiteur et amant avant de l'abandonner à son sort pour un meilleur parti (la fille Bilding dont on célèbre les fiançailles donc), la mère par une morale victorienne bienpensante lui refusera l'aide de son œuvre de charité et enfin Eric qui l'aime sincèrement s'avérera trop faible de caractère pour l'aider et la sortir de la fange. On oublie cette narration alambiquée et cette science du rebondissement pour ne plus retenir que le visage paisible d’Eva Smith, toujours digne et touchante dans sa détresse et ses désillusions. Jane Wenham incarne une figure de bonté sincère noble dans son dénuement à l'opposé de l'hypocrisie des Bildings n'assumant pas leurs actes révoltant envers elle.

Guy Hamilton lui ménage ces moments les plus inspirés, offrant une imagerie plus recherchée dans ses compositions de plan voyant défiler sa silhouette frêle dans ce Londres des bas-fonds tandis que la mise en scène est bien anonyme dans le huis-clos du présent. Le réalisateur évite cependant les effets trop voyants notamment dans l'introduction des flashbacks simplissimes car plutôt attendu dans un film noir. Hors ce n'est pas l'argument criminel qui guide ici le récit mais moral et qui se doit de nous introduire à ce passé douloureux avec sobriété.

On pense accéder à une possible rédemption, un possible regret et rachat pour les protagonistes placés face à leur responsabilité. Un ultime rebondissement vient contredire cela avec un pessimisme terrible où le rachat n se mesure qu'à l'aune d'un possible scandale public. La punition finale ne s'en avère que plus puissante, sa nature fantastique (et divine ?) se révélant au grand jour dans une chute mémorable. Un vrai petit classique assez mémorable et captivant de bout en bout. Dommage que Guy Hamilton n'ait pas aussi souvent fait montre de personnalité.

Sorti en bluray anglais chez Studio Canal et doté de sous-titres anglais 

Extrait

vendredi 28 octobre 2011

La Chambre indiscrète - The L-Shaped Room, Bryan Forbes (1962)


Jane, enceinte et célibataire, prend une chambre dans un hôtel minable. Elle est entourée d'étranges voisins.

Avec ce second film Bryan Forbes délivrait un magnifique mélodrame en plus d'offrir à Leslie Caron une de ses plus mémorables prestations. Adapté d'un roman de Lynne Reid Banks (plus connue pour sa série de livre pour enfant L'Indien du placard que sur ce type de sujet très adulte) le film aborde un sujet tabou sous un angle inattendu. Il est donc ici question de la difficile condition des mères célibataires à travers le récit Jane, jeune française (le personnage était anglais dans le livre le choix de Leslie Caron explique ce changement de nationalité) exilée à Londres et qui en début de film loue une chambre dans un hôtel insalubre.

Son comportement étrange, sa mine apeurée et la fragilité qu'elle dégage révèle d'emblée que quelque chose ne va pas et on découvrira qu'elle est enceinte. Cependant l'amitié et la chaleur exprimé par ses voisins (dont Brock Peters l'accusé de To Kill a Mockinbird ici en trompettiste enjoué) la déride vite et elle noue bientôt une histoire avec Tobey un aspirant écrivant. Seulement comment lui avouer son état sans craindre qu'il la quitte ?

Au vu de la période de sortie du film dans une Angleterre encore très moralisatrice (et des films du mouvement Free Cinema qui aborde la question de manière fort glauque comme Saturday Night and Sunday Morning) on devrait voir la grossesse de l'héroïne comme un poids et l'enjeu dramatique tourner autour de sa décision d'avorter. Si cette facette demeure, ce n'est pas le pivot du film, bien au contraire. Jane n'est pas une adolescente coupable d'un moment d'égarement mais une jeune femme de 27 ans ayant jusque-là vécue dans un milieu bourgeois étouffant (il faut voir sa mine terrifiée lors de sa première nuit dans sa chambre miteuse) et qui s'en est coupée en donnant sa virginité au premier flirt venu à son arrivée à Londres. Malgré cette erreur on constate alors que le sexe est pour elle une manière d'affirmer son indépendance.

La société ne l'entend pourtant pas de cette manière et le script multiplie les situations de répressions sexuelle plus ou moins affirmée : une policière qui vient interrompre dans un parc un innocent signe d'affection entre Tobey et Jane, la réaction dégoûtée de Brock Peters qui traite Jane de whore après avoir entendu ses ébats à travers la mince cloison séparant leurs chambres... Ce jugement moral est global et n'a pas de limite sociale.

Dans ce contexte, la grossesse d'une femme seule est une tâche dans le paysage, une tâche qu'il faut effacer. L'avortement synonyme d'autonomie et de libération pour la femme prend donc étonnement là une notion moralisatrice en étant l'outil permettant de faire disparaître la disgrâce. Alors que Jane hésite quant à la décision à prendre, absolument tous les personnages lui recommande d'avorter dans des séquences que Forbes rend terriblement oppressante comme cette entrevue avec un médecin désinvolte au début(pour lequel les options se résument à épouser le père ou avorter), la potion offerte par une voisine de bonne foi pour provoquer une fausse couche et surtout le mépris de Tobey lorsqu'il apprendra la vérité.

Dès lors, aller au bout de sa grossesse et élever son enfant signifie une affirmation de soi pour une Jane qui s'assume et ne dépend plus du regard des autres (le film a d'ailleurs adouci un élément intéressant du livre où l'hôtel était habité par des prostituées auxquelles l'héroïne dans son sentiment de culpabilité pouvait se trouver associée). Leslie Caron offre une prestation époustouflante ou le désespoir se dispute au courage et à la détermination. Ardente ou hébétée et en plein doute, elle dégage une intensité et une émotion de tous les instants. Sa performance lui vaudra un Golden Globe et une récompense au BFTA ainsi qu'une nomination à l'Oscar. La mise en scène sobre de Bryan Forbes saisit tous ses tourments porté par le beau noir et blanc de la photographie de Douglas Slocombe avec une poésie qui permet d'illustrer d'étonnement osées scènes charnelle mais cela aurait été un comble si le film avait été timoré là-dessus vu le sujet.

L'affiche annonce la couleur avec ce Sex is not a forbidden word comme slogan. Une belle et touchante fin ouverte laisse désormais Jane maîtresse de son destin même s'il lui en a coûté. La conclusion du livre était plus ouverte encore puisque Jane en laissant le manuscrit (nommé The L-Shaped Room) dans la chambre vide de Tobey lui disait qu'elle l'avait apprécié mais que l'histoire "n'était pas finie" et Lynne Reid Banks donna en effet deux suites à son ouvrage. Pour les amateurs de pop anglaise et fans des Smiths, le sample de "Take Me Back To Dear Old Blighty" entendu au début de leur chanson "The Queen is dead" provient d'une des séquences du film.

Sorti en dvd zone 2 anglais et dépourvu de sous-titres

Extrait

lundi 12 septembre 2011

Le Rideau de brume - Seance on a Wet Afternoon, Bryan Forbes (1964)


Myra, une Londonienne soi-disant médium, échafaude un stratagème pour gagner la célébrité. Elle convainc Billy, son mari veule, de kidnapper la fille de parents aisés. Ils demanderont une rançon ; après quoi, elle se rendra chez les parents en prétendant recevoir des messages extra-sensoriels qui permettront à la police de retrouver la victime et la rançon.

Seance on a Wet Afternoon est le troisième film d'un Bryan Forbes qui enchaînait les réussites dans le cadre de son association avec Richard Attenborough au sein de leur société de production commune Beaver Films. Après les drame Whistle down the wind et The L-Shaped Room, Forbes se frotte cette fois au thriller atmosphérique sacrément déroutant. Le pitch très audacieux et tordu annonce la couleur de l'étrange spectacle à venir. Myra (Kim Stanley), médium en quête de reconnaissance convainc son époux Bill (Richard Attenborough) d'enlever une fillette qu'elle se chargera de retrouver prétendument grâce à ces dons.

Avant de lancer son intrigue, Forbes prend le temps de nous introduire dans l'intimité du couple criminel. Un rapport dominant/dominé malsain régit les liens des deux époux où un extraordinaire Kim Stanley alterne douceur et humiliation pour plier la volonté d'un Richard Attenborough plus lucide mais faible de caractère.

L'atmosphère est à la fois pesante et neutre (ce que saisit parfaitement John Barry avec son excellent score) avec un Forbes jouant autant sur une neutralité glaciale que sur le malaise prononcé, la mise en scène brise constamment une relative sobriété pour faire surgir la folie des personnages notamment lors des séances de spiritismes. Celle qui ouvre le film joue d'ailleurs sur la virtuosité avec ses mouvements de caméra troublant, son montage saccadés et ses visages dissimulés dans l'ombre alors que la toute dernière révélatrice d'une terrible folie s'attarde longuement sur les réactions et le troubles des participants face à la stupéfiante crise de Kim Stanley.

Forbes manie avec une grande sobriété un sujet potentiellement sulfureux. Les séquences où la fillette est malmenée sont suffisamment sophistiquées et sobre pour lever l'ambiguïté, la scène d'enlèvement sans paroles le temps d'un folle cavalcade en voiture joue ainsi plus sur l'anxiété de Attenborough qu'une quelconque perversion tout comme lorsqu'il endort sa victime et que la scène s'interrompt avec l'acte en se situant à l'extérieur.

Hormis un morceau de bravoure virtuose avec une haletante course poursuite urbaine, Seance on a Wet Afternoon est un pur film d'ambiance où se révèlent progressivement les raisons du trouble de ses "héros". Ainsi l'argument pécuniaire ou de notoriété perd étonnamment de son intérêt quand on comprend que le but de Myra est ailleurs. Les éléments du puzzle auront été savamment mis en place et l'origine de la pseudo ubiquité de Myra et de ses velléités criminelle ont la même source et recèle une poignante thématique d'un deuil qui n'a jamais été fait.

Kim Stanley totalement possédée est stupéfiante, son calme glacial dissimulant une pure démence s'effrite peu à peu avec en point d'orgue un final fabuleux où plus que les esprits de l'au delà c'est ses propres démons qu'elle convoque enfin. On révise également le jugement sur le personnage d'Attenborough qui plutôt que lâche est surtout un mari bienveillant qui ira jusqu'au bout malgré lui pour apaiser son épouse. C'est sur un regard échangé entre eux que ce conclu le film, ayant enfin fait face à leur malheur mais à quel prix... Immense succès public et critique (et une performance de Kim Stanley unanimement saluée), le film connaîtra bien plus tard un remake japonais avec le Seance de Kyoshi Kurosawa et une transposition en opéra à Broadway.


Sorti en dvd zone 2 anglais mais dépourvu de sous-titres

mardi 5 juillet 2011

Le Vent garde son secret - Whistle Down the Wind, Bryan Forbes (1961)


Un magnifique film sur l'enfance et la perte de l'innocence qui constitue en quelque sorte le pendant anglais de Du Silence et des Ombres et qui était une nouvelle fois l'occasion de constater le talent précoce d'Hayley Mills. Le film est d'ailleurs une adaptation (par elle même au scénario avec Keith Waterhouse) d'un roman de Mary Hayley Bell , la mère d'Hayley Mills et on y retrouve cette atmosphère rurale si particulière qui fera le charme de Sky West and Crooked, le premier rôle adulte qu'elle écrira pour sa fille dans un film réalisé par son époux John Mills.

L'aspect racial de To Kill a Mockingbird disparaît totalement ici pour une approche de la religion naïve et touchante par un regard enfantin. Kathy (Hayley Mills) est donc une fillette vivant en campagne avec ses jeunes frères et soeurs Nan et Charles. Ayant perdu leur mère, il sont élevé par leur rugueuse tante et leur père (joué par Bernard Lee le futur M des 11 premiers James Bond) qui est bien plus occupé par la gestion de son domaine fermier. Ainsi livré à eux même, les trois enfants menés par leur grande soeur vivotent au gré de leur pérégrination dans la nature environnante de leur ferme et de leur petit village. Un jour, après avoir sauvé des chatons de la noyade, Kathy a un mot malheureux où elle remet en cause l'existence de Jésus ce qui lui est fortement reprochée par sa soeur. tenaillée par le remords elle croit ainsi voir le Christ revenu sur terre dans sa grange alors qu'il ne s'agit que d'un meurtrier blessé et en cavale (Alan Bates dans son premier rôle à l'écran). Une étrange relation va s'ensuivre.

Le film offre ainsi une vision contrastée de la religion selon l'interprétation qu'en font les enfants ou les adultes. La naïveté et l'innocence de l'interprétation qu'en font les enfants rend finalement toute sa simplicité bienveillante au message originel, parvenant à ébranler la dureté d'un criminel endurci (d'ailleurs hormis un avis de recherche placardé Alan Bates presque jamais nommé par son vrai nom comme pour maintenir l'illusion des enfants). A l'inverse, les adultes y voient des principes à respecter plus qu'une croyance, des paroles sacrées à retenir plus qu'à comprendre. Une scène s'avère criante à ce titre lorsque Kathy souhaite consoler son frère de la perte de son chaton et interroge le curé sur la raison pour laquelle Jésus laisse certains être mourir.

Ce dernier n'a qu'une formule toute faite et insipide à lui offrir, sans comprendre les interrogations et la détresse de l'enfant face à l'injustice de la mort. La croyance imprègne ainsi cette communauté mais de manière superficielle à l'image du personnage de Patricia Heneghan officiant à l'armée du salut et passant le film à psalmodier mécaniquement des paroles vidées de leurs sens. Finalement dans leur erreur les enfants s'avèrent donc paradoxalement les plus sincères.

Bryan Forbes capte magnifiquement cette atmosphère campagnarde par sa mise en scène épurée et un cadre magnifié par le superbe noir et blanc de Arthur Ibbetson. Le film est gorgé de symboles plus ou moins prononcés faisant le rapprochement entre l'aventures des enfants et les Evangiles. L'ombres des rois mages plane lorsque les trois enfants viennent apporter des présents à Alan Bates réfugié dans leur grange (les halo de lumière traversant l'obscurité du lieu instille aussi cet atmosphère), un gamin malmené par la brute du village va renier trois fois avoir vu Jésus un sifflement se faisant entendre au loin (et donnant son sens au titre) à la troisième imprécation.

La mise en scène de Forbes joue largement de cette analogie, la visite du groupe d'enfant dans la grange évoque par sa disposition les disciples entourant Jésus, plus tard un cadrage en plongée de Nan s'adressant à Alan Bates (réfugié en haut de la grange) accentue l'aura divine que lui associent les enfants et le final voyant l'arrestation de Bates le montre adopter la posture en croix christique selon le point de vue de Hayley Mills.

Le film évite tout prosélytisme puisque toutes interprétations religieuses sont soumis au regard et à la foi innocente des enfants et en particulier Hayley Mills une nouvelle fois très touchante. Le ton est d'ailleurs très ludique sous le drame grâce à la candeur et l'espièglerie des enfants et des stratagèmes dont il font preuve pour nourrir leur Messie.

Alan Bates n'est jamais embelli ni investit d'un grand message mais l'émotion qui le gagne face à la confiance et l'amour que lui donnent les chérubins estompe progressivement son aura menaçante, et on comprend aisément le mystère (Forbes jouant judicieusement de l'analogie physique avec sa barbe et son regard bienveillant) que peut dégager pour les jeunes héros son mutisme . La traque dont il est l'objet ne fait d'ailleurs que renforcer l'illusion des enfant en transposant sa persécution à l'ère moderne dans un beau final tout en retenue.

Un beau film à l'impact certain sur la culture populaire anglaise puisque une transposition en comédie musicale suivra plus tard dans les années 90 et plusieurs groupes pop placeront des références à Whistle in the wind dans leur chanson comme New Order sur Vanishing Point( issue de l'album Technique en 1989) avec cette ligne fort parlante "and they gave him away, like in 'Whistle Down the Wind,' by the look on his face, he never gave in".

Sorti en dvd zone 2 anglais et doté de sous-titres anglais

Extrait