Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Alain Leroy, bourgeois trentenaire et alcoolique, a
quitté New York pour Paris afin de suivre une cure de désintoxication.
Autrefois mondain abonné aux soirées de débauche, Alain est aujourd'hui las de
la vie. Les retrouvailles successives avec ses amis d'antan ne l'aident en
rien. Même Lydia, une belle jeune femme avec qui il a passé une nuit, ne semble
pouvoir le sauver de son désespoir et de son dégoût.
Louis Malle signe avec Le Feu Follet un de ses
sommets, avec une des plus intenses expression de la dépression au cinéma.
Malle adapte le roman éponyme de Pierre Drieu la Rochelle, publié en 1931. L’ouvrage
est en grande partie autobiographique, témoignant de la vie dissolue et de la
personnalité torturée de Drieu la Rochelle, auteur salué du surréalisme avant
une bascule fasciste qui en fera une des figures les plus en vue durant l’Occupation
allemande. Louis Malle transpose l’ouvrage à l’époque contemporaine et édulcore
en partie les addictions du héros, passant de toxicomane à alcoolique.
L’une des forces du film, c’est de capturer la nature
insaisissable et irrépressible de la dépression. Alain Leroy (Maurice Ronet)
est certes interné pour alcoolisme, mais c’est une des conséquences davantage
que la cause de son mal. L’isolation de la société mondaine de ses anciennes
frasques l’apaise non pas par l’éloignement de la tentation alcoolisée, mais
car la superficialité de ce cadre exacerbe son mal-être. La routine de sa cure et
les excentriques authentiques qu’il y côtoie sont plus incarnés que la pantomime
des nantis, Alain a lâché prise avec la vie et même l’amour d’une femme ne
saura l’y raccrocher de nouveau.
La force du film vient en grande partie de la double
identification à Leroy se faisant à la fois pour Louis Malle et Maurice Ronet.
La vacuité de la vie mondaine et de la mentalité bourgeoise est ancrée dans les
origines sociales de Malle tandis que Ronet est un écorché habitué à brûler la
vie par les deux bouts. Le réalisateur et l’acteur s’influencent l’un l’autre
dans la caractérisation (dans un mimétisme qui se prolongera à la ville), chacun
amenant des éléments de son expérience intime, notamment la chambre de Leroy en
cure comportant les effets personnels de Louis Malle.
Passant du cadre presque hors du temps du centre de
désintoxication à la réalité urbaine et sociale parisienne, Le Feu follet
brille par la longue errance sans but de sa deuxième partie. Grisaille oppressante
de la ville, puis malaise des espaces de vie où l’on se sent épié et commenté
(les brasseries parisiennes), et enfin la suffocation des dîners mondains
durant lesquels se disputent commisération gênante ou mépris froid. Maurice
Ronet est au-delà de l’affliction, du dégoût ou de la colère, c’est un être
éteint incapable d’aimer et refusant de l’être en retour.
Il n’attend qu’une
chose, que cette douleur lancinante s’arrête. L’absence totale d’hésitation
dans le geste fatal et son exécution en forme d’aller simple (une balle dans le
cœur) exprime l’absence totale d’un possible appel au secours, mais davantage
la volonté d’un point final. Cette conclusion choc ajoute à la puissance du
film, qui amorçait là un questionnement autour de la fragilité masculine
moderne et le mal-être social que prolongerait le superbeLa Vie à l’envers
d’Alain Jessua (1964) l’année suivante.
Charles est assureur, il a 40 ans et mène une existence
bourgeoise avec son fils et sa femme Hélène. A 30 ans, Hélène est une belle
femme qui ne travaille pas et semble s'ennuyer dans leur superbe villa. Bref,
une vie de couple presque sans nuages. Un jour, Charles commence à avoir des
doutes sur la fidélité de son épouse et engage un détective privé...
La Femme infidèle s’inscrit au sein de la
filmographie de Claude Chabrol dans ce que l’on a appelé le cycle «
pompidoliens » et comprenant Les Biches (1968), La Femme infidèle
(1969), Que la bête meure(1969), Le Boucher (1970), La
Rupture (1970), Juste avant la nuit (1971) et Les Noces rouges
(1973). C’est à partir de ce cycle que le réalisateur développe son regard
acéré et sa critique de la bourgeoisie, à ce moment-là plus spécifiquement
associé à la France de Pompidou. Cette période est indissociable de la
collaboration de Chabrol avec son épouse et muse Stéphane Audran qui joue dans
tous les films à l’exception de Que la bête meure. La réussite mutuelle
du couple se rejoint à ce moment là puisque cette série de films permet à
Chabrol de renouer avec le succès commercial et critique après plusieurs
échecs, tandis que Stéphane Audran, peu remarquée à ses débuts par son jeu d’une
certaine spontanéité estampillé « Nouvelle Vague » va déployer à
partir de là des interprétation plus froides et sophistiquées qui lui vaudront
une vraie reconnaissance – tout en étant une véritable incarnation de cette
femme « pompidolienne ».
Dans la première scène du film, lorsque Charles (Michel
Bouquet) se voit conseiller par sa mère de perdre un peu de poids, il s’y
refuse sous prétexte que le moindre changement dans son quotidien serait
susceptible d’altérer son bonheur qu’il estime parfait. Toute la faillite
future du personnage est résumée à ce moment-là. Une autre séquence s’avère
déterminante lorsque le couple s’apprête à se coucher et que Hélène (Stéphane
Audran), par son regard ardent et une pose alanguie dans sa nuisette sollicite
implicitement Charles pour une relation sexuelle. Ce dernier ne le comprend pas
et éteint la lumière, puis rate même une second fois le coche lorsque plus tard
dans la nuit chacun comprend que l’autre est réveillé et que Charles passe à
côté de l’attente de son épouse pour se rendormir. Chabrol laisse en tout cas
bien voir la déception d’Hélène dans la pénombre de la chambre. Ce moment s’avérera
déterminant lorsqu’on apprendra plus tard que la liaison adultère entamé par Hélène
date des quinze derniers jours, et donc probablement de cette tranche de vie qui
marque une rupture sourde dans le couple
Davantage que la remarque sur sa ligne ou la frustration
sexuelle, ces scènes nous font comprendre la satisfaction superficielle de
Charles pour son bonheur bourgeois, une surface dont il se contente sans
réellement se préoccuper des attentes d’autrui. Incapable d’empathie envers le
dépit de son épouse, il ne découvre pas sa tromperie par l’observation d’Hélène
mais par la suspicion progressive née d’éléments mineurs (un appel auquel elle
ne répond pas, une réponse évasive sur le contenu de sa journée) qui grippent
son tableau idyllique. Le constat d’adultère ne s’étant fait que par la surface
et pas par l’intime, Charles ne cherche pas la
confrontation avec Hélène et encore moins de reconstruire leur lien de
manière commune. Non, l’idée est de rétablir l’image figée d’idéal familial
bourgeois et pour cela, il faut éliminer l’importun qui brouille le tableau, à
savoir l’amant. Chabrol marque la différence entre le mari et l'amant par le regard porté par chacun sur la sensualité de Stéphane Audran. Charles a d'elle la vision d'une beauté se fondant dans son idéal, mais pas ou plus comme une figure sexualisée. Dès lors Chabrol, dans l'espace de la chambre offre Hélène comme objet de désir au spectateur, mais hors du champs de vision de Charles. Au contraire, le réalisateur capture cette proximité charnelle et adopte le regard de Maurice Ronet qui lorgne avec envie la silhouette de Stéphane Audran en train de se rhabiller.
Il est intéressant d’observer que les seuls moments durant
lesquels Charles joue le mari « moderne » et ouvert renforcent au
contraire sa facette poussiéreuse et patriarcale. Lorsqu’il sort Hélène en
boite de nuit, c’est une sorte de représentation de son ouverture d’esprit aux
yeux de leurs amis, et lorsqu’ils rentrent chez eux, c’est lui qui sollicite et
consomme ce rapport sexuel auquel il n’a pas su/voulu répondre quand il n’était
pas de son fait. La confrontation avec Victor Pegala (Maurice Ronet), l’amant
honni, est du même ordre puisqu’il se doit de faire croire qu’il a la main, qu’Hélène
en voit un autre car il autorise une relation libre. La désinvolture de Victor
va cependant lui faire perdre pied, Michel Bouquet jouant comme si les
confidences goguenardes de l’amant ne l’atteignaient pas seulement moralement,
mais physiologiquement, jusqu’à commettre l’irréparable. L’inspiration Hitchcockienne
de Chabrol fait ensuite merveille pour accompagner tout le processus criminel
de Charles, dans un registre froid et feutré des plus hypnotiques.
La pièce de puzzle manquante qui amènera une violente
dispute familiale entre le couple et leur jeune fils est une véritable
métaphore du vide de ce bonheur bourgeois et factice. Après la disparition de l’amant,
il manque de nouveau quelque chose à Hélène, sombrant dans la dépression, mais
aussi à Charles qui ne retrouve pas l’équilibre initial de son foyer. Cependant
le drame criminel et le péril qu’il fait entrevoir par la présence insistante
de la police va servir de pièce manquante pour exprimer implicitement ce que le
couple n’a su se dire directement.
Les dix dernières minutes, muettes, sont
magistrales pour faire passer toutes cette gamme de sentiments. La découverte d’une
photo révèle à Hélène que Charles demeure un époux ardent à sa manière, et
Stéphane Audran exprime une satisfaction aussi ambiguë que vénéneuse dans son jeu
froid tandis que la caméra de Chabrol accompagne ses pas. Enfin, Charles n’a
jamais semblé aussi proche, aimant et en symbiose avec Hélène alors qu’un lent
travelling arrière l’éloigne d’elle en caméra subjective, sans doute de manière
définitive. Un exercice d’une subtilité et d’un brio rare, où Chabrol traverse
tous les registres avec une grande réussite.
Les problèmes amoureux et les aspirations professionnelles d'une
bande de jeunes dans le Paris de l'après-guerre, entre la préparation
d'une expédition africaine, les répétitions théâtrales et les soirées
dans les cabarets de jazz.
Après le merveilleux Antoine et Antoinette
(1947), Jacques Becker poursuit son exploration de la société française
d'après-guerre. Grand amateur de jazz, Becker a dès l'Occupation
l'habitude de fréquenter les clubs de jazz parisien et notamment les
caves du quartier de Saint-Germain-des-Prés où il se plaira à observer
la jeunesse française. Jacques Becker qui a toujours
apprécié la compagnie de la jeunesse est également poussé par son fils
Jean (qui apparait furtivement parmi les spectateurs enjoués d'une scène
de concert) à s'imprégner et à capturer cet environnement en
recueillant divers anecdotes qui nourriront le script à venir de Rendez-vous de juillet.
L'expédition africaine que prépare le personnage de Daniel Gélin a
notamment bien eu lieu, menée par Jacques Dupont, étudiant de l'IDHEC
qui se rendit en Afrique avec quelques camarades de promotion pour en
ramener trois films documentaire : Voyage au pays des pygmées, Danses congolaises et Pirogues sur l'Ogooué.
Francis Mazière en charge de la décoration du film fit d'ailleurs
partie de l'expédition. Ces prémisses perpétuent la légende sur la
méticulosité et l'approche réaliste de Jacques Becker mais on peut y
voir une dimension plus personnelle pour le réalisateur se reconnaissant
dans cette jeunesse. Il fut en effet sauvé par la rencontre et l'amitié
qu'il noua avec Jean Renoir qui en fit son assistant mais tout comme le
personnage de Daniel Gélin, il fut poussé par son père à intégrer son
entreprise - dont il démissionnera en douce - alors qu'il ne rêvait que
de cinéma.
Rendez-vous de juillet capture avec fougue
les aspirations d'un groupe de jeunes gens au rythme des ambitions,
marivaudages et ambiances de jazz festive. Comme dans Antoine et Antoinette,
le développement dramatique naît de la chronique plus que de réelles
péripéties. Jacques Becker par la fluidité de sa narration rend presque
naturelle et imperceptible la vraie rigueur de rythme, caractérisation
et richesse thématique qui se déploie dans cette euphorie communicative.
La remarquable première partie saute d'un personnage à un autre avec
astuces narratives, de montages et dialogues piquant qui définissent la
camaraderie, la rivalité professionnelle (il suffira d'une moue et d'un
silence de Thérèse (Brigitte Auber) pour saisir qu'elle rêve aussi d'une
carrière d'actrice quand son amie Christine (Nicole Courcel) lui
annonce son audition), amoureuse (là aussi un simple échange de regard
entre Roger (Maurice Ronet) et François (Philippe Mareuil pour tisser
leur animosité sans qu'aucun conflit n'intervienne) et les petits
arrangements dont chacun est capable pour arriver à ses fins (Bernard
Lajarrige parfait en mentor intéressé, Nicole Courcel conjuguant
innocence et calcul...).
C'est d'abord l'énergie qui nous emporte,
Jacques Becker menant son entrée en matière dans un crescendo festif introduisant tous les personnages qui se retrouvent successivement jusqu'à
l'apothéose de l'arrivée au club de jazz Le Caveau des Lorientais.
Le Paris ensoleillé d'après-guerre est sublimement filmé par Becker
dont il multiplie les vues splendides (tout en restant dans une vraie
proximité et sans céder à la carte postale) notamment cette traversée de
la scène voiture militaire se muant en barque de fortune. Le monde des
adultes appelle nos jeunes gens à un sens des réalités plus ou moins
insistant (un vrai travail, un salaire...) qu'ils refusent dans des choix
professionnels incitant à l'évasion par l'art ou le voyage. Ces
aspirations se confronteront aux tentations et au mur de l'institution
(Daniel Gélin faisant le tour des ministères pour subventionner son
expédition) que Jacques Becker se plaît à bousculer dans de savoureux
moments comiques (Pierrot (Pierre Rabut) subtilisant quartier de viande
et menu monnaie chez son père boucher, le professeur d'art dramatique
malmené joué par Louis Seigner) mais Jacques Becker semblent toujours
prendre le parti des rêveurs.
La dernière partie met donc à
l'épreuve ceux qui auront choisis les chemins les plus faciles ou
d'autres reculant face à l'inconnu, tout en célébrant les plus
intrépides à l'image d'un Daniel Gélin habité lorsqu'il bouscule ses
amis hésitants. L'appel de l'ailleurs se fait donc dans une frénésie et
un sens du drame qui participe finalement à la maîtrise et
l'improvisation qui caractérise une partition de jazz (pour les
mélomanes Claude Luter et Rex Stewart apparaissent en personne), les
émotions contradictoires se bousculant pour les personnages.
L'émancipation de cette jeunesse bourgeoise saura parler au public de
l'époque et anticipe autant les soubresauts sociaux que
cinématographiques à venir et est portée par une énergie et un souffle
communicatif par Jacques Becker. Un petit bijou récompensé par le Prix
Louis-Delluc en 1949 et le Prix Méliès en 1950.
Pendant la Deuxième guerre mondiale, Violette Szabo entre dans les services secrets britanniques après la mort de son mari...
Carve Her Name with Pride
s'inscrit dans la veine des films de guerre anglais des années 50 au
début 60 qui, s'éloignant de la veine uniforme de propagande de la
décennie précédente exploitent les histoires plus méconnues de la
Seconde Guerre Mondiale. Cela donna des œuvres originales et captivante
comme L'évadé du camp 1 (1957) narrant les exploits d'un roi de l'évasion allemand et en plus mélodramatique le magnifique La Conspiration (1960) sur héroïsme de nonnes ayant sauvés des enfants juif. Carve Her Name with Pride
narre ainsi la réelle histoire de Violette Szabo, jeune femme
reconvertie agent secret britannique de la section F du Special
Operations Executive pendant la Seconde Guerre mondiale et qui effectua
deux missions en France occupée. Le film adapte le roman éponyme que lui
consacra R.J. Minney.
L'intrigue est très rigoureuse dans le
déroulement des évènements à quelques raccourcis près (Violette ne
revoyant plus son mari après son retour au front alors qu'il eut
d'autres permissions) afin de renforcer la dimension dramatique (le
poème The Life That I Have
attribué au mari défunt qui servira de code à Violette qui est en
réalité l'œuvre de Leo Marks cryptographe durant la guerre et futur
scénariste du Voyeur (1960) de
Michael Powell). Le début très romanesque est habilement construit pour à
la fois dépeindre le caractère de Violette (Virginia McKenna), définir
les convictions qui l'amèneront à s'engager mais aussi subtilement
montrer les aptitudes qui lui serviront sur le terrain.
Incitée par sa
mère française à inviter un compatriote exilé dîner un soir de 14
juillet, Violette va tomber sous le charme de Etienne (Alain Saury)
jeune soldat français qu'elle va épouser. L'idylle est charmante et un
peu surannée mais s'y révèlent au détour de quelques moments légers le
fait que Violette parle français couramment et qu'elle dispose d’une
condition physique impressionnante (sa facilité à narguer Etienne en
grimpant à un arbre). Lorsque son époux décède tragiquement au front et
la laisse seule avec sa fille, ne reste finalement aux services secrets
qu'à solliciter sa conviction à s'engager à son tour puisqu'elle possède déjà
les qualités requises. Virginia McKenna exprime parfaitement ce mélange
d'humanité à travers le souvenir du défunt et de patriotisme qui suscite
son engagement.
La partie purement militaire ira crescendo dans
la dramatisation. La formation est assez comique, nos frêles femmes tout
d'abord malmenées prenant de l'envergure et se montrant capable de
roublardise dans les exercices (excellent moment où elles iront voler de
l'alcool dans le bâtiment des officiers). Les deux missions exploitent
des veines différentes du film de guerre. La première fait dans la pure
infiltration avec Violette parachutée à Rouen où elle doit entrer en
contact avec les rescapés d'un groupe de résistants démantelé. L'allant
de la première mission se mêle à une vraie tension, exploitant bien
l'intelligence et la malice séductrice de Violette tout en se montrant
spectaculaire dans les visions de ce Rouen dévasté et subissant les
bombardements.
Après cette expérience notre héroïne comprendra vraiment
ce qu'elle risque et a à perdre (déchirante scène d'adieu à sa fillette
lors du nouveau départ) ce qui donnera le climat oppressant de la
seconde mission qui tournera mal. On aura notamment une haletante traque
en campagne par les allemands où Lewis Gilbert fait preuve d'un
suspense redoutable et donne définitivement une aura héroïque à Violette
qui décime un régiment d'allemands à la mitrailleuse.
On comprend la
modification de l'origine du poème/code lors des scènes de tortures
elliptiques mais glaçantes puisque relié autant à un souvenir personnel
qu'à sa mission et aux secrets qu'elle ne doit pas révéler. Même les
épisodes qu'on pourrait penser ajoutés (Violette préférant désaltérer
les prisonniers hommes plutôt que s'enfuir durant une attaque aérienne)
sont réels et renforcent la grandeur du personnage, la romance avortée
son supérieur Tony (Paul Scofield) élevant encore cette dévotion et
offrant de beaux moments.
Le final est assez inattendu par sa sècheresse
pour qui ne connaît pas l'histoire et fait montre d'une emphase la
sobriété poignante lors du moment fatidique. Une œuvre méconnue mais
captivante donc qui vaudra à Virginia McKenna une nomination au Bafta de
la meilleur actrice. Petite curiosité à signaler Maurice Ronet dans un
rôle de résistant, Denise Grey (future grand-mère de La Boum) jouant la mère de Violette et une des premières apparitions de Michael Caine en
prisonnier réclamant de l'eau.
Sorti en dvd zone 1 et doté de sous-titres anglais chez VCI
L'égyptologue Erica Baron arrive au
Caire à la recherche de documents sur le pharaon Séti. A peine arrivée,
elle est témoin du meurtre d'un marchand d'art peu scrupuleux, Abdu
Hamdi et fait la connaissance d'un journaliste français, Yeon et d’Ahmed
Khazzan, qui dirige la section des Antiquités aux Nations Unies. Alors
qu'elle arrive dans la Vallée des Rois, elle se retrouve aux prises de
trafiquants d'art bien décidés à récupérer les richesses de la tombe du
pharaon...
Un sacré ratage qui amorce la fin de carrière
plus anonyme du grand Franklin J. Schaffner. Adapté du roman éponyme de
Robin Cook, Sphinx sort la même année que Les Aventuriers de l'Arche Perdue
et sur ce même registre de l'aventure dépaysante et souffre cruellement
de la comparaison sur tous les points. Sphinx aurait néanmoins pu se
démarquer par sa dimension d'enquête et mystère plus prononcée avec ce
récit d'une égyptologue (Lesley-Anne Down) à la fois traquée et traquant
une statuette du pharaon Sethi dans une ville du Caire dangereuse. Le
sens visuel de Schaffner est toujours aussi puissant avec des vues
majestueuses de la vallée des rois, des compositions de plans qui
capturent bien l'opposition entre modernité et Histoire ancestrale en
mêlant bâtiment moderne et pyramides en arrière-plan.
Le dépaysement
arrive également à adopter le point de vue déphasé de l'héroïne mais
pour le reste c'est une catastrophe. L'enquête n'avance qu'à coup de
longues scènes de dialogues sur explicatives et ennuyeuses, les rares
moments d'actions étant des plus laborieux. Si les décors naturels
éblouissent, les scènes de studios (tournées à Budapest) supposées
représenter les pièces secrètes où sont tapies des trésors égyptiens
oubliés sont d'une rare ringardise et font très cheap, Schaffner ne
parvenant d'ailleurs jamais à orner l'ensemble d'un semblant
d'atmosphère surnaturelle alors qu'il est question d'une malédiction.
Le
casting n'aide guère à se sentir impliqué non plus entre une
Lesley-Anne Down minaudant et peu crédible en égyptologue et Frank
Langella en conservateur de musée taciturne ne dégage pas le charisme et
le mystère attendu (laissant deviner assez vite le rebondissement final
le concernant). Sir John Gielgud semble se demander ce qu'il est venu
faire dans cette galère le temps d'une brève apparition, tout comme
Maurice Ronet en contrebandier. Reste quelques jolies images et un score
agréable de Michael J. Lewis mais dans l'ensemble un fiasco indigne du
talent de Schaffner.
Sorti en dvd zone 1 dans la collection Warner Archives et sans sous-titres
Cherchant à protéger un ami, le député Philippe Dubaye, Xavier Maréchal rentre en possession d'un dossier compromettant. Des tueurs se lancent à ses trousses pour récupérer ces documents.
Un thriller politique des plus prenant pour Lautner qui retrouvait ici Delon après l'excellent Les Seins de Glace. Le film adapte un roman de Jean Laborde que Lautner avait déjà transposé avec Le Pacha et on lui doit d'autres petits classiques du polar à la française des 70's comme Adieu Poulet. Le grand atout du film, c'est le scénario particulièrement corrosif de Michel Audiard qui s'inspirant des scandales politiques de l'époque comme L'affaire Boulin dresse un portrait particulièrement virulent et pessimiste des hautes sphères de la politique française.
Le personnage de Delon (ici producteur également) , entré en possession d'un document mouillant toute la classe politique se voit ainsi tour à tour menacé, corrompu et épié par les intéressés mais également abordés par l'opposition qui ne vaut guère mieux, Lautner renvoyant tout ce beau monde dos à dos. Une ambiance lourde et désespéré se dégage tout au long du film renforcé par la photo grisâtre de Henri Decaë (étonnant le fidèle Maurice Fellous n'est pas de la partie) et le score dépressif et jazzy de Philippe Sarde. Tout juste reprochera t on quelques longueurs tout de même, mais le courage de la position et l'interprétation impeccable emporte l'adhésion.
Loin de ses rôles de héros, Delon campe un type normal à la droiture morale inflexible et à l'amitié indéfectible tandis que et le casting offre une joyeuse galerie de trognes pour les méchants avec un Klaus Kinski glaçant (et qui a droit à un mémorable monologue glaçant de cynisme) , Julien Guiomar détestable et menaçant et un beau twist final révélant de manière inattendue le plus corrompu de tous. Seule Ornella Muti n'est pas très convaincante, d'autant plus rageant que l'habituée Mireille Darc en quasi rôle de potiche aurait été bien meilleure dans le rôle. Les fantaisies de ses comédies policières ne sont pas de mise ici et Lautner s'efface derrière son récit avec une réalisation sobre (et pas dénuée de faute de goût comme la mort du méchant dans la gare en arrêt sur image) mais qui réserve quelques bon moment comme le surprenant traquenard que subi Delon sur une route de campagne entouré de deux semi remorque. Très bon donc et fort courageux pour l'époque où il fut entrepris.
Sorti en dvd zone 2 chez Fox Pathé Europa
Extrait avec la glaçante tirade de Klaus Kinski tristement d'actualité encore aujourd'hui.