Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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Affichage des articles dont le libellé est Maurice Ronet. Afficher tous les articles
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mardi 10 juin 2025

Le Feu follet - Louis Malle (1963)

Alain Leroy, bourgeois trentenaire et alcoolique, a quitté New York pour Paris afin de suivre une cure de désintoxication. Autrefois mondain abonné aux soirées de débauche, Alain est aujourd'hui las de la vie. Les retrouvailles successives avec ses amis d'antan ne l'aident en rien. Même Lydia, une belle jeune femme avec qui il a passé une nuit, ne semble pouvoir le sauver de son désespoir et de son dégoût.

Louis Malle signe avec Le Feu Follet un de ses sommets, avec une des plus intenses expression de la dépression au cinéma. Malle adapte le roman éponyme de Pierre Drieu la Rochelle, publié en 1931. L’ouvrage est en grande partie autobiographique, témoignant de la vie dissolue et de la personnalité torturée de Drieu la Rochelle, auteur salué du surréalisme avant une bascule fasciste qui en fera une des figures les plus en vue durant l’Occupation allemande. Louis Malle transpose l’ouvrage à l’époque contemporaine et édulcore en partie les addictions du héros, passant de toxicomane à alcoolique.

L’une des forces du film, c’est de capturer la nature insaisissable et irrépressible de la dépression. Alain Leroy (Maurice Ronet) est certes interné pour alcoolisme, mais c’est une des conséquences davantage que la cause de son mal. L’isolation de la société mondaine de ses anciennes frasques l’apaise non pas par l’éloignement de la tentation alcoolisée, mais car la superficialité de ce cadre exacerbe son mal-être. La routine de sa cure et les excentriques authentiques qu’il y côtoie sont plus incarnés que la pantomime des nantis, Alain a lâché prise avec la vie et même l’amour d’une femme ne saura l’y raccrocher de nouveau.

La force du film vient en grande partie de la double identification à Leroy se faisant à la fois pour Louis Malle et Maurice Ronet. La vacuité de la vie mondaine et de la mentalité bourgeoise est ancrée dans les origines sociales de Malle tandis que Ronet est un écorché habitué à brûler la vie par les deux bouts. Le réalisateur et l’acteur s’influencent l’un l’autre dans la caractérisation (dans un mimétisme qui se prolongera à la ville), chacun amenant des éléments de son expérience intime, notamment la chambre de Leroy en cure comportant les effets personnels de Louis Malle.

Passant du cadre presque hors du temps du centre de désintoxication à la réalité urbaine et sociale parisienne, Le Feu follet brille par la longue errance sans but de sa deuxième partie. Grisaille oppressante de la ville, puis malaise des espaces de vie où l’on se sent épié et commenté (les brasseries parisiennes), et enfin la suffocation des dîners mondains durant lesquels se disputent commisération gênante ou mépris froid. Maurice Ronet est au-delà de l’affliction, du dégoût ou de la colère, c’est un être éteint incapable d’aimer et refusant de l’être en retour. 

Il n’attend qu’une chose, que cette douleur lancinante s’arrête. L’absence totale d’hésitation dans le geste fatal et son exécution en forme d’aller simple (une balle dans le cœur) exprime l’absence totale d’un possible appel au secours, mais davantage la volonté d’un point final. Cette conclusion choc ajoute à la puissance du film, qui amorçait là un questionnement autour de la fragilité masculine moderne et le mal-être social que prolongerait le superbe La Vie à l’envers d’Alain Jessua (1964) l’année suivante.

Sorti en bluray français chez Gaumont 

jeudi 22 août 2024

La Femme infidèle - Claude Chabrol (1969)

Charles est assureur, il a 40 ans et mène une existence bourgeoise avec son fils et sa femme Hélène. A 30 ans, Hélène est une belle femme qui ne travaille pas et semble s'ennuyer dans leur superbe villa. Bref, une vie de couple presque sans nuages. Un jour, Charles commence à avoir des doutes sur la fidélité de son épouse et engage un détective privé...

La Femme infidèle s’inscrit au sein de la filmographie de Claude Chabrol dans ce que l’on a appelé le cycle « pompidoliens » et comprenant Les Biches (1968), La Femme infidèle (1969), Que la bête meure (1969), Le Boucher (1970), La Rupture (1970), Juste avant la nuit (1971) et Les Noces rouges (1973). C’est à partir de ce cycle que le réalisateur développe son regard acéré et sa critique de la bourgeoisie, à ce moment-là plus spécifiquement associé à la France de Pompidou. Cette période est indissociable de la collaboration de Chabrol avec son épouse et muse Stéphane Audran qui joue dans tous les films à l’exception de Que la bête meure. La réussite mutuelle du couple se rejoint à ce moment là puisque cette série de films permet à Chabrol de renouer avec le succès commercial et critique après plusieurs échecs, tandis que Stéphane Audran, peu remarquée à ses débuts par son jeu d’une certaine spontanéité estampillé « Nouvelle Vague » va déployer à partir de là des interprétation plus froides et sophistiquées qui lui vaudront une vraie reconnaissance – tout en étant une véritable incarnation de cette femme « pompidolienne ».

Dans la première scène du film, lorsque Charles (Michel Bouquet) se voit conseiller par sa mère de perdre un peu de poids, il s’y refuse sous prétexte que le moindre changement dans son quotidien serait susceptible d’altérer son bonheur qu’il estime parfait. Toute la faillite future du personnage est résumée à ce moment-là. Une autre séquence s’avère déterminante lorsque le couple s’apprête à se coucher et que Hélène (Stéphane Audran), par son regard ardent et une pose alanguie dans sa nuisette sollicite implicitement Charles pour une relation sexuelle. Ce dernier ne le comprend pas et éteint la lumière, puis rate même une second fois le coche lorsque plus tard dans la nuit chacun comprend que l’autre est réveillé et que Charles passe à côté de l’attente de son épouse pour se rendormir. Chabrol laisse en tout cas bien voir la déception d’Hélène dans la pénombre de la chambre. Ce moment s’avérera déterminant lorsqu’on apprendra plus tard que la liaison adultère entamé par Hélène date des quinze derniers jours, et donc probablement de cette tranche de vie qui marque une rupture sourde dans le couple 

Davantage que la remarque sur sa ligne ou la frustration sexuelle, ces scènes nous font comprendre la satisfaction superficielle de Charles pour son bonheur bourgeois, une surface dont il se contente sans réellement se préoccuper des attentes d’autrui. Incapable d’empathie envers le dépit de son épouse, il ne découvre pas sa tromperie par l’observation d’Hélène mais par la suspicion progressive née d’éléments mineurs (un appel auquel elle ne répond pas, une réponse évasive sur le contenu de sa journée) qui grippent son tableau idyllique. Le constat d’adultère ne s’étant fait que par la surface et pas par l’intime, Charles ne cherche pas la confrontation avec Hélène et encore moins de reconstruire leur lien de manière commune. Non, l’idée est de rétablir l’image figée d’idéal familial bourgeois et pour cela, il faut éliminer l’importun qui brouille le tableau, à savoir l’amant. Chabrol marque la différence entre le mari et l'amant par le regard porté par chacun sur la sensualité de Stéphane Audran. Charles a d'elle la vision d'une beauté se fondant dans son idéal, mais pas ou plus comme une figure sexualisée. Dès lors Chabrol, dans l'espace de la chambre offre Hélène comme objet de désir au spectateur, mais hors du champs de vision de Charles. Au contraire, le réalisateur capture cette proximité charnelle et adopte le regard de Maurice Ronet qui lorgne avec envie la silhouette de Stéphane Audran en train de se rhabiller.

Il est intéressant d’observer que les seuls moments durant lesquels Charles joue le mari « moderne » et ouvert renforcent au contraire sa facette poussiéreuse et patriarcale. Lorsqu’il sort Hélène en boite de nuit, c’est une sorte de représentation de son ouverture d’esprit aux yeux de leurs amis, et lorsqu’ils rentrent chez eux, c’est lui qui sollicite et consomme ce rapport sexuel auquel il n’a pas su/voulu répondre quand il n’était pas de son fait. La confrontation avec Victor Pegala (Maurice Ronet), l’amant honni, est du même ordre puisqu’il se doit de faire croire qu’il a la main, qu’Hélène en voit un autre car il autorise une relation libre. La désinvolture de Victor va cependant lui faire perdre pied, Michel Bouquet jouant comme si les confidences goguenardes de l’amant ne l’atteignaient pas seulement moralement, mais physiologiquement, jusqu’à commettre l’irréparable. L’inspiration Hitchcockienne de Chabrol fait ensuite merveille pour accompagner tout le processus criminel de Charles, dans un registre froid et feutré des plus hypnotiques.

La pièce de puzzle manquante qui amènera une violente dispute familiale entre le couple et leur jeune fils est une véritable métaphore du vide de ce bonheur bourgeois et factice. Après la disparition de l’amant, il manque de nouveau quelque chose à Hélène, sombrant dans la dépression, mais aussi à Charles qui ne retrouve pas l’équilibre initial de son foyer. Cependant le drame criminel et le péril qu’il fait entrevoir par la présence insistante de la police va servir de pièce manquante pour exprimer implicitement ce que le couple n’a su se dire directement. 

Les dix dernières minutes, muettes, sont magistrales pour faire passer toutes cette gamme de sentiments. La découverte d’une photo révèle à Hélène que Charles demeure un époux ardent à sa manière, et Stéphane Audran exprime une satisfaction aussi ambiguë que vénéneuse dans son jeu froid tandis que la caméra de Chabrol accompagne ses pas. Enfin, Charles n’a jamais semblé aussi proche, aimant et en symbiose avec Hélène alors qu’un lent travelling arrière l’éloigne d’elle en caméra subjective, sans doute de manière définitive. Un exercice d’une subtilité et d’un brio rare, où Chabrol traverse tous les registres avec une grande réussite. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Opening
 

mardi 27 décembre 2016

Rendez-vous de juillet - Jacques Becker (1949)

Les problèmes amoureux et les aspirations professionnelles d'une bande de jeunes dans le Paris de l'après-guerre, entre la préparation d'une expédition africaine, les répétitions théâtrales et les soirées dans les cabarets de jazz.

Après le merveilleux Antoine et Antoinette (1947), Jacques Becker poursuit son exploration de la société française d'après-guerre. Grand amateur de jazz, Becker a dès l'Occupation l'habitude de fréquenter les clubs de jazz parisien et notamment les caves du quartier de Saint-Germain-des-Prés où il se plaira à observer la jeunesse française. Jacques Becker qui a toujours apprécié la compagnie de la jeunesse est également poussé par son fils Jean (qui apparait furtivement parmi les spectateurs enjoués d'une scène de concert) à s'imprégner et à capturer cet environnement en recueillant divers anecdotes qui nourriront le script à venir de Rendez-vous de juillet.

L'expédition africaine que prépare le personnage de Daniel Gélin a notamment bien eu lieu, menée par Jacques Dupont, étudiant de l'IDHEC qui se rendit en Afrique avec quelques camarades de promotion pour en ramener trois films documentaire : Voyage au pays des pygmées, Danses congolaises et Pirogues sur l'Ogooué. Francis Mazière en charge de la décoration du film fit d'ailleurs partie de l'expédition. Ces prémisses perpétuent la légende sur la méticulosité et l'approche réaliste de Jacques Becker mais on peut y voir une dimension plus personnelle pour le réalisateur se reconnaissant dans cette jeunesse. Il fut en effet sauvé par la rencontre et l'amitié qu'il noua avec Jean Renoir qui en fit son assistant mais tout comme le personnage de Daniel Gélin, il fut poussé par son père à intégrer son entreprise - dont il démissionnera en douce - alors qu'il ne rêvait que de cinéma.

Rendez-vous de juillet capture avec fougue les aspirations d'un groupe de jeunes gens au rythme des ambitions, marivaudages et ambiances de jazz festive. Comme dans Antoine et Antoinette, le développement dramatique naît de la chronique plus que de réelles péripéties. Jacques Becker par la fluidité de sa narration rend presque naturelle et imperceptible la vraie rigueur de rythme, caractérisation et richesse thématique qui se déploie dans cette euphorie communicative. La remarquable première partie saute d'un personnage à un autre avec astuces narratives, de montages et dialogues piquant qui définissent la camaraderie, la rivalité professionnelle (il suffira d'une moue et d'un silence de Thérèse (Brigitte Auber) pour saisir qu'elle rêve aussi d'une carrière d'actrice quand son amie Christine (Nicole Courcel) lui annonce son audition), amoureuse (là aussi un simple échange de regard entre Roger (Maurice Ronet) et François (Philippe Mareuil pour tisser leur animosité sans qu'aucun conflit n'intervienne) et les petits arrangements dont chacun est capable pour arriver à ses fins (Bernard Lajarrige parfait en mentor intéressé, Nicole Courcel conjuguant innocence et calcul...).

C'est d'abord l'énergie qui nous emporte, Jacques Becker menant son entrée en matière dans un crescendo festif introduisant tous les personnages qui se retrouvent successivement jusqu'à l'apothéose de l'arrivée au club de jazz Le Caveau des Lorientais. Le Paris ensoleillé d'après-guerre est sublimement filmé par Becker dont il multiplie les vues splendides (tout en restant dans une vraie proximité et sans céder à la carte postale) notamment cette traversée de la scène voiture militaire se muant en barque de fortune. Le monde des adultes appelle nos jeunes gens à un sens des réalités plus ou moins insistant (un vrai travail, un salaire...) qu'ils refusent dans des choix professionnels incitant à l'évasion par l'art ou le voyage. Ces aspirations se confronteront aux tentations et au mur de l'institution (Daniel Gélin faisant le tour des ministères pour subventionner son expédition) que Jacques Becker se plaît à bousculer dans de savoureux moments comiques (Pierrot (Pierre Rabut) subtilisant quartier de viande et menu monnaie chez son père boucher, le professeur d'art dramatique malmené joué par Louis Seigner) mais Jacques Becker semblent toujours prendre le parti des rêveurs.

La dernière partie met donc à l'épreuve ceux qui auront choisis les chemins les plus faciles ou d'autres reculant face à l'inconnu, tout en célébrant les plus intrépides à l'image d'un Daniel Gélin habité lorsqu'il bouscule ses amis hésitants. L'appel de l'ailleurs se fait donc dans une frénésie et un sens du drame qui participe finalement à la maîtrise et l'improvisation qui caractérise une partition de jazz (pour les mélomanes Claude Luter et Rex Stewart apparaissent en personne), les émotions contradictoires se bousculant pour les personnages. L'émancipation de cette jeunesse bourgeoise saura parler au public de l'époque et anticipe autant les soubresauts sociaux que cinématographiques à venir et est portée par une énergie et un souffle communicatif par Jacques Becker. Un petit bijou récompensé par le Prix Louis-Delluc en 1949 et le Prix Méliès en 1950.

 Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Gaumont

Extrait

vendredi 12 juin 2015

Agent secret S.Z. - Carve Her Name with Pride, Lewis Gilbert.(1958)

Pendant la Deuxième guerre mondiale, Violette Szabo entre dans les services secrets britanniques après la mort de son mari...

Carve Her Name with Pride s'inscrit dans la veine des films de guerre anglais des années 50 au début 60 qui, s'éloignant de la veine uniforme de propagande de la décennie précédente exploitent les histoires plus méconnues de la Seconde Guerre Mondiale. Cela donna des œuvres originales et captivante comme L'évadé du camp 1 (1957) narrant les exploits d'un roi de l'évasion allemand et en plus mélodramatique le magnifique La Conspiration (1960) sur héroïsme de nonnes ayant sauvés des enfants juif. Carve Her Name with Pride narre ainsi la réelle histoire de Violette Szabo, jeune femme reconvertie agent secret britannique de la section F du Special Operations Executive pendant la Seconde Guerre mondiale et qui effectua deux missions en France occupée. Le film adapte le roman éponyme que lui consacra R.J. Minney.

L'intrigue est très rigoureuse dans le déroulement des évènements à quelques raccourcis près (Violette ne revoyant plus son mari après son retour au front alors qu'il eut d'autres permissions) afin de renforcer la dimension dramatique (le poème The Life That I Have attribué au mari défunt qui servira de code à Violette qui est en réalité l'œuvre de Leo Marks cryptographe durant la guerre et futur scénariste du Voyeur (1960) de Michael Powell). Le début très romanesque est habilement construit pour à la fois dépeindre le caractère de Violette (Virginia McKenna), définir les convictions qui l'amèneront à s'engager mais aussi subtilement montrer les aptitudes qui lui serviront sur le terrain.

Incitée par sa mère française à inviter un compatriote exilé dîner un soir de 14 juillet, Violette va tomber sous le charme de Etienne (Alain Saury) jeune soldat français qu'elle va épouser. L'idylle est charmante et un peu surannée mais s'y révèlent au détour de quelques moments légers le fait que Violette parle français couramment et qu'elle dispose d’une condition physique impressionnante (sa facilité à narguer Etienne en grimpant à un arbre). Lorsque son époux décède tragiquement au front et la laisse seule avec sa fille, ne reste finalement aux services secrets qu'à solliciter sa conviction à s'engager à son tour puisqu'elle possède déjà les qualités requises. Virginia McKenna exprime parfaitement ce mélange d'humanité à travers le souvenir du défunt et de patriotisme qui suscite son engagement.

La partie purement militaire ira crescendo dans la dramatisation. La formation est assez comique, nos frêles femmes tout d'abord malmenées prenant de l'envergure et se montrant capable de roublardise dans les exercices (excellent moment où elles iront voler de l'alcool dans le bâtiment des officiers). Les deux missions exploitent des veines différentes du film de guerre. La première fait dans la pure infiltration avec Violette parachutée à Rouen où elle doit entrer en contact avec les rescapés d'un groupe de résistants démantelé. L'allant de la première mission se mêle à une vraie tension, exploitant bien l'intelligence et la malice séductrice de Violette tout en se montrant spectaculaire dans les visions de ce Rouen dévasté et subissant les bombardements.

Après cette expérience notre héroïne comprendra vraiment ce qu'elle risque et a à perdre (déchirante scène d'adieu à sa fillette lors du nouveau départ) ce qui donnera le climat oppressant de la seconde mission qui tournera mal. On aura notamment une haletante traque en campagne par les allemands où Lewis Gilbert fait preuve d'un suspense redoutable et donne définitivement une aura héroïque à Violette qui décime un régiment d'allemands à la mitrailleuse.

On comprend la modification de l'origine du poème/code lors des scènes de tortures elliptiques mais glaçantes puisque relié autant à un souvenir personnel qu'à sa mission et aux secrets qu'elle ne doit pas révéler. Même les épisodes qu'on pourrait penser ajoutés (Violette préférant désaltérer les prisonniers hommes plutôt que s'enfuir durant une attaque aérienne) sont réels et renforcent la grandeur du personnage, la romance avortée son supérieur Tony (Paul Scofield) élevant encore cette dévotion et offrant de beaux moments.

Le final est assez inattendu par sa sècheresse pour qui ne connaît pas l'histoire et fait montre d'une emphase la sobriété poignante lors du moment fatidique. Une œuvre méconnue mais captivante donc qui vaudra à Virginia McKenna une nomination au Bafta de la meilleur actrice. Petite curiosité à signaler Maurice Ronet dans un rôle de résistant, Denise Grey (future grand-mère de La Boum) jouant la mère de Violette et une des premières apparitions de Michael Caine en prisonnier réclamant de l'eau.

Sorti en dvd zone 1 et doté de sous-titres anglais chez VCI


dimanche 21 septembre 2014

Sphinx - Franklin J. Schaffner (1981)

L'égyptologue Erica Baron arrive au Caire à la recherche de documents sur le pharaon Séti. A peine arrivée, elle est témoin du meurtre d'un marchand d'art peu scrupuleux, Abdu Hamdi et fait la connaissance d'un journaliste français, Yeon et d’Ahmed Khazzan, qui dirige la section des Antiquités aux Nations Unies. Alors qu'elle arrive dans la Vallée des Rois, elle se retrouve aux prises de trafiquants d'art bien décidés à récupérer les richesses de la tombe du pharaon...

Un sacré ratage qui amorce la fin de carrière plus anonyme du grand Franklin J. Schaffner. Adapté du roman éponyme de Robin Cook, Sphinx sort la même année que Les Aventuriers de l'Arche Perdue et sur ce même registre de l'aventure dépaysante et souffre cruellement de la comparaison sur tous les points. Sphinx aurait néanmoins pu se démarquer par sa dimension d'enquête et mystère plus prononcée avec ce récit d'une égyptologue (Lesley-Anne Down) à la fois traquée et traquant une statuette du pharaon Sethi dans une ville du Caire dangereuse. Le sens visuel de Schaffner est toujours aussi puissant avec des vues majestueuses de la vallée des rois, des compositions de plans qui capturent bien l'opposition entre modernité et Histoire ancestrale en mêlant bâtiment moderne et pyramides en arrière-plan.

Le dépaysement arrive également à adopter le point de vue déphasé de l'héroïne mais pour le reste c'est une catastrophe. L'enquête n'avance qu'à coup de longues scènes de dialogues sur explicatives et ennuyeuses, les rares moments d'actions étant des plus laborieux. Si les décors naturels éblouissent, les scènes de studios (tournées à Budapest) supposées représenter les pièces secrètes où sont tapies des trésors égyptiens oubliés sont d'une rare ringardise et font très cheap, Schaffner ne parvenant d'ailleurs jamais à orner l'ensemble d'un semblant d'atmosphère surnaturelle alors qu'il est question d'une malédiction.

Le casting n'aide guère à se sentir impliqué non plus entre une Lesley-Anne Down minaudant et peu crédible en égyptologue et Frank Langella en conservateur de musée taciturne ne dégage pas le charisme et le mystère attendu (laissant deviner assez vite le rebondissement final le concernant). Sir John Gielgud semble se demander ce qu'il est venu faire dans cette galère le temps d'une brève apparition, tout comme Maurice Ronet en contrebandier. Reste quelques jolies images et un score agréable de Michael J. Lewis mais dans l'ensemble un fiasco indigne du talent de Schaffner.

 Sorti en dvd zone 1 dans la collection Warner Archives et sans sous-titres

vendredi 11 février 2011

Mort d'un pourri - Georges Lautner (1977)


Cherchant à protéger un ami, le député Philippe Dubaye, Xavier Maréchal rentre en possession d'un dossier compromettant. Des tueurs se lancent à ses trousses pour récupérer ces documents.

Un thriller politique des plus prenant pour Lautner qui retrouvait ici Delon après l'excellent Les Seins de Glace. Le film adapte un roman de Jean Laborde que Lautner avait déjà transposé avec Le Pacha et on lui doit d'autres petits classiques du polar à la française des 70's comme Adieu Poulet. Le grand atout du film, c'est le scénario particulièrement corrosif de Michel Audiard qui s'inspirant des scandales politiques de l'époque comme L'affaire Boulin dresse un portrait particulièrement virulent et pessimiste des hautes sphères de la politique française.

Le personnage de Delon (ici producteur également) , entré en possession d'un document mouillant toute la classe politique se voit ainsi tour à tour menacé, corrompu et épié par les intéressés mais également abordés par l'opposition qui ne vaut guère mieux, Lautner renvoyant tout ce beau monde dos à dos. Une ambiance lourde et désespéré se dégage tout au long du film renforcé par la photo grisâtre de Henri Decaë (étonnant le fidèle Maurice Fellous n'est pas de la partie) et le score dépressif et jazzy de Philippe Sarde. Tout juste reprochera t on quelques longueurs tout de même, mais le courage de la position et l'interprétation impeccable emporte l'adhésion.

Loin de ses rôles de héros, Delon campe un type normal à la droiture morale inflexible et à l'amitié indéfectible tandis que et le casting offre une joyeuse galerie de trognes pour les méchants avec un Klaus Kinski glaçant (et qui a droit à un mémorable monologue glaçant de cynisme) , Julien Guiomar détestable et menaçant et un beau twist final révélant de manière inattendue le plus corrompu de tous. Seule Ornella Muti n'est pas très convaincante, d'autant plus rageant que l'habituée Mireille Darc en quasi rôle de potiche aurait été bien meilleure dans le rôle. Les fantaisies de ses comédies policières ne sont pas de mise ici et Lautner s'efface derrière son récit avec une réalisation sobre (et pas dénuée de faute de goût comme la mort du méchant dans la gare en arrêt sur image) mais qui réserve quelques bon moment comme le surprenant traquenard que subi Delon sur une route de campagne entouré de deux semi remorque. Très bon donc et fort courageux pour l'époque où il fut entrepris.

Sorti en dvd zone 2 chez Fox Pathé Europa

Extrait avec la glaçante tirade de Klaus Kinski tristement d'actualité encore aujourd'hui.