Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 14 juin 2024

Le Bal des cinglés - Operation Mad Ball, Richard Quine (1957)


 L'action se déroule en 1946 dans un hôpital de campagne américain en Normandie. Les infirmières, qui ont toutes rang de lieutenant, y sont strictement séparées des hommes du rang, mais le soldat Hogan (Jack Lemmon) a bien l'intention de faciliter la rencontre d'un de ses camarades avec celle qu'il aime. De fil en aiguille, il en vient à organiser un grand bal clandestin dans un hôtel du Havre tenu par une Française au caractère bien trempé. Il doit pour cela déjouer les manœuvres du tortueux capitaine Locke (Ernie Kovacs), son rival en amour auprès de l'infirmière Betty Bixby (Kathryn Grant).

Le Bal des cinglés est une des comédies les plus réussies de Richard Quine, l'une de celle où s'équilibre le mieux son esprit transgressif et son humour ravageur. Si la comédie militaire ou de régiment possède déjà quelques titres à son actif, Richard Quine amène ici un souffle de modernité qui anticipe certains classiques irrévérencieux à venir comme Qu'as tu fais à la guerre papa de Blake Edwards (qui coécrit le scénario de Le Bal des cinglés et la parenté est évidente), Les Jeux de l'amour et de la guerre de Arthur Hiller ou encore MASH de Robert Altman. Le scénario pose un contexte coutumier à Richard Quine, dans ses drames (Les Liaisons secrètes (1960), Le monde de Suzie Wong (1960) comme ses comédies (L'Adorable voisine (1958)), celui d'une romance ne pouvant s'épanouir à cause d'un environnement moraliste et inquisiteur. 

Ici il s'agira d'une caserne et hôpital américain à la fin de la guerre au sein duquel de simples soldats ne peuvent se rapprocher des infirmières, le statut de gradée de ces dernières les rendant inaccessible à cause du règlement. Il se joue même une sorte de lutte des classes avec des gradés masculins comme le sournois capitaine Locke (Ernie Kovacs) profitant de leur position pour évincer leurs rivaux simples troufion. C'est la déconvenue à laquelle va se confronter Hogan (Jack Lemmon), génie de la combine qui va chercher à contourner le règlement en organisant un bal clandestin.

Une fois les bases de ce postulat prometteur posées, c'est parti pour une irrésistible comédie sans temps mort où Quine fait feu de tout bois. C'est un festival de personnages loufoques (Jeanne Manet tordante tenancière d'hôtel française à l'accent prononcé, un guest totalement azimuté de Mickey Rooney), de running gag dialogué (Dick York se lamentant de végéter à un post minable) ou situationnel (Betty contrainte d'engloutir les verre de lait pour couvrir Hogan) quand d'autres sont patiemment construit et étiré jusqu'à l'insoutenable comme le faux macchabée ou d'une fulgurance à couper le souffle tel la découverte de la dentition de castor refaite sur l'oncle de la tenancière. Sous la comédie alerte, Quine parvient néanmoins à caractériser et nous attacher à tout un groupe de personnages qu'il sait mettre en valeur quel que soit leur temps à l'écran. 

Ainsi malgré l'avalanche de péripétie, on ne perd pas de vue le couple juvénile ayant motivé l'initiative d'Hogan et l'on est heureux de leur tête à tête final. De même la romance entre Hogan et Betty (Kathryn Grant à croquer) progresse de la frustration première au quiproquo hilarant pour finalement mener vers quelque chose de très touchant dans la dernière partie, notamment lors de l'attente vaine et solitaire d'Hogan. Jack Lemmon est pour beaucoup dans cet équilibre, son personnage roublard le forçant à une certaine sobriété qu'il ne transgresse judicieusement que dans les moments sentimentaux notamment cette belle déclaration où il "oublie" le grade de Betty. Ernie Kovacs semble aussi se délecter en gradé odieux et veule, provoquant les rires tout en maintenant une vraie tension maintenant les enjeux du récit et l'empêchant malgré les nombreux écarts de basculer dans la pantalonnade. C'est drôle, prenant et touchant de bout en bout jusqu'au feu d'artifice final que constitue le fameux bal.

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount et visible actuellement à la Cinémathèque français dans le cadre de la rétro consacrée à Richard Quine

dimanche 12 novembre 2023

Le Syndrome chinois - The China Syndrome, James Bridges (1979)


 Kimberley Wells, une journaliste employée par la chaîne de télévision américaine KXLA, tourne un documentaire à la centrale nucléaire « Ventana » de Los Angeles. Au cours de la visite, et alors que Kimberley, accompagnée de son cadreur et de son preneur de son, observe la salle des opérations de la centrale, les visiteurs deviennent les témoins d'un incident nucléaire1, voyant comment le personnel de la salle s'active pour tenter d'en venir à bout. Le cadreur de Kimberley, Richard Adams, filme secrètement l'incident.

Le Syndrome chinois est une œuvre visionnaire et alarmiste sur les dangers du nucléaire domestique. Le film fera sensation auprès d’un grand public encore peu au fait des risques, d’autant que douze jours après sa sortie aura lieu l'accident nucléaire de Three Mile Island le 28 mars 1979, le plus grave accident nucléaire civil de l'histoire des États-Unis à l’époque. Cette corrélation d’évènements offrira une chambre d’écho considérable aux mouvements antinucléaire aux Etats-Unis.

Le scénario habile nous place conjointe sous le point de vue des novices et des spécialistes. Kimberley (Jane Fonda) et son cadreur Richard (Michael Douglas) sont témoin d’un incident nucléaire lors d’un banal reportage didactique. Le sentiment d’urgence, d’incrédulité et d’incompréhension est palpable durant les quelques minutes où l’incident pourra néanmoins être jugulé, tout en laissant entendre que le pire a été évité. En suite le récit déroule en parallèle l’enquête externe de Kimberley et Richard entravé par leur hiérarchie en voulant diffuser l’évènement qu’ils ont filmé, et l’investigation interne de Jack (Jack Lemmon) chef d’équipe de la station souhaitant déceler les possibles failles en cause. Cette construction permet une approche didactique à travers des personnages apprenant la signification de ce qu’ils ont vu, et anxiogène avec Jack Lemmon dont l’expertise plus opaque révèle néanmoins la loi du silence de l’entreprise privilégiant la loi du profit plutôt que la prévention.

Progressivement, les codes du cinéma paranoïaque typique des années 70 se mettent en place. Cependant on sent la bascule et le changement des ennemis à venir de la décennie suivante, les corporations capitalistes avançant à visage découvert prenant le relai des agences gouvernementales nébuleuses. L’interprétation est remarquable, notamment une Jane Fonda dont le personnage se découvre des vertus de lanceuse d’alerte au sein d’une chaîne locale la réduisant à l’information futile. La curiosité, l’implication croissante et l’émotion de l’héroïne est un vrai pivot du récit, tout comme un excellent Jack Lemmon en professionnel rigoureux et confronté à la lâcheté de sa direction. 

Le réalisme prend le pas sur le sensationnalisme pour bien faire assimiler au spectateur les concepts techniques (comme le fameux « syndrome chinois » du titre), avant de nous amener vers un final haletant et désespéré. Un film nécessaire et dont les craintes se verront confirmées quelques années plus tard avec la catastrophe de Tchernobyl. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Sony

dimanche 19 février 2023

L’Enfer des tropiques - Fire Down Below, Robert Parrish (1957)

Felix Bower et Tony Finn, qui vivent de petits trafics au large des Caraïbes grâce à leur modeste bateau, acceptent la mission de transporter Irena, une mystérieuse clandestine, jusqu’à l’île de Santa Nada. Ils tombent tous les deux sous le charme de leur passagère et leurs rapports se détériorent.

L’Enfer des tropiques est un peu un film maudit dans la filmographie de Robert Parrish, qui se verra déposséder du montage par ses producteurs. Un des talents du réalisateur est de s’inscrire souvent dans des genres emblématiques du cinéma hollywoodien (polar, western…) mais de parvenir à s’affranchir de leurs archétypes, non pas en les déconstruisant, mais en faisant une sorte de pas de côté autorisant les moments plus suspendus. Dès lors lorsque les règles des genres, le retour à l’intrigue classique se profile, c’est presque une contrainte et un regret pour les personnages et les spectateurs. Un film emblématique de cela est son magnifique western L’Aventurier du Rio Grande (1959) où Robert Mitchum (dont la nonchalance désabusée est parfaite pour le style de Parrish) passe un tiers du film immobilisé par une jambe cassée et peut enfin se poser pour vivre une romance loin de son existence tumultueuse.

L’Enfer des tropiques (adapté d’un roman de Max Catto) démarre ainsi sous ces auspices attendus, par son intrigue et la personnalité de ses acteurs. Le triangle amoureux place une Rita Hayworth dans un emploi connu de séductrice aventurière destinée à perdre les hommes, disputée par les deux amis Felix (Robert Mitchum) et Tony (Jack Lemmon). Robert Mitchum retrouve ce côté désabusé et revenu de tout montrant une grande méfiance envers sa passagère, tandis que Jack Lemmon est cet histrion nerveux et candide propre à se laisser séduire. La tension s’installe dans un huis-clos maritime réjouissant, faisant légèrement tomber les masques des archétypes initiaux. Rita Hayworth n'est pas la mante religieuse attendue, mais une femme ayant vite appris à porter sa beauté comme un atout et une malédiction dans les heurts d’une vie agitée. L’ours mal léchée Robert Mitchum se reconnaît en elle et c’est bien ce qui provoque ce mélange d’attrait et d’hostilité dont il fait preuve. Robert Parrish captive d’emblée, la promesse d’aventures et d’exotisme laissant place à ce nœud de sentiments refoulés. 

Il signe d’ailleurs dans cette première partie une séquence extraordinaire caractérisant à merveille à l’équilibre du trio. Les personnages se rendent sur une île pour assister à une fête de mardi-gras. Tony est emporté de son plein gré par des fêtard en liesse sans anticiper ce qui pourrait se dérouler. Irena (Rita Hayworth) subit dans un premier temps le tumulte de la fête en étant balloté entre les danseurs. Après un tête à tête tendu avec Felix, elle retourne sur la piste qu’elle s’approprie soudant de manière extraordinaire, tout en danse chaloupée et lascive où le passé scénique (et dans la comédie musicale) de Rita Hayworth fait merveille. Felix si hostile envers elle est soudain captivé et l’on comprend qu’il est tombé dans ses filets. En une scène, la cinquième roue du carrosse qu’est Tony, l’attrait de Felix et surtout la capacité d’adaptation/survie d’Irena sont posés par l’image, sans dialogues superflus.

Hélas, dans sa seconde partie le film s’éloigne de cette situation passionnante pour partir dans une autre direction. Le fameux « pas de côté » cher à Parrish s’éloigne bien trop de la trame principale avec un interminable aparté sur Tony coincé  dans les décombres d’un cargo prêt à exploser. C’est l’occasion de guest-stars prestigieux de de s’installer (Bernard Lee et Herbert Lom), la séquence est très spectaculaire mais perd complètement de vue le triangle amoureux initial. Mitchum et Hayworth ne reviennent que dans les 20 dernières minutes pour relier le malheur et dilemme de Tony aux enjeux sentimentaux mais il est trop tard, l’intérêt s’est dilué. 

C’est vraiment un gâchis car les acteurs sont tous très bon, l’alchimie et la tension sont là le nerf du récit s’est perdu. Il semble que cela soit en grande partie dû au remontage des producteurs, Parrish ayant envisagé de relier ces trames antinomiques par des flashbacks notamment. En l’état cela donne en tout cas un film très bancal qui ne tient pas ses belles promesses initiales. On saluera néanmoins la beauté formelle typique de Parrish, nous offrant de magnifiques scènes maritimes et de beaux panoramas exotiques dans un cinémascope de toute beauté. 

Sorti en bluray français chez Rimini éditions 

Vidéo promotionnelle sur le tournage, petite pépite rétro !

mercredi 3 août 2022

Avanti ! - Billy Wilder (1972)


 Wendell Armbruster, Jr. est un PDG américain venu en Italie pour faire rapatrier le cadavre de son père, mort dans un accident de voiture dans l'ile d'Ischia. Il apprend à cette occasion que son père avait une maîtresse, morte dans l'accident, et tombe amoureux de la fille de cette dernière.

Il y quelque chose de très touchant dans la dernière partie de la filmographie de Billy Wilder, qui le rapproche grandement de son mentor Ernst Lubitsch. Ce dernier dans ses ultimes films se délestait de la mécanique comique huilée et du cynisme réjouissant de sa Lubitsch’s touch pour laisser entrevoir un visage plus tendre, bienveillant et parfois autobiographique dans des œuvres comme The Shop around the corner (1940), Le Ciel peut attendre (1943) ou La Folle ingénue (1946). Billy Wilder dans les années 70 suit le même chemin (avec d’ailleurs la même volonté de retour en Europe que son mentor dans ses derniers films) en se délestant de la contrainte de l’efficacité narrative, de l’écriture savamment charpentée et du timing comique parfait. Toutes les qualités du réalisateur sont toujours là, mais osent s’aventurer sur un terrain recherchant moins la perfection, osant exposer une langueur, une mélancolie moins soumise à la perfection scénaristique. 

Cela n’a jamais été aussi vrai, beau et réussi que dans ce Avanti .!  On retrouve plusieurs motifs du réalisateur ici, à commencer par celui du fantasme qui finit par constituer un mimétisme troublant avec la réalité des personnages. Dans Sept ans de réflexion (1955), les rêveries adultère du héros se confronte à sa culpabilité et aussi à forme de morale en sous-texte, le fantasme n’est pas assouvi. Sous couvert loufoque dans Certains l'aiment chaud (1959), le couple Tony Curtis/Marilyn Monroe surmonte le rapprochement initial reposant sur un faux-semblant quant à l’identité de genre et le statut social pour vraiment s’aimer, tout comme le Jack Lemmon travesti pour lequel un prétendant déclame un savoureux nobody’s perfect. Dans le brillant Embrasse-moi idiot (1964) la provocation est encore plus grande puisque le faux-semblant d’une relation maritale transcende la condition sociale, la présence et l’opinion d’elle-même d’une Kim Novak passant de la prostituée à l’épouse respectable et respectée. Dans Avanti ! Wilder adapte là pour la seconde fois une pièce de Samuel Taylor (également coscénariste) après Sabrina (1954), Taylor qui fut également scénariste de Vertigo (1959), soit des œuvres là aussi de cette superposition entre fantasmes/rêves et réalité. Wendell Armbruster (Jack Lemmon) et Pamela Pigott (Juliet Mills) marchent sur les pas de leurs parents décédés, couple adultère qui se retrouvait une fois par an en Italie avant de tragiquement périr ensemble en voiture. Tout le récit les invite malgré eux à un mimétisme des disparus, qui va les amener à se révéler à eux-mêmes. 

Wilder avant cela fait feu de tout bois dans le cliché. Tout d’abord celui de l’américain pressé et conquérant se croyant maître en tout lieu, et ce dès la scène d’ouverture où il convainc un passager d’avion d’échanger ses vêtements avec lui, le départ précipité l’ayant obligé à partir en tenue de golf. Cette urgence va se confronter à la langueur latine et estivale, au rythme quotidien très personnel des Italiens : pause de midi à 16h, obligations administratives aussi alambiquées que vaines, employés distraits et nonchalants… Jack Lemmon incarne un jumeau arrogant et qui aurait réussit de son personnage de La Garçonnière (1960), l’œil constamment rivé sur le futur et les affaires qui l’attendent, au point de ne jamais prendre le temps de faire son deuil. A l’inverse Pamela se montre bien moins exubérante, effacée et à l’inverse pose un regard attendri sur le passé amoureux de sa mère puisque son présent morne n’a guère d’intérêt. Wendell est un électron libre entravé par ce cadre italien quand Pamela est à la traîne et complexée par un corps qu’elle estime trop en embonpoint. 

On pourrait dire aussi que le cliché concerne aussi toute la caractérisation des mœurs italiennes mais cela n’est pas totalement vrai. Wilder fait sa mue en estompant comme évoqué plus haut l’efficacité de la comédie « à l’américaine » pour la fondre dans le rythme et les codes de la comédie italienne qui vit alors son âge d’or. Le motif du poisson citadin hors de l’eau se confrontant aux spécificités des mœurs d’une région provinciale est typique de la comédie italienne, et Wilder en reprends plusieurs facettes en amenant ce schisme sur un terrain national. Même des éléments supposément grossiers comme la femme de chambre sicilienne à moustache et adepte du crime d’honneur correspondent totalement aux particularismes comiques (et reposant souvent sur une réalité) usités dans des grandes comédies comme Mafioso d’Alberto Lattuada (1962) ou Divorce à l’italienne de Pietro Germi (1961). Tous les seconds rôles haut en couleurs (le valet de chambre adepte du chantage) sont également des figures typiques de Wilder tout en correspondant à un canon humoristique de la Commedia all'italiana.

Tous ces éléments amènent une porosité dans la confection du film, dans la progression du récit et dans l’évolution des personnages. Les évènements les plus absurdes empêchent Wendell de quitter au plus vite les lieux, et le hasard, une volonté d’hommage aux disparus et une forme de jeu amènent le personnage à mimer les habitudes de son père au côté de Pamela. Cela ne constituera pas un carcan mais au contraire une désinhibition qui lui feront comprendre ce que recherchait son père durant ses séjours annuels, et lui fera savourer à son tour le moment présent. Wendell est contraint de ralentir et profiter, Pamela au contraire y trouve une énergie nouvelle et s’enhardit. Wilder traduit cette communion progressive des deux par de sublimes idées formelles tel cette scène de bain de soleil nus au petit matin sur un rocher, où Pamela se déleste un temps de ses complexes physiques et Wendell fort difficilement de son puritanisme anglo-saxon – tordant moment où il tente de cacher les tétons de Pamela aux marins avec ses chaussettes.

Cela passe aussi par ce mélange si beau et typique de Wilder entre quiproquos comiques et lâché prise romantique. Un concours de circonstances ans l’hôtel amène Wendell à inviter Pamela dans sa chambre, ce qu’elle prend avec joie pour une avance. La clairvoyance et les pieds sur terre d’un Wendell au courant de qu’il se passe s’oppose à la distraction d’une Pamela toujours en décalage. Dans cette séquence, Pamela dévoile ainsi ses sentiments avec maladresse avant de comprendre son erreur. Wendell jusque-là si droit et tout à ses objectifs, prend enfin le temps de la regarder et lui avouer que malgré le malentendu, il la désire bel et bien. Le rythme, le jeu des deux acteurs et l’inventivité de la scénographie (Wendell qui fait monter Pamela sur la balance pour qu’elle soit à sa taille afin de l’embrasser, l’objet symbolisant le complexe devient la marche vers l’épanouissement amoureux) font de ce moment un des sommets du film et de la carrière de Wilder. 

C’est en fait exactement le cheminement de nombre de ses comédies romantiques, mais sans la « mécanique » parfaite qui les guide habituellement. Wilder s’autorise un récit traînant (le film dure 2h24), un rythme à l’européenne plutôt qu’américain, et en définitive le brinquebalant du réel plutôt que l’efficacité de la fiction. On peut répercuter cela dans le physique des acteurs loin des stars glamours et jeunes premiers d’antan. Les corps sont imparfaits, vieillissants, et c’est ce vécu qui les rend si beaux et séduisants. Juliet Mills embellit littéralement sous nos yeux à l’écran, ses kilos en trop définissent au contraire tout son charme et ce qu’elle est. Si le talent de Jack Lemmon était déjà reconnu, c’est bien elle la révélation et le cœur émotionnel du film. Difficile d’oublier son allant, ses sourires et regards après visionnage du film. Avanti ! est un Wilder qui contrairement à ce que l'on a pu penser montre le réalisateur en prise avec son temps (le clin d'oeil parodique leitmotiv musical à l'appui du Love Story de Arthur Hiller), pour faire évoluer son fond (plus en adéquation avec la libération des moeurs) et sa forme tout en se montrant fidèle à son humour corrosif et sa tendresse romantique. La dernière scène, entre rire gras envers l'Oncle Sam et sublime adieu, est là pour le démontrer.

Sorti en dvd zone 2 et bluray chez Rimini