Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
L'action se déroule en 1946 dans un hôpital de
campagne américain en Normandie. Les infirmières, qui ont toutes rang de
lieutenant, y sont strictement séparées des hommes du rang, mais le
soldat Hogan (Jack Lemmon) a bien l'intention de faciliter la rencontre
d'un de ses camarades avec celle qu'il aime. De fil en aiguille, il en
vient à organiser un grand bal clandestin dans un hôtel du Havre tenu
par une Française au caractère bien trempé. Il doit pour cela déjouer
les manœuvres du tortueux capitaine Locke (Ernie Kovacs), son rival en
amour auprès de l'infirmière Betty Bixby (Kathryn Grant).
Le Bal des cinglés est une des comédies
les plus réussies de Richard Quine, l'une de celle où s'équilibre le
mieux son esprit transgressif et son humour ravageur. Si la comédie
militaire ou de régiment possède déjà quelques titres à son actif,
Richard Quine amène ici un souffle de modernité qui anticipe certains
classiques irrévérencieux à venir comme Qu'as tu fais à la guerre papa de Blake Edwards (qui coécrit le scénario de Le Bal des cinglés et la parenté est évidente), Les Jeux de l'amour et de la guerre de Arthur Hiller ou encore MASH de Robert Altman. Le scénario pose un contexte coutumier à Richard Quine, dans ses drames (Les Liaisons secrètes (1960), Le monde de Suzie Wong (1960) comme ses comédies (L'Adorable voisine
(1958)), celui d'une romance ne pouvant s'épanouir à cause d'un
environnement moraliste et inquisiteur.
Ici il s'agira d'une caserne et
hôpital américain à la fin de la guerre au sein duquel de simples soldats ne peuvent
se rapprocher des infirmières, le statut de gradée de ces dernières les
rendant inaccessible à cause du règlement. Il se joue même une sorte de
lutte des classes avec des gradés masculins comme le sournois capitaine
Locke (Ernie Kovacs) profitant de leur position pour évincer leurs
rivaux simples troufion. C'est la déconvenue à laquelle va se confronter
Hogan (Jack Lemmon), génie de la combine qui va chercher à contourner
le règlement en organisant un bal clandestin.
Une fois les bases de ce postulat prometteur posées, c'est parti pour
une irrésistible comédie sans temps mort où Quine fait feu de tout bois.
C'est un festival de personnages loufoques (Jeanne Manet tordante
tenancière d'hôtel française à l'accent prononcé, un guest totalement
azimuté de Mickey Rooney), de running gag dialogué (Dick York se
lamentant de végéter à un post minable) ou situationnel (Betty
contrainte d'engloutir les verre de lait pour couvrir Hogan) quand
d'autres sont patiemment construit et étiré jusqu'à l'insoutenable comme
le faux macchabée ou d'une fulgurance à couper le souffle tel la
découverte de la dentition de castor refaite sur l'oncle de la
tenancière. Sous la comédie alerte, Quine parvient néanmoins à
caractériser et nous attacher à tout un groupe de personnages qu'il sait
mettre en valeur quel que soit leur temps à l'écran.
Ainsi malgré
l'avalanche de péripétie, on ne perd pas de vue le couple juvénile ayant
motivé l'initiative d'Hogan et l'on est heureux de leur tête à tête
final. De même la romance entre Hogan et Betty (Kathryn Grant à croquer)
progresse de la frustration première au quiproquo hilarant pour
finalement mener vers quelque chose de très touchant dans la dernière
partie, notamment lors de l'attente vaine et solitaire d'Hogan. Jack
Lemmon est pour beaucoup dans cet équilibre, son personnage roublard le
forçant à une certaine sobriété qu'il ne transgresse judicieusement que
dans les moments sentimentaux notamment cette belle déclaration où il
"oublie" le grade de Betty. Ernie Kovacs semble aussi se délecter en
gradé odieux et veule, provoquant les rires tout en maintenant une vraie
tension maintenant les enjeux du récit et l'empêchant malgré les
nombreux écarts de basculer dans la pantalonnade. C'est drôle, prenant
et touchant de bout en bout jusqu'au feu d'artifice final que constitue
le fameux bal.
Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount et visible actuellement à la Cinémathèque français dans le cadre de la rétro consacrée à Richard Quine
Kimberley Wells, une journaliste employée par la chaîne
de télévision américaine KXLA, tourne un documentaire à la centrale nucléaire «
Ventana » de Los Angeles. Au cours de la visite, et alors que Kimberley,
accompagnée de son cadreur et de son preneur de son, observe la salle des
opérations de la centrale, les visiteurs deviennent les témoins d'un incident
nucléaire1, voyant comment le personnel de la salle s'active pour tenter d'en
venir à bout. Le cadreur de Kimberley, Richard Adams, filme secrètement
l'incident.
Le Syndrome chinois est une œuvre visionnaire et
alarmiste sur les dangers du nucléaire domestique. Le film fera sensation auprès
d’un grand public encore peu au fait des risques, d’autant que douze jours
après sa sortie aura lieu l'accident nucléaire de Three Mile Island le 28 mars
1979, le plus grave accident nucléaire civil de l'histoire des États-Unis à l’époque.
Cette corrélation d’évènements offrira une chambre d’écho considérable aux
mouvements antinucléaire aux Etats-Unis.
Le scénario habile nous place conjointe sous le point de vue
des novices et des spécialistes. Kimberley (Jane Fonda) et son cadreur Richard
(Michael Douglas) sont témoin d’un incident nucléaire lors d’un banal reportage
didactique. Le sentiment d’urgence, d’incrédulité et d’incompréhension est
palpable durant les quelques minutes où l’incident pourra néanmoins être
jugulé, tout en laissant entendre que le pire a été évité. En suite le récit
déroule en parallèle l’enquête externe de Kimberley et Richard entravé par leur
hiérarchie en voulant diffuser l’évènement qu’ils ont filmé, et l’investigation
interne de Jack (Jack Lemmon) chef d’équipe de la station souhaitant déceler
les possibles failles en cause. Cette construction permet une approche
didactique à travers des personnages apprenant la signification de ce qu’ils
ont vu, et anxiogène avec Jack Lemmon dont l’expertise plus opaque révèle
néanmoins la loi du silence de l’entreprise privilégiant la loi du profit
plutôt que la prévention.
Progressivement, les codes du cinéma paranoïaque typique des
années 70 se mettent en place. Cependant on sent la bascule et le changement
des ennemis à venir de la décennie suivante, les corporations capitalistes
avançant à visage découvert prenant le relai des agences gouvernementales
nébuleuses. L’interprétation est remarquable, notamment une Jane Fonda dont le
personnage se découvre des vertus de lanceuse d’alerte au sein d’une chaîne
locale la réduisant à l’information futile. La curiosité, l’implication
croissante et l’émotion de l’héroïne est un vrai pivot du récit, tout comme un
excellent Jack Lemmon en professionnel rigoureux et confronté à la lâcheté de
sa direction.
Le réalisme prend le pas sur le sensationnalisme pour bien faire
assimiler au spectateur les concepts techniques (comme le fameux « syndrome
chinois » du titre), avant de nous amener vers un final haletant et
désespéré. Un film nécessaire et dont les craintes se verront confirmées
quelques années plus tard avec la catastrophe de Tchernobyl.
Felix Bower et Tony Finn, qui vivent de petits trafics au
large des Caraïbes grâce à leur modeste bateau, acceptent la mission de
transporter Irena, une mystérieuse clandestine, jusqu’à l’île de Santa Nada.
Ils tombent tous les deux sous le charme de leur passagère et leurs rapports se
détériorent.
L’Enfer des tropiques est un peu un film maudit dans
la filmographie de Robert Parrish, qui se verra déposséder du montage par ses
producteurs. Un des talents du réalisateur est de s’inscrire souvent dans des
genres emblématiques du cinéma hollywoodien (polar, western…) mais de parvenir
à s’affranchir de leurs archétypes, non pas en les déconstruisant, mais en
faisant une sorte de pas de côté autorisant les moments plus suspendus. Dès
lors lorsque les règles des genres, le retour à l’intrigue classique se
profile, c’est presque une contrainte et un regret pour les personnages et les
spectateurs. Un film emblématique de cela est son magnifique western L’Aventurier
du Rio Grande (1959) où Robert Mitchum (dont la nonchalance désabusée est
parfaite pour le style de Parrish) passe un tiers du film immobilisé par une
jambe cassée et peut enfin se poser pour vivre une romance loin de son
existence tumultueuse.
L’Enfer des tropiques (adapté d’un roman de Max Catto)
démarre ainsi sous ces auspices attendus, par son intrigue et la personnalité de
ses acteurs. Le triangle amoureux place une Rita Hayworth dans un emploi connu
de séductrice aventurière destinée à perdre les hommes, disputée par les deux
amis Felix (Robert Mitchum) et Tony (Jack Lemmon). Robert Mitchum retrouve ce
côté désabusé et revenu de tout montrant une grande méfiance envers sa passagère,
tandis que Jack Lemmon est cet histrion nerveux et candide propre à se laisser
séduire. La tension s’installe dans un huis-clos maritime réjouissant, faisant
légèrement tomber les masques des archétypes initiaux. Rita Hayworth n'est pas
la mante religieuse attendue, mais une femme ayant vite appris à porter sa
beauté comme un atout et une malédiction dans les heurts d’une vie agitée. L’ours
mal léchée Robert Mitchum se reconnaît en elle et c’est bien ce qui provoque ce
mélange d’attrait et d’hostilité dont il fait preuve. Robert Parrish captive d’emblée,
la promesse d’aventures et d’exotisme laissant place à ce nœud de sentiments
refoulés.
Il signe d’ailleurs dans cette première partie une séquence
extraordinaire caractérisant à merveille à l’équilibre du trio. Les personnages
se rendent sur une île pour assister à une fête de mardi-gras. Tony est emporté
de son plein gré par des fêtard en liesse sans anticiper ce qui pourrait se
dérouler. Irena (Rita Hayworth) subit dans un premier temps le tumulte de la
fête en étant balloté entre les danseurs. Après un tête à tête tendu avec
Felix, elle retourne sur la piste qu’elle s’approprie soudant de manière extraordinaire,
tout en danse chaloupée et lascive où le passé scénique (et dans la comédie
musicale) de Rita Hayworth fait merveille. Felix si hostile envers elle est
soudain captivé et l’on comprend qu’il est tombé dans ses filets. En une scène,
la cinquième roue du carrosse qu’est Tony, l’attrait de Felix et surtout la
capacité d’adaptation/survie d’Irena sont posés par l’image, sans dialogues
superflus.
Hélas, dans sa seconde partie le film s’éloigne de cette
situation passionnante pour partir dans une autre direction. Le fameux « pas
de côté » cher à Parrish s’éloigne bien trop de la trame principale avec
un interminable aparté sur Tony coincédans les décombres d’un cargo prêt à exploser. C’est l’occasion de
guest-stars prestigieux de de s’installer (Bernard Lee et Herbert Lom), la
séquence est très spectaculaire mais perd complètement de vue le triangle
amoureux initial. Mitchum et Hayworth ne reviennent que dans les 20 dernières
minutes pour relier le malheur et dilemme de Tony aux enjeux sentimentaux mais
il est trop tard, l’intérêt s’est dilué.
C’est vraiment un gâchis car les
acteurs sont tous très bon, l’alchimie et la tension sont là le nerf du récit s’est
perdu. Il semble que cela soit en grande partie dû au remontage des
producteurs, Parrish ayant envisagé de relier ces trames antinomiques par des
flashbacks notamment. En l’état cela donne en tout cas un film très bancal qui
ne tient pas ses belles promesses initiales. On saluera néanmoins la beauté
formelle typique de Parrish, nous offrant de magnifiques scènes maritimes et de
beaux panoramas exotiques dans un cinémascope de toute beauté.
Sorti en bluray français chez Rimini éditions
Vidéo promotionnelle sur le tournage, petite pépite rétro !
Wendell Armbruster, Jr. est un PDG américain venu en
Italie pour faire rapatrier le cadavre de son père, mort dans un accident de
voiture dans l'ile d'Ischia. Il apprend à cette occasion que son père avait une
maîtresse, morte dans l'accident, et tombe amoureux de la fille de cette
dernière.
Il y quelque chose de très touchant dans la dernière partie
de la filmographie de Billy Wilder, qui le rapproche grandement de son mentor
Ernst Lubitsch. Ce dernier dans ses ultimes films se délestait de la mécanique
comique huilée et du cynisme réjouissant de sa Lubitsch’s touch pour laisser
entrevoir un visage plus tendre, bienveillant et parfois autobiographique dans
des œuvres comme The Shop around the corner (1940), Le Ciel peut attendre (1943) ou La Folle ingénue(1946). Billy Wilder dans les
années 70 suit le même chemin (avec d’ailleurs la même volonté de retour en
Europe que son mentor dans ses derniers films) en se délestant de la contrainte
de l’efficacité narrative, de l’écriture savamment charpentée et du timing
comique parfait. Toutes les qualités du réalisateur sont toujours là, mais
osent s’aventurer sur un terrain recherchant moins la perfection, osant exposer
une langueur, une mélancolie moins soumise à la perfection scénaristique.
Cela n’a jamais été aussi vrai, beau et réussi que dans ce Avanti
.!On retrouve plusieurs motifs du
réalisateur ici, à commencer par celui du fantasme qui finit par constituer un
mimétisme troublant avec la réalité des personnages. Dans Sept ans de réflexion (1955), les rêveries adultère du héros se confronte à sa
culpabilité et aussi à forme de morale en sous-texte, le fantasme n’est pas
assouvi. Sous couvert loufoque dans Certains l'aiment chaud (1959), le couple Tony Curtis/Marilyn Monroe surmonte
le rapprochement initial reposant sur un faux-semblant quant à l’identité de
genre et le statut social pour vraiment s’aimer, tout comme le Jack Lemmon
travesti pour lequel un prétendant déclame un savoureux nobody’s perfect.
Dans le brillant Embrasse-moi idiot(1964) la provocation est encore
plus grande puisque le faux-semblant d’une relation maritale transcende la
condition sociale, la présence et l’opinion d’elle-même d’une Kim Novak passant
de la prostituée à l’épouse respectable et respectée. Dans Avanti ! Wilder
adapte là pour la seconde fois une pièce de Samuel Taylor (également
coscénariste) après Sabrina (1954), Taylor qui fut également scénariste de
Vertigo (1959), soit des œuvres là aussi de cette superposition entre fantasmes/rêves
et réalité. Wendell Armbruster (Jack Lemmon) et Pamela Pigott (Juliet Mills)
marchent sur les pas de leurs parents décédés, couple adultère qui se
retrouvait une fois par an en Italie avant de tragiquement périr ensemble en
voiture. Tout le récit les invite malgré eux à un mimétisme des disparus, qui
va les amener à se révéler à eux-mêmes.
Wilder avant cela fait feu de tout bois dans le cliché. Tout
d’abord celui de l’américain pressé et conquérant se croyant maître en tout
lieu, et ce dès la scène d’ouverture où il convainc un passager d’avion d’échanger
ses vêtements avec lui, le départ précipité l’ayant obligé à partir en tenue de
golf. Cette urgence va se confronter à la langueur latine et estivale, au
rythme quotidien très personnel des Italiens : pause de midi à 16h,
obligations administratives aussi alambiquées que vaines, employés distraits et
nonchalants… Jack Lemmon incarne un jumeau arrogant et qui aurait réussit de
son personnage de La Garçonnière (1960), l’œil constamment rivé sur le
futur et les affaires qui l’attendent, au point de ne jamais prendre le temps
de faire son deuil. A l’inverse Pamela se montre bien moins exubérante, effacée
et à l’inverse pose un regard attendri sur le passé amoureux de sa mère puisque
son présent morne n’a guère d’intérêt. Wendell est un électron libre entravé
par ce cadre italien quand Pamela est à la traîne et complexée par un corps qu’elle
estime trop en embonpoint.
On pourrait dire aussi que le cliché concerne aussi
toute la caractérisation des mœurs italiennes mais cela n’est pas totalement
vrai. Wilder fait sa mue en estompant comme évoqué plus haut l’efficacité de la
comédie « à l’américaine » pour la fondre dans le rythme et les codes
de la comédie italienne qui vit alors son âge d’or. Le motif du poisson citadin
hors de l’eau se confrontant aux spécificités des mœurs d’une région
provinciale est typique de la comédie italienne, et Wilder en reprends
plusieurs facettes en amenant ce schisme sur un terrain national. Même des
éléments supposément grossiers comme la femme de chambre sicilienne à moustache
et adepte du crime d’honneur correspondent totalement aux particularismes
comiques (et reposant souvent sur une réalité) usités dans des grandes comédies
comme Mafioso d’Alberto Lattuada (1962) ou Divorce à l’italienne
de Pietro Germi (1961). Tous les seconds rôles haut en couleurs (le valet de
chambre adepte du chantage) sont également des figures typiques de Wilder tout
en correspondant à un canon humoristique de la Commedia all'italiana.
Tous ces éléments amènent une porosité dans la confection du
film, dans la progression du récit et dans l’évolution des personnages. Les évènements
les plus absurdes empêchent Wendell de quitter au plus vite les lieux, et le
hasard, une volonté d’hommage aux disparus et une forme de jeu amènent le
personnage à mimer les habitudes de son père au côté de Pamela. Cela ne constituera
pas un carcan mais au contraire une désinhibition qui lui feront comprendre ce
que recherchait son père durant ses séjours annuels, et lui fera savourer à son
tour le moment présent. Wendell est contraint de ralentir et profiter, Pamela
au contraire y trouve une énergie nouvelle et s’enhardit. Wilder traduit cette
communion progressive des deux par de sublimes idées formelles tel cette scène
de bain de soleil nus au petit matin sur un rocher, où Pamela se déleste un
temps de ses complexes physiques et Wendell fort difficilement de son
puritanisme anglo-saxon – tordant moment où il tente de cacher les tétons de Pamela
aux marins avec ses chaussettes.
Cela passe aussi par ce mélange si beau et typique de Wilder
entre quiproquos comiques et lâché prise romantique. Un concours de
circonstances ans l’hôtel amène Wendell à inviter Pamela dans sa chambre, ce qu’elle
prend avec joie pour une avance. La clairvoyance et les pieds sur terre d’un
Wendell au courant de qu’il se passe s’oppose à la distraction d’une Pamela
toujours en décalage. Dans cette séquence, Pamela dévoile ainsi ses sentiments
avec maladresse avant de comprendre son erreur. Wendell jusque-là si droit et
tout à ses objectifs, prend enfin le temps de la regarder et lui avouer que
malgré le malentendu, il la désire bel et bien. Le rythme, le jeu des deux
acteurs et l’inventivité de la scénographie (Wendell qui fait monter Pamela sur
la balance pour qu’elle soit à sa taille afin de l’embrasser, l’objet
symbolisant le complexe devient la marche vers l’épanouissement amoureux) font
de ce moment un des sommets du film et de la carrière de Wilder.
C’est en fait
exactement le cheminement de nombre de ses comédies romantiques, mais sans la « mécanique »
parfaite qui les guide habituellement. Wilder s’autorise un récit traînant (le
film dure 2h24), un rythme à l’européenne plutôt qu’américain, et en définitive
le brinquebalant du réel plutôt que l’efficacité de la fiction. On peut
répercuter cela dans le physique des acteurs loin des stars glamours et jeunes
premiers d’antan. Les corps sont imparfaits, vieillissants, et c’est ce vécu
qui les rend si beaux et séduisants. Juliet Mills embellit littéralement sous
nos yeux à l’écran, ses kilos en trop définissent au contraire tout son charme
et ce qu’elle est. Si le talent de Jack Lemmon était déjà reconnu, c’est bien
elle la révélation et le cœur émotionnel du film. Difficile d’oublier son
allant, ses sourires et regards après visionnage du film. Avanti ! est un Wilder qui contrairement à ce que l'on a pu penser montre le réalisateur en prise avec son temps (le clin d'oeil parodique leitmotiv musical à l'appui du Love Story de Arthur Hiller), pour faire évoluer son fond (plus en adéquation avec la libération des moeurs) et sa forme tout en se montrant fidèle à son humour corrosif et sa tendresse romantique. La dernière scène, entre rire gras envers l'Oncle Sam et sublime adieu, est là pour le démontrer.