Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 28 octobre 2016

Les Caprices de Marie - Philippe de Broca (1970)

Marie, la ravissante fille de Léopold Panneton, patron du café et maire du village, doit se présenter à un concours de beauté local. Son père ne veut rien entendre. Sa mère, soutenue par d'autres habitants d'Angevine, prend sa défense. Marie hésite au moment de partir car elle aime Gabriel, l'instituteur, un garçon timide qui n'ose pas se déclarer. Elle est élue «Reine de la Mer», dans un petit port normand. Au même moment, un milliardaire installé sur son yacht apprend que sa quatrième femme l'a quitté et se met sur le champ en quête d'une nouvelle fiancée...

Les Caprices de Marie poursuit l'illustration truculente de la France rurale abordée par de Broca dans son trépidant Le Diable par la queue (1968). Dans ce dernier la ville s'invitait à la campagne avec le malfrat incarné par Yves Montand bientôt gagné par le charme rural et l'excentricité des autochtones. Les Caprices de Marie inverse le postulat avec la ravissante Marie (Marthe Keller) rêvant de quitter le village et d'explorer le monde, l'occasion se présentant peut être en participant à un concours de beauté local. De Broca va d'abord nous enchanter avec la langueur de cette vie où chaque plaisir du quotidien (une partie de pêche, un verre au soleil...) se fait au rythme des pérégrinations de Marie dont tous les villageois masculins sont amoureux. On s'amuse des personnalités hautes en couleurs, du père aux penchants gauchistes incarné par Jean-Pierre Marielle, François Périer en chef d'orchestre lunaire, Fernand Gravey en militaire retraité. La truculence des acteurs rend les personnages très attachant et donne un penchant plus naïf que libidineux à leur attachement pour Marie dont la jeunesse et la beauté avive leur tendresse plutôt que leurs sens.

Il n'y a que le seul célibataire du village, l'instituteur Gabriel (Philippe Noiret) qui semble résister aux charmes de Marie, où du moins ne pas l'afficher alors que c'est finalement celui dont l'attention compte le plus pour la jeune femme. La photo ensoleillée de Jean Penzer magnifie le superbe environnement rural dont en lui conférant une certaine facticité dans le choix des couleurs vives ornant l'architecture des demeures et créant ainsi un effet "maison de poupée". Philippe de Broca use de belles idées formelles pour signifier l'attirance des personnages, notamment cette magnifique scène où l'orchestre disparait pour ne plus laisser voir que Gabriel et son violoncelle aux yeux aimant de Marie lors du concert nocturne dans le kiosque du village.

Marthe Keller déjà si charmante dans Le Diable par la queue (premier film avec de Broca dont elle tombera amoureuse) allie ici séduction, désinvolture craquante et inconséquence féminine attachante. Philippe Noiret incarne un personnage au croisement de ses interprétations de La Vie de Château (1965, Jean-Paul Rappeneau) et Alexandre le bienheureux (1967, Yves Robert), tout en mollesse paisible imprégné de ce cadre campagnard. Seulement si Rappeneau force l'endormi à se démener et Yves Robert à se complaire dans sa paresse, Philippe de Broca reste dans l'entre-deux où l'on sent bien Gabriel amoureux, empoté mais aussi résigné face aux rêve d'ailleurs de marie qu'il ne veut pas contredire. Chez de Broca c'est toujours au rêveur de faire le chemin vers ceux qu'il aime (Les Jeux de l'amour et Le Farceur notamment) ou au contraire choisir de se perdre dans sa fantaisie perpétuelle (L'Amant de cinq jours (1961), Le Roi de cœur (1968), Un monsieur de compagnie (1964)...).

Le rythme du film avance ainsi en trois temps. D'abord celui du milliardaire américain Mac Power (Bert Convy), éreintant et tapageur. Il ne voit au départ en Marie qu'un objet destiné à en remplacer un autre (une nouvelle épouse destinée à éteindre les feux de la presse sur un ex volage) avant d'en tomber sincèrement amoureux en croisant enfin une femme non vénale qui lui résiste. Mac Power est un pendant des personnages extravagants incarnés par Jean-Pierre Cassel chez de Broca, le charme à la française étant remplacé par un sens du spectacle "à l'américaine" où il déploie son immense fortune pour impressionner et séduire Marie. Le deuxième temps est celui de Marie, charmée d'avoir enfin un prétendant aussi spectaculairement entreprenant mais l'héroïne sera constamment en attente, même dans l'imminence d'une cérémonie de mariage toujours retardée, espérant que Gabriel osera franchir le pas. C'est ce dernier qui donne le troisième temps, à la traîne au propre (la catastrophique course de vélo) comme au figuré quand il rate toute les occasions de se déclarer à Marie, le rythme propre à de Broca semblant toujours trop rapide pour la placidité du personnage.

On s'amuse beaucoup du choc des cultures, notamment un Marielle plus fier et franchouillard que jamais qui résiste tant bien que mal à l'outrance de Mac Power. L'erreur de ce dernier sera de vouloir par ses moyens s'approprier Marie et son environnement, source d'une folle comme seul de Broca est capable avec la rencontre physique entre le village français et l'urbanité new yorkaise. Les soirées mondaines, les boites de nuit hippie et les salles de boxe bruyante ne peuvent rivaliser avec les tranches de vie réjouissantes du début de film. De Broca reprend cependant le leitmotiv des deux films jumeaux que sont Le Roi de Cœur et Le Diable par la queue, le charme des excentriques finissant par opérer ici avec notre américain cessant soudain de s'agiter pour comprendre la vraie place de celle qu'il désire.

C'est au rêveur de prendre conscience et choisir, de Broca parvenant à délester "l'étranger" de son caractère caricatural (l'américain parlant fort, achetant tout et se croyant partout chez lui) pour le rendre plus attachant lors du beau final où Marie dépasse également ses aspirations superficielles. La principale qualité mais aussi le seul vrai défaut du film repose sur son rythme effréné (une ellipse en hélicoptère nous emmène du village à New York en un clin d'œil) inscrit les élans des personnages dans le mouvement perpétuel sans lourdeur psychologique mais qui empêche aussi de s'installer la mélancolie suspendue qui fait toute la force émotionnelle des grands films de de Broca. Cela n'en reste pas moins un opus enlevé, très original et injustement méconnu dans la filmographie du réalisateur.

 Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Gaumont

samedi 2 novembre 2013

Le Diable par la queue - Philippe de Broca (1968)


Dans un château délabré du XVIIe siècle, propriété d'une famille de nobles désargentés, on attire les touristes avec la complicité du garagiste local. Jusqu'au jour où arrivent un séduisant gangster et ses deux complices qui transportent le butin de leur dernier méfait. La famille de châtelains n'a aucunement l'intention de laisser passer une pareille aubaine et le gangster est-il vraiment si pressé de partir...

Tous les meilleurs films de Philippe de Broca voient leurs héros lunaires et excentriques se créer et évoluer dans un ailleurs fantaisiste représentant constamment une alternative à la réalité qui ne manque pourtant pas de les rattraper. L'expression la plus fameuse de ce motif est bien sûr Le Magnifique (1973) et son héros perdu entre fantasmes et ou encore le Brésil de bd de L'Homme de Rio (1964). Dans Le Diable par la queue, cet ailleurs est représenté par un château du XVIIe siècle où subsiste de nos jours tant bien que mal une famille de nobles ruinés. Cette situation ne leur a en rien fait perdre de leur prestance et excentricité, comme le prouve leur manière de subsister dans leur demeure aussi prestigieuse que délabrée.

Avec la complicité du garagiste local (Xavier Gélin) amoureux d'Amélie (Marthe Keller) cadette de la famille, les voitures des rares voyageurs sont sabotées afin que ceux-ci se réfugient au château transformé en auberge. La dernière fournée va leur ramener un séducteur vantard (Jean-Pierre Marielle) et sa maîtresse récalcitrante, un groupe de nudiste allemand et surtout le baron César Maricorne (Yves Montand) faux noble et vrai escrocs en fuite après un hold-up.

Philippe de Broca crée un décalage constant entre le vestige du passé que constitue le château et l'agitation bien contemporaine qui guide ses habitants. Dans un premier temps on appréciera la présentation savoureuse que fait le réalisateur de cette famille d'allumés (qui rappelle celle tout aussi azimutée du Farceur (1961)) entre le comte à la nonchalance toute aristocratique (Jean Rochefort parfait), la malicieuse grand-mère (Madeleine Renaud), la très avenante et séduisante comtesse (Maria Schell), l'effacée et discrète Jeanne (Clotilde Joano) et surtout Amélie et son sex-appeal ravageur.

De Broca leur conserve cette langueur et port altier typique de leur rang à travers leur phrasé, leur maintien (Jeanne et ses poses mélancolique jouant du piano) tenues et respect des traditions (le dimanche matin tout le monde va à la messe bien évidemment). La rencontre avec leurs hôtes plus inscrits dans la réalité devraient donc créer un choc des cultures mais c'est tout l'inverse qui se produira.

La période de tournage en plein été et aussi ce moment de la vie de De Broca (qui vient d'épouser Marthe Keller et la magnifie comme rarement sourire éclatant, coupe à frange et minijupe) qui confère au film une joie de vivre et une légèreté irrésistible. C'est cet esprit représenté par ses nobles insouciants qui contamine progressivement tous les autres personnages du film.

Ce sera bien sûr le cas pour le malfrat joué par Yves Montand d'abord présenté sous un jour menaçant, tout de noir vêtu et taciturne. Afin de donner le change et échapper un temps à la police, il va donc se fondre dans le décor en y allant lui aussi de ses attitudes exubérantes, Montand s'en donnant à cœur joie dans un grand numéro de clown séducteur et beau parleur, forçant tous ses tics hâbleurs pour notre plus grand amusement.

Le charme des lieux et de ses occupants opère donc lors de merveilleuses séquences où l'imagerie ensoleillée, le brio du réalisateur pour mettre en valeur le château (le château de Fléchères dans le département de l'Ain) et la musique envoutante (évoquant bien cette insouciance du passé) de Georges Delerue offre de pur moments de grâce tel cette partie de chat dans le parc. De Broca sait également s'éloigner de ce registre contemplatif pour des élans plus boulevardiers hilarant dans le climat de séduction entre Yves Montand et Maria Schell (ou les essais infructueuses de conclure pour Xavier Gélin) et surtout les tentatives d'assassinat ratées afin de récupérer le fameux magot qui permettrait de restaurer le château.

Ce cadre est donc propice à libérer la fantaisie qui sommeille en nous, pour un temps ou pour de bon à l'image d'un Montand qui comprendra qu'il ne joue pas mais est enfin lui-même dans cette légèreté qu'il dégage (voir le moment où il rejoint les nudiste en riant après avoir manqué de se noyer). Une belle réussite au charme contagieux et pas dénué de la mélancolie typique de De Broca (Claude Piéplu étonnamment tragique dans le délire ambiant son dépit rappelant celui de Jean-Louis Maury dans Les Jeux de l'Amour) dans cet idéal de comédie populaire.

 Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

making of d'époque

dimanche 11 août 2013

Fedora - Billy Wilder (1978)


Fedora commence par la fin : on apprend la mort de Fedora en même temps que le héros, William Holden, un scénariste-producteur indépendant sur le déclin. Holden se souvient que, quelques semaines plus tôt, il avait tenté d'aller jusqu'à l'île où vivait recluse Fedora pour lui proposer de faire son comeback dans une nouvelle version d'Anna Karenine qu'il souhaitait produire. Mais, alors que Fedora, qu'il est arrivé à joindre difficilement, parce qu'elle vit entourée de gens étranges qui semblent l'isoler du reste du monde, voulait faire ce film, son entourage s'y est opposé et l'a empêchée de tourner.

En 1950 Billy Wilder réalisait avec Boulevard du Crépuscule un des films les plus cinglants sur Hollywood. Wilder alors en pleine gloire et au sommet de son art (succès d’Assurance sur la mort (1944) Oscar du meilleur film et réalisateur pour Le Poison (1945) et les années 50 seront plus triomphales encore) se penchait sur le destin des stars déchues du muet où une Gloria Swanson pratiquement dans son propre rôle y incarnait un fossile encore resté figé au temps de sa gloire. Le jeu théâtral et expressionniste d’une Swanson en représentation permanente en faisait un monstre plus à sa place dans le Hollywood moderne, ce que viendrait lui rappeler un William Holden en jeune loup aux dents longues et que chercherait à lui dissimuler les collaborateurs d’antan en caméo renforçant la vérité du récit (Cecil B. DeMille, Hedda Hopper, Buster Keaton…) ou un  Erich Von Stroheim en majordome revivant leur conflit de Queen Kelly (1929). Avec Fedora, Billy Wilder réalise le film jumeau de Sunset Boulevard en posant un même regard cinglant sur les rescapés d’un Hollywood disparu, bercé des lueurs du temps de leur splendeur.

Quelque chose a pourtant changé depuis le film de 1950, Wilder s’identifie désormais à ces fossiles d’un autre temps. Après un ultime triomphe avec La Garçonnière (1960), le réalisateur aura en effet passé deux décennies compliquées le plaçant progressivement à la marge. Lui qui sut si bien inscrire ses œuvres dans les goûts et attentes du public se trouvait désormais trop en avance sur son temps (l’audacieuse comédie adultère Embrasse-moi idiot (1964) ou la farce politique Un, deux, trois (1961)), en décalage (la romance adulte de Avanti (1972) et quand il pense réaliser son grand œuvre avec La Vie Privée de Sherlock Holmes (1970), le montage originel de 4 heures se voit mutilé par le studio, renforçant son amertume. Wilder verra donc le portes des studios se fermer lorsqu’il cherchera un financement pour Fedora et à l’image de son héros William Holden courant le monde pour trouver les fonds de sa prochaine production, cet avant-dernier film sera une coproduction franco-allemande.

Wilder placera beaucoup de son aigreur dans les dialogues de William Holden, fustigeant les « barbus » régnant désormais à Hollywood, ne jurant que par la jeunesse et réalisant leur film sans script. Holden est donc est producteur venu chercher le salut dans ce passé glorieux en cherchant à convaincre la star recluse Fedora (Marthe Keller) de retrouver le chemin des plateaux dans son nouveau projet, une adaptation moderne de Anna Karenine. Il ira pourtant de surprise en surprise lorsqu’il retrouvera l’icône dont beauté inaltérée est contrebalancée par un esprit tourmentée sévèrement réfréné par un entourage castrateur.

L’inspiration principale de Fedora est bien évidemment  Greta Garbo, star secrète et mystérieuse, aux prétendant(e)s innombrables prêts à se damner pur elle et qui entretint sa légende en se retirant au faîte de sa gloire pour ne plus reparaître publiquement. Wilder dans sa première partie montre le mythe s’effriter, la beauté physique est une illusion du passé artificiellement entretenue, mais l’égo démesuré qui en résulte souffre de ne plus être le centre de l’attention et des regards, créant des êtres monstrueux et inaptes une vie normale. 

Marthe Keller est un masque de cire désarticulé et dissimulé derrière chapeau et lunette ne la rendant que plus insaisissable est formidable (et avec le recul annonce dans son allure d’autres grands incompris reclus tel un Michael Jackson) et offre un contraste saisissant avec la véritable déesse aperçue dans les flashbacks mais déjà là aussi prisonnière de son mythe.

Fedora ne pourra retrouver son lustre que lors de son enterrement où elle pourra une ultime fois se mettre en scène et susciter l’admiration de son public. La deuxième partie du film écornera pourtant une nouvelle fois le souvenir par une révélation donnant une portée plus vaste encore. L’âge d’or Hollywoodien pensait avoir créé des Dieux modernes avec ses stars plus grandes que natures mais il a pour le pire engendré des monstres prêts à sacrifier leurs proches pour perpétuer une grandeur disparue. 

Wilder s’avère moins cinglant et corrosif que dans Sunset Boulevard, la lucidité se disputant au regret de ce qui n’est plus et dont l’émerveillement avait finalement sa part d’ombre. Wilder observait sa Norma Desmond avec la fascination d’un anthropologue, à l’inverse il regarde Fedora avec compassion car il partage son sort de fossile. Le film testament de Wilder dans lequel on préférera voir sa vraie dernière œuvre plutôt que le piteux Buddy Buddy (1981). 


Encore inédit en dvd hormis une onéreuse édition espagnole mais le film ressort en salle le 21 août dans une copie magnifique et devrait certainement être enfin édité par Carlotta dans la foulée.


dimanche 20 février 2011

Vertiges - Per le antiche scale, Mauro Bolognini (1975)


En Italie, dans les années 1930, le professeur Bonaccorsi, psychiatre réputé, mène des recherches sur la folie, dans l'asile où il travaille comme médecin, en Toscane. Il a trois maîtresses, Bianca (son assistante), Carla (épouse d'un collègue) et Francesca (épouse du directeur de l'asile). Une nouvelle venue, le docteur Anna Bersani, est là pour une période de stage ; très vite, elle s'oppose aux théories de Bonaccorsi...

Deux ans après Liberté mon amour, Bolognini poursuivait son étude des années fascistes sous un angle inattendu avec Vertiges. Inspiré des écrits du médecin Mario Tobino, le film nous plonge dans le quotidien d'une équipe médicale dans un asile d'aliénés.

A leur tête, on trouve Marcello Mastroianni, médecin-chef totalement investi et convaincu de trouver une explication "biologique" à la folie, et menant des recherches afin d'en détecter le germe. L'équilibre des lieux bascule dès l'arrivée d'une assistante universitaire jouée par Marthe Keller, à l'approche plus psychanalytique et freudienne. Son regard extérieur va mettre à jour les dysfonctionnements divers, notamment les rapports étranges qu'entretient Mastroianni avec les autres femmes en fonction dans l'asile. Sa supposée bienveillance est sérieusement remise en cause par diverses révélations et un comportement révélant au détour d'un dialogue "tous les syndromes de la schizophrénie".

C'est là le grand thème du film, celui d'une Italie malade où la frontière entre la folie et un esprit sain est plus ténue qu'il n'y paraît, l'isolement et la société de déséquilibrés mentaux finissant par être contagieux. Bolognini multiplie les indices tels le générique d'ouverture nous montrant une fête costumée où Mastroianni apparaît grimé au milieu de ses patients sans que l'on fasse la différence ; ou encore les malades en voie de guérison (même si les rechutes inattendues sont légions) assignés aux tâches ménagères. Mastroianni est brillant d'ambivalence et Bolognini offre trois superbes portraits de femme avec Marthe Keller, Françoise Fabian et Barbara Douchet, chacune figurant la droiture, la fidélité ou la décadence, vertus les plaçant sous le joug ou en opposition à Mastroianni.

Les seconds rôles sont superbes également, Pierre Blaise (inoubliable héros de Lacombe Lucien) en homme enfant lucide mais fragile et surtout une magnifique Adriana Asti en femme de chambre en demande maladive d'amour physique. Bolognini confère la même minutie à son asile (le film fut tourné dans un vrai asile, la présence des fous orientant la performance des acteurs) qu'aux décors d'époque plus chatoyants que ses autres films, l'extérieur étant à peine entraperçu pour un huis clos oppressant. La conclusion se fait d'ailleurs cinglante quand on quitte enfin les lieux : le discours vindicatif des tuniques noires apparaît à peine plus sensé que celui des fous qu'on a cotoyés tout le film. C'est pourtant bien celui qui régentera la politique du pays et le menera à sa perte...

Sorti en dvd zone 2 français chez Carlotta

Extrait avec un petit souci de son on dirait...