Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!
Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com et suivre le blog sur twitter à http://twitter.com/#!/JustinKwedi
Le jour où la victoire des Alliés de la
Première Guerre mondiale est prononcée au moment du traité de Versailles
en 1919, un officier britannique amnésique s'échappe de l'asile de
Melridge en Angleterre où il séjournait depuis des mois, après qu'il a
été libéré par les Allemands à la suite de l'armistice de 1918. Errant
dans le village de Melridge, il fait la rencontre d'une jeune femme,
Paula, qui vient d’entrer dans un bureau de tabac comme lui, le prend en
pitié et décide de s'occuper de lui. Elle s'enfuit avec lui et lui
donne le nom de John Smith. Ils finissent par se marier et un enfant
naît de leur union
Mervyn LeRoy signe un mélo aussi
rocambolesque que touchant au service de son actrice fétiche Greer
Garson (reine du mélo hollywoodien des années 40). L'idée centrale du
film (adapté d'un roman de James Hilton paru en 1941) serait que l'amour
véritable et la passion ne peut exister qu'à travers une forme de
vulnérabilité où s'affirment les sentiments. Cette vulnérabilité est
poussée à l'extrême avec Ronald Colman, traumatisé et amnésique après
son expérience des tranchées de la Première Guerre Mondiale. Ses
attitudes fébriles, son élocution laborieuse et sa mémoire vierge en
font un enfant terrorisé (y compris dans un écart de violence
incontrôlé) par le monde extérieur jusqu'à sa rencontre avec Paula
(Greer Garson). L'amour se dispute à l'instinct maternel envers cet être
chétif qu'elle veut protéger, qu'elle va aider à reprendre pied jusqu'à
ce qu'ils s'avouent leurs sentiments mutuels.
Mervyn LeRoy filme
toute cette première partie comme un songe, tour à tour cauchemar que
Mr Smith (Ronald Colman) se trouve perdu dans le tumulte de la ville,
puis le rêve dans sa vision de la romance avec Paula. Le réalisateur
laisse transparaître une facticité volontaire et tonalité de conte dans
les arrière-plans (les vues depuis la vitre du compartiment de train où
le couple se fait face, celle depuis la fenêtre du domicile conjugal),
les décors (la campagne de studio pour la scène de pique-nique) et même à
travers la bienveillance de toutes les figures rencontrées par le
couple. La mémoire défaillante de Mr Smith l'a forcé à s'ouvrir
naturellement et sans fard à Paula qui trouve en lui l'écrin idéal à
l'affection qu'elle est prête à offrir. La deuxième partie où Colman
retrouve la mémoire renvoie donc la beauté des évènements qui ont
précédés à leur nature de songe trop beau pour être vrai.
En
retrouvant son ancienne vie, nom et repères, Ronald Colman renoue avec
l'instinct de protection du réel (et presque celui de la civilisation,
toutes les scènes romantiques étant rattachées à un environnement rural,
la luxuriance pastorale cède au simple luxe matériel), symbolisé par
l'abandon des aspirations littéraires de son "moi" amnésique pour être
le tycoon financier et politique qu'appelle son "moi" naturel et
pragmatique. L'acteur est assez stupéfiant en grand meurtri de la Grande
Guerre (peut-être que sa vraie expérience du conflit où il fut blessé
en 2014 puis démobilisé en 2015 -pour une blessure le laissant boiteux
toute sa vie - a pu aider) pour offrir un contraste saisissant en homme
d'affaire pressé et distant - même si toujours solitaire et incomplet,
d'une manière différente. Si un rebondissement improbable amène une
proximité nouvelle entre Smith et Paula (mais l'amateur de mélo le
tolérera volontiers), les parallèles entre la première partie
émotionnellement à nu et la seconde sous contrôle sont captivants.
On
pense à la demande en mariage toute en candeur pastorale du début de
film et la quasi et glaciale "embauche" où la malheureuse Greer Garson
passe d'idéal amoureux à simple tremplin de réussite politique.
L'actrice est toute en élégance résignée et touchante, dans l'attente de
l'étincelle où elle retrouvera l'identité de celui qu’elle a aimé. On
regrettera juste que Mervyn LeRoy soit si sobre dans sa conclusion, plus
de flamboyance dans les retrouvailles n'aurait pas été de refus. Il
n'en reste pas moins un superbe mélo qui sera un des grands succès de la
MGM cette année-là au box-office, récoltant également sept nomination
aux Oscars.
rois amies, Polly, Carol et Trixie,
rêvent depuis longtemps de participer à une revue de music-hall. Elles
ont d'ailleurs déjà signé un contrat exclusif pour un nouveau show. De
son côté, le producteur, Barney Hopkins, cherche à monter un nouveau
spectacle. Mais le nerf de la guerre, c'est-à-dire l'argent, lui fait
cruellement défaut. Par chance, Brad Roberts, un jeune et fortuné
compositeur, qui plus est épris de Polly, décide, par amour, d'investir
15 000 dollars dans le show. Les répétitions commencent. Innocente,
Polly s'étonne de l'attitude de Brad. Elle en vient même à penser
qu'elle a affaire à un voleur...
Après des débuts
cinématographiques dans les "musicals" de Eddie Cantor où il commença à
expérimenter les techniques et l'esthétique qui allait le rendre
célèbre, Busby Berkeley est engagé à la Warner où en trois classiques
sortis coup sur coup (42e rue, Gold Diggers of 1933 et Prologue) il
devient un incontournable et une véritable marque déposée d'Hollywood.
Les trois films sont très proche par leur postulat (la conception d'un
spectacle musical) leur contexte et casting qui finit par constituer une
familiarité avec le spectateur (le couple Dick Powell/Ruby Keeler) mais
parviennent pourtant à se démarquer dans le ton. 42e Rue est le plus sombre et s'attarde notamment sur la solitude et la souffrance du créateur Prologue à l'inverse sur l'ivresse et l'euphorie de ce monde du spectacle. Gold Diggers of 1933 sorti entre les deux films précités (signé Lloyd Bacon) et réalisé par Mervyn LeRoy prolonge la veine sociale de 42e rue sans se départir d'une légèreté qui s'épanouira dans Prologue.
Les numéros musicaux ne sont ni l'aboutissement ultime de l'intrigue,
ni des apartés indépendants mais constituent un habile entre-deux. Le
scénario habile inscrit le contexte de Grande Dépression en contrepoint
constant entre les numéros musicaux et l'intrigue classique. Le début du
film fait ainsi rattraper le monde du spectacle par la crise économique
avec la saisie des accessoires d'une revue à venir. Un évènement qui
met dans le pétrin le trio de danseuses Polly (Ruby Keeler), Carol (Joan
Blondell) et Trixie (Aline MacMahon) dont on rit jaune du dénuement
dans l'appartement qu'elles partagent. Heureusement le nouveau spectacle
monté par Barney Hopkins (Ned Sparks) et le talent du compositeur en
herbe Brad Roberts (Dick Powell) vont les sortir de là.
Nous
aurons ainsi découvert le contexte de crise par le monde réel alors que
le premier numéro musical (si l'on excepte l'introduction We're in the Money de Ginger Rogers) célèbre un hédonisme et une imagerie plutôt associés aux Année Folles avec Pettin' in the Park
avec ces jeux amoureux coquins, sa langueur et son érotisme élégant et
très Pré-Code (les portes jarretelles bien saillants lorsque les
danseuses dévalent les escaliers le déshabillage en jeu d'ombres). La
légèreté du numéro offre ainsi un contrepoint à la difficulté matérielle
ressentie dans la réalité en dépit de l'approche amusée. La suite du
film inversera quelque peu cette construction, la Grande Dépression
s'invitant sur scène tandis que le ton se fait plus léger dans le monde
réel. On s'amuse ainsi du charivari amoureux jouant sur la lutte des
classes, l'auteur Brad Roberts étant un riche héritier dont la famille
n'accepte pas la carrière et le mariage avec Polly.
Son frère (Warren
William) vient l'en dissuader mais s'éprend à son tour de Carol. Les
quiproquos emportent l'adhésion et le romantisme charme sous les gags
tordants (l'achat de chapeau), le snobisme des nantis et les sentiments
intéressés des "chercheuses d'or" (Trixie hilarante de cynisme) étant
renvoyés dos à dos. Après un marivaudage débouchant sur une romance
inattendue (Joan Blondell toujours aussi pétillante au côté de
l'emprunté Warren William) surmontant les clivages avec le sourire la
crise se rappelle à notre souvenir avec un fabuleux numéro Remember My Forgotten Man
décrivant la déchéance de ces soldats anonymes et livrés à eux-mêmes à
leurs retour dans ce pays sinistrés qu'ils étaient parti défendre.
La
séquence s'inspire de la réelle marche des vétérans organisée à
Washington en 1932 et Berkeley déploie une imagerie expressionniste
puissante, à la force dramatique poignante donnant une portée plus
grande encore au film. Ce n'est pas le numéro le plus virtuose du film (The Shadow Waltz
et ses violons en néons qui a précédé est là pour ça) mais le plus
intense et touchant par la profondeur qu'il amène au récit, puissamment
chanté par une Joan Blondell habitée. Le numéro impressionna tant Jack
Warner et Darryl F. Zanuck qu’ils décidèrent de le déplacer à la fin du
film (initialement destinée à Pettin' in the Park).
Le sourire et les larmes dans un très habile dosage où la force
narrative de Mervyn LeRoy est aussi importante que l'imagination
débordante de Busby Berkeley.
Face à un tirage déclinant,
l’impitoyable rédacteur en chef Joseph Randall (Edward G. Robinson)
cherche une première page racoleuse pour relancer son journal. Prêt à
tout, il va jusqu’à déterrer les morts et sortir de l’anonymat Nancy
Townsend (Frances Starr), qui avait abattu son amant il y a 20 ans.
Five Star Final
constitue une des charges les plus cinglante envers la presse à
scandales et les tabloïds, et dont la noirceur marque durablement. Le
film est adapté d'une pièce de théâtre à succès jouée à Broadway et
écrite par Louis Weitzenkorn et inspirée de sa propre expérience au
sein du New York Evening Graphic, fameux tabloïd des années 20 dont il
fut un temps le rédacteur en chef. Dès lors le film dans les écarts les
plus abjects de ses protagonistes se verra doté d'une sorte de cynisme
pragmatique faisant froid dans le dos, un constat réaliste désespéré
plus qu'une satire. Se déroulant sur une courte période de deux jour, le
récit est celui d'une mise à mort annoncée et publique, une corrida
médiatique dont une innocente sera la victime.
Face à son tirage
déclinant, le rédacteur en chef du journal Joseph Randall (Edward G.
Robinson) décide de faire du neuf avec du vieux en déterrant un faits
divers s'étant déroulé vingt ans plus tôt. La secrétaire Nancy Voorhees
(Frances Starr) avait ainsi tué son patron qui l'avait séduite, mise
enceinte et refusé de l'épouser. Acquittée en raison de son état, Nancy a
depuis refait sa vie avec un homme ayant accepté d'adopter sa fille
Nancy (Marian Marsh) qui ignore tout de ce passé et s'apprête à épouser
le fils d'un riche industriel. Toute cette existence paisible retrouvée
va alors voler en éclat sur l'autel du sensationnel LeRoy s'attarde
surtout sur l'absence d'états d'âme de la rédaction.
Le choix
est de ne pas représenter e fustiger les lecteurs, mais surtout les
dirigeants du journal pour lesquels il ne représente que des chiffres de
tirage à faire fructifier par les "informations" les plus crapoteuses
possibles. Les dommages collatéraux sont tout aussi abstrait pour eux,
la malheureuse Nancy ne représentant qu'une proie de plus qu'ils vont
s'employer à dépecer en s'introduisant dans son quotidien pour mieux
l'exposer au grand jour pour rompre l'anonymat tranquille dans lequel
elle vivait. Lorsque cette réalité s'invite à eux et est susceptible
d'éveiller leur culpabilité, ils la fuient à l'image de ce terrible
spit-screen où Nancy tente en vain de joindre au téléphone les
dirigeants du journal afin de les supplier de la laisser en paix.
Tous
les personnages sont absolument ignoble chacun dans un registre bien
spécifique, le cynisme le plus prononcé avec Hinchecliffe (Oscar Apfel)
se drapant de morale préventive pour briser une vie, le répugnant et
manipulateur Isopod (Boris Karloff). Joseph Randall est sans doute le
plus coupable de tous car le plus conscient du mal qu'il fait (constamment culpabilisé par la conscien incarnée par sa secrétaire que joue Alin McMahon),
s'abaissant à une dernière atrocité (publier des photos de morts) avant
de lâcher prise et vaciller va aux conséquences de ses actes. Edward G.
Robinson rend magnifiquement la complexité d'un homme ayant fini de se
bercer d'illusions d'un vrai journalisme finit par aller plus loin que
les plus sinistre vautours qui l'entoure. Le final lui accorde un
semblant de seconde chance mais l'on a du mal à être dupe et cela semble
juste une astuce pour ne pas conclure le film sur une note sinistre.
Frances
Starr est magnifique de vulnérabilité, résignée et qui résoudra son
dilemme de la plus injuste de façon avec son époux (H. B. Warner tout
aussi poignant et dont la dernière scène est terrible). Les conséquences
sur les lecteurs et l'entourage restent au niveau intime aussi avec la
réaction outrée des beaux-parents nantis de Jenny plus gênés des
répercutions mondaines que de la détresse de la jeune fille. Là aussi la
noirceur totale attendue est évitée de justesse lors de la
confrontation finale. La dernière image résume parfaitement le caractère
éphémère, immonde et vain qui a animé l'ensemble lorsque le journal et
son contenu ayant causé tant de drame est le soir même balayé et
recouvert de boue dans un caniveau. Tout cela pour faire sensation dans
l'édition du soir.
Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésor Warner consacrée au Pré-Code
Lefty Merrill (James Cagney) ne rate
pas une occasion de gagner de l’argent facile. Mais lorsqu’il
co-organise un marathon de danse, son partenaire disparaît avec la
récompense avant la fin du concours. Tandis que Lefty se découvre une
vocation pour la publicité, la gagnante du concours (Mary Brian) et sa
mère (Ruth Donnelly) lui mènent la vie dure.
Un Pré Code
trépidant placé sous le signe de la Grande Dépression dont Mervyn LeRoy
fait un brillant moteur burlesque tout en en dénonçant les conséquences
dramatiques. Hard to handle ne
traite pas des victimes de la crise, mais des survivants prêts à tout
pour échapper à la misère qu'elle engendre. Le commun des mortels
constituent plutôt le gogo à rincer à l'image de la scène d'ouverture
saisissante sur un de ces fameux et barbares marathons de danse ayant
court à l'époque. Les danseurs à bout de force tout comme les
spectateurs voyeurs de ce spectacle cruel sont les jouets des
organisateurs sachant capter la demande et la quête de de sensation en
ces temps difficile.
Il s'agit ici de Lefty Merill (James Cagney)
bonimenteur et arnaqueur hors pair que son bon fond perd à chaque fois
malgré son ingéniosité. Ici il tombera amoureux de la gagnante du
concours, Ruth Waters (Mary Brian) et surtout se fait doubler par son
associé qui disparait avec la récompense en le laissant à la merci de la
foule ivre de vengeance. Dès lors Lefty n'aura de cesse de réussir pour
impressionner Ruth et adoucir son acariâtre mère (Ruth Donnelly) pour
qui le meilleur prétendant est celui au compte en banque bien garni.
Au
vu des situations, l'ensemble pourrait être sordide et pourtant c'est
hilarant. Les stratagèmes inventifs de Lefty toute crapule qu'il soit se
font au service de l'amour et capte l'air du temps tout en créant des
besoins artificiels par l'arme la plus redoutable possible : la
publicité. Après avoir fait l'expérience de la violence qu'engendre un
enjeu purement financier (mémorable scène de destruction d'une avenue
marchande suite à une chasse au trésor) il va s'enrichir en flattant la
vanité et l'avidité de la population à coup de campagnes agressives
promettant amaigrissement, retour sur investissement douteux et
notoriété fabriquée. James Cagney déploie une énergie comique et un
bagout éreintant avec ce personnage constamment à l'affut de l'air du
temps et débordant d'idée. Empruntant une voie discutable pour de nobles
intentions, il en demeure très attachant d'autant qu'il est dans
l'erreur puisque Ruth (Mary Brian craquante) ne l'aime jamais autant que
quand il est dans la panade.
On n'en dira pas autant de la quasi mère
maquerelle que joue Ruth Donnelly, véritable girouette soumise au plus
offrant auquel elle est toute destinée à offrir sa fille en pâture. Là
aussi l'abattage comique de l'actrice atténue toute la nature glauque
des situations, les revirements hilarants de la mégère et son festival
de répliques cultes (J'épouserais Tarzan pour un mois de loyer !)
la rendant finalement tout aussi attachante que Cagney en canaille au
grand cœur. LeRoy ne juge jamais ses personnages et n'oublie jamais que
ce sont des survivants usant de leurs moyens à eux (la duperie) pour se
sortir de la fange. Son regard sera nettement moins bienveillant envers
les patrons et les nantis à l'image de cet exploitant de pamplemousse
s'évaporant avec le gain de ses victimes, tout comme sa fille (Claire
Dodd) séductrice impitoyable. Dans un tel contexte la déclaration
d'amour la plus sincère ne peut s'exprimer que par le biais d'une ultime
arnaque lors de l'hilarant final. Une grande réussite.
Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner
Dix ans après avoir réussi leurs
examens, trois jeunes femmes se retrouvent: Mary est devenue actrice,
Vivian a épousé le riche Henry Kirkwood, et Ruth est dans les affaires.
Plus tard, Vivian donne une réception et invite ses deux amies. Elle
fait la connaissance de Mike Loftus et décide de partir avec lui. Son
mari la recherche avec l'aide de Mary, mais il tombe amoureux de
celle-ci. Il divorce, épouse Mary et engage Ruth comme gouvernante,
tandis que Vivian sombre peu à peu dans l'alcool...
Mervyn
LeRoy signe un des Pré-Code les plus saisissants de l'époque, porté
par un sens du tragique et une noirceur marquante. L'histoire dépeint
les destinées de trois amies d'enfance, Mary (Joan Blondell), Ruth
(Bette Davis) et Vivian (Ann Dvorak) de l'enfance à l'âge adulte. Le
tempérament très différents des trois personnages et de leur
environnement social est très marqué dès cette ouverture enfantine et
semble déterminer leur avenir. Mary est une jeune fille volage et rétive
à l'autorité, Vivian hautaine et capricieuse est elle issue d'une bonne
famille tandis que la studieuse et sage Ruth vient d'elle d'un milieu
prolétaire.
Si le cadre social annonce l'avenir matériel des
personnages, LeRoy par la finesse de sa caractérisation rend dès le
départ l'évolution morale plus floue et pas forcément à l'avantage de
celles que l'on croit. La nature égoïste de Vivian annonce ainsi ses
errements à venir tandis que même dans ses écarts Mary exprime un esprit
de camaraderie la rendant immédiatement attachante (sécher les cours
pour fumer avec ses amis), sans parler de Ruth qui sera la bienveillance
incarnée même si l'intrigue tourne surtout autour des deux premières
(et qu'on ne retrouvera plus du tout Bette Davis dans ce registre sage
et effacé par la suite).
Rien n'est figé et le temps qui passe
est synonyme d'évolution et de changement constant, voilà ce que semble
nous dire Mervyn LeRoy avec ses transitions et ellipses se faisant sous
formes de coupures de journaux et d'actualités traversant les années 20
et un monde en constante mutation. Entre chaque ellipse le point est
fait sur la situation de nos trois héroïnes (Vivian épousant un riche
avocat, Mary passant en maison de correction et Ruth devenant dactylo)
jusqu'à leur retrouvailles où chacune semble s'être établit mais réagit
différemment à son existence. Vivian est une épouse insatisfaite en
dépit de son cadre de vie luxueux, Mary enfin épanouie malgré une vie
d'artiste difficile et Ruth un quotidien sage mais ces retrouvailles
vont faire basculer leur situation symboliquement lorsqu'elle
partageront une allumette pour leurs cigarettes et selon la légende la
dernière à le faire étant destinée au malheur.
Les qualités et défauts
entrevus durant l'ouverture transcendent alors les origines pour le
meilleur et pour le pire. L'égoïsme de Vivian l'entraîne dans une
déchéance sordide où en s'amourachant d'un malfrat elle devient
toxicomane et met la vie de son garçonnet en danger. Un drame qui
réveille la compassion de la "mauvaise fille" Mary essayant de sauver
son amie de cette situation ou au moins son fils confronté à ces
fréquentations douteuses. Ce temps qui passe semble alors rétablir une
sorte d'ordre moral en intervertissant la place de chacune offrir une
sorte de résonance et justice en cette période de Grande Dépression.
LeRoy
va loin dans les séquences où Anne Dvorak descend plus bas que terre,
la mine hagarde et le pas incertain, le tout culminant dans un final
glaçant et tragique. Joan Blondell n'est pas en reste en bad girl au
grand cœur et malgré un rôle plus mineur Bette Davis impose une belle
présence apaisée et bienveillante. On remarquera un Humphrey Bogart
encore abonné aux seconds rôles diablement inquiétant en gangster
impitoyable. Ce qui pourrait sembler un peu schématique disparait
complètement grâce aux idées narratives et visuelles de LeRoy qui boucle
le tout en à peine plus d'une heure.
Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner
Johnny Eager est un gangster qui, une
fois sorti de prison, semble mener une vie d'honnête homme. Il est
devenu chauffeur de taxi et paraît avoir rompu avec toutes ses anciennes
relations de la pègre. Cela n'est qu'une apparence, dissimulé derrière
cette couverture, il a rapidement reconstitué un empire criminel et
attend des autorisations pour ouvrir un champ de course de lévriers. Il
s'éprend de Lisbeth Bard, une des étudiantes de son contrôleur
judiciaire, M. Verne. Mais le père de Lisbeth est John Benson Farell, le
procureur incorruptible, il n'aime pas Johnny et veut protéger sa
fille.
Maître du film de gangster dont il contribue à la popularité dans les années 30 avec son Petit César (1931), Mervyn LeRoy signe un brillant et très original avatar du genre avec ce Johnny Eager.
Le grand intérêt du film repose sur le personnage titre Johnny Eager
(Robert Taylor). En apparence, un repris de justice faisant désormais
profil bas dans un modeste emploi de taxi. Une repentance de façade
puisque Johnny est en fait à la tête d'un puissant réseau criminel qui
s'apprête à ouvrir un champ de courses de lévriers, simplement freiné
par le zèle du procureur tenace John Benson Farrell (Edward Arnold). Une
dualité qui témoigne de toute l'intelligence et de la détermination
criminelle du personnage, l'attitude autoritaire et suspicieuse envers
ses sbires contredisant la bonhomie et les airs bienveillants lorsqu'il
revêt son uniforme de taxi.
Dans la plupart des films de gangsters les
actions des malfrats positives comme négatives résultent d'être emportés
par leur émotions et en somme leur humanité malgré leur nature néfaste.
Johnny Eager contredit cette idée avec une attitude froidement
méthodique où complices comme amantes ne sont que des pions à utiliser.
Tout ce qui relève de l'amour, l'amitié et don de soi s'avérera tout
simplement incompréhensible pour lui, le scénario multipliant les
symboles et situations propre à montrer le détachement du héros : une
allusion au dévouement sans condition de Cyrano à sa Roxanne, un chien
rapportant fidèlement (ou stupidement pour Johnny) un objet lancé à son
maître et bien sûr a maîtresse soumise pour laquelle il n'a pas un
regard. Robert Taylor est extraordinaire dans ce registre glacial,
regard brillant d'intelligence et capable d'emballement violent si
nécessaire.
Cette posture va être mise à mal par la rencontre avec Lisbeth (Lana
Turner) étudiante en sociologie intriguée par son ambiguïté et qui va le
démasquer. Le danger est d'autant plus grand que celle-ci est la fille
du procureur freinant les ambitions de Johnny. Notre héros saura tirer
profit de cette parenté à son avantage mais Mervyn LeRoy distille
habilement les éléments montrant que Johnny est plus attaché qu'il ne
veut bien le montrer à sa nouvelle victime.
L'erreur aurait été de faire
de Lana Turner une femme aussi redoutable et intelligente que Taylor
mais ici au contraire on cherchera à cultiver leur différence en en faisant une femme
aimante et passionnée représentant elle aussi ce dévouement sans attente
de retour qui horrifie tant Johnny. LeRoy est réellement un des
réalisateurs ayant su mettre le mieux en valeur la beauté de Lana Turner
(notamment dans le somptueux Le Retour)
loin de son image de vamp séductrice et ici chaque apparition l'orne
d'une aura immaculée et innocente adoucissant ses traits et jurant avec
les atmosphères sombres et oppressante du monde du crime.
A son contact, le jeu de Taylor se fait moins mécanique et dévoile le
déraillement d'un Johnny plus troublé qu'il n'ose se l'avouer et
réellement amoureux. Cette conscience aura été interrogée tout au long
du film par le fascinant personnage incarné par Van Heflin, alcoolique
autodestructeur dont les tirades montrent le recul face à un milieu dont
il n'est pas dupe.
Sous ses allures fragiles et vacillantes, c'est le
personnage le plus lucide et pendant amical de celui de Lana Turner,
même si on peut suggérer une attirance plus trouble ayant passé les
mailles du code Hays.. Le final est splendide et surprenant, montrant un
héros se mettant à nu et enfin capable de se sacrifier pour l'autre.
Robert Taylor avec une finesse remarquable n'adoucit pas pour autant le
malfrat dans cette prise de conscience, cette déclaration d'amour ne
pouvant s'exprimer que dans la douleur et la violence dans une
magnifique scène de conclusion.
Engagé volontaire comme médecin de
guerre, le Dr Lee Johnson fait la rencontre dans son corps d'armée de la
séduisante infirmière Jane McCall surnommée Snapshot. Il ne tarde pas à
tomber amoureux tout en se sentant coupable vis à vis de sa femme qui
l'attend à la maison...
Comme de nombreux acteurs
hollywoodiens, Clark Gable s'était engagé dans l'armée lors de l'entrée
des Etats-Unis dans la Seconde Guerre Mondiale et une fois démobilisé
peina à retrouver des rôles à sa mesure. L'Aventure
(1945) le film du comeback où il partage la vedette avec Greer Garson
sous la direction de son ami Victor Fleming est un échec public et
critique retentissant, et le bien plus réussi Marchands d'illusions (1947) sera surtout un succès d'estime. Le bien nommé Homecoming
signe donc le vrai retour artistique de Gable qui trouve tout
simplement là un de ses plus beaux rôles, sa propre expérience du front
(où loin de se réfugier derrière son statut de star il participa à de
vraies missions de combat) étant pour beaucoup dans la véracité qu'il
apporte à ce personnage de vétéran au parallèle évident avec lui-même,
star hollywoodienne/chirurgien ambitieux ramené au sens des vraies
réalités par l'expérience de la guerre.
L'ouverture offre un saisissant parallèle avec au présent un soldat sur
la bateau du retour aux Etats-Unis, marqué par l'expérience et
taciturne, refusant de répondre aux questions d'un journaliste tandis
que ces même questions réveille les souvenirs et amorce le flashback où
il montre un tout autre visage. Le Dr Lee Johnson (Clark Gable) est un
chirurgien dont l'ambition lui permis de rapidement s'élever dans son métier et qui entre deux consultation goûte désormais à la grande
vie. Sa profession n'empêche pas un égoïsme certain comme le lui
reproche son ami et collègue Bob bien plus impliqué dans les injustices
sociales diverses alors que pour Lee, les patients sont avant tout des
clients.
Même son engagement dans l'armée ne répond pas à un esprit
vertueux mais à la norme du comportement à adopter en ces
temps de guerre. Amené à exercer sur le front africain, Johnson va
s'opposer puis se lier à son pendant inversé avec le lieutenant Jane «
Snapshot » McCall (Lana Turner). Son existence est dévouée aux autres et
à lutter contre l'injustice, au point de s'engager comme infirmière en
laissant son jeune fils aux Etats-Unis. Les deux s'affrontent dès une
mémorable première rencontre où le pragmatisme de Gable s'oppose à la
dévotion aveugle de Turner, cette animosité trouvant une amusante chute
lorsqu'ils apprennent qu'ils devront collaborer ensemble.
Mervyn Leroy nous rappelle là le maître du mélodrame qu'il sait être (La Valse dans l'ombre
bien sûr) en passant de l'universel à l'intime pour éveiller l'émotion.
L'universel c'est ce montage en fondu enchaîné qui montre la tâche
insurmontable de ces chirurgiens de guerre alignant les heures au bloc
dans une terrible vétusté pour soigner les blessures les plus graves.
Gable commence à y fendre l'armure et perd de son arrogance face à
l'épuisement, l'ampleur de la tâche et la perte douloureuse de ses
patients dont une le marquera durablement. Ces certitudes s'estompent au
même titre que la rigidité morale de Snapshot émue de voir cet homme
prendre enfin conscience d'autrui. Pour leur troisième film en commun
(après Franc jeu en 1941 et Somewhere I'll Find You en 1942) délivrent parmi les plus belles performances de leur carrière.
Gable le séducteur plein d'assurance des années 30 surprend par sa
vulnérabilité, la construction du film même semble le faire évoluer de
l'ancien Gable (les flashbacks avant-guerre) au nouveau de retour de
guerre tout autant éprouvé par les visions sanglantes du front. Lana
Turner surprend plus encore, elle qui dans le registre plus ouvertement
dramatique se perd souvent en en faisant trop. Là débarrassée de toute
aura glamour avec ce personnage soldat avant d'être femme (un dialogue
le soulignant ouvertement) elle bouleverse avec cette "Snapshot" tout en
sobriété, masque d'impassibilité pouvant encaisser toutes les horreurs
et dangers pour aider l'autre. Elle retrouve progressivement sa féminité
en tombant amoureuse mais là aussi l'amène avec une douceur délicate,
l'absence d'artifice séducteur (l'érotisme potentiel de la scène où elle
se baigne est complètement désamorcée par Leroy) ayant amené l'actrice à
une vraie finesse.
Les plus beaux moments du film sont lorsqu'ils daignent enfin
s'abandonner, ébranlés par leur quotidien lugubre ou par leurs
sentiments naissants. Leroy va du plus sobre au plus flamboyant au fil de
la romance s'affirmant plus ouvertement. Une tasse de café partagée
signe un début d'amitié après l'animosité de départ, plus tard Gable le
regard égaré par la perte d'un patient cher réconforté par Turner tandis
que les bombes pleuvent. On aura ensuite un baiser intense et une
première séparation sous la neige (photo et cadrage somptueux avec Gable
dans l'ombre tandis que Turner s'éloigne au loin spectre dans la
blancheur enneigée) et enfin l'aveu poignant tandis que la mort rôde en
plein siège de Bastogne.
L'issue de cette histoire d'amour ne sera connue que lors du fameux
retour et les retrouvailles avec l'épouse jouée par Anne Baxter. Les
retours sur la femme délaissée auraient pu alourdir le film mais par les
questionnements qu'il soulève au delà du seul manque de l'autre
(l'époux parti sera-il la même personne à son retour et que faire alors
?) et la prestation touchante d'Anne Baxter offre un beau contrepoint en
montrant l'autre douleur engendré par le conflit, celui de la
séparation, de la peur et de l'attente. Cela accentue aussi les
parallèles à l'Odyssée, le prénom de Gable étant carrément Ulysse
(rebaptisé Useless par une Lana Turner fielleuse puis surnom attachant).
Le beau final où rien n'est oublié mais où tout peut recommencer est
magnifique, sans pathos et prenant son temps comme pour ménager le
difficile retour au monde réel de son héros.
Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésors Warner
La relation d'un couple beau, riche et heureux va être perturbée par l'irruption d'une ancienne connaissance du mari, belle, riche, et heureuse. Brandon Bourne ne peut se détacher de sa maîtresse, Isabel Lorrison. Sa femme, Jessie, tente malgré tout de lui conserver son amour. Lorrison est découverte assassinée. Le détective qui mène l'enquête tombe amoureux de Jessie, malgré la présence de la douce Rosa.
Un beau drame apportant une vision plutôt intéressante du couple et de l'adultère, loin des conventions inhérente au Code Hays. Brandon et Jessie Bourne forme un couple riche et heureux vivant dans les beaux quartiers New Yorkais. Mervyn Leroy dès l'ouverture tente d'illustrer ce bonheur de toutes les manières possibles : l'opulence de la luxueuse demeure du couple, la multitude de mots regard complice et mots tendres échangés ou encore l'entente parfaite entre la belle-mère et son gendre lors du dîner.
Tout cela semble trop beau pour être vrai et si les Bourne semblent en tout point radieux, le malaise dissimulé par cette façade s'illustrera tout d'abord par leur entourage à travers une remarque de la belle-mère puis plus concrètement à travers l'attitude de Brandon (James Mason). Après une un verre avec un collègue, Brandon prolongera sa soirée dans un club où il croise la sulfureuse Isabel Lorrison (Ava Gardner) croqueuse d'homme qui faillit bien briser son mariage un an plus tôt et qui est de retour en ville.
Dès la première scène commune où Ava Gardner happe littéralement Mason de sa présence érotique, on sait malgré sa faible résistance qu'il ne résistera pas. L'enjeu se situe donc dans la réaction de l'épouse digne jouée par une touchante Barbara Stanwyck. Humiliée par les infidélités de Mason, elle espère pourtant toujours qu'il lui revienne jusqu'à sa rencontre avec le vétéran Mark Dwyer (Van Helflin) qui en est tout l'inverse.
Droit, fort de caractère (il rompt avec Cyd Charisse dès qu'il que des sentiments naissent chez lui pour Stanwyck) et compréhensif, Dwyer est campé avec le jeu franc et direct qu'on apprécie chez Van Helflin et qui inspire attachement et confiance. A travers le titre est sous-entendu aussi que ces différences de mœurs sont d'ordres sociales à travers les horizons différents des personnages symbolisés par leurs quartiers.
Mason le nanti qui a toujours tout eu sera donc un époux indigne car constamment insatisfait de son bonheur à portée de main (la métaphore qu'il fait sur les roses de jardin et des champs en début de film), le stupre des beaux quartiers se répercutant à travers la vénéneuse Ava Gardner, ses amants richissime et bien sûr le rebondissement final. A l'inverse Van Heflin est un homme déterminé et respectueux sachant ce qu'il veut mais pas prêt à tout pour l'obtenir, trait suggéré par son passé modeste dans un quartier populaire. Et là encore la relation et la rupture avec Cyd Charisse tout en compréhension et simplicité offre un contraste saisissant avec les agissements de la "Ville Haute". Cela pourrait paraitre simpliste mais suffisamment bien amené par le script pour ne pas être trop grossier.
LeRoy offre une mise en scène élégante et entièrement au service de ses acteurs, tous formidables. James Mason rend étonnement touchant cet homme aimant mais faible, plus pathétique que réellement détestable. L'alchimie entre Van Heflin et Barbara Stanwyck est parfaite, tissant de jolis moments intimistes (la scène de la cuisine) tandis que malgré une moindre présence Cyd Charisse déborde de charme juvénile.
Ava Gardner en pure figure séductrice irradie de provocation sobre le film un peu trop sage. Le virage policier de la conclusion n'est pas vraiment convaincant par contre, que ce soit l'enquête quelque peu expédiée et surtout le fait de forcer la décision de Stanwick dont le personnage était suffisamment riche pour se décider sans cet argument un peu gratuit tel qu'il est amené. Hormis cette réserve finale très bon film tout de même.
Sorti en dvd zone 1 chez Warner et doté de sous-titres français
Les quatre filles du docteur March est l'histoire de quatre jeunes filles, Margaret (surnommée Meg), Joséphine (surnommée Jo), Elisabeth (surnommée Beth) et Amy. Elles vivent aux États-Unis avec leur mère et une fidèle domestique appelée Hannah. Elles appartiennent à la classe moyenne de la société. L'histoire se passe pendant la guerre de Sécession. Leur père, aumônier nordiste, est au front.
Troisième adaptation du célèbre roman de Louisa May Alcott, le film de Mervyn Leroy vient surtout après celle fameuse de George Cukor en 1933 avec Katherine Hepburn en Jo. Une autre œuvre vient pourtant constamment à l'esprit à la vision du film, Le Chant du Missouride Vincente Minnelli.
La MGM semble avoir clairement défini le chef d'œuvre de 1944 comme le modèle à suivre pour cette nouvelle version et entre les décors aussi factices que luxueux (la pauvreté de la famille March semble du coup très relative), l'avalanche de couleurs et de bons sentiments et un casting en partie identique et dans les même rôles (Mary Astor en maman courage douce et compréhensive, Leon Ames dans le rôle du père absent et la merveilleuse Margaret O'Brien de nouveau en benjamine ravissante) on est guère dépaysé. Si Leroy est très loin d'égaler le bijou de Minnelli, ce Little Women demeure un très beau film.
On découvre ainsi par tranches de vie le quotidien de ces quatre jeunes filles jeunes filles obligées de joindre les deux bouts seules avec leurs mère alors que leur père se trouve mobilisé durant la Guerre de Sécession. La trame se dote d'un écho particulier puisque les familles américaines ont pour beaucoup connue situation similaires quelques années plus tôt (et reprise dans des œuvres comme Depuis ton départ de John Cromwell qu’on peut presque voir comme une transposition moderne du roman) et dans ce contexte cela contribua-t-il sans doute au grand succès du film.
Si c'est bien évidemment Jo magnifiquement interprétée par June Allyson qui est mise en avant, le casting est parfait et chacune des sœurs est parfaitement incarnée par respectivement Elizabeth Taylor en frivole Amy (et une perruque blonde qui demande un léger effort pour la reconnaître au début), Janet Leigh pour la douce Meg et Margaret O'Brien pour la jeune et timide Beth. Le film narre ainsi de l'insouciance de l'enfance finissante à l'âge adulte plus amer, les espoirs, les premiers émois amoureux et échanges qui font les joies et les peines de notre quatuor.
Si Janet Leigh parait un peu effacée, Liz Taylor pimpante apporte un joli vent de comédie par sa frivolité tout en rendant vraiment son personnage attachant. June Allyson est une Jo parfaite avec ses manières de garçon manqué, sa voix grave et son sans gêne et en atténuant ou exagérant subtilement ces attitudes elle porte réellement l'émotion du film par sa fragilité et son indécision.
Et que dire de Margaret O'Brien ici aussi bouleversante que dans Chant du Missouri dont elle réitère ici la force de la séquence de noël à deux reprises lors des remerciements au bord des larmes envers M Laurence après avoir reçu un piano en cadeau et surtout son merveilleux monologue d'adieux à Beth qui arracherai une larme au spectateur le plus endurci, Leroy traduisant le deuil par une ellipse toute en sobriété.
C'est dans ces moments touchant si parfaitement capturés que Mervyn Leroy réussit son film et traduit parfaitement la chaleur et la complicité de cette famille (dont cette belle ouverture où Jo s'étale de tout son long face à ses sœurs moqueuses et faisant mine de ne rien voir). La peur de grandir, de quitter son foyer et de perdre les siens, soit tout ce qui implique la perte de l'innocence et le passage à l'âge adulte est idéalement dépeint ici dans la mélancolie des derniers instants du film.
On regrettera juste une tendance à l'ellipse pas toujours bien gérée et des éléments du livre survolés (les causes de la pauvreté, les convictions et l'engagement du père qu'on ne voit guère d'ailleurs) mais rien qui puisse gâcher le plaisir de cet idéal de film familial. Il semble que le film lance également la carrière hollywoodienne d'un étonnamment bon Rossano Brazzi bien plus intéressant en amoureux maladroit que dans les rôles de séducteur latin qui seront par la suite sa marque de fabrique.
Sorti en dvd zone 2 français chez Warner
Un montage intéressant entre les versions de 1933, 1949 et la plus récente de 1994 (désolé pour la ballade rock FM par contre ^^)