Face à un tirage déclinant,
l’impitoyable rédacteur en chef Joseph Randall (Edward G. Robinson)
cherche une première page racoleuse pour relancer son journal. Prêt à
tout, il va jusqu’à déterrer les morts et sortir de l’anonymat Nancy
Townsend (Frances Starr), qui avait abattu son amant il y a 20 ans.
Five Star Final
constitue une des charges les plus cinglante envers la presse à
scandales et les tabloïds, et dont la noirceur marque durablement. Le
film est adapté d'une pièce de théâtre à succès jouée à Broadway et
écrite par Louis Weitzenkorn et inspirée de sa propre expérience au
sein du New York Evening Graphic, fameux tabloïd des années 20 dont il
fut un temps le rédacteur en chef. Dès lors le film dans les écarts les
plus abjects de ses protagonistes se verra doté d'une sorte de cynisme
pragmatique faisant froid dans le dos, un constat réaliste désespéré
plus qu'une satire. Se déroulant sur une courte période de deux jour, le
récit est celui d'une mise à mort annoncée et publique, une corrida
médiatique dont une innocente sera la victime.

Face à son tirage
déclinant, le rédacteur en chef du journal Joseph Randall (Edward G.
Robinson) décide de faire du neuf avec du vieux en déterrant un faits
divers s'étant déroulé vingt ans plus tôt. La secrétaire Nancy Voorhees
(Frances Starr) avait ainsi tué son patron qui l'avait séduite, mise
enceinte et refusé de l'épouser. Acquittée en raison de son état, Nancy a
depuis refait sa vie avec un homme ayant accepté d'adopter sa fille
Nancy (Marian Marsh) qui ignore tout de ce passé et s'apprête à épouser
le fils d'un riche industriel. Toute cette existence paisible retrouvée
va alors voler en éclat sur l'autel du sensationnel LeRoy s'attarde
surtout sur l'absence d'états d'âme de la rédaction.

Le choix
est de ne pas représenter e fustiger les lecteurs, mais surtout les
dirigeants du journal pour lesquels il ne représente que des chiffres de
tirage à faire fructifier par les "informations" les plus crapoteuses
possibles. Les dommages collatéraux sont tout aussi abstrait pour eux,
la malheureuse Nancy ne représentant qu'une proie de plus qu'ils vont
s'employer à dépecer en s'introduisant dans son quotidien pour mieux
l'exposer au grand jour pour rompre l'anonymat tranquille dans lequel
elle vivait. Lorsque cette réalité s'invite à eux et est susceptible
d'éveiller leur culpabilité, ils la fuient à l'image de ce terrible
spit-screen où Nancy tente en vain de joindre au téléphone les
dirigeants du journal afin de les supplier de la laisser en paix.

Tous
les personnages sont absolument ignoble chacun dans un registre bien
spécifique, le cynisme le plus prononcé avec Hinchecliffe (Oscar Apfel)
se drapant de morale préventive pour briser une vie, le répugnant et
manipulateur Isopod (Boris Karloff). Joseph Randall est sans doute le
plus coupable de tous car le plus conscient du mal qu'il fait (constamment culpabilisé par la conscien incarnée par sa secrétaire que joue Alin McMahon),
s'abaissant à une dernière atrocité (publier des photos de morts) avant
de lâcher prise et vaciller va aux conséquences de ses actes. Edward G.
Robinson rend magnifiquement la complexité d'un homme ayant fini de se
bercer d'illusions d'un vrai journalisme finit par aller plus loin que
les plus sinistre vautours qui l'entoure. Le final lui accorde un
semblant de seconde chance mais l'on a du mal à être dupe et cela semble
juste une astuce pour ne pas conclure le film sur une note sinistre.

Frances
Starr est magnifique de vulnérabilité, résignée et qui résoudra son
dilemme de la plus injuste de façon avec son époux (H. B. Warner tout
aussi poignant et dont la dernière scène est terrible). Les conséquences
sur les lecteurs et l'entourage restent au niveau intime aussi avec la
réaction outrée des beaux-parents nantis de Jenny plus gênés des
répercutions mondaines que de la détresse de la jeune fille. Là aussi la
noirceur totale attendue est évitée de justesse lors de la
confrontation finale. La dernière image résume parfaitement le caractère
éphémère, immonde et vain qui a animé l'ensemble lorsque le journal et
son contenu ayant causé tant de drame est le soir même balayé et
recouvert de boue dans un caniveau. Tout cela pour faire sensation dans
l'édition du soir.
Sorti en dvd zone 2 français chez Warner dans la collection Trésor Warner consacrée au Pré-Code
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire