Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

Pages

Affichage des articles dont le libellé est George Chakiris. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est George Chakiris. Afficher tous les articles

vendredi 10 avril 2026

La Ragazza di Bube - Luigi Comencini (1964)

 L'Italie au lendemain de la guerre. Mara est fiancée à Bube, un héros de la Résistance communiste. Au cours d'une bagarre, il tue un policier fasciste et doit fuir. Mara l'attend. Deux ans s'écoulent, elle se laisse courtiser par Stefano...

Le début des années 60 voit au sein du cinéma italien l’émergence de toute une série de productions aux sujets engagés, et reflétant les changements politiques à l’œuvre. La Démocratie Chrétienne, le parti politique au pouvoir depuis l’après-guerre, doit lâcher du lest en entamant un virage à gauche afin d’être notamment représentatif d’un parti communiste et socialiste alors très puissants dans les urnes. Cela influe sur donc sur la teneur des projets cinématographiques qui vont porter un regard plus grinçant les soubresauts de la résistance italienne et la libération, ainsi que des renoncements idéologiques marqués par l’avènement de la Démocratie Chrétienne. Dans le lot se distinguent entre autres La Grande pagaille de Luigi Comencini (1960), Une vie difficile de Dino Risi (1961), Le Terroriste de Gianfranco de Bosio (1963).

Comencini adapte ici le roman éponyme de Carlo Cassola, se déroulant au lendemain de la guerre. Le récit reflète plus spécifiquement les tumultes nés de l’armistice du 8 septembre 1943 entre l’Italie et les Alliés. L’armée italienne a alors le choix entre faire explicitement alliance avec les Allemands, renoncer et rentrer chez elle, ou s’engager dans la résistance. Toute cette communauté se recroise au sein d’une Italie libérée, ce qui va générer d’inévitables tensions. Mara (Claudia Cardinale) est la sœur d’un partisan tué par les Allemands, qui va faire la rencontre avec Bube (George Chakiris), ancien compagnon d’arme de celui-ci. Le foyer même de Mara reflète les dissensions du pays, avec un père fervent militant communiste tandis que la mère reproche à ce dernier la doctrine dont il a conditionné son fils et conduit à sa mort. Mara est une jeune fille insouciante n’ayant que faire de cette agitation, et va rapidement tomber amoureuse de Bube. 

Comencini traduit dès leur rencontre, où ils se font face sur les deux côtés d’une route, du fossé qui les sépare. Mara a encore le tempérament et les rêves romantiques frivoles d’une adolescente, quand Bube est pétri dans le sérieux et la raideur de ses engagements politiques. Il est taiseux et stoïque quand Mara est enjouée et bavarde, et ses attentes romanesques se heurtent aux silences de son aimé. La correspondance timide et espacée qu’ils entretiennent ne cesse de décevoir Mara, et leurs rencontres sont timorées et sans passion. On comprendra progressivement que si Bube est bel et bien amoureux de son côté, il est bien trop préoccupé à faire « ce qu’il faut » auprès de l’entourage de Mara plutôt qu’envers l’intéressée. Les fiançailles et le départ commun s’avèrent bouclés avec le père sans consulter Mara qui en prend ombrage, mais va néanmoins suivre Bube.

Cette construction « honorable » du couple reflète ainsi la manière dont s’exprime l’engagement de Bube. C’est un devoir, un sacerdoce dont il n’a de cesse d’affirmer la légitimité, jusqu’à commettre l’irréparable. Le geste fatal le voyant abattre un maréchal ancien fasciste et son fils restera invisible à l’écran, mais (ainsi que le récit biaisé qu’il en fait à Mara) exprime la manière dont l’idéologie, le sens du devoir et l’effet de groupe pousse à la violence. C’est un fil rouge du scénario qui l’illustre dans l’arrière-plan de cette Italie où la rage et le ressentiment peut se déchaîner à tout moment. Un prêtre aux sympathie fascistes durant la guerre va être pris à partie dans un bus puis à travers la ville par la population, et n’éviter le lynchage public que par le sauvetage de Bube qui va le conduire à la gendarmerie. Comencini dévoile par un chaos collectif le climat de haine ayant conduit Bube au crime, mais qu’il a choisit de laisser hors-champs pour en faire le symbole de la fragilité du personnage et des regrets qu’il en tire.

C’est justement durant la fuite commune que la vraie romance peut naître, Bube laissant entrevoir ses failles et tombant le masque viril. Mara peut alors gagner en maturité et empathie en cherchant à apaiser les tourments de son homme. Toute la longue séquence observant le couple loin des discours, des invectives et de la violence travaille ce rapprochement par l’image. Les cadrages et compositions de plans dans cette bâtisse abandonnée traduisent cette distance encore existante mais qui s’estompe entre eux, par les échanges à cœur ouverts, les regards, caresses, et enfin cette première nuit consommée avant une très longue séparation. Bube en cavale à l’étranger, quel choix pour Mara ? Vivre comme une jeune femme de son âge et oublier ? Ou attendre telle une Penelope moderne le retour de son Ulysse ?

Claudia Cardinale est vraiment réinventée ici par Comencini, elle n’est plus l’icône moderne de Huit et demi de Federico Fellini (1963), la jeune femme perdue de La Fille à la valise de Valerio Zurlini (1960) ou l’idéal romantique de Le Guépard (1963). Le réalisateur lui fait endosser un spectre plus vaste allant de la candeur à la maturité, de l’amoureuse à l’épouse. Cela passe par un cheminement d’abord amoureux, puis idéologique, mais de manière instinctive plutôt qu’intellectuelle. Alors que la détermination d’un Bube désormais prisonnier faiblit durant la dernière partie, elle est le socle auquel il peut se raccrocher. Lors de la scène de retrouvailles, Comencini installe un dispositif similaire à celui de leur première rencontre. Ils se font face, assis sur des bancs, des deux côtés d’un couloir. Le dialogue est emprunté après des années de séparation, et alors que Bube fond en larmes, Mara lui le ravive en lui rappelant qu’elle sera toujours là pour lui. Entretemps, elle a pourtant trouvé en Stefano (Marc Michel), l’idéal de ses rêves de jeunesse avec cet homme sensible, doux, attentionné et cultivé.

Comencini n’absout à aucun moment Bube de son acte, ce qui prêtera d’ailleurs à controverse puisque dans le fait divers dont s’inspire le livre et par extension le film, l’intéressé était innocent. Le but est de faire endosser toutes les facettes de la dévotion à Mara, qu’elle soit politique en tenant le cap alors que la volonté de son homme vacille, amoureuse en acceptant d’attendre sa libération, et presque spirituelle en en faisant une pure Madone par son renoncement sacrificiel. On voit là ce qui différencie un Comencini et un Dino Risi, un sujet voisin devenant un mélodrame sur l’amour et l’engagement chez le premier, et une comédie grinçante sur le renoncement pour le second dans le génial Une Vie difficile. C’est cette empathie que l’on retient au sein d’un propos qui égratigne pourtant bien l’appareil communiste, ses échecs et pactes d’après-guerre. 

Sorti en bluray français chez Tamasa 

jeudi 3 mai 2012

Les Rois du soleil - Kings of the Sun, Jack Lee Thompson (1963)



Venus du nord, Hunac Ceel et ses barbares envahissent les territoires des Mayas au Mexique. Le roi est tué et Balam, son fils, lui succède. Contraint de fuir, Balam réquisitionne tous les bateaux disponibles d'un village de pêcheurs et entraîne son peuple vers la mer. Les fugitifs traversent le Golfe du Mexique et abordent une terre inconnue sur la côte des futurs États-Unis. Les Mayas reconstruisent une ville et une pyramide au sommet de laquelle devront avoir lieu les sacrifices humains qui leur permettent d'obtenir la clémence des Dieux. Aigle Noir, chef d'une tribu d'Indiens qui vit à proximité, est fait prisonnier après s'être battu et avoir été blessé par Balam. Il est soigné et destiné à être le premier humain sacrifié au sommet du nouveau temple.

Kings of The Sun est un aussi oublié que sympathique film d'aventure dont l’intrigue improbable confronte donc les mayas aux indiens. L’ensemble annonce beaucoup le formidable Apocalypto de Mel Gibson avec en toile de fond le déclin de la civilisation maya mais à la furie barbare et hallucinée de ce qui fera le sel du film de Gibson, Jack Lee Thompson privilégie plutôt la vignette bariolée, naïve et désuète.

On reconnaît l’efficacité narrative de l’artisan Thompson par la concision idéale de l’ouverture où nous est la présenté le peuple maya, sa culture et ses mœurs archaïques avec leurs rites barbares dont l’utilité sera la question au centre du film en remettant en cause cette tradition. Cette entrée en matière contemplative laisse alors place au chaos lorsqu’un redoutable envahisseur décime la tribu et la contraint à un exode qui les emmènera vers une terre constituant les futurs Etats-Unis.

Il est inutile de trop s’appesantir sur une quelconque rigueur historique et et savourer le spectacle avec ces pyramides mayas construites grandeur nature, figurant à perte de vue durant les scènes de rites puis puis le massacre et la fuite filmés avec efficacité par Jack Lee Thompson.

Ce début constituera d’ailleurs finalement le seul vrai morceau d'action jusqu’à la conclusion pour un récit plutôt intimiste et délivrant un message de paix. A travers l'opposition entre indiens et maya s'illustre celle de leur chef incarnés par Georges Chakiris (le héros bellâtre de West Side Story) et Yul Brynner. Chacun braqué sur ses positions et coutumes, ils vont progressivement apprendre à profiter de ce que la culture de l'autre peut apporter même si la rivalité amoureuse autour de Shirley Ann Field complique la chose.

L'interprétation est assez remarquable, Chakiris est très bon en souverain maya immature qui va progressivement acquérir la sagesse et Yul Brynner (qui aurait tout aussi bien pu jouer un maya tant son physique se prête à tout) parfait de charisme et de présence animale en chef indien réfléchi.

Même si traité assez simplement, le questionnement sur le fanatisme religieux et la nécessité des sacrifices humains est intéressant avec de vieux prêtres mayas cramponnés aux traditions quitte à provoquer une guerre tandis que le personnage de Chakiris influencé par Brynner tend vers plus d'ouverture. Thompson ne s'embarrasse tout de même pas trop de détails à ce niveau, balayant d'un revers une sous intrigue avec un prêtre félon, trucidé d'un coup de flèches et on n’en parle plus. Mieux vaudra revoir le plus ambitieux La Vallée perdue pour avoir des thèmes semblables traités avec plus de profondeur ici la question n’est pas là.

Le final même si un peu brouillon est un vrai plaisir, avec une immense et spectaculaire bataille où les indien viendront soutenir leur nouveaux amis mayas face à leur ennemis venu les traquer jusqu’à ces lointaines terres d’Amérique. Le style félin des indiens s'opposent à l'armement de métal et à l'organisation militaire de l’envahisseur, le tout porté par un score formidablement épique de Elmer Bernstein. Kings of The Sun propose donc un fort agréable divertissement, bien mené et dépaysant à défaut d’être mémorable et c’est déjà très bien ainsi.

Sorti en dvd zone 1 chez MGM et doté de sous-titres anglais et d'une vf