Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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vendredi 19 mars 2021

Une Anglaise romantique - The Romantic Englishwoman, Joseph Losey (1975)

Elizabeth Fielding, femme d'un riche écrivain anglais, rencontre, Thomas, un jeune homme aux activités louches, lors d'un séjour thermal à Baden-Baden. Celui-ci la suit jusqu'en Angleterre et réussit à se faire inviter par Lewis, le mari d'Elizabeth. Ce dernier soupçonne celle-ci d'être l'amante de Thomas. Elizabeth imagine, à son tour, une liaison entre Lewis, son conjoint, et Catherine…

Joseph Losey signe avec Une Anglaise romantique un récit trouble et ambigu dont il a le secret. Il adapte là un roman de Thomas Wiseman (qui en signe également le scénario) dont le récit mœurs déroule un squelette de trame attendue tout en déroutant par son traitement. On a donc une épouse (Glenda Jackson) voyageant en solitaire dont les échanges ponctuels avec son mari resté à la maison (Michael Caine) laissent deviner une crise de couple. L’esthétique stylisée du film dégage un souffle romanesque contredit par le recul et le cynisme des personnages. Ainsi Elizabeth traverse Baden-Baden en calèche et goutte au cadre de la station balnéaire, son hôtel de luxe et ses casinos tout en recherchant la solitude. Alors qu’on la penserait en quête d’aventures, elle n’est pas dupe de Thomas (Helmut Berger) escroc et gigolo s’attirant les faveurs des riches femmes esseulées alentours. La possibilité d’une possible liaison n’existera que dans l’esprit de l’époux Lewis, stimulé par la jalousie et l’imagination de son métier d’écrivain. 

De même lorsque Thomas a le culot de rendre visite puis de loger chez Lewis et Elizabeth, le cadre rural, l’architecture du foyer conjugal, tout appelle à un triangle amoureux, qu’il aille vers le vaudeville ou le drame. Mais une nouvelle fois les personnages semblent conscient du rôle que l’on veut les voir jouer et s’en extirpent. Cela amène une dimension ludique où Thomas devient le jouet d’un jeu de dupe entre les époux. Lewis feint d’avoir invité le jeune homme pour tester la réaction de sa femme, mais quand Thomas se présente réellement c’est le tour d’Elizabeth de mettre à mal son mari confronté à la réalité de son bluff. Thomas semble être le jouet du conflit conjugal mais sous ses airs faussement mal dégrossis (lorsqu’il prend Lewis pour Henry Fielding en affirmant aimer son roman Tom Jones) est un habile pique assiette et manipulateur.

Losey façonne rend donc ses personnages insaisissables, développe une ambiance ambiguë où les alliances permutent sans cesse. Lewis s’amuse de l’agacement que provoque Thomas chez sa femme une fois leur liaison avérée fausse, pour plus tard devenir vraie à cause de cette désinvolture initiale. La demeure truffée de miroir renvoie constamment un reflet dont il faut interpréter la nature à différent moment du récit. Le plus flamboyant et romanesque relève de l’imagination avec l’imagerie éthérée du fantasme adultère de Lewis, mais qui trouve progressivement sa réalité dans les situations, dialogues, qu’il a lui-même contribuer à mettre en place.

Le film ne fonctionne jamais mieux que dans cette attente, ambiguïté et frustration, dans le retour à la relation légitime du couple constamment rattrapé par le réel (un voisin, ou un cauchemar nocturne de l’enfant qui vient interrompre leur étreinte), mais aussi dans la tentation illégitime que ce soit donc entre Thomas et Elizabeth, mais même entre Lewis et la baby-sitter comme cela est vaguement suggérer. L’intérêt du film retombe quand il sacrifie au concret de tous ces questionnements même si c’est pour en dénoncer l’illusion. Le semblant d’intrigue policière de la dernière partie est poussif, ce qui a précédé empêche la possible flamme romantique d’exister (et l'ironie du titre de pleinement fonctionner) notamment dans les confessions de Thomas auxquelles on ne croit guère. Intéressant donc, mais ne parvenant pas à égaler le trouble des meilleurs Losey comme The Servant (1963), Accident (1967) ou Cérémonie secrète (1968).

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez BQHL

vendredi 17 septembre 2010

Le Jardin des Finzi-Contini - Il Giardino dei Finzi-Contini, Vittorio De Sica (1971)


Italie, 1938. Ayant entrepris depuis peu de se convertir à l'antisémitisme, le régime fasciste multiplie les mesures vexatoires contre les Juifs italiens. Mais la famille Finzi-Contini, pilier de l'aristocratie de Ferrare depuis des générations, ne croit pas à l'imminence de la menace. Les deux enfants adultes, Micól et Alberto, aiment bien donner des parties et jouer au tennis dans l'immense parc qui entoure le palazzo familial. Comme les clubs sportifs viennent d'être interdits aux Juifs, des jeunes gens de milieux plus modestes sont désormais invités à jouer dans le jardin des Finzi-Contini. C'est ainsi que Giorgio a l'occasion de rencontrer la lointaine Micól et tombe peu à peu amoureux d'elle, qui lui en préfère un autre, cependant qu'hors des murs, le pire se prépare...

La filmographie de Vittorio De Sica a symbolisé comme rarement chez un autre réalisateur italien les soubresauts du pays. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, il est un des chantre du néo réalisme saisissant la misère ambiante d'un pays en ruine, dans les années 50 en tant qu'acteurs il participe à nombre de comédie populaire (comme la série des Pain, Amour dont on a parlé ici destiné à divertir le quotidien encore difficile des italiens, durant les 60's en pleine bulle économique il donne dans la production comique luxueuse et raffinée comme son film à sketch Hier, aujourd'hui et demain (on en recause bientôt de celui là à suivre). Au début des années 70 donc l'Italie est agitée par les soubresauts politique des Années de plomb et la jeunesse semble avoir un vrai attrait pour le fascisme, symbole d'une Italie conquérante.

En adaptant le roman de Giorgio Bassani, De Sica se charge donc de rappeler à ces inconscient le vrai drame que fut la montée du fascisme dans le pays et les malheur qu'il causa. L'histoire dépeint le destin de jeunes gens de l'époque alors que les lois fasciste antisémite sont de plus en plus oppressantes. Le jardin des Finzi-Contini, riches juifs aristocrates sert de refuge illusoire à cette noirceur ambiante, Micol et Alberto les deux grand enfants de la famille s'y isolant désormais loin de toutes les interdictions imposées aux juifs.

Leur cercle d'amis en profite et en pâtit à la fois, la dure réalité ressurgissant cruellement sorti du cadre idyllique de la résidence. Parmi eux Giorgio (Lino Capulicchio) secrètement amoureux de Micol (Dominique Sanda) depuis l'enfance, cette dernière semblant ressentir la même chose mais se refusant à lui. Plusieurs interprétation se dessine dans ce refus, la différence de classe pas définitivement brisée (une scène suggérant une animosité envers les Finzi-Contini par d'autres juifs à cause de la noblesse qu'il incarne) et surtout une crainte de l'avenir morose qui oblige à s'interdire le bonheur dans le présent. Toutes ses nuances passent merveilleusement dans la prestation magnifique de Dominique Sanda.

Le voile du souvenir se dessine dans les flashback sur les amours d'enfance entre Micol et Giorgio, tout comme les scènes au présent d'ailleurs par la photo diaphane de Ennio Guarnieri donnant une atmosphère de rêve vaporeuse, comme un ultime répit nostalgique avant l'horreur qui s'annonce (les signes s'accumulant au fil du film avec les symbole nazi, les regards méfiants et les arrestations sommaire). De Sica a constitué un casting parmi les plus beaux et photogénique de l'époque pour illustrer cette jeunesse fauchée en plein vol où on trouve donc Fabio Testi (toujours en italien très viril mais touchant), Helmut Berger et bien sûr Dominique Sanda.

De Sica reste très fidèle au roman hormis quelques modification tel l'enfance déplacée en flashback quand elle se situait au début du livre et surtout le final poignant qui ajoute une scène de déportation. Le spleen qui a traversé tout le film se mue alors en désespoir absolu durant ses dernières minutes où l'insouciance de façade laisse place à une résignation douloureuse face à un avenir incertain. Un des plus beau film de De Sica, récompensé par un L'Ours d'Or à Berlin et l'Oscar du meilleur film étranger.

Sorti en dvd zone 2 français chez SNC