Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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jeudi 5 avril 2012

The Plague Dogs - Martin Rosen (1982)


Rowf, un labrador, et Snitter, un fox-terrier à poil lisse, vivent dans un laboratoire d'expérimentations scientifiques, l'ARSE, situé dans le Lake District, au nord-ouest de l'Angleterre. Une nuit, ils découvrent un moyen de s'évader du laboratoire afin d'échapper aux expériences cruelles qu'ils y subissent. Peu après, une rumeur se répand selon laquelle les deux animaux pourraient être porteurs du virus de la peste. Pris en chasse par des militaires et par les médias, les deux chiens, guidés par un renard, tentent de s'échapper vers une vie meilleure.


Quatre ans après le succès de Watership Down, Martin Rosen s'attaquait à une seconde adaptation d'un roman de Richard Adams avec The Plague Dogs. Rosen avait parfaitement su retranscrire les écrits d'Adams dans Watership Down qui mêlait avec brio récit écologique, onirisme et grande aventure ainsi que d'audacieux écarts de violences et paraboles guerrières où Adams intégrait des éléments de son expérience de la Deuxième Guerre Mondiale. On en retrouve les mêmes qualités mais cette fois ornées d'une noirceur et d'un désespoir qui rendent la vision bien plus difficile que l'aventure picaresque du film de 1978. Les préoccupations écologiques de Richard Adams justifiaient cette tonalité sombre et c'est encore plus vrai avec The Plague Dogs bien plus austère et oppressant. Dès l'ouverture le ton est donné avec le traitement révoltant infligé à un chien que des scientifiques font nager dans un bassin jusqu'à l'épuisement pour tester son endurance.

Nous nous trouvons dans un laboratoire scientifique gouvernemental où les animaux abrités dans des conditions cruelles sont à la merci des tests les plus sordides. Rosen impose d'emblée une atmosphère étouffante et claustrophobique, les humains (parti pris tenu tout le film) ne sont qu'une présence vocale froide détachée des actes qu'ils commettent et forment des silhouettes indistinctes et menaçantes. On est également loin de l'atmosphère fantastique et colorée de Watership Down dans la gamme de couleurs sombres du laboratoire où le bleu froid accompagne l'inhumanité et l'hostilité des lieux.

Rowf l'imposant labrador (et victime d'ouverture) et Snitter le petit fox-terrier réussissent miraculeusement à s'échapper mais un autre enfer les attend à l'extérieur. On suit ainsi leur longue errance tandis qu'en parallèle leurs actes sonnent le mécontentement des fermiers locaux, puis des médias et conduisent à une traque impitoyable. Nos deux chiens sont désormais des inadaptés. Rowf n'a connu que les tourments des laboratoires et Snitter vit dans le souvenir des temps heureux où il avait un foyer et un maître qui l'aimait. Ce dernier point amène une dimension psychologique inattendue, Snitter victime d'une opération au cerveau (et doté d'une hideuse balafre) étant sujet constamment aux hallucinations dans lesquelles il revit l'instant où il causa accidentellement la mort de son maître.

Le fossé s'avère insurmontable lors d'une séquence où il provoque à nouveau la mort du seul humain amical et affectueux du film. Echouant à susciter l'amour des humains qu'ils croisent et par qui ils aimeraient tant être adoptés, Sniff et Rowf ne sont pas non plus des bêtes sauvages capables de survivre aux rudesses de la nature comme le prouvent les maladroites séquences de chasses où ils sont aidés par un renard.

Le récit est plus minimaliste pour dépeindre cette errance sans but. Les maltraitances des humains ont fait de nos chiens des êtres entre deux mondes condamnés à errer sans but. La mise en scène de Rosen capture cette absence d'enjeu par une sobriété constante où la désolation du cadre naturel montagnard répond aux regards incertains des chiens dans l'expectative, s'interrogeant sur ce qui leur arrive. Comme dans Watership Down, pas d'anthropomorphisme superflu, nos chiens se meuvent et se comportent comme de vrais canins et seules les voix habitées de John Hurt (déjà de l'aventure Watership Down) et Christopher Benjamin viennent apporter un tour plus concret à leurs doute et leur incompréhension.

On sent que Rosen a perfectionné sa technique par rapport au premier film (arrière-plans plus fouillés, décors plus aboutis) mais l'animation bien que plus fluide donne quand même un sentiment de statisme volontaire servant le propos. La poésie de Watership Down ne ressurgira que lors de la conclusion mélancolique, Rosen laissant à l'interprétation de chacun une fin apaisée ou un espoir incertain à Rowf et Snitter.

Sorti en dvd zone 1 chez Anchor Bay ou encore en zone 2 anglais mais malheureusement sans vf ni sous-titres français. Par contre le film ressort cette semaine en salle à Paris et Toulouse, pour ceux qui peuvent c'est une occasion unique de découvrir ce bijou. Watership Down (déjà traité sur le blog) devrait ressortir dans l'année également grâce au distributeur Splendor Films qu'il faut saluer pour cette initiative.


mercredi 21 décembre 2011

Watership Down - Martin Rosen (1978)


Pressentant un danger aussi implacable qu'imminent, un groupe de lapins aventureux sort de sa garenne à la recherche d'un territoire plus sûr. En chemin, ils vont rencontrer des situations extraordinaires qui vont les conduire à déployer des talents exceptionnels. Au bout d'aventures formidables au sein d'une garenne totalitaire, dans une ferme dangereuse, puis au terme d'une bataille fantastique, ils parviendront à établir leur garenne pacifique sur les hauteurs de Watership.

Un monument autant qu'un ovni du cinéma d'animation que ce déroutant Watership Down. A l'origine, on trouve tout d'abord un classique de la littérature anglaise paru en 1972 et écrit par Richard Adams dont ce fut le premier roman et le plus grand succès. L'histoire naît de l'imagination de l'auteur au cours de long trajet en voiture où pour distraire ses deux filles, il commence à leur raconter les curieuses aventures de ces lapins en exil. C'est donc au départ une série de courts récits au gré de voyages familiaux mais pressé par ses filles, Adams décide d'en tirer un roman. La publication sera de longue haleine avec le refus de pas moins de 13 éditeurs avant que Rex Collings ne l'accepte avec des pincettes. Le succès sera immense et le livre devient un véritable phénomène récompensé de nombreux prix littéraires prestigieux. Tout ça pour des histoires de lapins voyageurs ? Pas tout à fait...

Dans la nature improvisée de son histoire, Adams aura inclut des sources d'inspirations inattendues où se retrouvent odyssée épique et mystique, symbolisme religieux, analogies guerrières (certains épisodes s'inspirent de récits de guerre rapportés à Adams par des amis ayant fait la bataille d'Arnhem en 1944), poésie et élément personnel, la fameuse destination des Watership Down (Les Garennes de Watership pour le titre français) se situant sur une colline du nord du Hampshire où l'auteur a grandi.

Tous ces éléments s'harmonisent de merveilleuse façon dans la périlleuse adaptation qui en est tiré en 1978. Martin Rosen tombé sous le charme du livre désirait au départ simplement produire la version cinéma mais s'improvisera réalisateur pour mener le projet à son terme (John Hubley le premier réalisateur envisagé décédant peu avant le tournage) et après moult hésitation (comme user de marionnettes...) optera pour l'animation pour approcher au plus près l'esthétique des illustrations du livre. Dès la magistrale scène d'ouverture on comprend que le pari est réussi et que ce qui va suivre n'a rien de commun.

Dans une imagerie de dessins tribaux, une voix off nous narre une sorte de livre de la Genèse lapine où ceux-ci sont désignés comme le peuple élu par leur Dieu Frith mais dont ils se montrent indignes de la bienveillance. Celui-ci fait donc de toutes les autres créatures animales des ennemis amenés à pourchasser les lapins, faisant désormais de la terre un lieu de danger permanent pour eux mais les dote des qualités pour y survivre au détour d'une mémorable tirade :

All the world will be your enemy, Prince with a Thousand Enemies. And whenever they catch you, they will kill you. But first, they must catch you: digger, listener, runner, prince with the swift warning. Be cunning and full of tricks, and your people will never be destroyed.


C'est ensuite le livre de l'Exode qui est convoqué lorsque l'histoire reprend au présent, avec le départ d'un groupe de lapin vers une hypothétique "terre promise" quand leur garenne se voit menacée de destruction par un chantier, une apocalypse vue en vision par Fiver qui sera le guide et prophète des voyageurs. On alterne ensuite entre la tonalité ludique et enfantine attendue (le loufoque personnage de l'oiseau Kehaar) et une saisissante noirceur. Eléments naturels, chiens, chats et humain se placent en obstacle qui feront du périple un voyage au bout de la nuit pour nos lapins qui devront trouver les ressources héroïques pour arriver à destination.

Les héros sont formidablement caractérisé (et anthropomorphisé juste ce qu'il faut notamment par l'expression du regard) avec chacun des qualités propres à mener la quête à terme : l'illuminé et innocent Fiver, Hazel son frère en forme d'Ulysse plein d'astuce, le courageux et combattif Bigwig et le poète et conteur Dandelion qui amène la dimension légendaire à leurs hauts faits. Le casting vocal haut de gamme rend d'autant plus fort la réalité des personnages avec notamment Ralph Richardson, John Hurt, Nigel Hawtorne ou encore Roy Kinnear. Les animateurs se nourriront de leur performances pour revoir leur copie et rendre encore plus intenses encore les réactions des lapins.

L'animation masque brillamment ses limites de fluidité (cela reste tout à fait efficace et réussi tout de même) en renforçant cette imagerie iconique qui donne peu à peu une dimension quasi mythologique aux lapins et à leurs aventures, tandis que l'arrière plan naturel foisonne de vie et de détail. Le sommet est atteint lors de ce sublime moment d'onirisme où Fiver part à la recherche de son frère blessé par un chasseur, guidé par le spectre de Frith tandis que s'entonne la chanson Bright Eyes d'Art Garfunkel (qui sera un immense tube et contribuera grandement au succès du film).

La plus grande audace surgit dans la dernière partie et accentuant l'analogie lapin/humain puisque le plus grand péril pour les lapins viendra de leur propres congénères ayant établit une société tyranniques. Cela tient autant de la métaphore sur la dictature et le libre arbitre que du pur film de guerre et d'évasion se terminant sur un final sanglant et épique, General Woundwort constituant un méchant d'anthologie.

Une belle et poétique dernière scène fige magnifiquement la magie de l'ensemble sur le score somptueux d'Angela Morley. Triomphe inattendu à sa sortie, le film est aujourd'hui considéré comme un classique et figura à la 86e place des plus grands films d'animations de tout les temps dans un récent documentaire britannique. Grand film où on peut deviner une des influences de Zack Snyder sur son très bon Royaume de Ga'Hoole voire de Nick Park pour Chicken Run. Le film (et le livre) fait aujourd'hui partie de la cuture populaire anglo-saxonne avec des références dans le livre Le Fléau de Stephen King, Donnie Darko (autre cultissime film à lapin) de Richard Kelly où on aperçoit un extrait du film ou encore la série Lost où un personnage lit le roman. Une seconde adaptation fut faite en 1999 pour la télévision et dura trois saisons, au théâtre en 2006 et des rumeurs de remake circulent récemment...

Sorti en dvd zone 2 français sous le titre "La Folle Escapade" et dvd anglais et doté de sous-titre anglais