Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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dimanche 15 février 2015

Prisonnières de guerre - Two Thousand Women, Frank Launder (1944)


Durant la Seconde Guerre Mondiale, en France, Freda Thompson, une journaliste déterminée, est déportée dans un camp allemand. Une nuit, alors que les bombardements font rage, un avion britannique est touché. Trois de ses occupants échappent miraculeusement à la mort grâce à leur parachute, mais atterrissent dans le camp nazi qu'ils étaient en train de survoler. Frida et ses camarades décident alors de les cacher pour mieux les aider à s'évader...

Lorsque le studio Gainsborough contribue à l’effort de guerre du cinéma anglais, ce sera forcément sous un angle romanesque et féminin avec ce Two Thousand Women. Frank Launder aura su dresser le portrait de l’Angleterre en guerre sous un angle intimiste à travers une trilogie (coécrite et réalisée avec son partenaire Sidney Gilliat) composée de Ceux de chez nous (1943) illustrant la mobilisation des femmes en usine d’armement et Waterloo Road (1945) narrant un triangle amoureux sur fond de blitz. Two Thousand Women est plus frontal dans sa dimension de film de guerre (avec confrontation directe à l’ennemi nazi quand il restait une menace invisible dans les deux autres films) et mélange la touche humaniste de Frank Launder avec le côté plus piquant de la Gainsborough tout en maintenant la tension attendu dans le genre. Pour rappel la Gainsborough fut un des studios phares du cinéma anglais des années 40, produisant des mélodrames en costumes éblouissant de provocation, d’inventivité et d’audace comme The Wicked Lady (1945), The Man in grey (1943) ou Caravan (1946) mais qui savait faire état de la situation d’alors en Angleterre notamment dans le beau Love Story (1944).

Durant la Seconde Guerre Mondiale, un groupe de jeune femmes, anglaises pour la plupart, sont déportée dans un camp allemand assez particulier, un ancien hôtel de luxe reconvertit en geôle. La première partie permet d’expliquer l’incongruité de cette présence anglaise par le portrait des prisonnières qui dessine tout un panorama des classes sociales anglaises.  On aura ainsi une vieille fille arrachée à sa villégiature (Flora Robson), une journaliste/écrivain en voyage (Phyllis Calvert), une religieuse arrachée à son couvent (Patricia Roc) et surtout une des jeunes femmes « aventurières » ayant exercée les professions diverses et plus ou moins recommandables (Jean Kent et son passé de stripteaseuse). Ce contraste permet quelques moments amusant comme quand, pénurie d’eau oblige, les femmes se déshabillent sans gêne et partagent leur bain tout en dégustant une tasse de thé sous le regard horrifié des plus collet-monté peu habituées à cette promiscuité. 

La cohabitation se fera tant bien que mal, si ce n’est que plane la menace d’une espionne allemande parmi les prisonnière. Lorsque des pilotes anglais abattus trouveront refuge dans l’hôtel, nos héroïnes devront jouer avec cette menace intérieure et celle de leurs geôliers allemands pour les faire échapper. On démarre ainsi dans une touche légère du fait de ce cadre pénitentiaire inhabituel d’où les français ne sont pas absents (le propriétaire de l’hôtel joué par Guy Le Feuvre). La tonalité change quelque peu du fait de cette orientation féminine et la facette patriotique se conjuguera constamment aux passions de nos héroïnes, faisant l’originalité du film par rapport à d’autres avatars du genre comme La Grande Illusion de Jean Renoir ou Stalag 17 (1953) de Billy Wilder. 

La tension grimpera progressivement, de disparition d’objet mystérieuse en punition envers certaines que seule une trahison peut justifier jusqu’à le jeu de dupe et de cache-cache lorsqu’il faudra dissimuler les pilotes. Le scénario tout en en faisant des personnages forts se joue aussi de certains « travers » féminins comme une scène mémorable où le caquetage va répandre la rumeur de la présence des prisonniers jusqu’à arriver aux oreilles de l’espionne allemande infiltrées. Le tempérament passionné de ses femmes est source de courage et de danger à la fois, à l’image du personnage de Jean Kent prêt à tout pour la perte puis la survie d’un des pilotes coupable d’un machisme révoltant envers celle qui l’a sauvé. On aura également une approche plus tendre avec la romance entre Patricia Roc et un autre pilote. 

On reconnaît bien là le mélange des genres de la Gainsborough et Frank Launder regrettera par la suite de n’avoir pas adopté un ton plus globalement sérieux au film. C’est pourtant ce qui fait tous le sel du film, passant du cliché sur la femme frivole et précieuse à la vraie héroïne et patriote anglaise digne de ses comparses masculins lorsque le danger se fait jour. On vibre d’autant plus tout en étant confronté à des situations inédites dans le genre (le final est un modèle de suspense). Ces femmes ont mérité notre admiration (le casting des habituées de la Gainsborough est parfait avec Phyllis Calvert, Jean Kent et Patricia Roc, ne manque que Margaret Lockwood) lors du final triomphal où elles chantent la gloire de l’Angleterre face aux allemands qu’elles ont dupés.

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Film 

Extrait

lundi 14 avril 2014

Le Narcisse Noir - Black Narcissus, Michael Powell et Emeric Pressburger (1947)


Sur les contreforts de l’Himalaya, une congrégation de nonnes s’établit dans un ancien harem avec l’intention de transformer le lieu en dispensaire. Dean, un agent anglais, est chargé de les aider à construire l’école qui servira à éduquer les enfants de la région, mais il se heurte rapidement à la sœur Clodagh qui trouve ses manières incorrectes. Au sein de la communauté, la solitude pèse de plus en plus sur les cœurs, et les tensions s’exacerbent…

Après les visions fantastiques du bijou Une Question de Vie ou de Mort (1946), Powell et Pressburger poursuivaient leur cycle de l’émerveillement avec une de leurs plus éclatantes réussites, Le Narcisse Noir. Le film adapte le roman éponyme de Rumer Godden, l’ouvrage alliant l’art du dépaysement et de l’exotisme de l’auteur avec sa capacité à lier ces environnements aux passions et désir naissant de ses personnages. On en a d’ailleurs un archétype extrême en tout point avec ce postulat de départ où une congrégation de nonnes établissent une mission dans le palais de Mopu, situé dans les contreforts de l’Himalaya au sein du contrée sauvage loin de toute civilisation. Dès l’entame du projet et après la finalisation du script par Pressburger, les collaborateurs du duo envisagent déjà les périples de repérage en Inde afin de choisir les lieux de tournage adéquat. Michael Powell les stupéfie par l’idée folle qu’il envisage : rester en Angleterre et filmer entièrement le film en studio, à Pinewood.

Aventurier dans l’âme, randonneur émérite et n’ayant pas hésité par le passé à tourner dans des contrées reculées (le merveilleux À l'angle du monde (1937) est là pour le prouver), Powell ne fait pas ce choix par coquetterie. Recréer totalement cet environnement contribuera d’autant plus à en faire une Inde de fantasme ce qui est parfaitement judicieux au vu de la thématique du Narcisse Noir.

Le film offre en quelque sorte un pendant négatif à Horizons Perdus (1937) de Frank Capra où l’isolement et le cadre naturel flamboyant faisaient accéder les héros à une forme d’apaisement et de spiritualité. C’est tout l’inverse ici où la beauté des lieux crée chez les nonnes un sentiment de vertige et de vide les forçant à regarder en elles-mêmes, les démons du passé troublant la quiétude que leur a conféré le sacerdoce religieux. 

Powell exprime ce bouleversement en plusieurs temps. Ce sera tout d’abord avant l’arrivée des nonnes avec une caméra explorant le palais encore désert tandis que nous sont distillées des informations sur le passé de la bâtisse : celle-ci servait autrefois de harem au roi et Powell s’attarde longuement sur les fresques aux murs dévoilant des situations de stupre, des dessins de figures féminines dénudées et lascives. L’atmosphère de désir et de rivalité féminine ayant imprégnée les lieux va progressivement altérer le comportement de la congrégation.

La splendeur du paysage semble trop écrasante, trop irréelle pour être supporté au quotidien par l’œil humain pour lequel l’imperfection est une source d’amélioration. Powell offre ainsi des visions stupéfiantes où les effets visuels (incroyables mattes-painting) d’Alfred Junge font merveilles pour illustrer cette beauté dont on doit détourner le regard (le clocher situé sur les cimes d’une falaise à la profondeur de champs prodigieuse) sous peine de s’y noyer, où le sentiment d’isolement est exacerbé par la distance de ces chaînes de montagnes s’étendant à perte de vue. Ce parti pris donne une texture tangible aux lieux tout en leur conférant une aura surnaturelle et irréaliste. 

La photo de Jack Cardiff par son Technicolor aux teintes surexposées exacerbe tous les motifs locaux, la faune et la flore aux éclats de Jardin d’Eden païen, les tenues criardes et les diamants du jeune prince, la peau brune et brillante de la tentatrice jouée par Jean Simmons. 

Comme le soulignera un dialogue, pour survivre le choix est simple : s’abandonner totalement à la promesse de plaisirs de ces lieux (l’agent anglais que joue de David Farrar et que l’on devine déjà bien dépravé par les longues années de service) ou en faire totalement abstraction à l’image de ce saint homme indien stoïque et ne sortant plus de sa longue méditation. Les nonnes de par leur mission ne peuvent sacrifier à aucune de ces perspectives et le drame naîtra de ce déséquilibre. 

De façon légère pour Sœur Philippa (Flora Robson) oubliant tout sens pratique pour inonder son jardin de fleur plutôt que de légumes. Plus troublante pour la sérieuse Sœur Clodagh (Deborah Kerr arrachée à la MGM pour une ultime collaboration alors que sa carrière hollywoodienne est lancée avec Marchands d’Illusions (1947)) auxquels reviennent les souvenirs d’une déconvenue amoureuse en Irlande à l’origine de sa profession de foi. Et enfin dramatique avec Sœur Ruth (Kathleen Byron) rongé par le désir, la folie et la jalousie. 

La virilité marquée de David Farrar (que Powell prend un malin plaisir à dénuder, exposant son torse bronzé et velu pour le plus grand trouble de nos nonnes) apporte ainsi un contrepoint perturbant à la dimension virginale des nonnes, dont la robe pâle et le teint de cire expriment ce refus de se perdre dans la sensualité bariolée ambiante. 

Cette volonté vacille pourtant progressivement, dans un premier temps par l’environnement sonore et ce vent créant un murmure constant et n'accordant aucun répit dans silence mais aussi par le score de Brian Easdale dont les motifs classiques sont de plus en plus perturbés par l'instrumentation indienne, montrant ainsi la contamination des liux dans la psyché des personnages. La photo de Jack Cardiff exacerbe les couleurs vive jusqu’au pourpre pour donner à la dernière partie cette atmosphère sombre, gothique et crépusculaire où l’on plonge presque dans le fantastique.

Les héroïnes sont un vrai miroir de cette bascule Les regards furtifs et peu chaste de Deborah Kerr envers David Farrar trahissent l’émoi qu’elle cherche à dissimuler, tout comme sa sévérité envers Sœur Ruth. Kathleen Byron offre quant à elle une prestation flamboyante où son visage et son corps semblent littéralement se ployer sous le poids d’un désir qu’elle ne peut plus contenir, jusqu’à ce subliment moment où elle abandonne la soutane pour une robe rouge et se passe du rouge à lèvre écarlate. 

 Face au rejet de l’objet de ses fantasmes, ne reste plus que la violence pour évacuer sa frustration dans un final atteignant des sommets baroques. Il faudra bien la mousson de l’ultime séquence pour purifier le tourbillon de sentiments contradictoires qui se seront déchaînés. Le vertige des sens, l’expression osée pour l’époque du désir féminin et la nature corruptrice expriment la thématique récurrentes chez Powell du choc des cultures (de À l'angle du monde, A Canterbury Tale, They're weird mob...) dans sa veine la plus charnelle pour ce nouveau chef d’œuvre. 

Sorti en dvd zone et bluray chez Carlotta



mercredi 14 août 2013

Catherine de Russie - The Rise of Catherine the Great, Paul Czinner (1934)


Une candide et innocente princesse allemande, dénommée Catherine (Elisabeth Berger), arrive en 1745 en Russie pour épouser le lunatique héritier au trône Pierre III (Douglas Fairbanks Jr.) sous l’impulsion de l’impératrice Elisabeth (Flora Robson). Mais le grand-duc a un comportement indigne et méprisant vis-à-vis de sa moitié, ce qui n’empêche pas le peuple russe de se prendre d’affection pour la jeune femme. Alors que guerres et révoltes grondent, la quête de Catherine de Russie vers le pouvoir et la liberté commence.

Avec La Vie privéed'Henry VIII (1933), Alexander Korda avait enfin rencontré un immense succès l’imposant au sein de l’industrie britannique et prouvant la viabilité d’un cinéma anglais exportable à l’international au vu de l’accueil triomphal aux Etats-Unis, Charles Laughton recevant notamment l’Oscar du meilleur acteur. Désireux de reproduire la fructueuse formule de cette réussite inaugurale, Korda se lancera ainsi dans un cycle de grands biopics de personnage illustres où la petite Histoire vient souvent s’inviter dans la grande. 

Suivront ainsi La Vie Privée de Don Juan (1934) et Rembrandt (1936) tandis que Catherine de Russie, deuxième film de la série sera le seul qu’Alexander Korda  ne réalisera pas, laissant cette tâche à son compatriote hongrois Paul Czinner. Néanmoins la reconnaissance de La Vie privée d'Henry VIII aura semble-t-il  donné confiance à Korda puisque la rumeur veut que suite à des désaccords il ait officieusement dirigé une grande partie du film, Czinner se contentant de réaliser les scènes où figure son épouse Elisabeth Bergner.

Le film est bien sûr une version romancée du destin de l’impératrice Catherine II de Russie, mais qui diffère grandement de L’Impératrice Rouge (1934) de  Josef Von Sternberg sorti la même année et traitant du même sujet. L’œuvre de Von Sternberg, tout à la gloire de Marlene Dietrich en faisait un personnage bien plus actif, séducteur et comploteur ce qui est bien plus proche de la réalité historique d’une Catherine II qui se hissa au pouvoir à force d’intelligence en ayant été constamment sous-estimée par tous.  Cette noirceur contrebalancé à la flamboyance visuelle du film donna un résultat mémorable mais nuisant à l’empathie et causa l’échec commercial du film.

Catherine de Russie prend un angle nettement plus romanesque et suscitant un plus grand attachement pour son héroïne. Catherine y est décrite comme une sorte de Marie-Antoinette ayant su prendre son destin en main. Les analogies sont nombreuses et simples à effectuer : une princesse adolescente plongée au sein d’une cour étrangère, délaissée par un époux et futur souverain immature tandis que le mécontentement et la révolte gronde au sein du peuple. L’allure frêle et les manières gauches d’Elisabeth Bergner donneront l’impression d’un agneau jeté dans la fosse aux lions lorsqu’on la découvrira après avoir assisté à la débauche dans laquelle vit Pierre III (Douglas Fairbanks Jr) et l’autorité implacable qu’impose l’Impératrice Elisabeth (Flora Robson) à sa cour. 

La manière d’introduire ces derniers les définit d’emblée dans l’histoire, l’égoïsme et l’âme torturée de Pierre III s’exprimant déjà tandis que les maltraitances et les vociférations d’une Flora Robson lui confère une vraie sympathie et une aura finalement maternelle (voir ce moment où le malheureux Bestujhev est rudoyé puis cajolé par l’impératrice). Flora Robson figure finalement ce que doit être une souveraine pour le peuple russe, une mère qui le comprend et lui ressemble (un dialogue de Douglas Fairbanks jr la dénigre et l’encense indirectement sur ce point en début de film) avec ses défauts et qualités.

Cette compassion et empathie, Catherine les possède mais devra apprendre à les diriger dans la bonne direction. Le thème du film repose sur le parcours initiatique d’une femme amoureuse devant apprendre à devenir une femme d’Etat. Le scénario fait ainsi de Catherine une rêveuse qui a idéalisé et aimé son futur époux, ce qui émouvra Pierre III (Douglas Fairbanks jr détestable et pathétique dans sa vilenie) mais le machisme et la frustration d’être privé du pouvoir par sa tante en fera un tyran décadent et égoïste une fois tsar. 

Les efforts de Catherine seront ainsi dans un premier temps pour le séduire (avec cette amusant moment où elle éveille sa jalousie avec ses 17 « amants, au passage les dialogues grivois sont légion dans le film) mais il est sous-entendu que cet amour mérite bien meilleur dépositaire tant notre héroïne semblera dans les moments légers comme dramatique bien plus préoccupée du sort du pays. 

Pourtant elle défendra son homme malgré les appels des partisans au coup d’état, jusqu’à l’humiliation de trop et le choix de l’amour de tout un peuple plutôt que celui d’un égoïste qui ne la mérite pas. La crise de larmes avant l’ultime décision ne trompe pas, Catherine se répétant « Ne suis-je pas une femme qu’on peut aimer ? ». 

La prise de pouvoir de Catherine est ici bien moins flamboyante que le fondu enchaîné épique qui la consacrait dans L’Impératrice Rouge mais bien plus poignant. Ce n’est plus l’épouse aimante mais la mère de la nation qui assènera un discours galvanisant au peuple lui faisant un triomphe. Czinner et Korda en font une quasi sainte arrivant au pouvoir malgré elle. Elisabeth Bergner est fabuleuse pour exprimer cette progression qui passe grandement par son allure vestimentaire. 

Ces atouts purement féminins et séducteur vus lors de sa première apparition avec celle robe blanche dévoilant ses bras nus et son cou s’estompent peu à peu alors qu’elle prend la mesure de sa fonction tout au long du film (cette tenue militaire où elle s'identifie à son armée et gagne son affection) qu’elle conclut en robe noire (l’innocence de la robe blanche initiale a disparu) ne laissant plus paraître que son seul visage pâle où sa blondeur lui confère ce côté immaculé, bienveillant mais où transparait cette autorité souveraine. Petite silhouette au milieu des militaires, on ne voit pourtant qu’elle, s'imposant dans le vaste décor alors qu'elle s'y perdait en début de film.

Loin encore du gigantisme des fresques plus nanties à venir comme son Lady Hamilton (1941), on reste ici dans la lignée de La Vie privée d'Henry VIII où la réussite plastique sert constamment la facette intimiste avec cette équipe hors-pair (que l’on retrouvera dans de nombreuses fresques à venir de Korda) mettant idéalement en valeur cette belle reconstitution : les décors fabuleux de Vincent Korda, la photo de George Perinal ou encore une des rares bande originale de film du grand Irving Berlin. Tous ces élément sont mis en valeur dans des velléités dramatique plus que pour l’épate tel l’arrestation de Pierre III où les inserts sur les symboles du pouvoir semble fixer un regard accusateur sur le tsar dément.

Cette pureté de Catherine s’affiche dans une ultime séquence où elle apprend déjà le rude prix du pouvoir avec le sacrifice de celui dont elle a tant essayé de se faire aimer. Le mélodrame et la grande fresque sont intimement liés dans cette belle réussite qui sera un nouveau triomphe commercial qui éclipsera la version de Von Sternberg à l’époque (la tendance semblant s’être inversé avec le temps). 

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films dans la collection Cinema Master 
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