Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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jeudi 5 septembre 2024

High Spirits - Neil Jordan (1988)


 Peter Plunkett est le propriétaire d'un vieux château irlandais transformé en maison d'hôtes. Endetté auprès d'un homme d'affaires américain, Plunkett décide de transformer le château en attraction touristique en faisant jouer les fantômes à ses employés. La supercherie est vite découverte, mais le château s'avère également abriter de véritables fantômes.

En cette année 1988, il y avait sans doute un film de trop entre le Beetlejuice de Tim Burton et High Spirits de Neil Jordan, les deux films œuvrant dans la comédie fantastique sur fond de maison hantée et de fantômes. Neil Jordan signait là son premier film américain (même si dans le cadre d'une coproduction entre l'Irlande et l'Angleterre) et allait malheureusement rencontrer un échec cuisant au box-office, avec la frustration d'avoir été privé du final cut durant la postproduction. Le scénario suit une tonalité entre tradition gothique et regard plus distancié et ironique, les deux s'équilibrant par le mélange de pure loufoquerie et de romantisme. Cela se tient par l'argument voyant le châtelain irlandais ruiné Plunkett (Peter O'Toole) tenter d'éponger ses dettes en transformant son château en ruine en hôtel supposément hanté. Un peu à la manière de Beetlejuice justement, les hôtes qu'il va attirer le temps d'un séjour improvisé sont trop au fait des codes de l'épouvante (les enfants évoquant Les Griffes de la nuit de Wes Craven), trop "américains" et cyniques, ou trop autocentrés sur leurs petits problèmes futiles pour ressentir le moindre effroi en ces lieu.

Les efforts maladroits de Plunkett et de son personnel pour mettre en scène des manifestations spectrale donne lieu à des séquences extravagantes, spectaculaires et gentiment coquines qui surprennent, la filmographie de Neil Jordan ne nous ayant jusque-là pas habitué à ce genre d'humour splapstick décomplexé - même s'il renouvèlera avec le même insuccès commerciale la tentative avec Nous ne sommes pas des anges (1989) son second film américain. Le casting est génialement outré dans ses performances, notamment Peter O'Toole totalement naturel en vieux dandy alcoolique, Beverly D'Angelo en américaine moderne dépressive. La durée resserrée (à peine 1h30) du film empêche de mieux caractériser les autres personnages aux backgrounds potentiellement intéressant (le couple improbable entre l'aspirant prêtre joué par Peter Gallagher et la vamp incarnée par Jennifer Tilly) ou de creuser la satire en germe avec ce parapsychologue (Martin Ferrero) faisant de l'occulte un commerce, et qui va rapidement démasquer la supercherie.

Lorsque de vrais fantômes finissent par faire leur apparition, Neil Jordan jongle habilement entre une tradition de fantastique britannique décalée (façon L'Esprit s'amuse de David Lean (1945)) et authentique romance gothique. Le réalisateur renoue là avec un des thèmes majeurs de sa filmographie, le questionnement de la réalité du mythe, de la fable et du conte, ainsi que son influence sur les individus, thèmes explorés dans La Compagnie des loups (1984), Nous ne sommes pas des anges (1989), Entretien avec un vampire (1994), La Fin d'une liaison (1999) ou Ondine (2009). Seul hôte bienveillant du château, Jack (Steve Guttenberg) sera le premier à distinguer les fantômes, et s'émouvoir du sort de Mary (Daryl Hannah) revivant depuis 200 ans l'assassinat que lui infligea son époux (Liam Neeson) durant la nuit de noce de leur mariage arrangé. Jack parvient momentanément à stopper la boucle meurtrière, et va tomber amoureux d'une Mary à la douceur aux antipodes de la froideur de sa vraie épouse Sharon (Beverly D'Angelo). 
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L'équilibre entre la noirceur de ce romantisme morbide et la veine burlesque du film fonctionne plus ou moins bien. Le sort funeste de Mary revivant éternellement son assassinat rappelle la malédiction d'une perpétuelle réminiscence chez les êtres surnaturels de Jordan (Kirsten Dunst piégée dans un corps d'enfant avec des désirs de femme adulte dans Entretien avec un vampire, Gemma Aterton traversant les siècles en étant conditionnée à rester une prostituée dans Byzantium (2013), mais l'on sent aussi de grosses compromissions altérant l'originalité du film. La dynamique entre Jack et Mary n'est ainsi pas sans rappeler dans sa naïveté le Splash de Ron Howard (1984), premier grand succès de Daryl Hannah où elle formait un couple candide et décalé avec Tom Hanks. La noirceur et la sensualité qui traversent l'ensemble détonne néanmoins pour ce genre de comédie grand public, tant dans certaines situations (littéralement une scène de sexe quasi-nécrophile) qu'un propos qui heurterai sans doute plus un public contemporain (l'attirance de Sharon pour le fantôme Liam Neeson, assassin de son épouse certes mais plus viril et attirant que Jack).

Formellement le tout baigne dans un bel écrin gothique, avec malgré le côté décalé une superbe direction artistique, entre les vues majestueuses du château réhaussées par les matte-painting de Derek Meddings, la photo d'Alex Thompson baignant dans une atmosphère british brumeuse et menaçante - ainsi qu'un beau score de George Fenton, compositeur fétiche de Jordan. La pyrotechnie des effets spéciaux modernes dénote presque avec ses morceaux de bravoures à la Poltergeist ou Ghostbuster. Mais là encore, dès que le côté romantique, gothique et torturé prend le pas c'est très prenant avec les apparitions saisissantes de Daryl Hannah, sa présence vulnérable et un travail habile dans le maquillage et les éclairages pour donner une teinte tour à tour spectrale, pourrissante ou éclatante à sa peau - et mettant ainsi à l'épreuve l'attirance et l'amour de Jack. Donc imparfait sur plusieurs points (on comprend que ce soit Beetlejuice qui ait remporté le jackpot) mais très singulier et ne manquant pas de charme.

Disponible en streaming sur Mycanal ou sorti en bluray anglais

mardi 25 juin 2024

Angel - Neil Jordan (1982)


 Irlande du Nord, Danny est saxophoniste dans un groupe. Il est témoin du meurtre du manager du groupe. Il va alors devenir lui aussi un meurtrier en voulant abattre tous les protagonistes de ce meurtre crapuleux dont il a été le témoin.

Angel est le premier film de Neil Jordan, réalisé dans son Irlande natale. Après des débuts en tant que scénariste au sein de la télévision irlandaise durant les années 70, la carrière de Jordan s’accélère avec la rencontre de John Boorman. Ce dernier l’engage en tant « créatif associé » sur Excalibur (1981) et lui permet également de filmer le making-of du film. L’année suivante, Neil Jordan est le premier bénéficiaire de l’Irish Film Board, instance où siège John Boorman, pour réaliser Angel alors qu’il n’a pas d’expérience. Ce supposé favoritisme va provoquer un petit scandale local qui provoquera la démission de Boorman (également producteur exécutif sur le film de Jordan) des différentes institutions cinématographiques irlandaises où il officiait, tandis que Jordan poursuivra sa carrière à l’étranger avant de revenir pour The Crying Game (1993).

Dans ses films se déroulant justement en Irlande, Neil Jordan se plaira à croiser le contexte socio-politique (The Crying Game, Michael Collins (1996)) à une dimension plus étrange explorant le folklore et les maux du pays (The Butcher Boy (1997), Ondine (2009)) dans une veine intimiste et romanesque. Tout cela est déjà en germe dans Angel, récit étrange où plane l’ombre du conflit nord-irlandais sans en être le sujet spécifique. Danny (Stephen Rea) est un saxophoniste insouciant officiant au sein d’un groupe local, jusqu’à ce qu’un drame violent vienne tout bouleverser. Il va en effet être le témoin du meurtre de son manager par un groupe d’hommes armés, avec en victime collatérale une jeune femme une jeune femme avec qui il flirtait alentour qui va être froidement abattue.

Dès lors c’est la descente aux enfers pour Danny que l’évènement va plonger dans une névrose profonde. Jordan nous plonge dans ce qui semble entrecroiser la psyché torturée du héros, les spectres des clivages irlandais et un onirisme plus insaisissable. Les hasards et indices permettant, d’après ses vagues souvenirs, à Danny de remonter la piste des meurtriers fonctionnent selon une logique de rêve ou plutôt de cauchemar. La violence latente du climat d’Irlande du nord semble baigner l’atmosphère à un point tel qu’il ne s’agit pas de mener un semblant d’enquête, mais de simplement remonter le fil de la pelote d’un mal ambiant et systémique pour retrouver des criminels. On comprendra que les meurtres ont été commis par des loyalistes dans un but d’extorsion, et les environnements urbains les plus banales prennent un tour plus inquiétant dès lors que se révèlent des militaires armés dans un coin du cadre, au détour d’une rue.

Cette atmosphère déteint sur Danny, ramené de sa décontraction initiale à de bas-instincts tristement enracinés en lui. Neil Jordan ne célèbre absolument pas la vengeance et la loi du talion, mais expose la manière dont une culture et un cadre spécifiques les avivent en nous. Cela passera notamment par l’entremise de son saxophone pour Danny. Symbole de sa joie de vivre, de sa fibre artistique, l’instrument est une extension de son être dans ce qu’il a de plus lumineux comme le montreront toutes les premières scènes de concert. Lorsqu’il basculera dans la violence, l’étui de saxophone servira désormais à abriter la mitrailleuse que Danny a volé à sa première victime. 

Dès lors tout le film apparaît comme un espace mental de plus en plus abstrait où les meurtres passent de lieu « concret » et urbain à la désolation surréaliste de paysages plus spécifiquement irlandais – une plage, un panorama de champs verdoyant – à travers la photo sinistre de Chris Menges. Stephen Rea (acteur fétiche de Neil Jordan) est formidable de détresse et d’ambiguïté, à la fois touchant et inquiétant, notamment dans la romance malsaine qu’il noue avec Deirdre (Honor Heffernan), chanteuse de son groupe.

Alors que l’on pourrait penser que cette dérive émane de la seule folie du héros, la conclusion révélant la profondeur du mal local enfonce le clou de la noirceur et du désespoir de manière cinglante. Malgré une austérité et une approche cérébrale qui peut déstabiliser, tout Neil Jordan est déjà là, annonçant même les questionnements d’une de ses œuvres mal-aimées comme A vif (2007).

Sorti en dvd zone 2 anglais sans sous-titres 

dimanche 17 mars 2024

Nous ne sommes pas des anges - We're No Angels, Neil Jordan (1989)


 Deux petits voyous se voient obligés de participer par hasard a une évasion. Poursuivis par les autorités, ils se réfugient dans un petit village, déguisés en prêtres.

Dans ses meilleurs films, Neil Jordan parvient toujours à installer une dualité poreuse entre le réel et l'imaginaire. Cela confère une aura étrange et psychanalytique dans la relecture de conte qu'est La Compagnie des loups (1984), instaure un second niveau de lecture dans les visions infernales des bas-fonds urbains de Mona Lisa (1986). Cela permet au réalisateur d'instaurer une ambiguïté chez ses personnages quant à leurs sentiments (la romance queer de The Crying Game (1992), l'amour/haine de la condition de vampire dans Entretien avec un vampire (1994) et Byzantium (2012)) et dans leur appréhension du réel magnifié par le mythe (la créature de Ondine (2009)) ou rendu inquiétant par leurs traumatismes (la terreur urbaine de A vif (2007). Nous ne sommes pas des anges aborde la question par le prisme de la croyance religieuse, qui sera plus tard au cœur de la romance tourmentée de La Fin d’une liaison (1999). Le film est une relecture par le scénario de David Mamet du film La Cuisine des anges de Michael Curtiz (1955), lui-même adapté de la pièce éponyme de Albert Husson jouée en 1952. 

L'argument est "mametien" en diable puisque reposant sur une mystification, lorsque les deux évadés Ned (Robert de Niro) et Jim (Sean Penn) se trouvent contraint à se fondre déguisés en prêtre au sein d'une communauté religieuse pour fuir leurs poursuivants. Dans un premier temps, l'approche de comédie certes plaisante semble étouffer le lyrisme de Jordan, ici dans le cadre d'une production studio hollywoodienne. Le quiproquo et les gags prennent le pas sur le questionnement religieux, mais c'est pour privilégier la caractérisation du duo. Le naïf Jim semble étonnamment trouver sa place dans le sanctuaire religieux, davantage par ses interactions avec la communauté bienveillante qu'une foi prononcée. Le plus cynique Ned y voit avant tout un moyen de s'en sortir, mais l'impact que sa couverture va accidentellement avoir sur une mère de famille esseulée (Demi Moore) l'amène peu à peu à davantage d'empathie. Neil Jordan amorce plusieurs situations introduisant un certain mysticisme, qu'il désamorce dès qu'elles s'avèrent trop démonstratives et épiphaniques. Le but n'est pas de dénigrer la croyance, mais de la manifester par prise de conscience ordinaire et terre à terre plutôt que par des supposés miracles. 

Ainsi les larmes coulant des yeux d'une statue de la vierge viennent d'un trou au plafond lors d'une prière désespérée de Ned sur le point d'être pris, le stigmate religieux sanglante vient de la blessure du troisième évadé Bobby (James Russo) lors de la conclusion et diverses compositions de plans et scènes de foules (la procession finale) jouent la double carte de l'ironie et l'imagerie habitée - baignée dans la lumière tour à tour céleste et terreuse de Philippe Rousselot. Il y a la même démarche dans l'architecture oppressante de la prison minière du début de film dont le production design convoque totalement l'iconographie religieuse des enfers. Tout est en fait contenu dans le maladroit et touchant discours que sera contraint de faire Jim, exhortant ceux qui en ressentent le besoin de croire si cela les aides à avancer un jour de plus, mais sans l'injonction et la promesse de châtiment. Jordan filme longuement une foule sensible à ce message, après s'être moqué plus tôt justement des croyants fonctionnant par la peur avec ce policier rongé par la culpabilité d'avoir payé pour du sexe et trompé sa femme. 

Ce n'est qu'après avoir trouvé cet équilibre que Jordan laisse les "miracles" intervenir lors d'un climax spectaculaire où la statue de la vierge joue un rôle clé. C'est pourtant toujours le déclic tout ce qu'il y a d'humain qui déploie l'émotion avec les sursauts héroïques de Ned et Jim. La conclusion maintien d'ailleurs cet entre-deux évitant l'athéisme cynique et le prosélytisme complaisant dans le choix de ses deux héros, rendant logique même si frustrant le lyrisme plus feutré de Jordan durant le film.

Sorti en dvd zone 2 français chez Paramount

jeudi 19 mars 2020

Mona Lisa - Neil Jordan (1986)

George vient de sortir de prison et recherche du travail. Il finit par dégotter un boulot comme chauffeur, le chauffeur de Simone, une call-girl de luxe. Entre George et Simone, des liens se tissent. Puis Simone s'attire des ennuis…

Il y a dans les meilleurs films de Neil Jordan souvent un jeu de va et vient entre réel et imaginaire, dans les postulats des récits comme dans les aspirations des personnages. Des protagonistes surnaturels s'immiscent dans notre réalité pour s'y fondre ou s'en défier avec créature marine de Ondine (2009), les vampires de Entretien avec un vampire (1994) et Byzantium (2013). Le mysticisme s'invite dans la romance tragique de La Fin d'une liaison (1999) et La Compagnie des loups (1984) joue littéralement les émois de l'adolescence dans jeu entre rêve teinté de conte et réalité. Mona Lisa s'avère étonnant pour exprimer cela puisque contrairement aux autres films évoqués, il est totalement dénué tout moindre élément fantastique (puisque même le mélo La Fin d'une liaison pouvait entretenir une certaine ambiguïté).

Le personnage d'ancien taulard de George dans un Londres contemporain réveille les souvenirs du fameux The Long Good Friday (1980), d'autant qu'il est incarné par le charismatique Bob Hoskins. George sort de sept ans de prison (ce qui ajoute à la continuité avec The Long Good Friday) et se trouve livré à lui-même tant du côté familial avec une ex épouse qui le rejette et sa fille qu'il ne peut voir, que de celui de ces anciens acolytes qui l'ont oublié durant sa peine. Il va subsister en devenant le chauffeur de Simone (Cathy Dyson), call-girl de luxe qu'il conduit d'un client nanti à un autre dans les plus prestigieux hôtels londoniens. Ces deux caractères bien trempés mais authentiques vont s'opposer puis se rapprocher dans une première partie prenante. Les hautes sphères qu'elle fréquente à sa façon vont amener Simone à "civiliser" un George mal dégrossi qui de son côté va dérider sa passagère par sa gouaille et lui donner une vision moins cynique des hommes. Seulement Simone cache une profonde douleur, elle recherche une ancienne compagne d'infortune exploitée par d’ignobles proxénètes locaux et George, amoureux va l'y aider.

L'environnement du film a un pied dans une certaine tradition du polar anglais et l'autre dans la modernité. Le final sanglant à Brighton lorgne évidemment sur le légendaire Brighton Rock de John Boulting (1947) et la trame évoquant l'exploitation sexuelle sur certains point le Get Carter de Mike Hodges (1971). Par contre le Londres melting-pot est un choc pour le personnage de George (ce Where they do come from ? lorsqu'il est pris à parti par des noirs dans son ancien quartier, quelques saillies xénophobes qui lui échappe plus par inculture que racisme) qui est vraiment une réminiscence dans de plus petites sphères et la folie meurtrière en mois que le Shand de The Long Good Friday. On sent également une influence des polars new-yorkais glauques des 80's (notamment ceux d'Abel Ferrara) dans la manière de filmer les bas-fonds londoniens, que le Kings Cross interlope où tapinent de trop jeunes prostituées ou alors un Soho sordide à souhait et tout en néon où doit s'enfoncer George pour retrouver la disparue.

Dans tout ce milieu, une seule logique existe, celui du dominant vieux, nanti et libidineux et des dominées jeunes, brutalisées et conditionnées à la soumission. Si Simone est aguerrie à cette mentalité, le dur à cuire George s'avère finalement le plus innocent. La dimension de conte intervient à travers ce personnage se rêvant en chevalier blanc qui extraira la femme qu'il aime de cette fange. Seulement il s'avèrera peut-être lui aussi une pièce aussi exploitable et sacrifiable comme il le constatera tardivement à ces dépens.

Le gimmick des intrigues policières farfelues que George invente avec son ami Thomas (Robbie Coltrane) anticipe ainsi le monde imaginaire qu'il se rêve George face au réel sinistre. Le personnage sous ces airs taciturne est un amoureux naïf et attachant aspirant lui aussi à l'affection, ce qui le rend bouleversant grâce à l'interprétation habitée de Bob Hoskins. Les interactions avec Simone transpirent l'authenticité et la facette fantastique de Jordan transparait dans sa description des méchants.

Tous les clubs de strip-tease, sex-shop et autres hôtel de passe pouilleux sont filmés et éclairés comme l'antichambre des enfers dont le mac violent Anderson (Clarke Peters) est le cerbère tandis que le patronyme gothique et les airs démoniaques élégants de Mortwell (Michael Caine glaçant à souhait) en font la figure du mal absolu. C'est le cœur brisé mais la pureté d'âme intacte (le sentiment amoureux s'avérant toxique au final) que George pourra réchapper de ces lieux où il n'a pas sa place. Une grande réussite souvent trop oubliée dans la filmo de Neil Jordan même si la prestation de Bob Hoskins marquera les esprits avec un Prix d'interprétation masculine à Cannes 1986 (ex æquo avec Michel Blanc pour Tenue de soirée), un BAFTA du meilleur acteur en 1987 et une nomination aux Oscars.

Sorti en bluray et dvd zone 2 anglais chez Arrow et doté de sous-titres anglais 

vendredi 25 juillet 2014

Ondine - Neil Jordan (2009)


Syracuse, un pêcheur irlandais, découvre un jour dans son filet une femme prénommée Ondine, dont il est persuadé qu'il s'agit d'une sirène. Au fur et à mesure qu'Ondine s'intègre dans la communauté, plusieurs théories émergent quant à sa nature, tandis que Syracuse commence à tomber amoureux d'elle...

Capable de donner aux chimères une réalité palpable (La Compagnie des Loups (1984)) et de conférer à un postulat réaliste une poésie surnaturelle (l'adultère de La Fin d'une liaison (1999)), Neil Jordan en fait encore la preuve avec ce superbe Ondine. Neil Jordan revisite ici dans un cadre réaliste et contemporain le mythe des selkie (la promotion française fait d'ailleurs un raccourci facile en en faisant des sirènes alors que ce n'est pas tout à fait la même chose), créatures du folklore marin anglo-saxon revêtant l'apparence de phoques en mer et qui sur terre enlève leur peau pour révéler des jeunes filles (ou jeunes hommes) d'une beauté exceptionnelle. Si l'homme à terre conserve la peau de la (ou du) selkie, celle-ci lui est dévouée et ils pourront alors s'aimer sauf si cette peau est retrouvée ou détruite sans quoi la créature retournerait à la mer.

Cette dernière facette de soumission est largement atténuée pour plutôt reposer sur la reconnaissance dans cette relecture moderne où le pêcheur Syracuse (Colin Farrell) à la surprise de trouver dans ses filets la belle Ondine ((Alicja Bachleda-Curus), une jeune femme amnésique qui ne souhaite pas être vue du reste de la population. Méprisé par le reste de la population en raison de son passé alcoolique, Syracuse ne peut que constater que sa chance semble tourner avec la présence de la belle inconnue notamment par des pêches spectaculaire. Pour Annie (Allison Barry), la fille de Syracuse à l'imagination fertile, tout cela est évident : Ondine est une Selkie.

Le film oscille dans un équilibre délicat où l'environnement réaliste semble toujours contredit par les évènements extraordinaires et la présence mystérieuse d'Ondine. Parfois c'est au contraire l'inverse qui se produit avec des situations terre à terre transfigurées par la magie et la force évocatrice de ce décor naturel portuaire irlandais (e film fut tourné dans la péninsule de Beara et plus particulièrement Bere Island, Dursey Island et Puleen Harbour) et le score envoutant de Sigur Ros. Tout un monde magique devient alors possible par la seule croyance que Neil Jordan parvient à transmettre à travers la foi d'Annie, le regard amoureux de Syracuse et la beauté et aura lumineuse d'Ondine.

L'extraordinaire ne devient pas tangible parce qu'il est prouvé mais car que l'on est prêt à y adhérer. L'ensemble du film propose ce double niveau de lecture ou l'interprétation est laissée au choix du spectateur, les évènements s'inscrivant dans le mythe de la selkie mais par le biais de d'évènements réalistes. La situation personnelle difficile des personnages (Syracuse luttant pour obtenir la garde de sa fille, Annie souffrant d'une insuffisance rénale et circulant en fauteuil roulant) semblent ainsi pouvoir être surmontés par le renouveau et la paix qu'apportent Ondine. Colin Farrell, irlandais pur souche (et qui avait tourné son premier rôle professionnel dans ce même Comté de Cork en 1998 pour un téléfilm) transpire l'authenticité en pêcheur local, tout en transmettant cette fragilité et présence rêveuse que l'on devine ouverte à l'ailleurs.

Alicja Bachleda-Curus est également une belle découverte, présence charnelle et évanescente que Neil Jordan choisit entre autre car elle était inconnue et susciterait la même interrogation au spectateur qu'au protagoniste quant à sa nature réelle. On saluera aussi la présence pétillante de la jeune Alison Barry, au charme mutin entre candeur et maturité étonnante. Comme dans tout conte, Ondine possède sa facette sombre ici dévoilé par un mystérieux étranger qui semble traquer Ondine, la selkie étant parfois amenée à être réclamée par un de ses semblables. C'est là le seul petit travers du film qui par cet élément dramatique gâche le mystère en donnant une explication réaliste ou le double niveau de lecture ne fonctionne plus forcément. Les plus rêveurs qui souhaitaient en rester à l'idée de la vraie présence d'une selkie en seront pour leur frais mais cela n'empêche pas d'avoir passé un très beau moment.

Sorti en dvd zone 2 français chez Eone



vendredi 27 juin 2014

La Compagnie des loups - The Company of Wolves, Neil Jordan (1984)

La jeune Rosaleen rêve qu'elle vit dans une forêt de conte de fées avec ses parents et sa sœur. Cette dernière est tuée par des loups et, le temps que ses parents fassent leur deuil, Rosaleen va vivre chez sa grand-mère, une vielle femme superstitieuse qui la met en garde contre les hommes dont les sourcils se rejoignent. Peu après, le bétail du village est attaqué par un loup. Les villageois partent le traquer mais, une fois tué, le corps du loup se change en être humain.

Second film de Neil Jordan après le méconnu Angel (1982), La Compagnie des Loups allait imposer l’univers singulier du réalisateur et devenir un des classiques du cinéma fantastique des 80’s. Le film adapte la nouvelle éponyme d’Angela Carter qui en signe également le scénario. Une partie de l’œuvre d’Angela Carter fut consacrée à revisiter d’un point de vue féminin et féministe certains grands auteur masculins tel que le Marquis de Sade (avec son pamphlet féministe La Femme sadienne) ou Charles Baudelaire (sa nouvelle Vénus noire). Avec La Compagnie des Loups, Angela Carter appliquait ce principe au conte du Petit Chaperon Rouge en en pervertissant la dimension morale que purent imposer les versions reconnues des Frères Grimm ou de Charles Perrault. Elle usait de la dimension orale originelle de ce conte pour à la fois rester fidèle à la tradition tout en en donnant une nouvelle lecture originale. Neil Jordan capture parfaitement cela dans ce film d’une rare finesse laissant une large part à l’interprétation.

La structure du film déroute d’entrée tout en imposant déjà son atmosphère étrange. Le récit débute dans un cadre contemporain où la jeune Rosaleen (Sarah Patterson) endormie dans sa chambre et rêvant justement du conte où elle est le petit chaperon rouge. Cette introduction dissémine des indices qui annoncent la relecture à venir du conte à travers ce que l’on devine de la personnalité de Rosaleen. Il semble qu’elle pose problème à son entourage à s’enfermer et s’isoler ainsi et le simple détail du vol de rouge à lèvre de sa sœur montre une coquetterie signifiant un intérêt pour le paraître et par conséquent pour les garçons et donc la volonté de séduire. Ce trait de caractère se perpétue dans le monde du rêve formant un cadre rural, moyenâgeux et moralisateur.

L’onirisme le plus prononcé est de mise tout en révélant l’inconscient de Rosaleen puisque sa sœur y meurt d’entrée dans une forêt de cauchemar où se dissémine de façon monstrueuse les éléments de sa chambre à coucher. Les décors d’Anton Furst imposent à la fois le factice flottant du songe et vrai réalisme à cette nature touffue. Les compositions de plans magnifiques de Jordan offre des tableaux où il paie son tribu à son mentor John Boorman (dont il fut l’assistant sur Excalibur (1981)et qui produisit son premier film) avec tout comme lui un décor plié au états d’âme de ses personnages. Une clairière sans danger durant une promenade en amoureux de jour devient un lieu à la magie rampante ou tout semble vivant et où se greffent les inserts d’animaux les plus étranges.

Le conte originel contenait une dimension morale et sexuelle sous-jacente en forme d’avertissement aux jeunes filles qui en s’éloignant du sentier et donc de la moralité et chasteté devenaient des proies idéales pour les loups/hommes pouvant les dévorer/abuser d’elle. On retrouve cela ici à travers le personnage de la grand-mère (Angela Lansbury) dont le discours n’est fait que de menace et promesse de châtiment à Rosaleen afin de lui éviter de « se perdre ». Pour ce faire Jordan réintroduit la tradition matriarcale et orale originelle de tous les contes pour enchâsser des fables morale dans le récit narrées par la grand-mère.

L’aspect le plus folklorique et païens associé aux loups et aux démons est convoqués ici avec des motifs physiques significatifs pour les repérer comme notamment le mono sourcil mais aussi des tares morales quand la grand-mère affirme que les enfants illégitimes de prêtre engendrent des loups. Chacune de ces fables est terrifiante et supposée glacer l’auditrice qu’est Rosaleen, notamment une première histoire où pour s’être amourachée d’un homme-loup, une jeune femme le voit revenir hargneux et jaloux bien des années plus tard alors qu’elle est déjà mère de famille.

Rosaleen semble pourtant plus fascinée qu’horrifiée et la façon quelque peu surannée dont est caractérisée Angela Lansbury amène une certaine distance ironique. La raison est que Rosaleen n’est pas le prude et innocent chaperon rouge connu du conte mais une jeune fille curieuse des choses de l’amour et que Jordan sexualise sobrement mais tout de même de façon visible. La preuve de ce changement est que les fables seront par la suite racontées par Rosaleen dans un changement subtil de point de vue. La dimension morale et punitive subsiste mais plus en direction des jeunes filles ayant fauté, ce sont cette fois les tentateurs masculins qui seront punis de leurs abus.

Dans une des histoires une « fille perdue » s’immisce dans le mariage de l’homme l’ayant mise enceinte et frappe de son courroux tous les convives qui se transforment en chiens. Un pur moment de terreur hallucinée en forme de brûlot féministe. Tout le film repose en fait sur l’attrait et la peur du sexe que ressent Rosaleen, sur son hésitation entre morale et stupre, entre civilisation et nature. La dimension rêvée et atemporelle de l’histoire se confirme d’ailleurs avec le cadre de ce segment évoquant plutôt le XVIIIe siècle quand une autre des fables voit carrément apparaître une voiture transportant un Terence Stamp génialement démoniaque.

Jordan nous a ainsi habilement préparés à la réinterprétation du conte lorsqu’enfin celui-ci reprend ses rails et que Rosaleen est confrontée au loup. Celui-ci prend les traits séduisant d’un chasseur (Micha Bergese dont le look annonce les vampires dandys d’Entretien avec un vampire (1994)) qui va charmer notre héroïne absolument pas craintive. Même lorsque sa vraie nature se révèlera, les dialogues pervertissent le conte tout en le respectant puisque les fameux « comme vous avez de grandes dents… » voient la terreur exprimée par l’écrit contredite par l’image où au contraire Rosaleen s’esbaudit du physique avantageux du loup dénudé. La transformation de l’humain au loup, terrifiante dans le récit de la grand-mère ne l’’est absolument pas ici, tout comme la meute de loup semble bienveillante à l’inverse des prédateurs dépeints dans les histoires rapportées.

C’est une dualité qui court dans toute l’œuvre de Neil Jordan : l’immortalité et la malédiction pèse sur le destin des vampires de Entretien avec un vampire, les amants adultère de La Fin d’une liaison (1999) sont amoureux et coupable à la fois, les amours sincères et « contre-nature » de The Crying Game (1992) ou encore les désirs de vengeance justifiés mais hors la loi de Jodie Foster dans  À Vif (2007). Comme dans tous ses films suivants, Neil Jordan refuse d’ailleurs de choisir puisque si le désir physique triomphe dans le rêve, la morale du conte reprend ses droits de façon inattendue dans le réel avec une conclusion absolument stupéfiante de noirceur et de poésie. Le premier chef d’œuvre de Neil Jordan qui sera consacré par de nombreux prix dont celui du jury au Festival d’Avoriaz en 1985.

Sorti en dvd zone 2 français chez Opening

mercredi 29 janvier 2014

Byzantium - Neil Jordan (2013)


 Dans une petite ville côtière, deux jeunes femmes aussi séduisantes que mystérieuses débarquent de nulle part. Clara fait la connaissance de Noel, un solitaire, qui les recueille dans sa pension de famille déserte, le Byzantium. Eleanor, étudiante, rencontre Frank, en qui elle voit une âme sœur. Bientôt, elle lui révèle leur sombre secret… Eleanor et Clara sont nées voilà plus de deux siècles et survivent en se nourrissant de sang humain. Trop de gens vont finir par l’apprendre pour que leur passage dans la ville n’ait aucune conséquence sanglante…

18 ans après son classique Entretien avec un vampire (1994) Neil Jordan revisite le mythe vampirique avec ce Byzantium en offrant une fascinante refonte. Si c'est bien évidemment à sa fameuse adaptation d'Anne Rice que l'on se réfère par des liens évident (mythe du vampire, destinée courant à travers les siècles, opposition entre figure effacée et torturée avec une plus séduisante et charismatique avec Clara/Lestat face à Louis/Eleanor) Neil Jordan livre en fait une œuvre somme empruntant des éléments à toute sa filmographie. Récits enchevêtrés où le réel se dispute au conte (La Compagnie des Loups), narration en flashback où le point de vue du narrateur bascule et redéfinissant la perspective du récit par le spectateur (La Fin d'une Liaison (1999)) et cadre balnéaire où la féérie se dispute au réalisme dans un rythme flottant (le merveilleux Ondine (2009)).

On suivra donc ici le destin du mystérieux duo que forme l'effacée et rêveuse Eleanor (Saoirse Ronan) adolescente de seize ans accompagnée de la pulpeuse et volcanique Clara (Gemma Aterton), plus âgée. Sous leurs allures juvéniles, ces deux-là sont en fait des vampires à l'existence déjà longue de plus de deux cent ans. Dans une narration complexe, Neil Jordan laisse découvrir quel lien unit les deux héroïnes, ce qui les différencie dans leur façon d'assouvir leur soif (Eleanor soulageant des vieillards en fin de vie, Clara saignant impitoyablement tous les tyrans masculins croisant sa route) et de survivre au quotidien. Eleanor déambule en traînant sa mélancolie tandis que Clara prend les choses en main pour deux en n'hésitant pas à jouer de ses charmes et se prostituer pour gagner sa vie.

La narration en flashback fera progressivement comprendre l'origine du vampirisme de chacune, expliquant ainsi leur caractère mais aussi la nature des mystérieux ennemis qui les traquent sans cesse. En revenant sans sur les lieux où elles devinrent vampire des siècles plus tôt dans une station balnéaire désolée, tous les drames et rancœurs contenues vont s'exacerber pour faire basculer leur situation établie depuis si longtemps. Eleanor en tombant amoureuse d'un jeune homme (Caleb Landry Jones) aura des élans de confidence pour enfin révéler la triste existence qu'elle mène depuis 200 ans. Des aveux qui ne seront pas sans conséquences notamment par la relation qu'elle entretient avec Clara, leur jeunesse commune nous guidant faussement vers une relation fraternelle...

En adaptant la pièce de Moira Buffini, Neil Jordan propose une véritable refonte de la figure du vampire. Prolongeant les élans celtiques et païens de Ondine (dans un fantastique plus ouvertement affirmé), le réalisateur fait du vampirisme un don et une malédiction qui ne se transmet plus de façon organique mais en convoquant des forces ancestrales et occultes ne pouvant être appelées que dans un lieu secret et sauvage avec cette île aux rocheuses battues par les vague dissimulant des cavernes mystérieuses. 

Tout le folklore associé au vampire est en grande partie balayé avec des créatures évoluant au grand jour et dépourvu de canines aiguisées (avec un extrait de film de la Hammer moquant justement ce fatras de symboles), la dimension aristocratique demeurant cependant puisque le statut est dédié à une élite masculine se transmettant le "don". Nos héroïnes font donc ainsi acte de féminisme en endossant cette nature, du moins Clara ayant volé le secret du vampirisme pour se venger de la tyrannie des hommes tandis qu’Eleanor subit plutôt les évènements avec ce dramatique flashback où elle est mordue.

Autre apport majeur, le vampirisme fige non seulement le physique mais aussi le caractère des suceurs de sang, s'éloignant par exemple du troublant personnage de Kirsten Dunst dans Entretien avec un vampire où dans un corps de fillette permanent elle était déchirées par des pulsions de femme. Tout est un perpétuel recommencement ici pour Gemma demeurant la fille perdue qu'elle fut dans sa vie humaine et pour qui se prostituer est une manière normale de subsister. Eleanor conserve quant à elle l'immaturité et la candeur de ses seize ans, l'honnêteté de son éducation religieuse en orphelinat ne lui faisant garder aucun secret et ne pas accepter le mensonge quel que soit les risques. Jordan amène cela avec une telle finesse que le spectateur inattentif prendra certaines réactions pour des facilités de scénario alors que tout cela obéit à une parfaite logique.

Entre sobriété et lyrisme, romantisme feutré et érotisme outré, Neil Jordan exprime parfaite la dualité de ses héroïnes avec l'effacée et fragile Eleanor au physique longiligne et adolescent alors qu'une volcanique Gemma Aterton aux formes généreuses incarne un esprit imposant et protecteur, symboliquement (si ce n'est plus) maternel. Le vampirisme est une prison pour la plus frêle devenue ainsi malgré elle alors que c'est une libération pour Clara qui y a vu une manière de s'émanciper. Les flashbacks où elles découvrent leurs nature s'opposent ainsi par le filmage de Jordan sur des séquences pourtant identiques, saccadées et inquiétantes pour Eleanor alors que la fameuse falaise se révèle dans toute son ampleur avec ses cascades de sang s'écoulant sur une Clara radieuse. 

Cet entre-deux donne une esthétique fascinante à ce Byzantium assez terre à terre dans ses péripéties finalement mais dont le caractère emporté des personnages donne un élan romanesque et dramatique captivant. Le présent ordinaire contredit constamment les flashbacks flamboyant, la romance sobre entre Eleanor et Frank bien éloignés des débordements sanglants de Clara. Une dichotomie permanente qui se fait concrète dans une magnifique conclusion qui fait du film une poignante histoire d'émancipation qui aura couru sur plusieurs siècles au vu des figures dépeintes. Gemma Aterton trouve peut-être là son meilleur rôle et Saoirse Ronan confirme une fois de plus son aura évanescente.

Sorti en blu ray et dvd zone 2 français chez Metropolitan