Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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lundi 8 février 2016

Comme la lune - Joël Séria (1977)

Roger Pouplard, (Jean-Pierre Marielle) la quarantaine, bel homme, mais esbroufeur et jaloux a quitté femme et enfant pour vivre avec Nadia (Sophie Daumier) une jeune femme riche et super sexy. Il vit cependant un peu mal cette situation et tente une rencontre entre sa femme et sa maîtresse autour de la table de ses parents. La rencontre vire au drame et au pugilat entre les deux femmes. Nadia prend le volant, rentre et boude. Pour la calmer Roger lui promet de l'emmener à Deauville, là il rencontre Chanteau (Marco Perrin), un vieux copain accompagné d'Yvette, sa secrétaire (Dominique Lavanant).

Deux ans après le succès des Galettes de Pont-Aven (1975), Joël Séria (qui entretemps avait signé le déroutant Marie-poupée (1976)) se retrouvaient avec ce Comme la lune qui constitue une variation passionnante et hilarante de leur film culte. Comme la lune reprend une partie du postulat des Galettes de Pont-Aven avec de nouveau un quarantenaire quittant vie de famille terne pour une jeune femme sexy et portée sur la chose. Seul grosse différence, les aspirations libertaires qui causaient le départ du héros de Pont-Aven sont ici remplacées par une pure motivation libidineuse et matérielle pour Roger Pouplard (Jean-Pierre Marielle). La fibre artistique du personnage de Pont-Aven donnait une poésie et une sensibilité qui ne s’estompait jamais même dans ses élans les plus paillards telles ces envolées sur les postérieurs féminins.

Rien de tout cela ici avec le beauf magnifique qu’est Pouplard, profitant avec autant de voracité des formes généreuses de sa riche maîtresse Nadia (Sophie Daumier) que des luxueux cadeaux et du cadre de vie qu’elle lui offre. Il se vante d’ailleurs avec un m’as-tu vu vulgaire équivalent de sa voiture, de ses costumes criards que de cette compagne sexy, savourant les regards concupiscents des autres hommes. On rit donc souvent des facéties d’un Jean-Pierre Marielle en faisant des tonnes dans les poses fortiches et les tirades machistes, maladroit même quand il semble montrer un semblant de sensibilité en organisant l’improbable rencontre entre sa maîtresse et son ex-femme (qui finira naturellement en pugilat).

Joël Séria nous montre un rêve libertaire baba cool qui semble avoir basculé vers le capitalisme, le sexe et la vie de luxe abordés dans une logique consumériste ayant remplacé les rêves d’amour et de peinture des Galettes de Pont-Aven. Sous les francs éclats de rire, le constat aurait donc plutôt tendance à être amer après la mélancolie douce du précédent film.

Pourtant dans la dernière partie une vraie émotion daigne enfin se dévoiler, là encore en reprenant la structure des Galettes de Pont-Aven où le ton rigolard disparaissait lorsque le héros était quitté. Le bling-bling et le sentiment de possession machiste est poussé à son paroxysme jusqu’à ce que Pouplard perde tout pour plus nanti que lui. Livré à lui-même en compagnie d’une autre malheureuse en amour Yvette (Dominique Lavanant) il va comprendre l’aveuglement  où il avait sombré. Marielle par sa bonhomie avait réussi à rendre son personnage plus risible que détestable et ainsi mis à nu s’avère réellement touchant. Dominique Lavanant en vieille fille malmenée par les hommes amène aussi une belle émotion, Séria filmant leur rapprochement avec une délicatesse aux antipodes de la frénésie grotesque des ébats entre Marielle et Sophie Daumier. 

Un habile parallèle final en flashback où Pouplard se trouve confronté à la même situation que son adultère initial laissera même clairement entendre que notre héros a changé. Conscient qu’un monde sépare déjà l’univers de Comme la lune et Les Galettes de Pont-Aven (la Bretagne champêtre et la Normandie flambeuse) et que la société se transforme, Joël Séria conclut d’ailleurs le récit sur une note ambiguë loin de l’idéalisme de Pont-Aven. Pouplard semble retrouver de sa forfanterie et Yvette fait les yeux doux à un jeune éphèbe, le règne de la frime 80’s et de la quête du clinquant s’annonce dans cette fin ouverte. Une œuvre qui vaut bien plus que ses atours volontairement grossiers.

Sorti en dvd zone 2 français chez Réné Chateau, une meilleure édition existait dans un coffre Joël Séria édité par Studiocanal mais est aujourd'hui épuisé.

Extrait 

dimanche 7 février 2016

Les Galettes de Pont-Aven - Joël Séria (1975)

Henri Serin (Jean-Pierre Marielle), un représentant en parapluies, de Saumur, mène une vie tranquille entre son travail, sa famille et sa peinture. Henri s'octroie, durant ses nombreux déplacements professionnels, quelques frasques amoureuses qui le changent du quotidien lassant dans lequel sa femme puritaine l'enferme. Un beau jour, Henri décide de tout laisser tomber pour vivre d'amour et d'eau fraîche. Il échoue à Pont-Aven et fait la connaissance d'Émile (Bernard Fresson), un peintre local fort en gueule et pervers…

Après une collaboration fructueuse sur Charlie et ses deux nénettes (1973), le réalisateur Joël Séria souhaite retrouver Jean-Pierre Marielle et lui écrire un rôle plus profond. Le souvenir de son père représentant de commerce, sa connaissance des atmosphères provinciales et ses velléités libertaires inspireront donc à Séria la trame très originale des Galettes de Pont-Aven. Séria avait provoqué un immense scandale avec son premier film Mais ne nous délivrez pas du mal (1970), interdit à sa sortie et après lequel le réalisateur maquillerait son regard cinglant sur la société (et notamment sur la religion dont fut imprégnée son éducation) dans un contour plus truculent mais non moins provocateur, dans la veine des Valseuses (1974) de Bertrand Blier.

D’ailleurs si Les Valseuses était emblématique de la jeunesse française post Mai 68, Les Galettes de Pont-Aven offre les mêmes questionnements pour les quarantenaires. La jeunesse des 70’s aspirait à un ailleurs éloigné d’une existence conformiste toute tracée et Séria dépeint lui comment les adultes souhaitent eux aussi à échapper à une vie réelle où ils sont déjà engoncés. C’est le cas d’Henri Serin (Jean-Pierre Marielle), fuyant un quotidien morne à travers les pérégrinations de sa profession de représentant en parapluie. La froideur de son foyer, les frustrations sexuelles dues à une épouse coincée et les aspirations artistiques (il est peintre amateur) se résolvent tant bien que mal durant les tournées. 

La gouaille et la présence chaleureuse du vendeur lui valent les faveurs (extraordinaire tension puis explosion érotique amusée lors de la scène avec Andréa Férreol) ou du moins l’envie (la bigote Martine Ferrière l’observant à son insu dans l’intimité de sa chambre) des femmes esseulées - on sent la crainte et l’excitation de la ménagère qu’incarne Andréa Férreol de transgresser l’interdit - de cette province terne, tandis que ses portraits peints lui permettent d’amadouer les client(e)s et de s’adonner modestement à son art. La première partie du film offre ainsi un roadmovie haut en couleur fait de rencontres délirantes et d’aventures sexuelles inattendues. Jean-Pierre Marielle est fabuleux pour exprimer le côté tourmenté et avenant du personnage, tenant merveilleusement l’équilibre rabelaisien mais jamais vulgaire du film dans ses envolées lorsqu’il se trouve face à un postérieur féminin généreux.

Lorsque l’ennui provincial se confond réellement avec une vulgarité monstrueuse, cela donnera la rencontre avec le double maléfique que représente le personnage de Bernard Fresson, également peintre et obsédé sexuelle. Ce qui faisait le charme des coucheries de Serin prend un tour sordide fait de perversité, Fresson lâchant les répliques machistes à la pelle quand une vraie poésie se dégageait du phrasé exalté et sexué de notre héros. Toi tu sens la pisse, pas l’eau bénite ! Pour Serin ce sexe sur la route est une libération quand pour Fresson ce refuge à l’ennui est surtout une soumission de la gent féminine qui en fait un être méprisable. Le film bascule ainsi quand Serin va se retrouver coincé dans « la cité des peintres », Pont-Aven où a notamment vécu Gauguin. Serin croit trouver l’amour et l’épanouissement artistiques pour lesquels il va tout quitter mais va tomber de haut. 

Après le ton nonchalant et bienveillant de la première partie, Séria alterne les hauts enflammés (Serin amoureux qui lâche ses répliques les plus exaltées sur les fessiers féminins, les superbes scènes romantiques en bord de mer) et les très bas pour son héros sombrant définitivement dans la dépression et l’alcoolisme. Le sordide (la seconde rencontre avec Bernard Fresson), le grotesque (Dominique Lavanant en prostituée portant le costume traditionnel breton et se payant un accent tordant) et l’espoir s’alterne donc au fil du chemin de croix désormais sans but d’un Serin ayant perdu travail, famille et inspiration pour la peinture. La candeur, bienveillance, beauté et bien sûr le fessier ferme et charnu de la douce Marie (Jeanne Goupil épouse, actrice fétiche de Joël Seria et à qui l’on doit les peintures de Serin du film) vont pourtant faire renaître peu à peu Serin. 

Séria trouve définitivement en Marielle l’interprète idéal à sa philosophie, pathétiquement drôle dans son alcoolisme désespéré, hilarant dans l’expression de son moral et sa vigueur retrouvée (ce Je bande ! scandé avec les yeux émerveillés d’un miraculé) et constamment touchant dans ce drôle de parcours initiatique. Tout ce qui aurait pu rendre certains moments douteux avec un autre interprète devient naturel avec la bonhomie et la vulnérabilité que dégage l’acteur, faisant naturellement comprendre que cette jeune fille en tombe amoureuse et lui cède. Même hors du contexte de la sexualité plus détendue des 70’s, la romance est limpide et magnifiée par la beauté virginale de Jeanne Goupil. Joël Seria signera là son film le plus populaire (qui masque un peu une filmographie très intéressante par ailleurs) avec un grand succès en salle et une aura culte au fil des rediffusions télés. Nom de Dieu de bordel de merde !

 Sorti en dvd zone 2 français chez Studiocanal

 

vendredi 21 août 2015

Diabolo Menthe - Diane Kurys (1977)

Septembre 1963, la rentrée des classes. Anne, treize ans, et sa sœur Frédérique, quinze ans, vont être confrontées à une double évolution: la leur et celle d'un monde en pleine effervescence.

Frustrée par les emplois qu’on lui propose dans sa carrière d’actrice, Diane Kurys décide de se réorienter vers l’écriture. Cette orientation se fera dans un premier temps dans le sillage de cet emploi d’actrice quand elle adapte la pièce The Hot l Baltimore de Lanford Wilson qu'elle joue à l'Espace Cardin. Après une discussion avec un ami à qui elle avait narré ses souvenirs d’une enfance qui l’a profondément marquée, ce dernier lui suggère d’orienter son écriture vers cette facette plus personnelle. Au départ envisagé pour un livre autobiographique, Diabolo Menthe devient un scénario de film que Diane Kurys malgré sa totale inexpérience (et la rareté des femmes réalisatrices en France à l’époque) souhaite réaliser. Le mélange de nostalgie, de justesse sur la difficile période de l’adolescence et le fait de l’aborder d’un point de féminin (puisque pour les garçons Les 400 coups (1959) de François Truffaut est passé par là) frappera juste et fera du film un succès inattendu et un véritable phénomène de société à sa sortie.

L’émotion de cette histoire se conjugue à l’échelle de ces souvenirs si personnels pour Diane Kurys mais aussi au contexte en mutation de cette période du début des années 60. Anne (Éléonore Klarwein), treize ans, et sa sœur Frédérique (Odile Michel), quinze ans entament une nouvelle année scolaire au sein du lycée Jules Ferry. Anne la cadette (et double de la réalisatrice) est la plus vulnérable, celle qui entame cette période avec le plus de difficulté. Diane Kurys évoque les émois de son héroïne avec en filigrane (la fin et le début des vacances d’été où elle retrouve son père ouvrent et concluent le film, tout en en constituant une sorte d’entracte photographique lors des vacances aux sports d’hiver) le divorce de ses parents, véritable traumatisme qui à cette époque les distinguait avec sa sœur de ses autres camarades. Ce manque s’ajoutera aux premiers questionnements sur les mutations de son corps (les premières règles simulées puis vécues comme un évènement), son statut de cadette malmenée et souvent exclue par son aînée du cercle de ses amis ou des discussions avec leur mère. 

Le contexte rigide de cette époque n’aide pas à s’épanouir non plus, Kurys évoquant la sévérité si ce n’est les abus malveillants de certains professeurs (traumatisant moment où une jeune fille est violemment démaquillée par la prof de dessin adepte de l’humiliation). Les élans de rébellion n’en sont que plus jubilatoires, Diane Kurys ayant demandée à ses amis de la troupe du Splendid de lui narrer quelques-uns de leurs mauvais coup de jeunesse qu’elle transpose ici et dont sera d’ailleurs victime une hilarante Dominique Lavanant en prof de maths malmenée. Ce trouble intime mêlé d’insoumission se dévoilera aussi à travers le contexte politique agité d’alors qui se reflète sur ces adolescents. 

L’adhésion naïve aux thèse communistes et premiers élans de pacifisme anti-nucléaire de Frédérique est ainsi autant une manière de se démarquer que d’affirmer une position opposée aux adultes neutre (la mère refusant toute allusion à la politique) ou solidement ancré à droite (le dîner chez les parents d’une camarade témoignant de cette hostilité). Cela donnera aussi une des scènes les plus touchantes du film lorsque la jeune Pascale (Corinne Dacla) relate en classe avec ses mots simple l’émotion ressentie lorsqu’elle assista à la violente répression policière durant les manifestations contre l'OAS et la guerre d'Algérie métro Charonne en 1961.

Éléonore Klarwein est une magnifique révélation. Elle incarne merveilleusement ce mélange de candeur et de profonde mélancolie propre aux soubresauts émotionnel de cet âge ingrat. Cette naïveté ancre le film dans son époque par rapport à des adolescents d’aujourd’hui (mais ce décalage devait sans doute déjà exister entre ceux du film et les jeunes spectateurs de 1977) notamment les discussions sur le sexe mais Diane Kurys parvient à toucher à l’universel par ce malaise latent, ce bouillonnement intérieur incontrôlable qui nous fait rire puis pleurer dans la minute, commettre des actes impulsifs et incompréhensible (le vol en pleine rue).

La réalisatrice atteint le juste équilibre dans ce point de vu au féminin en confrontant innocemment ses personnages aux premiers élans amoureux, tout en ne sexualisant pas gratuitement son propos (elles restent des jeunes filles en développement avant tout même la grande sœur) si ce n’est avec humour pour évoquer la question sensible des vieux satyres lorgnant sur ces lycéennes court vêtues faisant du sport. Le score sobre, entêtant et à la subtile sensibilité capture bien le ressenti du film et la chanson-titre rencontrera un beau succès.

En se dévoilant si impudiquement (sa grande sœur s’excusera auprès d’elle après avoir vu le film), Diane Kurys touche à l’universel et nous frappe en plein cœur. C’est d’ailleurs en poursuivant cette exploration intime qu’elle signera certains de ses meilleurs films suivants, Coup de foudre (1983, sur la rencontre et la séparation de ses parents) et La Baule-les-Pins (1988, sur le spectacle de cette séparation par les enfants en pleine vacances d’été) poursuivant le cycle entamé avec ce magnifique Diabolo Menthe

 Sorti en dvd zone 2 français chez TF1 vidéo


lundi 3 août 2015

Quelques jours avec moi - Claude Sautet (1988)

Un fils de bonne famille, Martial, mal dans sa peau, dépressif, PDG d'une chaîne de supermarchés, profite de raisons professionnelles pour prendre un peu de recul. Il se pose à Limoges semant le trouble dans la vie des bourgeois locaux, dont les gérants du supermarché de la ville, Monsieur Fonfrin et sa femme, comme dans le cœur d'une provinciale, Francine, à qui il propose de rester quelques jours avec lui, en échange de quoi elle pourra se voir offrir tout ce qu'elle veut.

Après l’échec commercial de Garçon ! (1983), Claude Sautet était passé par une période de doute. Le cinéaste était alors associé dans l’imaginaire cinéphile à un cinéma du passé, celui des années Giscard à travers ses castings récurrents (Michel Piccoli, Yves Montand, Romy Schneider ou Serge Reggiani) et le leitmotiv de la crise masculine (et par extension de la quarantaine) courant dans tous les films de cette période. Un procès d’intention assez injuste tant Sautet aura su faire évoluer ses thèmes, que ce soit le féminisme de Une histoire simple (1978) ou le point de vue plus lumineux et juvénile de Un mauvais fils (1980). Seulement ses œuvres avaient remporté un succès moindre, enfermant Sautet dans une case. Celui-ci fera donc véritablement sa révolution avec Quelques-jours avec moi.

Le projet naît au fil d’entretiens réalisés entre Sautet et le critique Philippe Carcassonne dans le cadre de la revue Le Cinématographe. Les deux hommes sympathisent et Carcassonne annonce à Sautet son projet de se lancer prochainement dans la production se propose de produire son film à venir. Sautet y voit l’occasion qu’il attend de renouveler son œuvre et partant de la base du roman éponyme de Jean-François Josselin va tenter une autre approche avec de nouveaux scénaristes (les débutants Jacques Fieschi et Jérôme Tonnerre), une équipe technique renouvelée et un casting rajeuni. Sautet se sera plu dans des œuvres comme Max et les ferrailleurs (1971) ou Mado (1976) à montrer des figures masculines dépassées par les femmes dont ils se pensaient les mentors. Quelques jours avec moi reprend ce schéma dans une tonalité différente. Martial (Daniel Auteuil) est un jeune héritier d’une famille de propriétaire de supermarché qui va justement retrouver gout à la vie en partageant le quotidien de Francine (Sandrine Bonnaire). Celle-ci est la bonne de Monsieur Fonfrin et sa femme (Jean-Pierre Marielle et Dominique Lavanant) propriétaire du supermarché provincial qu’il était venu inspecter. Fasciné par Francine, il l’engage pour sa compagnie durant quelques jours moyennant finance et un curieux rapport va s’installer.

La première partie du film exprime le regard décalé et distancié qu’entretient Martial par rapport au monde. Daniel Auteuil, le regard absent observe ses interlocuteurs s’agiter sur leurs petites ou grandes affaires qui lui semblent si insignifiante. On a ainsi un portrait mordant de la bourgeoisie parisienne (la mère jouée par Danielle Darrieux, le triangle amoureux admis avec son épouse) comme provinciale avec comme pic ce dîner où il raillera les discussions politiques creuses des Fonfrin et leurs convives. Cette vacuité se vérifiera autant par le cynisme parisien que par la stupidité provinciale, Fonfrin étant idéalement incarné par un Marielle à la bonhomie vide de sens. C’est un même jeu ironique mêlé d’attirance qui semble se nouer entre Martial et Francine mais notre héros va être pris à son propre piège par sa protégée qui ne s’en laisse pas compter.

Le scénario dépeint ainsi l’éveil à l’amour et à la vie de Martial. Le regard amusé se fait progressivement tendre pour les Fonfrin, bien plus attachant que la caricature sous laquelle ils ont été introduits. Contrairement aux personnages obstinés et fonçant vers leurs destinée tragique des œuvres désespérées des70’s (Vincent,François, Paul... et les autres (1974), Mado), Sautet pose ici un regard bienveillant où il croit en des protagonistes capable d’évoluer. Le ton est également très différent pour l’exprimer, s’autorisant des moments de comédies enlevés (la longue scène de la fête dans l’appartement) où les barrières sociales tombent par la désinhibition festive. Sautet s’éloigne de la veine pesante d’antan, osant un mauvais goût assumé (les tenues criardes de Sandrine Bonnaire) qui rend l’ensemble plus léger. Ce cheminement, Martial semble comme surpris de devoir l’emprunter en tombant réellement amoureux de Francine. 

Cette dernière sentant l’hésitation de cet homme encore prêt à lui échapper préfèrera ainsi se perdre entre les mauvaises mains. Martial va donc paradoxalement prouver sa sincérité en perdant tout espoir de d’accomplir leur union dans un sacrifice final poignant. Daniel Auteuil (après le diptyque  Jean de Florette et Manon des sources) acquérait définitivement la reconnaissance d’acteur dramatique et ce rôle chez Sautet hanterait nombres de ses prestations à venir. Sandrine Bonnaire, lumineuse et ardente offre également une composition magnifiques tandis que Marielle confère une humanité rare à Fonfrin qui reste touchant dans la bêtise comme l’émotion. Succès public et critique, le film ramène Sautet au premier plan avec ce qui est à la fois autant une brillante synthèse qu’un renouveau brillant de son œuvre. 

Sorti en dvd zone 2 français et bluray chez Studiocanal


samedi 8 février 2014

La Gueule de l'autre - Pierre Tchernia (1979)

Lors de sa campagne électorale, un homme politique prend peur à l'annonce d'un tueur évadé qui en veut à sa personne. Il engage un sosie, acteur raté, qui n'est autre que son cousin.

La Gueule de l'autre est le troisième film de Pierre Tchernia après les cultissime Le Viager (1971) et Les Gaspards (1974). Il perd sur ce nouveau film un partenaire majeur de ses premières réussites à savoir René Goscinny dont la fantaisie et les idées loufoques manquent un peu ici. L'esprit caustique de Tchernia est par contre intact avec cette histoire mettant joyeusement en boite les mœurs et la corruption politique. Michel Serrault (acteur fétiche de Tchernia) tiens ici le double rôle de Martial Perrin, chef politique en vue et engagé dans une élection imminente et celui de son cousin Gilbert Brossard, acteur raté et sosie ayant toujours vécu dans son ombre. Egocentrique, arrogant et détestable dans la peau du politicien aux dents longues, Serrault retrouve tout l'esprit lunaire et la drôlerie du vieillard du Viager lorsqu'il incarne le maladroit Gilbert Brossard et Tchernia reprend d'ailleurs ici ce même thème du naïf faisant la nique aux esprits malavisés qui l'entoure par sa seule innocence.

L'inévitable échange interviendra lorsque Perrin fuyant un tueur lié à un passé louche l'ayant vu s'enrichir à Djibouti envoie son cousin en représentation à sa place pour faire une cible idéale. Le scénario de Jean Poiret évite le piège trop facile de la fable à la Capra où le politicien d'opérette se découvrirait une vocation humaniste (le seul moment allant dans ce sens étant une hilarante séquence de débat télévisé où Broussard ridiculise son adversaire par sa seule connaissance des prix de produits au supermarché) et préfère promener son héros ahuri dans une corruption ambiante savoureuse.

Serrault se délecte à révéler la lâcheté ordinaire de Perrin (se cachant du sniper potentiel derrière ses militants en plein meeting) et le récit est truffé de moment montrant un envers moins lisse et respectable jusque dans le quotidien ordinaire des pontes avec notamment une Andréa Parisy en épouse bourgeoise adepte du SM.

Les quiproquos et interversion sont nombreux et inventifs, quelques gags absolument irrésistible (Broussard mimant un discours préenregistré) et les seconds rôles venus faire une apparition clin d'œil multiples (Dominique Lavanant, Michel Blanc, Roger Carel...) mais il manque tout de même le sens du rythme et le petit grain de folie qui faisait le charme des premiers films et les rendaient intemporels. Là on est plus dans une tradition franchouillarde (les précédents jonglant entre cette facette et un côté plus universels) bien menée (Poiret en plus du scénario est excellent en conseiller plein de ressources) que rehaussée par Pierre Tchernia et Michel Serrault. Sympathique tout de même.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

Extrait

dimanche 16 juin 2013

Courage fuyons - Yves Robert (1979)


Martin Belhomme est un lâche de naissance, d'ailleurs chez lui la lâcheté se transmet de génération en génération. Après une enfance passée dans le tumulte de l'Occupation, il se "fait marier" par Mathilda qui décidera tout pour lui: ils auront deux enfants et il deviendra pharmacien, lui qui vouait une passion pour la musique. Mais au terme de cette vie monotone, survient Mai 68, et sa lâcheté va paradoxalement le conduire dans une folle aventure, loin des siens, avec Eva, ravissante blonde chanteuse dans un cabaret d'Amsterdam. Dès lors, il fera tout son possible pour séduire la belle, et passer pour un aventurier à ses yeux.

La filmographie d'Yves Robert est peuplée d'homme-enfant pour lesquels la réalité et son quotidien sont des prisons qu'il faut fuir à toutes jambes. Cette fuite peut se faire dans l'aventure (le diptyque des Grand Blond), la farce (le tordant Les Copains) ou la paresse (Alexandre le Bienheureux), La doublette Un éléphant ça trompe énormément/ On ira tous au paradis offrant une sorte d'aboutissement à cette thématique pour Yves Robert. Plutôt que de s'attaquer à un troisième volet de ce grand succès, Yves Robert et son scénariste explore une nouvelle fois la question de manière très différente dans ce Courage fuyons taillé sur mesure pour le talent de Jean Rochefort.

N'écoutant que son courage qui ne lui disait rien, il se garda d'intervenir. Jules Renard

Ce penchant à la fuite qui caractérise les personnages masculin de d'Yves Robert, Martin Belhomme (Jean Rochefort) en rêve mais ne peut s'y résoudre. La cause ? Un penchant héréditaire pour la lâcheté (génialement expliqué en flashback sur le destin malheureux de ses pères et grand-pères) qui l'enferme dans une situation de plus en plus inextricable. Epris de liberté et rêveur, il "se fait marier) par une épouse tyrannique et autoritaire (Dominique Lavanant). Il ambitionne d'être musicien ? Cette même épouse l'installe dans une sinistre carrière de pharmacien de quartier.

Les évènements de Mai 68 se déroulant parallèlement à l'intrigue offre une parfaite symbolique de la situation de notre héros. Tout comme cette jeunesse s'élevant enfin contre la rigueur de cette France Gaullienne, l'immature Martin se rebelle face à son existence conventionnelle et sans saveur. Cela se fera par le mimétisme d'une lâcheté qui ne l'a pas quitté, Martin le temps d'une hilarante scène détruisant sa propre voiture en compagnie des jeunes survoltés qui l'entourent (parmi lesquels on reconnaitra un tout jeune Gérard Darmon) et qu'il ne souhaite surtout pas froisser.

Martin va réellement changer par la rencontre de la belle Eva (Catherine Deneuve), magnifique créature qui va lui permettre enfin de sortir de sa coquille peureuse. Eva n'exige et n'attend rien de lui, ne lui pose ni condition ni ultimatum et par cet amour sans contrainte va permettre à Martin d'endosser un personnage plus assuré, charismatique et attirant. Après la narration très sophistiquée de cette première partie Yves Robert laisse s'exprimer cette liberté nouvelle et le bonheur de son héros dans une longue séquence romantique laissant déambuler le couple dans une Amsterdam idéalisée, cliché compris (la traversée d'un joli champ de tulipe).

Ses peurs ne vont pas tarder à le rattraper avec l'apparition d'un ancien amant récalcitrant le menaçant de mort et l'ampleur de la fuite sera proportionnelle à celle de l'inattendu courage initial, Martin retournant chez lui en se faisant passer pour amnésique. Retrouvant sa coquille plus profondément encore, Martin va pourtant être tiré sa médiocrité par une Eva l'acceptant et l'aimant tout trouillard qu'il est. Yves Robert offre un bonheur mérité à son héros sans pour autant le changer. Il y a d'un côté les héros et les sauveurs et de l'autre les créatures apeurées qui n'aspirent qu'à survivre et n'en ont pas moins de mérite.

La mémorable conclusion fait finalement de cette peur un surprenant trait commun au couple et plutôt que de s'unir grâce à une action téméraire qu'aucun d'eux n'ose effectuer, c'est dans cette faiblesse qu'ils se reconnaissent mutuellement qu'ils pourront s'aimer à leur manière très originale.

Jean Rochefort tout en charme fuyant, gouaille distanciée et lucide, est absolument parfait et Catherine Deneuve resplendit en objet fantasmatique qui va révéler un registre plus complexe. Le film n'est sans doute pas aussi équilibré que d'autres grandes réussites d'Yves Robert (quelques longueurs et des transitions peu fluides dans les gros rebondissements) mais sa tendresse et l'originalité de son propos (la fin est réellement mémorable) en font une de ses œuvres les plus attachantes.

Sorti en dvd chez Gaumont