Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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dimanche 25 août 2024

Emilia Perez - Jacques Audiard (2024)


 Surqualifiée et surexploitée, Rita use de ses talents d’avocate au service d’un gros cabinet plus enclin à blanchir des criminels qu’à servir la justice. Mais une porte de sortie inespérée s’ouvre à elle, aider le chef de cartel Manitas à se retirer des affaires et réaliser le plan qu’il peaufine en secret depuis des années : devenir enfin la femme qu’il a toujours rêvé d’être.

A la vision de cet Emilia Perez, il convient de saluer le goût du risque et la constante volonté de réinvention de Jacques Audiard, cinéaste en perpétuelle quête de nouveaux défis après l’accomplissement que fut Un Prophète (2009). Audiard sort de deux réussites l’ayant brillamment sorti de sa zone de confort avec le western Les Frères Sisters (2018) et le magnifique Les Olympiades (2021), film choral faisant office de capsule temporelle et géographique d’un quartier parisien par le marivaudage. Emilia Perez est un nouveau projet surprenant, inspiré du roman Ecoute de Boris Razon, dont Audiard emprunte le personnage secondaire d’un narco-trafiquant trans pour lui offrir une histoire à part entière dans son film. Durant le début des phases d’écriture, il constate que l’inspiration de ses premiers jets doit davantage aux livrets d’opéra qu’à un scénario classique, ce qui oriente le projet vers la comédie musicale, ou du moins un film où la musique jouera un rôle majeur pour transmettre l’émotion.

Le film emprunte donc un cadre et une imagerie que l’on a davantage l’habitude de voir dans des polars façon Sicario, avant de s’en délester pour embrasser le souffle du mélodrame. Le postulat très original mélangé à ce défi musical a donc tout pour offrir un résultat détonant et singulier. Le pari n’est pas réellement gagné pour une raison qui sera au premier abord subjective, à savoir la musique. La bande-originale signée Clément Ducol et Camille n’embrasse absolument pas la dimension mexicaine ou plus spécifiquement latino du cadre du récit, et plus embêtant encore, manque de mélodies et chansons marquantes susceptibles d’être retenues par le spectateur au-delà du visionnage. C’est en fait un ensemble, puisque la scénographie et les chorégraphies manquent de cette touche théâtrale et opératique pouvant susciter l’emphase formelle et émotionnelle attendue.

Il y a quelques réussites néanmoins comme la scène du restaurant accompagnant le personnage de Rita (Zoé Saldana) dans sa raillerie des invités corrompus du dîner de bienfaisance, la morgue corporelle de l’actrice et l’ironie des paroles forment un tout cohérent dans une danse lascive et guerrière. L’autre beau moment est le plus sobre, lorsque Emilia (Karla Sofía Gascón vraie actrice transgenre) dans l’intimité de la chambre de sa fille, est émue aux larmes quand cette dernière la reconnaît indirectement (« tu sens comme papa ») et entremêle sa voix et celle de l’enfant pour une berceuse poignante. Le reste du temps, cette facette musicale est assez vaine, faute de mélodie entêtante et de scène mémorable, les albums de Camille ayant davantage montré son travail sur le rythme et les voix que sur les hymnes pop. On peut se demander ce qu’aurait donné une bande-originale confiée à Rosalia, artiste pop métissée récente qui mariait avec talent sonorités urbaines et tradition latino.

Sur le fond le film est dans une certaine continuité du travail de Jacques Audiard. On lui a souvent reproché, parfois à tort, d’autres fois à raison, une vision schématique des rapports homme/femme et une certaine célébration du virilisme. Dans le meilleur des cas, cela donne Sur mes lèvres (2001) où le voyou mal dégrossi joué par Vincent Cassel est « apprivoisé » et « dompté » par la douceur et la détermination d’une femme fragile mais courageuse incarnée par Emmanuelle Devos. C’est un schéma repris de façon grossière dans le quasi-remake masqué que constitue De rouille et d’os (2012) où une nouvelle fois la Belle Marion Cotillard apprivoise la Bête Matthias Schoenaerts, mais sans le socle du polar qui transcendait les archétypes dans Sur mes lèvres, toute la finesse et l’émotion feutrée de ce dernier s’estompe. On constate donc chez Audiard une vision masculine primitive et sauvage ne pouvant évoluer qu’au contacte d’une féminité idéalisée, sacrificielle et bienveillante. Audiard fera pire avec la cellule familiale reconstituée du très mauvais Dheepan (2015), plutôt intéressant dans sa veine intimiste mais idéologiquement douteux quand le virilisme prend le pas en tant que mal nécessaire. Les Olympiades avait très joliment rafraîchi la formule, notamment dans la dynamique plus simple et naturelle du couple Samba/Emilie, où le marivaudage et la quête existentielle surmontait cette dynamique binaire entre homme et femme.

Emilia Perez penche du mauvais côté de ce corpus sous couvert de féminisme et de progressisme. Dans la première partie, la part fragile, vulnérable et supposée « féminine » du narco-trafiquant Juan « Manitas » del Monte ne se ressent pas dans la représentation du personnage, tour à tour trop mystérieux ou trop marqué dans sa latinité virile pour intriguer. Dès lors la bascule lorsqu’il devient physiologiquement une femme en Emilia après l’opération est trop brutale. Il n’y a plus aucun relents (ou tout juste une esquisse quand il disputera la garde de ses enfants à son épouse (Selena Gomez)) de son passé violent en endossant pleinement sa féminité, comme si dans l’esprit d’Audiard les deux étaient incompatibles. L’homme est une brute et la femme est une madone et une sainte. Audiard retombe dans son schématisme habituel, mais au lieu de l’articuler par une romance homme/femme, cela passe par la transition de genre qui absout le personnage. Des femmes chefs de cartel cruelles et sanguinaires existent pourtant bel et bien (comme la fameuse Griselda Blanco durant les années 80, à laquelle plusieurs fictions et documentaires furent consacrés) et amener cette transition (dans tous les sens du terme) de façon plus subtile ou du moins progressive aurait été plus judicieux. Certains éléments de l’intrigue même en deviennent discutable, notamment l’action caritative d’Emilia dont la médiatisation est pourtant susceptible de remettre en lumière ses anciens crimes – mais désormais elle est une femme, ce passé n’existe plus, la porosité entre ces deux existences disparait, sorti des liens filiaux. 

Si tout cela avait néanmoins pu former un tout emporté, outrancier et embrassant sans complexe le mélo, la télénovela et la comédie musicale, ces défauts auraient pu être noyé dans un ensemble fougueux. En l’état il ne reste finalement que les clichés et une tenue formelle tangente, notamment le sauvetage final assez laid – le film a presque entièrement été filmé en studio à Paris plutôt qu’au Mexique – et une interprétation inégale (Séléna Gomez prix d’interprétation à Cannes, vraiment ?). A défaut de réussite, respect tout de même à Audiard pour la tentative. 

En salle

mercredi 29 mai 2019

Star Trek Beyond - Justin Lin (2016)


Une aventure toujours plus épique de l’USS Enterprise et de son audacieux équipage. L’équipe explore les confins inexplorés de l'espace, faisant face chacun, comme la Fédération toute entière, à une nouvelle menace.

Star Trek Beyond est le troisième volet de la refonte de la célèbre saga spatiale cinématographique et télévisée. J. J. Abrams avait réussi un efficace et malin lifting avec Star Trek (2009), bousculant les acquis à l’aide d’une astucieuse notion d’univers parallèles et de retour aux origines de l’équipage de l’Enterprise – on aurait aimé autant d’audace pour son Star Wars – Le Réveil de la Force (2015), redite paresseuse et sans surprise. Star Trek Into Darkness (2012) s’avérait plus décevant, handicapé par une tonalité sombre et terre à terre qui oubliait la notion d’exploration et d’évasion associée à l’univers de Star Trek. De plus, Abrams se perdait en tentant les variations maladroites sur la trame de la saga originale, la conclusion reprenant celle de Star Trek 2 : La Colère de Khan (Nicholas Meyer, 1982). Abrams parti signer Star Wars – Le Réveil de la Force, ce troisième épisode aura laborieusement vu le jour au fil des réécritures et de la valse des réalisateurs, le scénariste Robert Orci supposé le mettre en scène étant écarté au profit de Justin Lin. 

Le scénario au départ pensé pour s’inscrire dans la lignée semi-référencée des précédents sera également remanié entre autres par Simon Pegg. Le résultat accouche d’une aventure plutôt dans l’esprit d’un épisode standard de la série originale, gonflé à la sauce blockbuster. Ce n’est pas un mal, grâce à l’abandon tant des gimmicks narratifs de J. J. Abrams que de cette tendance actuelle (initiée par Marvel) de penser un film de manière plus large, en envisageant le moindre élément dans le cadre d’une franchise globale et sur le long terme. Star Trek Beyond assume donc son côté one-shot sans autre ambition que de livrer l’aventure la plus trépidante possible. Justin Lin, habile faiseur, avait su étonnamment relancer l’intérêt pour la moribonde série des Fast and Furious – notamment un épisode 5 (2011) parvenant au plaisir régressif que n’atteignait jamais, dans le même esprit, Stallone et ses Expendables (2010, 2012 et 2014) – et offre un spectacle drôle et efficace.

Mondes inconnus, bestiaires foisonnants – parfois sources de rire à l’image de l’introduction – et Fédération en péril rythment donc le récit auquel on pourra reprocher un certain manque de profondeur dans le cheminement des personnages. Mais cela participe à la logique du "tout pour l’aventure", le canon et les archétypes de l’équipage ont été établis dans les deux premiers volets et Justin Lin inscrit et résout les questionnements intimes dans l’action. Le sentiment de vide du Capitaine Kirk (Chris Pine) au milieu de la monotonie du voyage de l’Enterprise, les doutes de Spock sur son couple et les responsabilités de sa part vulcain sont bien là, sans céder à des moments introspectifs forcés. 

Le méchant incarné par Idris Elba se révèle progressivement selon une idée empruntée à un classique SF contemporain – le formidable Sunshine (2007) de Danny Boyle. La lourdeur référentielle d’Abrams est oubliée avec un beau et simple hommage à Leonard Nimoy et à l’équipage originel lors de la conclusion. Les nouveaux personnages sont très réussis (très attachante Sofia Boutella) et les anciens ont chacun droit à leur moment. Les scènes d’action "terriennes" sont parfois un peu confuses mais tout ce qui relève du space opera est du plus réjouissant, notamment une bataille finale au rythme du Sabotage) des Beastie Boys, magistralement utilisé. Star Trek Beyond remplit donc, sans l’ambition mais également la prétention des volets précédents son quota de divertissement.

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Paramount 

lundi 25 décembre 2017

Avatar - James Cameron (2009)

Malgré sa paralysie, Jake Sully, un ancien marine immobilisé dans un fauteuil roulant, est resté un combattant au plus profond de son être. Il est recruté pour se rendre à des années-lumière de la Terre, sur Pandora, où de puissants groupes industriels exploitent un minerai rarissime destiné à résoudre la crise énergétique sur Terre. Parce que l'atmosphère de Pandora est toxique pour les humains, ceux-ci ont créé le Programme Avatar, qui permet à des " pilotes " humains de lier leur esprit à un avatar, un corps biologique commandé à distance, capable de survivre dans cette atmosphère létale. Ces avatars sont des hybrides créés génétiquement en croisant l'ADN humain avec celui des Na'vi, les autochtones de Pandora. Sous sa forme d'avatar, Jake peut de nouveau marcher. On lui confie une mission d'infiltration auprès des Na'vi, devenus un obstacle trop conséquent à l'exploitation du précieux minerai. Mais tout va changer lorsque Neytiri, une très belle Na'vi, sauve la vie de Jake...

Après le triomphe commercial et la reconnaissance critique de Titanic (11 Oscars et plus grand succès au box-office de tous les temps aux Etats-Unis et de nombreux pays du monde dont la France avec 20 millions d’entrée), James Cameron effectuera un long hiatus où il se dispersera entre divers documentaires maritimes (Les Fantômes du Titanic (2003), Volcans des abysses (2003) et Aliens of the Deep (2005)) et la télévision avec la série Dark Angel. Loin d’être repu de défi ou blasé par le succès, le réalisateur a déjà en germe Avatar dont les ébauches datent des années 80 et les premières réflexions concrètes de 1995 quand il en fera lire un traitement au producteur Jo Landau. Le projet devait suivre immédiatement Titanic mais la technologie existante n’était pas encore au point pour illustrer les visions de Cameron, le projet traîne jusqu’aux premiers miracles de la motion-capture avec le personnage de Gollum dans la saga du Seigneur des Anneaux (2001, 2002, 2003). Convaincu par ces nouvelles possibilités Cameron lance donc des recherches à tâtons où tout est à concevoir : l’univers de la planète Pandora dans son entier, ses autochtones et les outils pour les illustrer et animer.

L’ensemble de la filmographie de Cameron repose sur cette contradiction entre l’avertissement constant contre les miracles et méfaits de la technologie (Terminator 1 et 2 (1984, 1991), et Titanic en particulier) et les moyens colossaux qu’il déploie pour le mettre en scène dans une finalité qui s’avère toujours profondément humaniste et intimiste (Abyss (1989) qui parle au final des retrouvailles d’un couple séparé). Avatar est l’incarnation la plus extrême de ce fonctionnement, la complexité de sa mise en œuvre servant un récit simple et primitif. Cameron convoque ainsi le space opera d’Edgar Rice Burroughs (John Carter of Mars), Jack Vance (Le Cycle de Tschaï) et les films d’aventures comme La Forêt d’émeraude de John Boorman (1987) ou Danse avec les loups de Kevin Costner (1991), toutes ces œuvres se caractérisant par le soin apporté pour dépeindre la découverte et le lien naissant avec une civilisation autre, réelle ou imaginaire. Les efforts de Cameron vont se concentrer sur le monde inconnu à découvrir et la nature du contact. 

Le scénario revisite donc via la SF un postulat archétypal du western et de manœuvre coloniale avec dans un futur lointain, la planète Pandora dont les ressources sont visées par les humains mais dont les Na’vi, population indigène locale, freine l’exploitation. Les scientifiques façonnent alors des avatars, croisement d’ADN humains et na’vi dont le corps biologique peut se mêler aux locaux en étant investi par un esprit humain qui le pilote à distance. Jake Scully (Sam Worthington) ancien militaire désabusé et cloué dans une chaise roulante accepte la mission en échange de pouvoir retrouver ses jambes. Cameron pose une opposition classique entre les industriels qui cherchent à exploiter l’environnement, les militaires qui veulent le dominer et les scientifiques souhaitant le comprendre. Personnage paumé et désabusé, Jake vogue des uns aux autres jusqu’au premier investissement de son corps de n’avi. Cette figure sans attache fera toute la différence puisque vierge de toute attente et ambition elle sera fin prête à se fondre et appartenir au monde de Pandora. 

Cameron l’exprime par étape, la première tant tout simplement physique quand Jake retrouve l’usage de ses jambe dans son nouveau corps. Loin du nourrisson hésitant dans ses premiers pas, Jake est plutôt le gamin turbulent et avide de dévaler de toute part. La mise en scène de Cameron traduit ainsi physiquement une renaissance tout d’abord morphologique tout en nous faisant découvrir une entité autre mais encore pourvue d’attitude humaine. Ce point de vue humain se prolonge dans les premiers pas de Jake sur Pandora, mais également dans l’illustration de sa faune et son bestiaire certes bigarré mais simple déclinaison extraterrestre d’une jungle terrienne (un singe à six pattes, un décalque de rhinocéros, un autre de panthère noire en plus imposant) et prétexte à une première scène d’action exotique. La bascule interviendra lorsque Jake se retrouve seul de nuit dans la jungle hostile et subi les assauts de créatures féroces. 

Sa hargne à survivre et se défendre l’associe au tempérament guerrier des n’avi (ce qui incitera Neytiri (Zoe Saldana) à le sauver) tandis que son incompréhension de cet environnement en fait un étranger. Cameron traduit cela formellement avec Jake brûlant une torche dans une forêt ténébreuse où la peur se devine par la manière bruyante dont il la traverse et attire donc les bêtes sauvages qui devinent en lui l’intrus. Après le sauvetage de Neytiri qui jette sa torche dans l’eau et dont il suit les pas feutré, la dimension organique de Pandora se révèle. Forêt à l’écosystème bioluminescent, interconnexion de la moindre parcelle de vie organique se traduisant dans les pas des personnages, on comprend là enfin l’immense travail de Cameron et ses collaborateurs pour rendre ce monde vivant et singulier.

 La mue suivante sera donc anthropologique et spirituelle pour Jake dans son apprentissage des us et coutume des n’avi. Le design de Cameron des n’avi trouve l’équilibre idéale entre l’étrangeté de ce qui est différent et « l’anthropomorphisme » nécessaire à l’identification (validée par la stupéfiante première apparition de Neytiri) notamment la romance naissante entre Jake et Neytiri. Taille démesurée et silhouette longiligne, regard hyper expressif entre le reptile et le lémurien, couleur bleue déroutante constituent les aspects les plus différents des créatures dont le reste de l’inspiration relève d’un savant mélange de tribus africaines, indiennes et polynésiennes. Cela se prolonge à leur rapport à la nature, chaque étape vers la maturité étant faîtes de rites d’initiations destinés à se fondre de plus en plus, à ne faire plus qu’un avec Pandora. Chevaucher la moindre créature terrestre ou volante nécessite un lien psychique où il ne s’agit pas de dompter mais d’être choisi par l’autre. Dès lors le lien intime de Jake avec Pandora se renforce, faisant de lui un n’avi à part entière. 

Cameron joue superbement de la notion de temps qui passe et de la perte de repère de Jake pour lequel Pandora à laquelle il est connecté et où ces aptitudes physiques décuplées semble plus réelle que le cadre austère des humains où sa motricité (et libre-arbitre tout allant de pair) est limitée. Cette ouverture s’affirme aussi dans les paysages de plus en plus grandioses (les montagnes volantes) et baigné de spiritualité (la maison des âmes) auquel notre héros totalement assimilé a désormais accès. La mise en scène de Cameron passe ainsi de l’épique virevoltant et trépidant le temps d’une scène de vol ou de chasse, à un croisement d’osmose intime et collective dans les rites ancestraux des n’avis puis de la magnifique scène d’amour entre Jake et Neytiri. Le score de James Horner passant de rythmiques tribales primitives à des thèmes héroïques et sentimentaux purement symphoniques accompagne cette mue et accomplissement de Jake.

Dès lors Cameron réussit le même miracle que dans Titanic où la romance était si prenante qu’on regrettait presque l’arrivée de l’iceberg et donc du film catastrophe spectaculaire argument de vente initial. Dans Avatar l’immersion palpable au monde de Pandora (via un usage fabuleux de la 3D l’expérience salle était un sacré moment à la sortie en 2009 mais guère suivit par les productions qui s’engouffrèrent dans la brèche ensuite) nous fait donc oublier que nous sommes venus voir un film de SF à grand spectacle mais la folie des hommes vient nous le rappeler en rompant le charme. En convoquant les codes du western, Cameron ravive aussi la dimension politique du genre notamment en rappelant la notion de génocide inhérente à la conquête de l’Ouest ici avec la traumatisante scène où l’Arbre-Maison est abattu. Nous sommes dans les archétypes avec l’industriel avide incarné par Giovanni Ribisi et le militaire belliqueux Quarritch (Stephen Lang) mais leurs objectifs de conquêtes simplistes les y enferment quand toute la complexité des n’avis, du lien à leur planète et passé nous aura été longuement exposé. 

Le message anti-impérialiste et écologique est donc prépondérant dans le récit où Cameron politise son habituelle veine alarmiste. Certains critiques ont vu malgré tout un aspect colonialiste dans le fait que Jake constitue un élu/homme blanc aidant les n’avis (indigènes noir ou indiens donc) à vaincre. C’est mal comprendre le message de Cameron qui fait de l’assimilation et du métissage le moteur de l’accomplissement de Jake. C’est fort de son apprentissage des n’avis qu’il saura les convaincre à sa cause, de sa connaissance de la Pandora dans ses moindres recoins qu’il pourra combattre les militaires et enfin de son amour de cette planète et de ce peuple qu’il a fait sien qu’il aura la hargne et le courage de les défendre. L’avatar, cest désormais son corps humain malingre quand le Docteur Augustine (formidable Sigourney Weaver) acceptera même de fondre son âme mourante dans Eywa, déité et mémoire de Pandora. 

Le climax est une véritable leçon d’action pour Cameron qui y mêle de façon impressionnante son passif SF (les méchas d’Aliens (1986) formidablement revisités) et des situations de western, le technologique s’opposant au primitif dans quelques images marquantes avant que la planète elle-même boute les importuns. Avant l’assimilation finale complète, l’amour dépassera même la notion d’identification mutuelle le temps d’une magnifique scène où les amoureux se font face sous leurs formes originelles. James Cameron réussit une fois de plus l’impossible et à la réussite artistique se conjuguera un triomphe commercial qui dépassera encore celui déjà stupéfiant de Titanic

Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Fox