Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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Affichage des articles dont le libellé est Tetsuya Watari. Afficher tous les articles
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samedi 29 août 2026

Le Retour du Vaurien - Daikanbu: Burai, Keiichi Ozawa (1968)

 Japon, 1956. Maintenant remis de ses blessures après avoir tué le boss du clan Ueno, Gorō Fujikawa est bien décidé à abandonner sa vie de yakuza. Il se rend en train à Tsugaru à l'extrême nord de l'île de Honshū pour retrouver Yukiko et présenter ses excuses à Yumeko pour la mort de Sugiyama. Mais Yumeko est malade et doit être hospitalisée. Pour payer les frais, Gorō se résout à accepter d'être l'homme de main de Gō Kiuchi et se trouve embrigadé dans un conflit de yakuza entre les clans Kiuchi et Izumi à Yokohama.

Le Retour du Vaurien est une suite directe de Le Vaurien (1968), reprenant exactement là où se termine le premier volet. L’intrigue se déplace de Tokyo à l’île de Honshu (et fera une halte par la ville de Yokohama) où Goro (Tetsuya Watari) va retrouver sa fiancée Yukiko (Chieko Matsubara) qu’il fut contraint d’abandonner à la fin du précédent film. Aspirant à désormais à une vie rangée et paisible, il va cependant se trouver à nouveau rattrapé par son passé de yakuza. Son sens de la justice l’amène à prendre la défense d’une jeune femme contrainte par les yakuzas d’être stripteaseuse, puis plus tard le dénue matériel le poussera vers ses anciennes activités pour payer les frais médicaux de la femme de son ami disparu.

Le schéma est sensiblement le même que dans le premier volet et également au modèle du ninkyo eiga offrant souvent des variantes où seules les dynamiques et les environnements changent. L’élément nouveau repose sur l’aura juvénile et rebelle de Goro, la droiture morale qu’il tente de maintenir malgré les environnements viciés au sein desquels il évolue. Tous les protagonistes masculins sont victimes et complices involontaires des codes claniques yakuza auxquels ils se soumettent par dogme et ce contre leurs désirs, alors que l’égoïsme de leurs chefs ne mérite pas pareille fidélité. Il y a un jeune couple (où l’on trouve une toute jeune Meiko Kaji) renvoyant Goro à son passé et un ancien boss plus âgé et père de famille lui évoquant un possible futur où ce passif yakuza demeure une tâche indélébile.

Le charisme de Tetsuya Watari permet de surmonter l’aspect de redite (inhérent à ce type de saga criminelle à rallonge du cinéma japonais) tandis que la mise en scène de Keiichi Ozawa (prenant le relai de Toshio Matsuda et qui signera au total quatre des 6 opus de la saga Le Vaurien) fait montre d’une belle inventivité. Il magnifie un instant de pur mélodrame lors de la mort de Yumeko où la lumière blanche d’une lampe se concentre sur le dernier souffle du personnage. Les moments nerveux offrent de de belles joutes aussi, notamment le climax en montage alterné entre le combat à l’arme blanche et la séance de sport de lycéenne en parallèle, l’innocence face à la violence. La fin tragique pourrait presque être définitive, mais la loi des formules en décidera autrement avec Le Vaurien se déchaîne qui sortira la même année.

Disponible en bluray français chez Roboto Films 

mardi 28 juillet 2026

Le Vaurien - Burai yori daikanbu, Toshio Matsuda (1968)

 Après avoir passé 3 ans en prison, Goro, jeune yakuza respectueux d'un code d'honneur en désuétude, cherche à prendre un nouveau départ. Sa rencontre avec la belle Yukiko renforcera sa volonté, mais les liens avec la pègre ne se coupent pas si facilement...

En cette fin des années 60, le studio Toei triomphe sur les écrans japonais grâce au sous-genre du ninkyo eiga, film de yakuza chevaleresque conférant aux malfrats une aura héroïque et célébrant la force de leur code d’honneur. Initié par le succès du diptyque Theater of life (1963), le ninkyo eiga va être décliné sous forme de diverses sagas et révéler nombre de stars. La Nikkatsu va trouver une réponse avec la saga Le Vaurien et initier ses propres codes. Les films Toei jouent souvent la carte du rétro avec des intrigues se déroulant durant l’après-guerre, met souvent en valeur des héros d’âges mûrs imposant une figure d’autorité et de droiture (des acteurs alors plus jeunes comme Ken Takakura intègrent aussi progressivement ce type d’aura), et construisent des mélodrames célébrant le sens de l’honneur et du sacrifice au service du clan.

Nikkatsu a choisi dès la fin des années 50 d’initier au contraire une certaine modernité dans le fond et la forme de ses productions. Le mouvement littéraire et cinématographique des « saisons du soleil » célèbre une jeunesse hédoniste et tourmentée avec des œuvres comme Passions juvéniles de Ko Nakahira (1956), tandis qu’une dimension pop intègre l’esthétique et les environnements de série B et polars dont ceux réalisés par Seijun Suzuki. Ces éléments vont intégrer les productions Nikkatsu lorsqu’ils vont façonner leur réponse au studio Toei. Les héros juvéniles auxquels les spectateurs adolescents peuvent s’identifier trouvent leurs têtes d’affiches avec acteurs revisitant les James Dean, Ricky Nelson à la couleur locale comme Yujiro Ishihara (héros de Passions juvéniles) ou justement Tetsuya Watari, héros de Le Vaurien. Le film de yakuza fort de ses atouts très différents va donc offrir un résultat détonant.

Le Vaurien voit le monde des yakuzas non pas comme la famille de substitution imaginée par certains, mais comme un refuge faute de mieux devenant un piège pour ses membres. Le prologue nous montre le passé traumatisant de Goro (Tetsuya Watari), véritable enfant de la guerre qui va perdre sa mère et sa sœur dans une misère tragique. Il grandit dans le Japon du marché noir et est forcé d’effectuer divers larcins pour survivre, ce qui l’amènent naturellement dans le giron d’un clan yakuza. L’intrigue assez simple en surface développe la fatalité du sort des yakuzas, dans la mécanique incessante de conflits, affrontements et revanche, ainsi que l’impossibilité d’accéder à une existence normale. La droiture morale de Goro va le placer dans des dilemmes d’autant plus déchirants, entre préceptes du clan et aspirations personnelles. Une des premières scènes le voit affronter et épargner le tueur d’un clan ennemi qui n’est autre qu’un ami d’enfance. Sorti de prison 3 ans après les faits, il va amèrement constater à quel point son acte héroïque a été vain tant pour lui que pour son ami.

L’esthétique du film assume son anachronisme en filmant une urbanité tokyoïte clairement issue de la contemporanéité des années 60 de la production du film plutôt que de la décennie précédente où elle l’intrigue est supposée se dérouler. Les nuits tout en néons du quartier de Shinjuku expriment ainsi à la fois le spleen et la superficialité matérialiste auquel aspire le Japon, et notamment les clans yakuzas dont le code d’honneur a été noyé au service du profit. Goro poursuit encore des dettes d’honneur, des amitiés fraternelles, quand les clans actent leur réconciliation en sacrifiant leurs membres. L’un des moments les plus marquants sera à ce titre le sacrifice de Goro qui tranche son petit doigt pour délivrer un ami captif, mais en vain car les géôliers fourbes ont accepté son don tout en ayant déjà tué leur otage.

Le récit se partage entre douce mélancolie et accès de fureur réalisés avec inventivité. Ces deux approches fusionnent lors du climax voyant la vengeance sauvage de Goro décimant ses adversaires en montage alterné avec l’interprétation scénique d’une chanson d’enka, dont la musique couvre les bruits du combat tout en entrant en résonance avec par ses paroles tragiques. Tetsuya Watari crève l’écran en petite teigne au grand cœur, masquant sa sensibilité sous sa voix grave et ses traits fermés. Il incarne vraiment cette modernité, cette jeunesse sacrifiée par son allure nonchalante et renfrognée. Hormis des figures féminines un peu trop cliché et idéalisées (amoureuses aveugles, éperdues et jusque boutiste de leurs hommes hors-la-loi), Le Vaurien est une belle réussite qui va lancer une saga de 6 films au sein de la Nikkatsu.

Sorti en bluray français chez Roboto Films 

mardi 25 juillet 2017

Le Vagabond de Tokyo - Tōkyō Nagaremono, Seijun Suzuki (1966)

Tetsu, yakuza et favori de Kurata, le chef de son clan, décide de se ranger. Kurata lui offre un travail régulier. Mais cette faveur leur vaudra les critiques d'Otsuka, un autre chef de clan. Ainsi Tesu est condamné à quitter Tōkyō, et devenir une sorte de yakuza errant, un vagabond, pour préserver l'honneur de Kurata.

Le Vagabond de Tokyo est le film qui amorce la chute de Seijun Suzuki avant la rupture définitive et le renvoi de la Nikkatsu que causera La Marque du tueur (1967). Le film est à contre-courant avec ce genre du yakuza-eiga alors en déclin et qui forcera la Nikkatsu à une mue radicale en se réorientant vers le roman porno. Pourtant sur le papier Le Vagabond de Tokyo avait tout pour plaire, son postulat mêlant habilement archétype du genre mais aussi des thématiques novatrices avec une démythification de l’imagerie chevaleresque du yakuza, popularisé quelques années plus tard par la série des Combats sans code d’honneur ou Le Cimetière de la morale (1975) de Kinji Fukasaku. Si le classicisme sert un certain confort du genre pour le spectateur et l’innovation un renouveau thématique, Suzuki n’emprunte aucune de voies, Le Vagabond de Tokyo étant un pur terrain d’expérimentation formelle.

Tout le film constitue un va et vient entre les conventions et cette bascule, les aspects (décors, situations) initiés par le réalisateur dans ses films précédents étant constamment malmenés. Tetsu (Tetsuya Watari) est un homme de main sans but depuis que son chef de clan Kurata (Ryuji Kita)  s’est rangé des affaires. Seulement les biens des repentis suscitent la convoitise des autres clans yakuza qui vont monter un complot diabolique pour parvenir à leur fin. La réussite du piège ne tient qu’à la profonde fidélité et au lien quasi filial qu’entretient Tetsu avec Kurata et qui lui a fait renoncer à tout, son honneur mais aussi son amour pour la chanteuse Chiharu (Chieko Matsubara). Seijun Suzuki dresse visuellement une dichotomie entre la distance prise par Tetsu avec le monde yakuza et une réalité criminelle qui le poursuit inlassablament. L’ouverture en noir et blanc montre donc notre héros subir un passage à tabac sans broncher, un élément en couleur exprimant la tentation à renouer avec sa vie violente. L’abstraction des situations et des décors ne servent qu’à construire un fossé entre la droiture désuète de Tetsu et un monde des yakuza déliquescent où seules les valeurs de l’argent ont désormais cours.

 La stylisation bariolée des environnements yakuzas associés à la corruption urbaine de Tokyo s’afficheront donc peu en peu en parallèle de l’épure de l’errance rurale d’un Tetsu exilé. Le passé se rappelle constamment à lui par la violence et les sbires de ses ennemis qui le poursuivent. C’est également les seuls lieux où une amitié sincère peut se manifester à travers un yakuza indépendant et lucide. C’est par lui que notre héros prend douloureusement conscience de son statut de petite main à sacrifier sur l’autel du profit. Cet espace mental de confusion et de solitude est l’occasion pour Suzuki d’exploiter à son avantage les coupes budgétaire d’une Nikkatsu de plus en plus réfractaire à ses écarts. 

Les scènes d’actions tiennent parfois lieux de quasi aparté et/ou insert sans début ni conclusion s’immiscent dans un rebondissement dramatique plus vaste et le gimmick pop (par effet de lumière ou cadrage inattendu) rend chacun de ces instants indélébiles à la rétine. Le tout culminera dans un mémorable climax final où les comptes se règlent dans un décor blanc immaculé et dépouillé où le changement de couleur de veste du héros tient lieu d’émancipation dans un déchaînement de violence. Un objet inclassable à l’influence considérable dont la plus récente et assumée sera La La Land de Damien Chazelle. Une belle mise en bouche avant l’ultime outrage que sera La Marque du tueur

 Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films