Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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vendredi 3 août 2018

Le Grand Alibi - Stage Fright, Alfred Hitchcock (1950)

Jonathan Cooper, épris d'une comédienne et chanteuse, Charlotte Inwood, est soupçonné d'être l'assassin de son mari. Il réussit à convaincre son amie Eve de son innocence. Elle décide de l'aider.

Stage Fright est un Hitchcock mineur mais passionnant dans sa manière de traiter la figure récurrente de l'artifice dans son cinéma. Chez Hitchcock les images mentent constamment au spectateur comme aux personnages, happés par l'illusion de ce qu'on leur donne à voir à travers une normalité qui bascule dans Une Femme disparait (1938) ou le fantasme dans Vertigo (1959). Le monde du théâtre de Stage Fright offre donc un terrain fertile au réalisateur notamment par ces deux héroïnes Charlotte Inwood (Marlene Dietrich) et Eve (Jane Wyman) actrice établie et aspirante.

Le postulat habituel du faux coupable met ainsi en parallèle les deux personnages féminins dans cette question de l'artifice. Charlotte à travers la présence glamour de Marlene Dietrich et la sophistication que confère Hitchcock à ses apparitions véhicule ainsi d'emblée noirceur et duplicité. Le jeu sournois et séducteur de Dietrich se conjugue à la photo diaphane de Wilkie Cooper dans des moments clés tel la joyeuse scène d'habillage qui précède l'enterrement de son époux. A l'inverse l'artifice ne peut fonctionner par la seule imagerie pour la novice Eve obligée de changer gauchement d'apparence, d'attitude et de nom pour mener l'enquête, le scénario tournant à la comédie (la mère qui la démasque sans difficulté sous son attirail) ou au pur suspense cette double identité fragile.

Cet aspect gagne tous les seconds rôles, que ce soit les truculents et so british parents d'Eve (Alastair Sim et Sybil Thorndike) ou la calculatrice Nellie (Kay Walsh), tous amené à mener double-jeu plus ou moins habilement tout au long du film - et pas étonnant que le personnage le moins intéressant soit le flic unidimensionnel joué par Michael Wilding. Le générique de début avec sa fresque théâtrale nous invitant dans un monde d'illusion mais Hitchcock va plus loin. La dramaturgie qu'il prend tant de temps en développer pour tisser les pièges où tombent ses faux-coupables, Hitchcock l'escamote en partie en l'illustrant dans un flashback qui va s'avérer être un mensonge.

Quelques motifs formels (l'incrustation curieuse de Marlène Dietrich se changeant, l'insert sur la robe ensanglantée) peuvent éventuellement laisser anticiper le mensonge mais Hitchcock par sa maestria nous embarque d'emblée dans ce monde de faux-semblants, bien aidé par le jeu imprévisible de Richard Todd, entre malaise et pitié. On regrettera juste un script un peu boiteux qui ne mène pas tous ces chausse-trappes vers une conclusion en apothéose et haletante. Il y aura bien cette entrevue entre Jane Wyman et Richard Todd mais la manière d'y arriver est assez laborieuse. Passionnant malgré ces défauts néanmoins.

Sorti en dvd zone 2 français chez Warner


mardi 22 mars 2016

L'Académie des coquins - School for Scoundrels, Robert Hamer (1960)

Le jeune Henry Palfrey tente de faire impression sur son patron, sur les jolies filles... Peine perdue. Invariablement, le désagréable Raymond Delauney, son ennemi juré, lui dame le pion. En désespoir de cause, Palfrey s'inscrit dans une école dont l'enseignement peu orthodoxe vise à faire découvrir aux élèves les clefs du succès, sans regarder de trop près aux moyens d'y parvenir...

Robert Hamer s’était montré un des réalisateurs les plus provocateurs et socialement engagé du Studio Ealing, autant dans le registre du drame avec Il pleut toujours le dimanche (1947) que celui de la comédie avec le classique Noblesse Oblige (1949). C’est à ce dernier que Robert Hamer doit d’être resté à la postérité avec un jeu de massacre virtuose où il fustigeait les clivages de classes de la société anglaise. Le cadre Victorien du film était une manière de ne pas évoquer directement une Angleterre d’après-guerre où passée l’entraide et le relatif égalitarisme du Blitz ces clivages refaisaient surface comme si rien n’avait changé. Le héros de Noblesse Oblige était un aristocrate déchu de son statut qui allait le reconquérir par le meurtre mais qui avait déjà toutes les attitudes hautaines et fières de la classe dominante. School for Scoundrels revisite la question avec plus de légèreté mais le propos d’Hamer n’en restera as moins cinglant. 

Le film est l’adaptation du Gamesmanship, une série de livres de développement personnel ironiques de Stephen Potter. Le succès des livres incite aussitôt à une transposition cinématographique mais la difficulté sera de leur accoler une vraie trame narrative. Hollywood s’y intéressera en premier, le producteur Carl Foreman tentant d’en tirer une version avec Cary Grant mais l’humour typiquement anglais et truffé de néologismes s’avérera inadaptable pour un public américain. Le projet revient donc dans le giron anglais et Peter Ustinov en rédigera une première version mais pris par d’autres projets il en délèguera l’écriture à son ancienne secrétaire Patricia Moyes qui le remaniera avec le producteur Hal E. Chester. Dans Noblesse Oblige le héros ne cherchait qu’à regagner un titre dont il s’estimait spolié mais s’en estimait légitime par son comportement arrogant. School for Scoundrels nous montre avec le malheureux Henry Palfrey (Ian Carmichael) un personnage pour qui lequel l’identité et la confiance en soi est entièrement à reconstruire.

Le scénario nous fait entrer de plein pied dans les années 60 où la figure masculine conquérante est à façonner dans une attitude détachée qui anticipe Alfie le dragueur (1966). Le titre suffisait à définir une supériorité naturelle dans Noblesse Oblige, mais à l’ère moderne il suffit simplement de mépriser l’autre, de chercher par tous les moyens à le dominer et l’écraser. Le gaffeur et naïf Henry Palfrey est totalement dénué de cet instinct et va subir toutes les humiliations possibles. Amoureux de la belle April Smith (Janette Scott), il se voit surclassé par son rival Raymond Delaney (Terry-Thomas) dont la désinvolture et la roublardise le place constamment en situation de faiblesse. Le frêle et gauche Henry ne peut soutenir la comparaison avec le mâle alpha que symbolise Raymond, s’immisçant dans son rendez-vous galant et draguant impunément April sous ses yeux ou plus tard le dominant outrageusement durant un match de tennis. Robert Hamer établit ce statut dominant/dominé par l’image et par le verbe. Durant dîner au restaurant, la gestuelle assurée de Raymond enlaçant April s’inscrit dans le cadrage mettant immédiatement Henry en retrait dans la disposition des personnages à table. 

Le montage construit un quasi tête à tête de Raymond et April avec en contrechamps un Henry à l’écart qu’on pourrait presque croire situé à une table différente, intrus à son propre rendez-vous amoureux. L’art de l’éloquence joue aussi, Henry perdu face à la carte des vins et menus devant laisser le choix à Raymond connaissant la signification de tous les termes imagés désignant les mets. Cette assurance autorise ainsi une audace méprisante pour Raymond qui après avoir parasité le rendez-vous fait payer la note à Henry et repart avec April ! On aura la même approche durant la scène du match de tennis où par les mots, la façon de se mouvoir et l’assurance méprisante Raymond déstabilise notre héros. Robert Hamer écrase Henry dans sa mise en scène, soleil dans les yeux, mettant toutes ses balles out et forcé de courir comme un dératé tandis que le contrechamps nous montre un Raymond stoïque, renvoyant chaque balle avec un minimum d’effort et outrageusement avancé dans le carré de service. Cette faiblesse se traduira aussi au quotidien durant des scènes aussi drôles que pathétique où Henry sera tour à tour soumis à son propre comptable (Edward Chapman), victime de vendeurs de voitures arnaqueurs et incapable de s’imposer pour obtenir une table au restaurant.

Si le meurtre était nécessaire pour reconquérir son honneur dans l’Angleterre Victorienne de Noblesse Oblige, au XXe siècle il suffit de s’adjuger une sorte d’ancêtre du coach avec Alastair Sim endossant carrément le rôle de Stephen Potter, directeur de la «School of Lifemanship ». Les scènes d’apprentissages sont hilarantes et assez glaçante puisqu’il n’a pas juste question d’être à l’aise en société mais d’en être le centre d’attention en écrasant l’autre par tous les moyens. Les stratagèmes s’appliquent ainsi autant à éliminer un rival trop éloquent, faire perdre ses moyens à un adversaire en pleine partie de billard ou encore avoir le mot juste pour alléger une femme de sa robe et l’emmener jusqu’à sa chambre. Alastair Sim par sa présence charismatique et malicieuse rend bien toute la subtilité sournoise de l’art du Gamesmanship, notamment une mémorable première entrevue avec Henry. Tout l’art de plier un esprit faible par les mots (Potter passant de « Monsieur Palfrey », « Palfrey » puis un familier « Henry » au fil de son ascendant dans la conversation), le langage corporel et le regard avec en point d’orgue Henry s’excusant d’oser redemander son propre stylo que Potter s’était approprié. Une leçon de mépris magistrale filmé avec un brio sobre et précis par Robert Hamer. 

La dernière partie est assez jubilatoire avec la mise en pratique des préceptes par un Henry s’avérant un disciple surdoué. Robert Hamer retourne tous les partis pris évoqués précédemment pour cette fois servir la revanche d’Henry, notamment l’éloquence (pour se payer les vendeurs de voitures escrocs) et l’attitude dédaigneuse et supérieure pour ramener le comptable à son statut d’employé servile et craintif. C’est bien sûr le retour de bâton face à Raymond qui sera la plus jubilatoire. Henry brise son adversaire en mettant à mal son assurance tranquille (par l’attente forcée qu’il lui fait subir), en fissurant ses signes extérieurs de virilité avec son bolide mis en pièce et en titillant sa jalousie par un habile mensonge. Là aussi cette bascule passe par l’image avec ce significatif moment où Henry domine du haut de son balcon un Raymond en bas, levant la tête pour lui parler en contre-plongée. 

Ainsi sorti de ses gonds par cette série de viles astuces, le match de tennis s’avère une cruelle leçon pour Raymond. Robert Hamer n’ose cependant pas aller jusqu’à l’extrême noirceur de Noblesse Oblige où la fin justifiait les moyens (malgré un semblant de pirouette morale finale), et si le Gamesmanship s’avérera une tout aussi redoutable arme de séduction, la sincérité et l’amour évite de sombrer dans le cynisme le plus total. Réellement amoureux, Henry vacillera au moment de faire de son aimée sa « chose ». L’interprétation évite de donner une dimension moralisatrice à ce final. Ian Carmichael habitué à jouer les benêts chez les frères Boulting (Private's Progress, 1956), Après moi le déluge (1959), Heavens Above (1963)) amène ici une vulnérabilité attachante qui l’éloigne de ses emplois d’ahuris, Terry-Thomas revisite sa figure de calculateur là aussi bien exploité par les Boulting et le grand Alastair Sim est une fois de plus génial en mentor espiègle. Il est bien dommage que ce fut le dernier film de Robert Hamer, encore jeune mais fauché par son alcoolisme notoire (une partie du film sera tourné par Cyril Frankel et Hal E. Chester) tant cette réussite trouve sa place dans sa courte mais passionnante filmographie. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa 

Extrait

 

jeudi 18 juin 2015

À cor et à cri - Hue and Cry, Charles Crichton (1947)

Joe Kirby, 15 ans, est un lecteur assidu du journal The Trump, et notamment des bandes dessinées policières qui y figurent. Un jour, dans la rue, tout en lisant sa revue, il remarque une plaque d'immatriculation en tout point similaire à celle de l'aventure qu'il est en train de lire. Son imaginaire débordant, et l'esprit aventureux de ses camarades de bande, vont le convaincre qu'une association criminelle se cache derrière cette publication d'apparence anodine, et que c'est à lui de résoudre le mystère !

La Ealing jusque-là un studio à la production versatile ne deviendra le terreau de la comédie anglaise qu’avec le succès de Passeport pour Pimplico (1949). Hue and cry est une œuvre de transition qui précède ce changement, aventure policière enfantine plutôt que pure comédie, le film annonce cependant le mélange de satire sociale et contexte réaliste qui fera le sel des meilleurs comédies Ealing. Le lien se fait par la présence du scénariste T.E.B. Clarke, à l’œuvre sur Passeport pour Pimplico et d’autres grandes réussites du studio comme De l’or en barre (1951) ou Tortillard pour Titfield (1953).

Le jeune Joe Kirby (Harry Fowler), féru des bd policières du journal The Trump va un jour constater les étranges similitudes entre des éléments de son quotidien et les trames criminelles de sa revue. En effet, la plaque d’immatriculation des voleurs de l’histoire qu’il lit passe sous ses yeux à sa plus grande stupeur. La bascule de la fiction au réel se fait symboliquement en reproduisant à l’image une bulle de bd signifiant l’imaginaire débordant de Joe dont les aspects vont pourtant bien se retrouver dans la trame policière du récit. Les criminels usent en effet des récits policiers pour échanger des messages codés quant à la préparation de leurs futurs méfaits. Forcément seuls les jeunes lecteurs seront capables de détecter la supercherie et, pas pris au sérieux par les adultes vont devoir jouer les détectives en herbes. Les futurs films du Free Cinema mettant en scène les angry young men au début des 60’s montraient de jeunes adultes en rébellion contre une société résignée et endormie après l’expérience des privations de la guerre. 

Hue and cry anticipe presque cela avec ses enfants dénigrés par les adultes quels qu’ils soient (policiers, parent) tous plus préoccupés à survivre qu’à observer ce qui se passe autour d’eux. Ce traumatisme de la guerre imprègne le récit, autant dans la caractérisation des enfants (le traumatisme du Blitz se devinant lorsque le jeune Alec s’amuse longuement à imiter les bruits de fusillades et de bombardements d’avions) que dans l’arrière-plan du film et ce Londres en reconstruction et parcourus de ruine. Un terrain de jeu idéal pour nos chérubins et qui fait presque basculer le film dans un néoréalisme à l’anglaise, sauf que l’ensemble est abordé de manière ludique avec ce jeu de piste trépidant à travers Londres. Le film est ainsi une réponse aux inquiétudes d’alors des adultes envers ses jeunes sauvageons livrés à eux même dans les ruines, mais au contraire T.E. Clarke annonce déjà les communautés isolés et vaillantes des productions Ealing à venir avec ce groupe de détective en herbe.

Cette imagerie documentaire se conjugue à celle d’un vrai film noir (parfois dans la même séquence comme lorsque les enfants filent Miss Davis dans le quartier de Holborn en travaux), l’aspect ludique de l’ensemble n’empêchant pas les vrais moments inquiétant. Tant que le doute règne cela peut être désamorcé comme la pure ambiance gothique de la première rencontre avec l’écrivain incarné par Alastair Sim, ce dernier se déchargeant d’ailleurs de toutes responsabilités comme tous les adultes du film (dans une même logique tous les criminels sous-estimeront l’astuce des enfants). 

Les atmosphères urbaines se font diablement oppressantes et ténébreuses, notamment une traversée des égouts où ressurgissent toutes les terreurs enfantines. Les truands aux mines patibulaires son mis en image de la façon la plus outrées, grotesques (dans cet esprit bd) mais aussi inquiétantes dans les effets expressionnistes de Charles Crichton. 

Les gamins, gouailleurs et débrouillards sont très attachants et débordants de naturel, en particulier Joe interprété avec une fougue communicative par Harry Fowler. Crichon rend chacun immédiatement identifiable qu’ils soient nommés ou pas en capturant une bouille poupine, une attitude. Cette idée culmine lors du mémorable final où une véritable armée de gamins va se dresser face aux criminels dans un joyeux esprit d’entraide au cours d’une bagarre homérique (le score de Georges Auric prenant de beaux élans épiques). 

L’ultime face à face entre Joe et le chef des bandits dans un immeuble éventé offre d’ailleurs la fusion parfaite entre cette approche réaliste et la stylisation d’un décor dans un pur objectif de suspense. Le geste victorieux signifiera d’ailleurs de fort belle manière la prise en main de la jeune génération. Un sacré bon moment que ce Club des Cinq londonien.

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa

mercredi 18 mars 2015

The Happiest Days of Your Life - Frank Launder (1950)

Suite à un bombardement lors du Blitz de Londres, l'école de garçons de Nutbourne doit subitement accueillir les élèves de St Swithin, école pour filles. Cette erreur administrative, considérée comme une catastrophe par la direction, fera la joie de certains...

Le duo formé par Frank Launder et Sidney Gilliat s’était au départ fait connaître dans le thriller en signant le scénario d’Une femme disparait (1939) d’Alfred Hitchcock puis en en réalisant le brillant décalque avec Train de nuit pour Munich (1940). Partageant parfois la réalisation ou se répartissant le plus souvent la mise en scène, le scénario et la production les duettistes montrèrent pourtant le meilleur de leur talent à travers des vignettes où ils posaient un regard juste et attachant sur l’Angleterre et ses évolutions sociales. Cela se fit tout d’abord à travers le mélodrame et le prisme de la guerre avec beau récit d’émancipation féminine dans Ceux de chez nous (1943) où une jeune fille quittait son foyer pour participer à l’effort de guerre en usine. C’est l’imagerie du couple ensuite qui serait ébranlée avec une rocambolesque histoire d’adultère sur fond de Blitz avec Waterloo Road (1945). Le tandem crée sa société de production en 1945 et la suite de leur carrière s’orientera plus franchement vers la comédie, sans pour autant remettre en cause leurs préoccupations sociales comme le montre The Happiest Days of Your Life.

Bien que sorti en 1950 et que la nature contemporaine du cadre du film ne soit jamais clairement indiquée, on peut estimer que l’histoire se situe encore durant la guerre ou du moins l’immédiat après-guerre. Le postulat relève ainsi de situations souvent rencontrées lors du Blitz avec ce rapprochement forcé entre une école de garçons et de filles pour une mixité inédite et alors immorale. Le scénario de John Dighton – fameux dramaturge et scénariste anglais auquel on doit les classiques Ealing Noblesse Oblige (1949) et L’Homme au complet blanc (1951) – place certes le prétexte de l’erreur administrative pour l’imbroglio mais plusieurs éléments inscrivent le film dans un contexte proche de la guerre comme la photo de Churchill trônant dans le hall de l’école ou ce nouveau professeur d’anglais fraîchement démobilisé. 

L’Angleterre d’alors est en pleine mutation, entre respect des traditions qui ont permis l’unité du pays dans les épreuves mais aussi velléités d’ailleurs et de changement justement après ces épreuves. Un reproche que l’on pourrait faire au film est de mettre les enfants et adolescents très en retrait, simples figures mutines dont on n’exploite pas toute la tension sexuelle des premiers émois que provoquerait ce rapprochement. Mais en fait le sexe opposé est finalement un camarade de jeu comme un autre pour les plus jeunes et chez les adolescents cette promiscuité signifie une première initiation au marivaudage innocent. La guerre des sexes ne jouera pas contrairement à la screwball comedy américaine sur le tourbillon amoureux mais plutôt en opposition à la tradition. Forcément le film tourne donc autour des chantres de cette tradition avec le directeur de l’école de garçon Wetherby Pond (Alastair Sim) et celle de l’école de fille Miss Whitchurch (Margaret Rutherford).

Ils représentent chacun à leur manière une vieille Angleterre dépassée et coincée qui malgré leur différence se rapprochent dans leur gêne extrême et leur crispation face à toute promiscuité garçon fille. Dans un savoureux montage alterné, Launder les montre ainsi égaux dans leur idéologie poussiéreuse. Pond, directeur de son établissement depuis quinze est ainsi raillé en douce par ses collègues tant il est pétri d’une routine immuable qu’il ne faut surtout pas perturber. A l’inverse Miss Whitchurch est une figure énergique et autoritaire mais dont le féminisme de façade se rapproche en fait d’une vision passéiste. On devine que l’éducation qu’elle envisage pour ses élève est surtout une préparation au mariage : être une bonne ménagère (les cours de cuisine et de tricot), entretenir un corps sain et surtout ne pas approcher un homme avant d’avoir tissé des liens plus sacrés et officiels avec lui. 

Rien pour stimuler l’intellect, cet aspect tout comme la compagnie masculine étant tuée dans l’œuf lors de la scène où elle expulse un professeur homme profitant d’un cours de littérature pour réciter un extrait de Roméo et Juliette à sa jolie collègue. Un comportement inadmissible devant les élèves évidemment. On rit donc beaucoup de l’affrontement entre les deux personnages, Alastair Sim étant hilarant de machisme blasé. La féminité qui envahit son école est comme un virus qui le crispe et l’atterre, ce dégout amenant même une amusante dimension homoérotique par certaines répliques trop véhémentes par leur désir de rester « entre hommes ». Margaret Rutherford n’est pas en reste avec un langage truffé d’expression désuètes, son mépris devant le contenu d’une alcôve masculine (magasine et photo de charmes et ultime horreur un exemplaire des Mémoires de Casanova) et le regard à l’affut de la moindre trace d’indécence.

C’est en partant d’eux que Frank Launder tisse le désordre de cet établissement surpeuplé et bruyant, multipliant les situations hilarantes avec des scènes de classe totalement décalées dans leur déroulement comme dans leur environnement –cours de grammaire dans le va et vient du hall, de math à l’extérieur pour les garçons alors que les filles font du sport et forcément font tourner les regards. Le tout culmine lors du charivari final où il s’agit de dissimuler aux parents d’élèves et inspecteurs en visite la situation scandaleuse de l’école sous peine de sanctions.

Montage alterné alerte, gag de répétition grandiose (la jeune fille recroisant ses parents dans toutes les classes) et rythme alerte font tout le sel de ce climax éreintant. Au final l’Angleterre semble totalement accepter le changement dans la conclusion, condamnant ses fossiles à l’exil. Le film sera un des grands succès de l’année au box-office anglais mais en prépare un autre bien plus immense encore. Quatre ans plus tard, Frank Launder adaptera les comics strip de Ronald Searle (responsable du générique dessiné de Happiest days of your life) avec The Belle of St Trinians, un pendant plus fou extravagant et outrancier de ce galop d’essai paisible et bon enfant.

Sorti en dvd zone 2 français chez Tamasa

mercredi 4 mars 2015

London Belongs to Me - Sidney Gilliat (1948)

A la fin des années 30, une maison du South London accueille des pensionnaires variés. Les jours s’égrènent paisiblement jusqu’à ce que l’apparition d’un médium et l’arrestation pour meurtre du fils d’une pensionnaire ne viennent perturber la vie des habitants.

London Belongs to Me est un beau film choral offrant une sorte de photographie nostalgique de l'Angleterre d'avant-guerre et plus précisément de la classe moyenne. Adaptant le roman de Norman Collins, le scénario concentre sa description de ce microcosme dans un quartier de Londres au 10 Dulcimer Street. A travers les différents personnages et situations dépeintes, le ton oscillera ainsi entre le drame, la comédie voir le film noir avec un équilibre constant. Vont donc s'entremêler la romance de la logeuse et veuve Mrs Kitty (Joyce Carey) avec le médium un peu escroc Mr Squales (Alastair Sim), un couple de retraité Josser (Fay Compton et Wylie Watson) rêvant de se retirer à la campagne et les amours de leur fille (Susan Shaw) et surtout la dérive criminelle du jeune garagiste Percy Boon (Richard Attenborough). L'histoire se déroule entre noël 1938 et septembre 1939 soit l'engagement de l'Angleterre dans la Deuxième Guerre Mondiale. Cette situation internationale se dégradant dangereusement s'inscrit en filigrane bien éloigné des préoccupations des personnages, simple exprimé par l'excentrique alarmiste Uncle Henry (Stephen Murray).

Sidney Gilliat se rattache donc à une forme d'innocence de ses héros encore centrés sur leurs petits soucis quotidiens, tout en anticipant certains comportements futurs, positif comme négatif. L'attachement des habitants à ce Londres bientôt soumit aux rigueurs du Blitz s'expriment donc avec les charmants retraités (très touchante scène de départ d Mr Josser) ne se décidant pas à choisir ce cottage signifiant un départ, la débrouillardise et le système D nécessaire avec la truculente pique-assiette Connie Coke (Ivy St Helier)et les escrocs en tout genre et la criminalité que fera naître le marché noir se dévoile avec Percy Boon. Modeste garagiste vivant avec sa mère, Boon cède à l'argent facile en retapant des voitures volées et ce sera l'escalade tragique lorsqu'il tentera d'en voler lui-même puis sera l'auteur involontaire d'un meurtre.

Avec Richard Attenborough dans ce rôle, impossible de ne pas penser à l'infâme Pinky qu'il campa l'année précédente dans Le Gang des Tueurs. Pinky semblait être la résultante glacial d'une vie criminelle durant la guerre, Percy peut être vu comme le même personnage encore aux prémices de sa "carrière", encore maladroit et hésitant dans ses méfait. Le scénario sans négliger sa lâcheté et faiblesse de caractère en fait néanmoins un être attachant pris dans une spirale criminelle malgré de bonne intention. Richard Attenborough lui apporte toute sa présence fébrile et hallucinée avec le talent qu'on lui connaît. L'histoire du faux médium amène un comique bienvenu, Alastair Sim étant comme souvent génial entre cynisme et charme obséquieux et les scènes de romance avec la logeuse crédule sont tordantes de candeur feinte.

Visuellement Sidney Gilliat fait preuve d'une belle inventivité pour s'adapter aux ruptures de ton du film. La lente escalade criminelle de Boone se fait dans une ambiance urbaine ténébreuse et de plus en plus oppressante (saisissante scène nocturne sur la route) grâce à la photo somptueuse de Wilkie Cooper qui fait aussi des merveilles dans le gothique pour rire des scènes de spiritisme ou les scènes oniriques digne du meilleur polar psychanalytique américain. Le réalisme et une certaine urgence plus documentaire se révèle aussi dans la description des clubs clandestins vivant au rythme des descentes de police.

Au final le regard est très bienveillant (dans la lignée positive de tous les films abordant plus directement la Deuxième Guerre Mondiale du point de vue des civils du duo Launder/Gilliat comme le magnifique Millions Like Us (1943) ou Waterloo Road (1945)) avec notamment un élan de solidarité final un peu moqué dans sa symbolique collective (la marche et la pétition) mais très touchant dès qu'il se rattache à l'intime (le renoncement des Josser à leur cottage pour une bonne cause). Une belle œuvre chorale et une réussite de plus pour l'association Sidney Gilliat/Frank Lauder.

Sorti en dvd zone 2 anglais chez ITV et doté de sous-titres anglais et sinon pour les anglophones le film est entièrement sur youtube dans une belle copie (la même que celle du dvd

mercredi 20 août 2014

La Grande Escalade - Climbing High, Carol Reed (1938)

Diana (Jessie Matthews) trouve un travail dans une agence de mode. Elle y fait la connaissance d’un riche et galant jeune homme, Nicky (Michael Redgrave) qui tombe immédiatement sous son charme. Afin de la séduire, il prend un pseudonyme pour travailler avec elle. Mais cette attention toute particulière du jeune homme attise la jalousie de sa prétendante la plus éprise : Lady Constance (Margaret Wyner), bien décidée à mettre le grappin sur le playboy, uniquement pour son argent.

La Grande Escalade est le septième film de Carol Reed et témoin de cette première période où il cherchait encore son style à la fin des années 30. La chronique douce-amère Week-end sortie en cette même année 1938 est donc bien éloignée des thrillers expressionnistes qui feront sa renommée. La Grande Escalade montre que le réalisateur aurait également pu avoir un bel avenir dans la comédie – même si certains de ses classiques n’en sont pas dépourvus comme Notre Agent à la Havane (1959) – tant cette tentative de screwball comedy à l’anglaise est enthousiasmante.

Le rythme, l’extravagance des gags et le ton évoque l’essence américaine du genre mais le film garde une profonde identité anglaise par la nature de son couple antagoniste. Nicky Brooke (Michael Redgrave) est un beau et riche sportif revenu vivre en Angleterre où il subit les assauts de jeunes femmes en quête de bon parti et notamment Lady Constance (Margaret Wyner), aristocrate fauchée le pressant pour un mariage. A l’opposé, la jeune Diana (Jessie Matthews) se débat pour subsister, pressée notamment par son propriétaire pour ses loyers en retard et va devoir rapidement se trouver un travail en compagnie de ses farfelus colocataires dont le communiste acharné Max (Alastair Sim). Le premier contact est rude puisque Nicky au volant de sa rutilante voiture va renverser Diana.

La fille des classes populaires à pied et le nanti en voiture, l’esprit de lutte des classes typique de la société et donc du cinéma anglais se pose d’emblée notamment par la gouaille outrée de Diana s’opposant au flegme amusé d’un Nicky sous le charme. D’autres rencontres explosives auront lieu mais c’est précisément en pensant être finalement confrontée à un égal que Diana daignera s’intéresser à Nicky, ce dernier dissimulant son identité en se faisant passer pour un employé de la même agence de mode. Tous les opposent quand les évènements semblent le pousser dans les bras vilement intéressés de Lady Constance, celle-ci usant de toutes les ruses et stratagème pour forcer le mariage.

L’intrigue amoureuse déjà très plaisante en elle-même se voit dynamitée par les surprenantes ruptures de ton du film. La complicité entre Nicky et Diana se crée ainsi après un long et dantesque gag où un ventilateur surpuissant va entièrement dévaster le studio photo de l’agence. Un moment de folie qui annonce les écarts d’un Hellzapoppin (1941) et donne dans le burlesque le plus décomplexé où les protagonistes voltigent, sont emplâtrés, entartés et repeints par les vents tandis que la mine ahurie de Alastair Sim (un voleur de scène hors-pair) offre un contrepoint calme hilarant au chaos. 

Plus tard ce sera la rencontre en campagne d’un cantateur échappé de l’asile qui s’étirera dans un gag où il oblige notre couple à chanter jusqu’à l’épuisement. On peut ajouter à cette galerie de personnages allumés le frère canadien de Diane (joué par Torin Thatcher futur grand méchant attitré des productions Ray Harryhausen)  aux manières rustres et son exact opposé avec le directeur artistique frivole Gibson. Ces basculements peuvent se faire dans une direction étonnamment dramatique. L’arrivée du chanteur fou est filmée dans des angles menaçants par Reed avant que la nature de sa démence ne vienne désamorcer la tension et les conflits se résolvent dans une périlleuse scène d’escalade finale.

Reed fait preuve d’un sens du rythme et d’une inventivité constante et le film tient donc de bout en bout cet équilibre entre sensibilité anglaise et américaine. Jessie Matthews dans une de ses rares incursions hors de la comédie musicale déploie un abattage réjouissant et symbolise en quelque sorte cette énergie américaine tandis que Michael Redgrave offre un numéro de séducteur taquin qu’il connaît bien avec une classe toute anglaise. Une belle réussite, pleine de charme et entraînante.

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films

Extrait

mercredi 30 juillet 2014

The Belles of St. Trinian's - Frank Launder (1954)


A St. Trinian, un pensionnat de jeunes filles britannique où les jeunes élèves sont plus intéressées par les courses que par les livres, en même temps qu'elles essayent de trouver le meilleur moyen pour devenir riches rapidement.

Les pensionnats de jeunes filles anglaises, leurs uniformes, leurs discipline et soucis des bonnes manières préparant des élèves à devenir des Lady, toute cette imagerie bien connue se voit balayée avec fracas dans The Belles of St. Trinian's qui reste la plus grosse réussite commerciale du duo Frank Launder/ Sidney Gilliat. A l'origine on trouve une série de comic strip du célèbre dessinateur anglais Ronald Searle qui publierait les premiers dessins dépeignant les péripéties du pensionnat imaginaire de St. Trinian's en 1941 dans la revue Lilliput. L'auteur est mobilisé peu de temps après, officiant à Singapour durant la Deuxième Guerre Mondiale où il sera fait prisonnier et subira nombre de privations dans les camps japonais. A son retour en 1946 forcément sa vision du monde a changée et lorsqu'il revient à l'univers de St. Trinians le ton change radicalement pour se faire plus sombre avec des adolescentes rétives à l'autorité, délinquantes et à la sexualité précoce.

L'humour noir et la cruauté sont plus prononcés, certaines jeunes filles mourant dans d'horribles tourments suite à leurs mauvais penchants et fréquentations douteuse. Tout cela baignerait dans une imagerie esthétiquement respectueuses des collèges anglais tout en la dynamitant, Searle s'inspirant des célèbres Perse School for Girls et St Mary's School de Cambridge, ville d'origine de l'auteur où il a donc eu l'occasion de voir les passages bruyant des élèves. Searle tire donc son pastiche d'une vraie réalité, le nom de l'établissement imaginaire détournant d'ailleurs celui de la St. Trinnean's Girls' School d'Edimbourg où il fit ses classes en 1941 et croisa deux élèves particulièrement effrontées qui l'inspireront. 

Le succès de la bd devait rapidement intéresser le cinéma et en 1954, Frank Launder et Sidney Gilliat en acquièrent les droits, les deux signant le scénario tandis que Launder s'attèle à la réalisation. Le matériau original se voit parfaitement respecté et le film s'avère aussi drôle qu'irrévérencieux, le changement principal étant de faire passer tous les outrages par l'humour et en atténuant la noirceur. Symbole de ce virage, le double rôle absolument génial d'Alastair Sim qui joue à la fois la directrice Millicent Fritton ainsi que son frère et parent d'élève escrocs Clarence Fritton. Tout comme le village d'Astérix dans l'empire romain, le pensionnat de St. Trinians nous apparait comme un îlot de rébellion irrépressible et source de tourment pour le Ministère de l'éducation et plus généralement pour une Angleterre paisible. Avant de voir les élèves en action, on va d'abord les entendre dans une mémorable scène d'ouverture où elle font figure de ruche bourdonnante et terrifiant les quidams sur leurs passage, ces derniers se rendant compte après coup d'un de leur mauvais tour comme cet agent de gare attaché à un chariot de bagage.

Launder détourne aussi les codes du film d'horreur pour figurer l'épouvante que suscite les school girls en usant de la vision subjective pour le bus les transportant et avançant comme une menace indicible tandis que les commerçant du village voisin de la pension ferment boutique en panique comme avant un duel de western. Et une fois qu'elles apparaissent, c'est le chaos absolu, un ouragan de couettes, socquettes et jupettes qui transforment l'espace calme du pensionnat en véritable champ de bataille. On apprendra que le projet initial de la directrice Millicent Fritton était de créer un modèle d'éducation original et novateur et comme le soulignera un dialogue, d'ordinaire les jeunes filles issues de pensionnat ne sont pas préparées au monde extérieur et là au contraire ce sera le monde extérieur qui ne sera pas préparé aux furies de St. Trinian.

La description du quotidien de l'école est tout aussi tordant : on fabrique du gin de contrebande en cours de chimie, le cours d'histoire-géographie consiste à désigner les meilleures années et régions pour ce qui est des crus de champagne. Les professeurs sans salaires depuis des mois et coincés dans cette galère ont abandonnés la partie et l'école est au bord de la faillite. Le salut viendra avec l'arrivée d'une élève étrangère, la princesse Fatima (Lorna Anderson) dont le père souhaitait offrir le meilleur de l'éducation occidentale. Cette nouvelle élève va attirer les vautours et notamment Clarence Fritton (Alastair Sim) ayant un cheval en compétition dans le même challenge que celui du père de Fatima et qui tentera de soutirer des informations par sa propre fille Arabella (Vivienne Martin).

Parallèlement le Ministère de l'éducation (dont les deux inspecteurs dépêchés ne sont jamais revenus, on découvrira leur sort) tentera enfin de faire fermer St. Trinians en envoyant un policier infiltré en professeur pour mettre à jour les agissements douteux de l'établissement. Parmi les élèves va également se mener une redoutable partie d'échec entre les élèves, les plus jeunes et amis de Fatima ayant pariés sur la victoire du cheval de son père alors que les plus âgées soutiennent Arabella et les manigances de son père.

Le scénario est parfaitement équilibré pour entremêler ses différentes sus-intrigues tout en réservant son lot de dérapages et gags délirants. On aura entre autre une partie de hockey très particulière avec une école extérieure où nos teignes ont un lot d'astuces pour ne pas gagner dans les règles comme réduire la taille de leurs cages ou assommer l'arbitre. Alastair Sim est grandiose dans son double emploi, roublard et carnassier en père de famille gangster et hilarant avec cette Millicent Fritton à l'attitude précieuse et délicate mais ne manquant pas de pragmatisme pour exploiter à merveille les mauvais penchants de ses élèves.

Le seul défaut pourrait être le manque de caractérisation spécifique d'élève mais là encore Launder joue à fond de l'origine comic-strip de St. Trinians. Sans forcément retenir leur nom, on s'attache aux personnages à travers les vignettes de leur méfaits les plus mémorable, les bouilles enfantines se retenant plus vite par le gag et faisant ainsi filer l'intrigue à toute vitesse. Dans l'opposition même de caractère et de génération on constate même une grande fidélité aux cases de Ronald Searle.

Les plus jeunes (The Four Form, préadolescente et toute jeunes fillettes) sont les plus mignonnes et attachantes et se rapproche le plus du dessin originel de Searle dans sa première mouture de 1941 tandis que les plus âgées (The Six Form déjà femmes et pour certaines trop vieilles pour être encore accueillies dans le pensionnat) s'avèrent les plus dépravées, néfastes et dangereuses et correspondent à la seconde vision plus noire que donna le dessinateur de sa création durant l'après-guerre. Frank Launder trouve ainsi un prolongement amusé à certaines thématiques de ses films plus sérieux où il s'interrogeait sur le devenir de la société anglaise face aux conséquences de la guerre, que ce soit avec la jeune femme mobilisée de Ceux de chez nous (1943) ou le couple de Waterloo Road (1945). Ici c'est un questionnement sur la jeunesse pervertie par une enfance vécue sous l'ère du marché noir et des privations et qui prolongent cet état d'esprit des adultes dans le monde l'enfance.

Le constat pourrait être très noir d'autant que Launder ne censure guère la bd, les Six Form n'hésitant pas à jouer de leurs charmes pour parvenir à leur fin et la sexualité précoce et agressive étant bien appuyée dans leur attitude et poses lascives. C'est cependant la débrouillardise et le bagout des Four Form qu'on retient et c'est elles que l'on souhaite voir sortir gagnante, Launder parvenant à susciter tendresse et empathie notamment grâce à Alastair Sim reflétant ces deux facettes (la perversion et la tendresse "pratique") avec ses deux personnages, la plus mémorable étant bien sûr celles travestie en Millicent Fritton.

Courses-poursuites, rebondissements inattendus et trouvailles géniales peuvent donc exploser dans une dernière partie de haut vol où le pensionnat devient un véritable champ de bataille où circulent les individus louches en tout genre. L'équilibre parfait du film lui évitera les mailles de la censure anglaise malgré les multiples outrages et The Belles of St. Trinians sera le troisième plus gros succès de 1954 au box-office. Trois suites verront le jour (Blue Murder at St Trinian's (1957), The Pure Hell of St Trinian's (1960), The Great St Trinian's Train Robbery (1966)) toutes signées Frank Launder et Sidney Gilliat et contribuant à installer St. Trinian dans la culture populaire anglaise au point de générer deux tentative de revival récent avec St Trinian's (2007 et où Rupert Everet reprend le flambeau de Alastair Sim) et St Trinian's 2: The Legend of Fritton's Gold (2009). Un classique de la comédie anglaise toujours aussi drôle en tout cas et très tenté d'attaquer toutes les suites.

Sorti en bluray anglais chez Studio Canal et doté de sous-titres anglais

Extrait : They're back !!!!