Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram
Pendant la Seconde Guerre mondiale, sur une île en Grèce,
un camp de prisonniers de guerre alliés est dirigé par le major Otto Hecht, un
Autrichien anti-nazi auparavant marchand d'art. Le travail des prisonniers
consiste à déterrer des trésors archéologiques, normalement destinés à
l'Allemagne, mais dont les plus belles pièces sont en fait revendues au marché
noir par le Major. Les prisonniers sont bien traités mais s'allient néanmoins
avec la résistance grecque pour prendre le camp et attaquer un monastère
transformé en base secrète de lancement de missiles.
Bons baisers d’Athènes est une superproduction
agréable et opportuniste dans sa manière de naviguer entre les genres et les
époques dans ses différentes composantes. C’est un projet résultant du succès
de L'aigle s'est envolé de John Sturges (1976) solide film de guerre
financé par la compagnie ITC Entertainment de Lew Grade et produite par David
Niven Jr (fils de l’acteur David Niven) et Jack Wiener. La même équipe décide
donc de remettre le couvert avec une nouvelle superproduction sur fond de
Deuxième Guerre Mondiale, avec cette fois à la mise en scène le nouveau venu
George Pan Cosmatos ayant montré ses aptitudes à la fois dans un récit dramatique
à contexte historique (SS Représailles (1973)) et surtout dans un récit
spectaculaire avec le film catastrophe Le Pont de Cassandra (1976).
Le casting hétéroclite témoigne du grand brassage plus ou
moins réussi que tente le film. On y trouve David Niven (ravi de contribuer à
une production de son fils) en caution du vieil Hollywood, à l’inverse Elliott
Gould ramenant clairement sa persona rigolarde de MASH (1970), Roger
Moore soit James Bond himself en faux antihéros retrouvant bien vite ses vertus
héroïques, Richard Roundtree en caution Blackploitation, Telly Savalas et
Claudia Cardinale, Sonny Bono dans un rôle farfelu qui aurait pu être tenu par
Topol. Le film surfe sur une sorte de revival du film de commando à la fin des
années 70 avec des productions comme L’Ouragan vient de Navarone de Guy
Hamilton (1978) – suite de Les Canons de Navarone de Jack Lee Thomson
dans lequel jouait David Niven qui revient dans cette même région grecque pour
Bons baisers d’Athènes-, Les Oies sauvages d’Andrew McLaglen ou
justement L’Aigle s’est envolé – et reprend les codes du genre dans l’introduction
en situation et stylisée de chacun des protagonistes.
Il s’inscrit aussi durant
sa première partie dans la tradition du film de camp de prisonnier, osant par notamment
quelques clins d’œil audacieux avec ce caméo de William Holden (en visite sur
le tournage pour voir sa petite amie Stéphanie Powers) reprenant son rôle de
prisonnier du Stalag 17 de Billy Wilder (1950). Les quelques moments de
quotidien capturés lorgnent ainsi sur cet aspect (on pensera forcément aussi à La
Grande évasion (1963)), sur fond de pillage d’œuvre d’art par les nazis, mais
le ton un poil trop décontracté se rapproche dangereusement d’une série comme Papa
Schultz.
L’ancrage humaniste et dramatique repose ainsi davantage sur
le peuple grecque avec nombres d’exécutions arbitraires effectuées par les
troupes allemandes en pleine ville. L’interprétation pleine de conviction de
Telly Savalas (davantage que celle de Claudia Cardinale tenancière de maison
close soutirant des informations aux clients allemands) suffit à instaurer une
vraie implication. La plus-value du film repose vraiment sur sa facture
spectaculaire, exploitant superbement son décor de Rhodes dans le contemplatif
(les nombreux et majestueux plans aériens filmés en hélicoptère) et l’action
dont une impressionnante course-poursuite à moto dans la ville.
Les ruptures de
ton et les changements de genre ne fonctionnent pas toujours, notamment la
chasse au trésor puis la super base nazie et le compte à rebours à la James
Bond mais l’ensemble constitue un très solide divertissement durant lequel on
ne s’ennuie pas. Il ne manquait pas grand-chose pour une profondeur plus
marquée et une certaine subtilité (le parallèle entre la rédemption de l’officier
allemand joué par Roger Moore et le cynisme intéressé d’Elliott Gould) mais là
n’était pas l’objectif.
Jeune femme indépendante qui cherche à
faire carrière dans le journalisme, Miss Winter (Diana Rigg) enquête sur
une entreprise assez spéciale : le bureau des assassinats. Elle vend
son projet d’article au propriétaire d’un gros journal anglais Lord
Bostwick (Terry Savalas) et se fait passer pour le commanditaire d’un
assassinat pour rencontrer le directeur du bureau, un certain Ivan
Dragomiloff (Oliver Reed). Celui-ci est quelque peu surpris quand il
apprend l’identité de la victime, mais accepte la mission au nom du
bureau.
Basil Dearden signe un divertissement de haute volée avec The Assassination Bureau,
drôle, trépidant et classieux. Le film a pour origine un roman inachevé
de Jack London, dont l'ami et auteur Sinclair Lewis lui suggéra l’idée
d'un récit traitant d'une société secrète d'assassin. Jack London se
lança donc en 1910 mais, incapable d'en donner une conclusion
satisfaisante mis le roman de côté pour un temps et celui-ci resta
inachevé à sa mort en 1916. Bien plus tard en 1963, l'auteur Robert L.
Fish se basant sur des notes de Jack London achève le roman qui peut
enfin paraître.
En ces 60's pop marquée par le succès des James Bond,
une adaptation est rapidement mise en route par le producteur Michael
Relph qui convoque pour le mettre en scène son vieil ami Basil Dearden
dont il fut le directeur artistique sur de nombreux films à la Ealing
comme Au cœur de la nuit(1945) ou Saraband for Dead Lovers
(1948). Marqué par ses créateurs de renom, le film marquera donc une
première rupture avec le roman en se déroulant en Europe plutôt qu'aux
Etats-Unis et étant bien plus marqué par un certain esprit british.
Le
récit conjugue habilement questionnement moral, réflexion sur la
féminité et un jeu astucieux sur le contexte politique européen explosif
de l'avant Première Guerre Mondiale. Comme le montre un hilarant pré
générique, l'assassinat est plus matière à ridiculiser la maladresse ou
la virtuosité des tueurs officiant plus par l'amour du sport que par
volonté politique. C'est la vertu détachée de l'Assassination Bureau
dirigé par Ivan Dragomiloff (Oliver Reed), pour peu que la cible ait eu
des agissements répréhensibles et que le cachet soit lucratif. Cette
ambiguïté morale va le rattraper lorsque l'apprentie journaliste Miss
Winter (Diana Rigg) remonte la piste du Bureau pour commanditer son
propre meurtre. Ivan par amour du jeu relève le défi et se voit traqué à
travers l'Europe par ses anciens collègues mais la manœuvre cache un
complot plus vaste.
Le ton ludique conjugué à une narration enlevée et
pleine de rebondissements fait passer tous les écarts (notamment
narratifs voir la facilité avec laquelle Miss Winter infiltre le Bureau
même si on aura une explication)) grâce à la richesse du propos sous la
légèreté. Cela passe notamment par une délicieuse Diana Rigg. Miss
Winter est une jeune femme portée par sa seule ambition et velléités
féministe, dont la rigueur morale et le désintérêt pour la frivolité
relève plus du manque de vécu. Révoltée par le principe de
l'Assassination Bureau, elle va pourtant user d'un procédé douteux pour
le démanteler et tirer un bon sujet d'article par la même occasion.
Suivant bien malgré lui Ivan dans son périple à travers l'Europe où il
essaie de devancer ses poursuivants, Miss Winter va bientôt vaciller en
tombant amoureuse de lui.
Chaque étape et pays visité permet
d'aborder une ambiance et une tonalité différente incarnée notamment par
le tueur auquel se confronte nos héros. Le Paris libertin de la Belle
Epoque nous vaudra une visite dans une rutilante maison close dirigée
par le vénal Lucoville (Philippe Noiret). Le décor pétaradant joue
autant du fantasme que l'on se fait de cette période que de l'esthétique
pop et de la liberté de ton des 60's avec ces jeunes filles courte
vêtues, la manière dérobée dont on accède à ses lieux de plaisirs.
Oliver Reed se situe l'humour en plus dans le sillage du Love de Ken
Russell avec des personnages élégants et loin des rôles de rustres qui
l'on fait connaître. Il associe cette classe à un transformisme à la
Arsène Lupin et une présence virile à la James Bond qui le rend
irrésistible dans les différents stratagèmes qu'il monte pour méduser
ses poursuivants.
On s'amuse beaucoup de la complicité naissante avec
une Miss Winter qui se déride au fil de l'aventure et de ses propres
mésaventures. Diana Rigg alterne avec brio ingénuité (notamment durant
les scènes avec un Telly Savalas qu'elle recroisera cette même année
dans le grandiose Au service secret de sa majesté),
présence sexy et forte personnalité. La scène où elle se retrouve en
petite tenue, subit une rafle policière et garde tant bien que mal sa
dignité en réclamant l'ambassadeur anglais est un régal. Cette
vulnérabilité et féminité subie devient naturelle au fil du récit, sa
vision se faisant moins binaire avec les sentiments naissants pour Ivan.
Là encore de jolis moments (la scène où elle cherche une bombe dans sa
chambre où celle où elle sauve Ivan en oubliant son investissement
initial) vienne ponctuer la transformation dans les attitudes plus
séduisantes et la présence de plus en plus sexy de Diana Rigg.
Même
si l'on traverse une sorte d'Europe décalée à la Tintin (passant par
Venise, Vienne ou Paris) le sujet est intéressant dans son enjeu voyant
l'assassinat revêtir des vertus politique en vue de manipulation en
cette ère pré Première Guerre Mondiale. Ivan est presque le garant d'une
époque plus morale et insouciante malgré son statut d'assassin tandis
que les adversaires seront des adeptes du complot et du chaos. Cette
vilenie ordinaire est parfaitement représentée par la veuve pulpeuse
qu'incarne Annabella Incontrera. Michael Relph offre une splendide
direction artistique parfaitement mise en valeur par Dearden avec des
visions chatoyantes de cette Europe reconstituée à Pinewood, appuyant
sur un faste et un rococo dont l'éclat cherche à masque le danger tapis
dans chaque recoin (le face à face entre Ivan et Annabella Incontrera
dans le somptueux palais vénitien).
Trépidant de bout en bout, le film
s'offre même un final sacrément spectaculaire entre James Bond rétro et
steampunk avec un long affrontement en Zeppelin lourdement armé. Dearden
joue autant des intérieurs tortueux de l'engin que des visions
impressionnantes le montrant avancer et vaciller dans les airs. Les
transparences sont certes assez voyantes mais c'est mis en scène avec un
tel panache qu'on reste bien accroché. Seul regret le scénario retrouve
un semblant d'élan machiste (alors que c'était parfaitement équilibré
jusque-là) en ne faisant pas réellement participer Diana Rigg au
sauvetage final même si cela vaudra un bon dernier gag. Un thriller et
film d'aventures originale et ludique épatant donc, bonne surprise.
Sorti en dvd zone 1 Warner Archive et doté de sous-titres anglais
L'agent secret 007 est
appelé à la rescousse pour mettre un terme aux malversations d’Ernst Stavro
Blofeld, le chef du SPECTRE. Ce dernier tente de mettre au point un virus qui
mettrait un terme à toute vie végétale sur la planète. Dans son enquête, James
Bond tombe amoureux de Tracy, la fille d’un chef de réseau criminel qui peut
lui fournir des informations. Entre un sentiment tout nouveau pour lui et la
course poursuite qui s’engage contre le SPECTRE, Bond risque bien de perdre
beaucoup plus que sa vie...
Sean Connery las d’être associé au personnage et au sortir
du tournage marathon d’On ne vit que deux fois (1967) avait annoncé sa décision de ne plus interpréter le personnage.
On y vit la fin obligatoire de la saga mais Cubby Broccoli et Harry Saltzman ne
l’entendaient pas de cette oreille, James Bond pouvant survivre à cet
emblématique interprète avec un nouvel acteur. La préparation pour l’opus
suivant, le maintes fois reporté Au
service secret de sa majesté (initialement prévu après Opération Tonnerre (1965) mais retardé à cause de la météo sur les
sites montagnards où devaient se dérouler le tournage) est d’ailleurs déjà
entamée avec Peter Hunt, monteur de tous les opus précédent qui gagne du galon
en passant à la réalisation. La production en plein doute va faire son choix
pour un inconnu sans expérience mais doté d’un atout des plus rassurant :
il a un air de ressemblance avec Sean Connery. George Lazenby, mannequin
australien exilé en Angleterre ne s’y trompe pas avant d’auditionner. Il se
rend chez le même tailleur que Connery et fera réajuster à ses mesures un
costume oublié là par la production et se rendra chez le coiffeur pour se faire
faire la même coiffure. Fort de cette belle allure et après s’être montré
particulièrement convaincant lors des essais de scènes d’actions (n’ayant
jamais fait de cinéma, il ne retient pas ses coups et casse le nez d’un
cascadeur !) il est définitivement choisit malgré son inexpérience car le
tournage est imminent. Pour accompagner l’inconnu on installera un casting fort
avec Diana Rigg en James Bond Girl, Telly Savalas reprenant le rôle de Blofeld.
Considéré comme le plus abouti, Au service secret de sa majesté fut le premier roman écrit par Ian
Fleming après le début de la saga cinématographique. Du coup il y tint compte
des caractéristiques de Sean Connery en ajoutant des origines écossaises à Bond
et en faisant de nombreux clins d’œil aux films dans son intrigue. On retrouve
cela dans l’adaptation, que ce soit furtif (ce balayeur qui sifflote le thème
de Goldfinger (1963)) ou plus
explicite avec le générique constitué d’images des films précédents ou cette
scène où Bond vide son bureau des objets de ses anciennes mission avec la
légère ponctuation musicale des thèmes qui y sont associés. Ces autoréférences
servent une introspection destinée à revenir à un Bond plus humain et
vulnérable que dans ses dernières aventures. Peter Hunt estimant que la trame
du roman est suffisamment y restera très fidèle, excluant ce qui
faisait l’extravagance des plus récents volets.
Les délires SF d’On ne vit que deux fois, les désormais
très envahissants gadgets, l’exotisme, tout cela est mis de côté pour une
approche plus réaliste tant dans la trame que dans le traitement de Bond
héroïque en retrouvant la débrouillardise et la présence physique des premiers
films. Le pré-générique donne le ton, avec une introduction du nouveau Bond
dans l’esprit de celle de Sean Connery dans Dr No (1962), dissimulant longtemps le visage de Lazenby pour mieux le
mythifier en Bond par ses attitudes, les objets (le fusil de Goldfinger dans la boite à gant de l’Aston
Martin) qui l’entourent et le faire accepter dans l’action (le sauvetage de
Tracy suicidaire et la bagarre avec les hommes de main) encore sous forme de
silhouette. Une fois le légendaire My
name is Bond, James Bond asséné et le clin d’œil à son glorieux
prédécesseur lancé (This never happened
to the other fellow), la transition se fait et l’on accepte George Lazenby
en tant que nouveau James Bond.
Lazenby amène des nuances inattendues au personnage. Toute
la panoplie de la création de Sean Connery est bien là avec ce mélange de
séduction, machisme et de présence physique. Lazenby loin de singer Connery est
volontairement un ton en dessous de toutes les caractéristiques bondiennes
classiques. Il dégageant une vulnérabilité surprenante, une présence plus
humaine, y compris dans les scènes d’actions où tout en donnant bien plus de sa
personne que Connery semble finalement avoir plus à se démener pour vaincre que
le mâle alpha tout puissant incarné par la star écossaise. Tout Bond qu’il est,
l’adrénaline de la mission ne suffit plus, il est inaccompli. C’est l’amour
pour Tracy (Diana Rigg) qui constituera le hiatus (l’intermède amoureux où il
abandonne pour un temps la traque de Blofeld), l’aide inattendue, la motivation
puis le drame de cet épisode. Jeune femme instable et suicidaire, elle va
trouver une raison d’être dans l’amour protecteur de Bond tandis que ce dernier
voit en elle un ailleurs, une autre manière d’être que le glacial 007. Diana
Rigg est sans conteste la plus inoubliable des James Bond Girl, vraie
complément et partenaire de James Bond.
Contrairement aux tentatives récentes
qui se sentent obligées de déconstruire le personnage pour le fouiller, Au service secret de sa majesté en
conserve l’essence pour mieux la confronter au sentiment amoureux qui gagne l’agent
secret. Toujours aussi coureur et désinvolte (voir le savoureux moment où il
séduit plusieurs jeunes femmes avenantes de l’institut d’allergie), il n’en
sera pas moins dépassé et impuissant, sauvé par l’amour. On peut ainsi comparer
la scène où Sean Connery seul et traqué en plein carnaval dans Opération Tonnerre s’en sort avec
panache, et ce moment voisin d’Au service
secret de sa majesté où la peur et le danger se ressentent bien plus pour
Lazenby qui à cours de solution s’assoit sur un banc. Et là surgit telle une
apparition céleste Tracy venue chercher son homme et qui va l’aider à s’échapper. La présence physique bien plus intimidante de
Telly Savalas en Blofeld (comparé à Donald Pleasence et de manière générale
tous les grands méchants de l’ère Connery) participe également de cette volonté
d’illustrer la faillibilité, la mise en difficulté de Bond.
L’intrigue se divise donc clairement en deux parties, l’une
calme entremêlant l’enjeu amoureux et la mission puis une seconde synonyme de
déluge d’action. Peter Hunt optera ainsi pour Peter Lamont plutôt que les
extravagances de Ken Adam au décor, la démesure Bondienne s’exprimant là aussi
dans un environnement réaliste, un décor naturel avec cette impressionnante
forteresse montagnarde du Piz Gloria. La mise en scène percutante conjuguée au
montage dynamique de Peter Hunt avait donné un nouveau souffle au cinéma d’action
dans les premiers épisodes. Ces expérimentations de montage sont poussées à
leur extrême ici par John Glen lors des scènes de combats presque subliminale
(on voit le départ des coups et l'impact, pas le mouvement), chaque émotion
traversée par Bond dans l’action bénéficiant d’un traitement psychédélique (les
éclairages violets lors des scènes d’hypnose, le réveil d’un Bond prisonnier
tout en zoom et dézoom pour traduire sa confusion, l’ambiance très flower power
de l’institut), la simplicité n’ayant cours que lors des scènes intimistes avec
Tracy.
Seules les longues poursuites à ski semblent limpides dans leur
déroulement, tout en innovant avec ce mélange d’incrustation et de vraies
cascades casse-cou (effectuée entre autres par des skieurs olympiques) dont le
clou est atteint avec une avalanche apocalyptique et bien réelle en ces heures
d’avant le numérique. Les autres morceaux de bravoures à l’inverse déploieront
un impressionnant et virtuose chaos (du Paul Greengrass avant l’heure et en
bien meilleur), notamment une incursion dans une course de stock-car à l’énergie
démentielle qui en remontre à n’importe quel production récente.
Le climax
final autorise enfin Bond à retrouver ses atours de surhomme, désormais
franc-tireur (première fois dans la saga qu’il se rebelle contre les ordres de
sa hiérarchie préférant négocier avec Blofeld) car l’enjeu est de sauver son
aimée plutôt que le monde. Le souffle épique de l’assaut final égale celui d’On ne vit que deux fois, à la fois par
les dialogues brillants (la joute poétique entre Tracy et Blofeld) et le
déchaînement d’action. Lazenby multiplie les poses héroïques grandioses, que ce
soit celle où il mitraille des assaillants tout en glissant sur le sol gelé et
l’incroyable poursuite finale en bobsleigh. Là encore la conjugaison de talent
donne une force prodigieuse à la séquence : la témérité des cascadeurs
avec une caméra embarquée trahissant les vitesses vertigineuses, le montage à
la fois heurté et ample de John Glen (qui alterne vue resserrée et plan d’ensemble
de la piste pour un impact plus fort) et les idées folles ponctuant le long
mano à Mano Bond/Blofeld (Bond trainé par le bobsleigh ou voyant sa tête
frotter la piste).
Enfin il faut saluer une fois de plus le score de John
Barry, un de ses plus mémorables pour la saga. Le compositeur se déleste des
tonalités jazzy et/ou exotiques des volets précédents pour faire entrer Bond
dans l’ère du rock psyché. Il innove avec une des premières utilisations du
synthétiseur qui appuie de ses notes futuristes le thème héroïque On her
majesty’s secret service, rend le James Bond Theme plus menaçant par sa
réorchestration et dote certains moments de suspense d’un minimalisme magistral
(Bond explorant le coffre d’un sbire). A cela s’ajoute toute son
instrumentation grandiloquente et agressive mais c’est par la délicatesse
de ses thèmes romantiques que Barry touche au sublime avec toutes les
variations de la chanson We have all the time in the world qu’interprète avec
émotion Louis Armstrong.
George Lazenby mal conseillé et immature se montrera
imbuvable durant le tournage et, persuadé que James Bond est fini (avec l’arrivée
du Nouvel Hollywood et ses Easy Riders)
annonce avant la sortie du film qu’il ne réinterprètera plus Bond. Une décision
déplorable tant au vu de sa carrière (qui ne décollera pas alors qu’il avait
signé pour trois Bond), de la gestion promotionnelle pour les producteurs (car
semant la confusion chez les spectateurs pour un nouveau Bond qui n’est déjà
plus Bond) que de la continuité de la saga. Le dramatique final aurait dû
constituer le pré-générique du volet suivant pour un diptyque passionnant.
Du
coup le film sans être un bide loin de là rencontrera tout de même un succès
moindre que celui exponentiel des précédents. Exit les innovations et prises de
risques avec le suivant Les diamants sont
éternels(1971) et le retour au bercail d’un Sean Connery peu concerné. La
série ne montera plus aussi haut et ne se montrera désormais plus aussi
inventive (même si L’Espion qui m’aimait
(1977), Permis de tuer(1988), Casino Royale (2006) ou Skyfall (2012)s’en approcheront) que ce pur diamant noir qu’est
Au service secret de sa majesté, le seul chef d’œuvre de James Bond.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, quelques temps avant le débarquement, douze criminels, tous condamnés à mort ou à perpétuité, se voient proposer une mission suicide en échange d'une amnistie: attaquer un château en France où se sont installés une trentaine de généraux nazis et en massacrer le plus possible.
Plus de dix ans après son brulot Attaque, Aldrich revient au film de guerre avec ce qui reste sans doute son oeuvre la plus populaire. Après des films comme Les Sept Mercenaires ou Les professionnels, la mode est au casting masculin collectif, chargé en testostérone, ici illustré par les présences viriles de Charles Bronson, Lee Marvin, John Cassavetes ou encore Telly Savalas. Cela, ajouté à la tonalité en apparence bien plus guerrière véhiculée par la promotion du film, tendrait à laisser croire que Aldrich a changé son fusil d’épaule depuis Attaque mais il n’en est rien.
Avec Les Douze Salopards, Aldrich compte bien inscrire ses thématiques et la tonalité générale dans les préoccupations du moment, au point de rejeter la première mouture du scénario de Nunnaly Johnson qui avait, selon lui, écrit « un film de 1945 ».
La construction est étonnante pour qui s’attend à un pur récit guerrier, puisque l’essentiel du film est consacré à l’entraînement des « salopards » qui, une fois prêts, iront effectuer leur mission à la fin du film. Les personnalités hautes en couleurs du groupe, leur statut à part au sein de l’armée, s’inscrivent dans une volonté de rébellion particulièrement communicative contre l’autorité. Lee Marvin (lui-même isolé au sein de l’armée) est parfait en mentor intraitable souhaitant faire de ses hommes des soldats sans pour autant dénaturer ce qui fait leur particularité et force, cette sauvagerie et rage féroce les rendant plus dangereux que de gentils soldats disciplinés. Le moment clé serait sans doute celui où le groupe se concerte pour ne pas se raser, afin d’accéder à de meilleures conditions, formant ainsi une entité enfin unie.
Si, dans Attaque, c’était l’ambition qui emmenait des personnalités perturbatrices sur le terrain, ce sera cette fois la nature même du conflit qui les révèlera. La séquence, lors de la mission finale, où notre commando asperge d’essence des nazis enfermés dans une cave et les fait brûler vif sans état d’âme, allusion directe aux attaques au napalm usitées au Vietnam, est explicite. Aldrich fait en partie ici la même chose que Robert Altman qui, plus tard dans M.A.S.H., parlera du Vietnam en prenant pour cadre prétexte la guerre de Corée. Les figures de soldats héroïques exemplaires sont pour un temps oubliées : elles n’étaient utiles que dans des conflits « justes », comme la 2e guerre mondiale. Pour des guerres aux enjeux plus ambigus, des barbares plus enclins à sauver leur peau que motivés par la bannière étoilée font autrement mieux l’affaire.
Les critiques américains ne comprendront pas la démarche d’Aldrich et taxeront le film de fasciste. Le malentendu vient certainement du fait que, contrairement à Attaque, plus austère, Les Douze Salopards ne se cache jamais de son statut de divertissement spectaculaire. L’anticonformisme des personnages leurs confère un charisme inédit pour l’époque, le film imposant ainsi un nouveau type de héros. Hormis d'ailleurs le psychopathe en puissance incarné avec délectation par Telly Savalas, les autres « salopards » doivent pour la plupart leur situation à un malheureux concours de circonstance, plutôt qu’à une réelle nature criminelle.
L’interprétation est remarquable, entre un John Cassavetes en rebelle individualiste, la force de la nature Clint Walker, Jim Brown en soldat noir en quête de respect et bien sûr un Charles Bronson impérial dans un rôle proche de celui du Jack Palance d'Attaque. Grand succès à l’époque, Les Douze Salopards demeure le mètre étalon du film de commando, qui par ses multiples degrés de lecture dépasse d’autres films plus ouvertement divertissant et spectaculaires comme Quand les aigles attaquent.