Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mardi 11 septembre 2018

Atlantic City - Louis Malle (1980)

Employée au restaurant d'un casino d'Atlantic City, station balnéaire de la côte Est des États-Unis, Sally Mathews (Susan Sarandon) rêve de devenir croupière en France. Son mari, Dave, l'a abandonnée pour partir vivre avec Chrissie, sa sœur cadette. Un jour, elle voit débarquer Dave et Chrissie, qui viennent à Atlantic City pour vendre de la cocaïne et subvenir aux besoins de leur futur enfant. Le couple demande à Sally de les accueillir. Elle accepte et rapidement Dave commence son commerce. Quelques jours après son arrivée, il rencontre un truand minable à la retraite, Lou (Burt Lancaster). Dave est tué dans une bagarre et Lou prend sa suite. Lou est un ancien gangster nostalgique, qui, chaque soir, observe Sally par sa fenêtre…

Les personnages se rêvant plus grands qu'ils ne sont et aspirant à une existence meilleure quels que soient les chemins à prendre, voilà un thème récurrent dans la filmographie de Louis Malle. La bourgeoise amoureuse de Les Amants (1958), le jeune collabo sans morale de Lacombe Lucien (1974) ou le malfrat de Le Voleur (1967), tous s'inscrivent dans cette veine que poursuit Atlantic City la nostalgie en plus. Il s'agit du deuxième film américain de Louis Malle après La Petite (1978) durant lequel il tomba sous le charme de Susan Sarandon, à nouveau de la distribution ici. Il s'agit d'une adaptation du roman La Porte en face de Laird Koenig que Malle et son scénariste John Guare transpose aux Etats-Unis dans la ville d'Atlantic City. L'idée qui guide ce choix est une vieille photo qui fascina Malle et Guare, montrant un congrès de gangsters réuni à Atlantic City durant les années 30. Sur cette photo où les truands ont fière allure se trouve pourtant à l'écart un homme souriant, moins pimpant et intimidant que ses congénères. C'est dans le développement de cette figure que repose le cœur du film en retrouvant au crépuscule de sa vie le personnage.

Il s'agit de Lou (Burt Lancaster), truand minable à la retraite et officiant en tant que bookmaker. Lou incarne à lui seule la nostalgie d'une ville d'Atlantic City décrépie et loin de sa splendeur d'antan. Les scènes de destructions de bâtiments emblématiques parcourent le récit, l'ancienne villégiature des gangsters étant désormais une cité en crise. Si Lou symbolise un passé révolu (tout comme la tempétueuse voisine et amante Grace dont il s'occupe), les autres protagonistes reflètent eux un présent tout aussi sinistré. Les voies de réussites s'illustrent dans des chimères criminelles pour Dave (Robert Joy), luxueuse pour Sally (Susan Sarandon) aspirant à être croupière à Monaco, voire même mystique pour sa sœur Chrissie (Hollis McLaren) et ses élans new wage vaseux. Tous sont partagés entre cette aspirations d'un ailleurs dans un clinquant superficiel ou alors à travers une veine plus lumineuse et sentimentale qui leur confère une innocence intacte et touchante.

Tout le film repose sur ce déchirement qui perdra rapidement les plus opportunistes comme Dave, mais qui laissera entrevoir autre chose avec le couple improbable formé par Dave et Sally. Cela s'affirme dans une des premières scènes où Dave observe en cachette sa voisine Sally faire sa toilette en se badigeonnant la poitrine de citron à sa fenêtre. Baignée de la photo ouatée de Richard Ciupka et du Song of India de Nikolaï Rimski-Korsakov dans la bande-son, la scène fait montre d'un voyeurisme délicat et d'une sensualité folle. La raison de ce rituel n'a pourtant rien d'érotique puisqu'on apprendra plus tard que Sally fait cela pour estomper l'odeur de poisson car elle travaille dans un restaurant d'huître. Tout cela n'a cependant aucune importance quand le temps d'un instant tout aussi sensuel et romantique, Lou avoue à Sally l'avoir observée, lui dépeint dans le détail sa gestuelle et trahit par la voix et le regard son émotion profonde. Louis Malle s'attarde durant tout le monologue sur le visage de Burt Lancaster pour enfin révélée en contrechamps Susan Sarandon aimante et charnelle qui lui offre cette poitrine qu'il a tant regardé de loin.

Lou pense séduire Sally pour ce qu'il n'est pas en jouant de façon éphémère les nababs bienfaiteur alors que c'est précisément ce moment de mise à nu qui scelle leur union. C'est la problématique du film ou en miroir d'Atlantic City Lou rêve de ce qu'il a été, ou plutôt de ce qu'il a rêvé d'être. Les beaux costumes et l'argent facile n'estompent pas le minable et le lâche qu'il a toujours été, et de la même façon Grace initialement dépeinte comme une affreuse mégère fini par être émouvante dans les regrets qu'elle exprime de sa beauté perdue, de la grande vie d'antan. Lou parait comme enchaîné à cette volonté du paraître aux yeux des autres, plus fier d'être à la une des faits divers pour sa seule marque de courage face à des mafieux - et dont personne ne le croit auteur. Son acte le plus héroïque intervient pourtant dans la séparation finale tacite avec Sally, laissant la jeune femme possiblement réaliser le futur qu'il n'a fait que rêver. Burt Lancaster est une fois de plus immense, jouant de son passif hollywoodien glorieux pour rendre le personnage d'autant plus touchant dans ses bravades de façades - et bouclant la boucle en finissant dupé (volontairement cette fois) par une femme comme son mythique premier rôle dans Les Tueurs de Robert Siodmak.

 Sorti en bluray et dvd zone 2 français chez Gaumont

jeudi 8 novembre 2012

Les Choses de la vie - Claude Sautet (1969)


Pierre (Michel Piccoli), architecte d'une quarantaine d'années, est victime d'un accident de voiture. Éjecté du véhicule, dans le coma, au bord de la route, il revoit son passé et les deux femmes qui comptent dans sa vie, Catherine (Léa Massari) dont il est séparé et avec qui il a eu un fils, et Hélène (Romy Schneider), avec qui sa relation amoureuse est à un tournant...

Avant Les Choses de la vie les premiers films de Claude Sautet n'étaient guère représentatifs de sa personnalité, entre la grosse comédie Bonjour Sourire (1955) qu'il reniera par la suite, et les pourtant efficaces collaborations avec Lino Ventura avec le polar Classe tout risques (1960) et le film d'aventure L'Arme à gauche (1965). Peu satisfait de ces films qui ne lui ressemblent pas, Sautet abandonne donc la réalisation pendant quatre ans pour mieux officier dans l'ombre et contribuer aux scripts des films de ses amis avec La Vie de Château (1965) de Jean-Paul Rappeneau ou Le Diable par la queue (1969) de Philippe de Broca pour l'officiel puisque cette activité de script doctor courant sur toute sa carrière ne fut pas forcément créditée à chaque fois. C'est avec Les Choses de la vie qu'il se réinvente, le succès du film lui permettant enfin de creuser ce sillon personnel qui donnera tous ses grands classiques des années 70 que sont César et Rosalie, Vincent, François, Paul... et les autres , Max et les ferrailleurs, Mado...

En adaptant le roman éponyme de Paul Guimard, Claude Sautet développe tous les grands thèmes de ses films suivants, le manque de communication dans le couple et surtout la figure masculine incapable d'extérioriser ses émotions. Ces questionnements seront plus approfondis dans les œuvres à venir, et c'est justement cette approche tout en esquisses qui fait tout le prix des Choses de la vie. Le film est traversé par le poids du souvenir et de l'inéluctable.

La fatalité est exprimée d'emblée avec les images de cette foule inquiète et curieuse observant la carcasse calcinée d'une voiture dont on ne voit pas encore l'occupant gisant à terre. Tout semble déjà joué lors de ce générique rembobinant le terrible accident et ramenant le blessé à sa vie paisible quelques jours plus tôt. Pierre (Michel Piccoli) coule des jours heureux avec sa nouvelle compagne Hélène (Romy Schneider) mais n'a jamais vraiment oublié Catherine (Lea Massari), sa première épouse. Cette hésitation pas encore résolue fragilise le couple lorsque Pierre va tergiverser alors qu'ils préparent un départ définitif à l'étranger.

Saute distille subtilement les éléments reconstituant le puzzle de la personnalité de son héros, que ce soit une conversation où on devine les liens intact entre Catherine et Pierre ou encore l'égo de ce dernier qui fait volte-face en découvrant (ou se souvenant) sur un détail qu'un ami est désormais l'amant de son ex. C'est ce même égo et cette carapace qui va l'amener à faire preuve d'une révoltante froideur envers Hélène, qui à l'opposé est un livre ouvert pour exprimer ses sentiments et est éperdument amoureuse de lui. Romy Schneider est absolument magnifique avec ce personnage tout en abandon, bouleversant sans un mot le temps d'une scène où elle ressurgit de l'entrée de son immeuble pour observer Piccoli parti sans un mot ni un regard après une dispute.

La narration est entrecoupée d'inserts de l'accident (très impressionnant) jetant un voile funeste sur toute les erreurs commise par Piccoli et qui ne pourront être réparées. Des souvenirs en flashback interviennent également du point de vue de notre héros, symbole de son dilemme puisque alternant entre les images estivales de son bonheur avec Lea Massari sur l'île de Ré et le romantisme plus flamboyant des moments avec Romy Schneider avec une première rencontre fabuleuse où d'une voix perdue dans une pièce sa présence se concrétise par son regard bleu magnétique envahissant soudain l'écran.

Après avoir adopté une certaine hauteur de point de vue, Sautet fait enfin se rejoindre les deux temporalités du récit et plonge totalement dans l'intime en faisant partager les ultime pensées d'un Michel Piccoli mourant et qui l'ignore. Les flashbacks se mue en hallucinations synonyme de mort, la voix-off déterminée de Pierre dénote avec le délabrement de son corps, se raccrochant à la vie pour déchirer cette horrible lettre qu'il n'aurait jamais dû écrire. Michel Piccoli est extraordinaire, ne dévoilant sa fragilité qu'une fois seul (magnifique moment de mélancolie quand de nuit en voiture son regard trahi les regrets de son attitude, émotion suspendue appuyée par les notes de Philippe Sarde) ou totalement démuni et vulnérable après l'accident.

Sautet offre de belles idées narratives et visuelles pour traduire la confusion de Pierre : la fougère du sol où il git se confondant avec une autre traversée en souvenir avec Romy Schneider, la voix-off de Piccoli de plus en plus erratique, les détails qui transforment les flashbacks en rêveries du condamné. Rien n'est excessivement appuyé, la narration progresse à l'image du maelstrom et de la confusion de souvenirs qui assaillissent Piccoli et exprime ainsi ce qu'est Les Choses de la vie, un long et ultime songe teinté de regrets éternels.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

mercredi 8 août 2012

Mado - Claude Sautet (1976)


Simon Léotard, 49 ans, promoteur immobilier, bourgeois libéral, rencontre Mado, 22 ans, et découvre en elle un personnage secret et attachant...

Claude Sautet poursuivait dans Mado son portrait des relations homme/femmes et plus précisément de cette génération d'hommes d'âge mûr handicapé émotionnellement, incapable d'extérioriser leur sentiments. Michel Piccoli, entre le mourant plein de regrets des Choses de la vie, le flic glacial et méticuleux de Max et les ferrailleurs et le mari trompé sans réaction de Vincent, François, Paul... et les autres est la figure emblématique de ce type de personnages chez Sautet à cette période.

Ici une complexe affaire de malversations immobilière se mêle au drame intimiste pour une nouvelle fois confronter un homme à ses manques. Simon Léotard riche promoteur immobilier va voir sa destinée professionnelle et sentimentale se dérober sous lui. D'un côté le suicide d'un collaborateur le place sous le joug d'un dangereux et douteux personnage et de l'autre il se découvre de réels sentiments pour Mado (Ottavia Piccolo) jeune femme avec laquelle il couche moyennant finance. Le parallèle entre l'intrigue politico-financière et sentimentale sert à confronter le héros à ses contradictions. Capable de révolte et de vraie astuce pour contrecarrer les plans du redoutable Lepidon (Julien Guiomar), il s'avérera incapable de dévoiler avec sincérité ses sentiments à Mado.

L'intrigue révèle progressivement Simon comme un homme froid et détaché qui a tendance à fuir lorsque les difficultés se posent dans ses relations avec les femmes puisqu'il a déjà été marié deux fois et qu'une brève entrevue avec une ex (Romy Schneider) à l'état d'épave nous montre une autre victime de ses abandons. Cette dernière scène nous montre ainsi ses difficultés à communiquer puisqu'il restera finalement muet sur ses problèmes face à elle malgré la visite qu'il aura lui-même sollicité. Avec Mado, Simon semble servi puisqu'elle semble aussi détachée et froide que lui, passant d'un client à un autre sans remord et vivant sa vie sans complexe. Confronté à la jalousie, Simon ne saura rien faire d'autre que mettre fin à leur relation plutôt que se livrer à elle.

L'humanité de Mado se révèle pourtant progressivement, entre ses amis nombreux qu'elle cherche à aider et surtout lorsqu'elle se révèle capable d'aimer avec le peu fréquentable Manecca (Charles Denner) pourtant plus ouvertement amoureux que Simon. Ottavia Piccolo est formidable dans ce personnage sensuel et secret dont la fragilité se dévoile peu à peu. Sa distance n'est qu'un masque prêt à tomber face à celui qui saura se montrer doux avec elle (son récit de sa première rencontre avec Manecca) et l'actrice d'autant plus touchante lorsqu'elle s'abandonne aussi intensément que sobrement (Manecca lui annonçant partir sans elle, la conclusion).

Michel Piccoli est tout aussi formidable, Sautet capturant avec finesse les élans amoureux imperceptibles de cet homme tel ce bref regard de déception lors de cette scène où il se rend compte que Mado n'est pas venue seule lui rendre visite chez lui.

Il acquiert une vraie dimension tragique dans la dernière partie, errant seul sans oser se rapprocher d'une Mado dépitée pour un autre et trouvant son réconfort ailleurs (Jacques Dutronc excellent second rôle récompensé d'un César). La joyeuse allégresse et anarchie de la péripétie routière finale ne fera donc que l'enfoncer davantage et l'éloigner de Mado. La belle dernière scène (un temps coupée par Sautet furieux de voir Romy Schneider mise en avant par le producteur alors qu'elle n'a qu'un rôle très court) le montre possiblement changé par l'épreuve mais celle qu'il cherchait réellement est définitivement perdue.

Sorti en dvd zone 2 français chez Aventi

Extrait

mercredi 22 juin 2011

Vincent, François, Paul... et les autres - Claude Sautet (1974)


Sixième film de Claude Sautet, Vincent, François, Paul... et les autres est un de ses grands succès commerciaux et s'inclut dans cette période de créativité intense qui le voit enchaîner dans la foulée Les Choses de la Vie (LE film où il se réinvente), Max et les Ferrailleurs et Mado.

Vincent, François, Paul... et les autres est un film placé sous le signe du déclin, et plus précisément du déclin masculin. Déclin moral, physique, intellectuel ou professionnel à travers les différents personnages principaux, déclin que l'on vit douloureusement ou déclin qu'on appréhende avec Jean (Gérard Depardieu) figure plus juvénile que les cinquantenaires usés qu'il côtoie et également à la croisée des chemins de son existence avec sa petite amie enceinte et sa carrière de boxeur stagnant.

Sans réelle intrigue directrice, le film (adapté d'un roman de Claude Neron qui collabore au scénario) nous promène sur quelques semaines dans différentes tranches de vie de cette bande de copain, les différentes crises qu'ils traversent se dessinant en filigrane. Le drame se noue dans leur incapacité à y répondre pour différente raison et se fait le portrait de la faillite d'une certaine manière d'être masculine typique de l'époque. Vincent (Yves Montand) s'avère ainsi incapable d'expliquer ses difficultés financière à sa petite amie lors d'un violent échange qui scelle leur rupture puisque sa fierté l'empêche de la rattraper quand il en a encore l'occasion.

La seule a qui il peut s'ouvrir, maladroitement certes (superbe dialogue emprunté de Montand lors des retrouvailles avec Stephane Audran) c'est son ex femme qui le connaissant décèle le malaise sous les airs bravaches. Vincent vit dans le souvenir de l'erreur qu'il commis en la laissant partir (poignant et furtifs flashback amenés tout en finesse par Sautet) et se ravisera bien trop tard.

François (Michel Piccoli) est lui un être dont toute la chaleur s'est éteinte dans le renoncement à ses idéaux et le confort bourgeois, traversant son existence en fantôme et incapable de réagir (si ce n'est par la violence ultime aveux de dépit et d'impuissance) aux infidélités de sa femme délaissée. L'écrivain raté incarné par Serge Reggiani est moins développé dans ses errements créatifs mais l'acteur lui confère une telle humanité et une forme de détresse contenue qu'il n'y guère besoin de reproduire artificiellement le schéma narratif de ses partenaires.

Sautet surprend dans le dernier tiers en rompant la linéarité de son récit par l'intrusion d'une voix off omnisciente nous expliquant les sentiments de ses héros. La forme littéraire reprend momentanément ses droits comme pour appuyer tel une chape de plomb l'enfermement existentiel des personnages, bien plus fort par ce procédé prenant un recul résigné sur les évènements. Un superbe film choral magnifiquement interprété par un casting à l'alchimie palpable dont l'aspect daté offre au contraire une belle patine nostalgique. Malgré les épreuves traversées, les sacrifices et les abandons concédés, c'est bien l'image de ses copains soudés, complices et heureux d'être ensemble qui s'imprègnent en nous quand arrive le générique de fin.

Sorti en dvd zone 2 chez studio Canal



lundi 6 décembre 2010

Une étrange affaire - Pierre Granier-Deferre (1981)


Louis Coline (Gérard Lanvin), marié avec Nina (Nathalie Baye), est employé dans le service marketing d'un grand magasin parisien. Un matin, on annonce un plan social et le rachat du groupe par un certain Bertrand Malair (Michel Piccoli). Ce dernier arrive de façon très discrète et se montre relativement mystérieux et laconique. Il entre en contact avec Louis, qu'il décide de garder et même de le gratifier d'une promotion de chef de la publicité du magasin. Entrant dans la sphère d'influence du président, va naître chez Louis une fascination pour Bertrand qui ira jusqu'à s'immiscer dans sa vie privée...

Adapté du roman Affaires étrangères de Jean-Marc Roberts, voilà ce qui est sans doute un des films les plus juste sur le monde de l'entreprise, et des rapports dominant/dominés qui s'y jouent. On assiste ainsi à la lente déchéance d'un employé d'un grand magasin, pressuré jusqu'à la moelle par son patron Michel Piccoli. Cette descente aux enfer suit une évolution parfaitement pensée par Pierre-Granier Deferre à travers les méthodes employés par le patron pour déstabiliser son personnel. C'est donc tout d'abord un grand patron invisible et sans nom qui va distiller le malaise parmi ses employés à son arrivée, laissant planer le doute sur son activité, ses origines et ses projets quant à l'entreprise. Ainsi sous tension, les subalternes s'avèrent d'autant plus malléable lorsqu'il entre en scène, craintifs qu'ils ont pour leur avenir. Une méthode de management par la peur qui annihile toute opposition lorsque les immanquables décisions révoltantes et renvoi en tout genre se feront sentir.

Gérard Lanvin en monsieur tout le monde gouailleur progressivement broyé psychologiquement par Piccoli est parfait, et on comprend le choix d'avoir choisi un acteur aussi physique et charismatique la soumission n'en étant que plus surprenante et forte. Quant à Michel Piccoli, il est vraiment fabuleux : sourire en coin aussi amical que menaçant, la réplique la plus anodine sonnant toujours de manière déstabilisante, c'est un véritable vampire de l'âme aspirant la personnalité et la volonté de ses employés jusqu'à la rupture. Jean-Pierre Khalfon en sbire sinistre et soumis est tout aussi pathétique et inquiétant, tandis que Nathalie Baye en épouse dépassée est comme souvent formidable.

Avec une histoire pareille, on pouvait s'attendre à un traitement baroque (façon The Servant de Losey) et une mise en scène marquée pour illustrer ses rapports de soumission. Il n'en est rien et c'est ce qui fait toute la force du film qui adopte un ton feutré, sobre et glacial. La perte de repère de Lanvin se fait de manière insidieuse, dictée par des situations de plus en plus sournoise (le passage où Piccoli vient sans gêne dormir chez Lanvin pour le tester) et des relations presque de camaraderie conviviale (ce qui rend d'autant plus dur de s'en détacher que si le rapport avait été tendu) entre patron et employé.

Le sourire carnassier de Piccoli finit par briser toute fierté et autonomie chez Lanvin qui perd tout sans sourciller et colle aux basques de son mystérieux supérieur. Il est sous-entendu (un peu trop même) que c'est l'absence de père qui permet à Piccoli de s'engouffrer dans la brèche et totalement assujettir Lanvin, comme le suggère une conclusion pathétique et troublante. Un film vraiment atypique dans le cinéma français.

Sorti en dvd zone 2 français chez Studio Canal

Extrait