Dévoreur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que cela intéresse tous mes visionnages de classiques, coups de coeur et curiosités. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau film et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère! Vous pouvez me contacter à justinkwedi@gmail.com, sur twitter et instagram

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mardi 18 février 2014

21 Jours ensemble - 21 Days Together, Basil Dean (1940)



Larry est amoureux de Wanda qui est mariée à un homme brutal. Larry tue sans le vouloir le mari de Wanda. Il reste à Larry 21 jours avant de se rendre à la police.

21 jours ensemble est un beau mélodrame qui sera surtout fameux pour la vraie rencontre amoureuse du couple mythique Laurence Olivier/Vivien Leigh. Les deux stars s’étaient croisées déjà en jeunes amoureux précédemment dans le film historique L'Invincible Armada (1937). Ils entameront suite à celui-ci une vraie liaison prolongée dans le film de Basil Dean et occasionnant d’ailleurs quelques remous durant la production puisque retardant le tournage en restant de longues heures enfermés ensemble en loge et obligeant le réalisateur à les séparer hors caméra.  Le film se situe à mi-chemin à la fois des carrières respectives des deux acteurs mais aussi de leur relation amoureuse. Laurence Olivier pas encore tout à fait l’icône de théâtre et de cinéma qu’il deviendra vient d’acquérir une vraie notoriété internationale avec la belle adaptation des Hauts de Hurlevent (1939) de William Wyler. Vivien Leigh vient quant à elle bien sûr de triompher dans Autant en emporte le vent (1939) où elle arracha le rôle le plus disputé de son temps, celui de la southern belle Scarlett ‘O Hara. Comme pour tenir compte du couple illégitime qu’il forme alors encore (Laurence Olivier étant encore marié à l’actrice  Jill Esmond) ce premier vrai film ensemble sera modeste et intimiste avec 21 jours ensemble où ils incarnent des anonymes, le flamboyant Lady Hamilton l’année suivante les consacrant aux yeux de l’Angleterre dans cette fresque alors qu’ils sont désormais mariés et jouent de grandes figures historiques.

Le récit dépeint un couple en sursis avec Larry (Laurence Olivier) et Wanda (Vivien Leigh). La chance n’a guère sourit jusque- là à Larry malheureux en affaire et exactement à l’opposé de la réussite de son frère Keith (Leslie Banks) avocat vedette et bientôt amené à être promu juge.  Heureusement, Larry peut se reposer sur l’amour pur et désintéressé de Wanda, jeune émigrante russe qui l’aime sincèrement. Le malheur frappe pourtant lorsque le mari disparu et peu recommandable  de Wanda ressurgi afin de lui soutirer de l’argent et faire chanter Larry. Dans la bagarre qui s’ensuit, l’époux meurt accidentellement et Larry est contraint de se débarrasser du cadavre. Rongé par le remord, il se confie à son frère tandis que parallèlement un  innocent est accusé du crime. Un cruel dilemme s’impose alors, faire sa vie loin de là avec Wanda ou se dénoncer et tout perdre pour empêcher le malheureux d’être jugé et exécuté pour un crime qu’il n’a pas commis.

Le film garde un étonnant équilibre entre cet argument criminel et la dimension de mélodrame. Le compte à rebours de 21 jours avant le verdict n’occasionnera pas les grandes envolées romanesques attendu et les moments partagés sont constamment teinté de cette angoisse et épée de Damoclès latente. Le scénario de Graham Green exploite ainsi pleinement le sentiment de culpabilité catholique issue du roman de John Galsworthy qu’on retrouve d’ailleurs dans le personnage de l’accusé à tort et prêtre défroqué (Hay Petrie) acceptant son châtiment sans se défendre car se reprochant d’avoir dépouillé le cadavre du défunt pour se nourrir. 

Ainsi les séquences de procès sont traitées à égalité avec les derniers moments ensemble de Larry et Wanda, les joutes verbales de la cour s’alternant avec la ballade en ferry et la joie de façade du couple arpentant une fête foraine. Le questionnement moral sur l’attitude à adopter est constant et fort ambigu avec l’attitude discutable de Leslie Banks bien plus poussé par sa propre ambition que le salut de son frère dans l’aide qu’il lui apporte. L’acteur offre une prestation brillante où l’on ne sait déchiffrer la distance entre compassion réelle et calcul, jouant habilement de sa semi-paralysie faciale pour composer un « méchant » subtil et loin de celui qui le popularisa dans Les Chasses du Comte Zaroff

Le film est le chant du cygne de Basil Dean qui triompha surtout au temps du muet et au début des années 30 après une carrière de metteur en scène de théâtre. Cette influence du muet se manifeste particulièrement dans sa manière d’opposer les deux frères dans les séquences qui les réunissent (on pense presque à l’opposition fratricide de la période moderne des Dix Commandements de Cecil B. DeMille) et où la gestuelle et les expressions traduisent  mieux le conflit que les dialogues. Les scènes de brumes inquiétantes en début de film lorgne sur Jack l’éventreur et surtout la culpabilité surgit de manière fort expressionniste avec ce visage de l’accusé apparaissant en surimpression à un Laurence Olivier rongé par le remord. 

Basil Dean n’ose la grande scène romantique et l’abandon pour ses amants que lors d’un final poignant où Vivian Leigh court après Laurence Olivier bien décidé à assumer son destin. La démarche absente et le visage éteint d’Olivier, la course éperdue de Leigh, les ruelles stylisée traversée et la caméra majestueuse de dean les accompagnants conclut le film sur un vrai moment de grâce où le soulagement est enfin permis aux héros. 

Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films 

mercredi 13 février 2013

Lady Hamilton - That Hamilton Woman, Alexander Korda (1941)


L'histoire véridique de la jeune Lady Emma Hamilton, muse à la beauté légendaire et égérie des cours de Sicile et de Naples. Sa grâce et ses charmes ensorcelèrent le célèbre Amiral Nelson, qui lui dévoua son amour et en retour puisa en elle la force de faire chuter Trafalgar et l'Empereur Napoléon. Des amants exaltés, une passion charnelle et interdite que l'adultère achève dans la tragédie.

 Lady Hamilton est une des premières productions anglaises d’envergure illustrant la politique de cinéma de propagande qui aura cours dans le pays tout au long de la Seconde Guerre mondiale. L’objectif de ces films est d’apporter une illustration de l’identité anglaise, de solliciter les bons sentiments du peuple et son unité à travers la fiction. Plusieurs tendances se dégageront assez vite dans les films produits dans ce contexte. D’un côté nous aurons des films plus austères, aux tendances documentaires, montrant de façon réaliste une frange de l’armée ou de la population anglaises répondant avec courage à l’adversité et aux privations du conflit. Parmi ceux-là on peut citer le fameux Ceux qui servent la mer de David Lean (1942) qui nous plonge dans le quotidien d’un destroyer, le poignant Millions Like Us (Sidney Gilliat, Frank Launder - 1943) dépeignant le sort de femmes mobilisées qui contribuent à l’effort de guerre dans les usines d’armement.

Dans une tendance inversée, on a de purs divertissements qui s’éloignent de cette réalité avec les mélodrames flamboyants et rocambolesques de Gainsborough comme The Man in Grey (Leslie Arliss - 1943), The Wicked Lady ou Love Story  (1944). Enfin on trouvera de purs ovnis et les vrais chefs-d’œuvre de cette vague dans les films sachant se jouer de la commande, notamment Powell et Pressburger qui célèbrent la culture anglaise tout en en dénonçant la fermeture et l’archaïsme dans A Canterbury Tale (1944), Colonel Blimp célébrant plus la maladresse d’un officier que ses exploits au front, le guerrier Went the Day Well d'Alberto Cavalcanti (1942) où une invasion allemande est causée par l’inattention des locaux. De manière générale, sous la contrainte de départ, les cinéastes avaient une liberté étonnante et le contexte permit de lancer de jeunes talents ainsi que d’oser des traitements audacieux.

Tout comme il avait annoncé cette période avec Les Quatre plumes blanches, produit juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale, Alexander Korda montre donc la voie à suivre dans Lady Hamilton qui réunit toutes les facettes attendues : portrait d’une figure historique anglaise héroïque avec Lord Nelson, acteur majeur des guerres napoléoniennes sur mer qui serviront ici à établir une analogie entre l’envahisseur Napoléon et Hitler pour éveiller la conscience des Etats-Unis et les faire entrer dans le conflit. La propagande simpliste est évitée en choisissant l’angle romanesque des amours interdites entre Lord Nelson et Emma Hamilton, qui est finalement la vraie héroïne du film.

Le scénario de Walter Reisch et R. C. Sherriff est parfaitement équilibré sur ce point, mêlant épopée romantique et message politique. Walter Reisch, plutôt à l’œuvre à Hollywood, aura déjà donné dans ce mélange des genres avec le script de Ninotchka, auquel il contribua, et maîtrise à merveille la romance piquante comme le montre le llusions perdues de Lubitsch dont il signe le script cette même année. Le dramaturge  R. C. Sherriff aura précédemment adapté Les Quatre plumes blanches pour Korda et contribue ici à distiller la facette politique sous-jacente, Hollywood le sollicitera plus tard pour une autre romance plus contemporaine sur fond de guerre, Ames rebelles d’Anatole Litvak (1942).

Tout en étant très fidèle à la réalité historique, Lady Hamilton se place constamment du côté de l’intime à travers son couple qu’il confronte à la pression sociale et surtout aux évènements géopolitiques cruciaux qui se jouent et qui vont les séparer sans cesse. Le film s’ouvre ainsi sur une Emma Hamilton errant à Calais, alcoolique, la beauté plus qu’un souvenir lointain et surtout le cœur brisé. C’est par cette introduction pathétique que s’instaure un flashback où nous saurons comment tout a été perdu. Vivien Leigh star internationale depuis le triomphe d’Autant en emporte le vent retrouve tout l’espièglerie de sa Scarlett lors des premières séquences à Naples.

Les bonnes manières et le port aristocratique sont plutôt gauches dans un premier temps, face à son futur époux l’ambassadeur Sir William Hamilton ; et le ton gouailleur plus naturel lors des échanges avec sa mère illustre bien les origines populaires d’Emma et sa nature de coureuse de dot frivole. Devenue l’épouse de l’ambassadeur à la cour de Naples, Emma a gagné en esprit, raffinement et élégance, mais demeure cette coquille superficielle dans laquelle souhaite la maintenir Sir William, un mari bien plus âgé qu'elle et la voyant moins en égal que comme un trophée de plus parmi les objets d’art qu’il collectionne.

Emma va s’éveiller au monde qui l’entoure et au vrai amour avec la rencontre du ténébreux et taciturne commandant Nelson (Laurence Olivier). Ce dernier, en la découvrant sous son jour le plus frivole, se refuse tout d’abord à parler des affaires du monde en sa présence, mais va vite découvrir qu’elle est la vraie ambassadrice lorsqu’elle lui obtiendra par d’habiles manœuvres l’audience et les troupes qu’il réclamait au roi de Naples.

La reconnaissance et l’admiration cèdent au dédain de départ et, au fil des rencontres et services rendus durant ces années, l’amitié et la romance vont naître entre eux. Les deux personnages évoluent de ce qu’ils représentent à ce qu’ils sont, soudainement humanisés par cette passion qui les anime. Vivien Leigh, sautillante et enjouée, s’imprègne progressivement d'une passion et d’une gravité allant crescendo jusqu’à cette expression d’une intensité incroyable en fin de film lorsqu’on viendra lui annoncer la mort de Lord Nelson.

Laurence Olivier, raide et emprunté, se dévoile également lorsque ses pensées uniques dérivent de la mère patrie à cette Emma qu’il ne veut plus quitter, l’acteur jouant beaucoup de sa gestuelle et de son regard peu à peu plus animés et naturels, moins robotiques (le moment où on le découvre mutilé après quelques années de séparation est des plus marquants, notamment par la compassion d’Emma qui le revoit ainsi). Cette transition est évoquée dans la très belle scène de la taverne où Emma imite les expressions renfrognées de Lord Nelson et que celui-ci amusé lui en dévoile une nouvelle, celle de l’homme amoureux.

Vivien Leigh et Laurence Olivier s’étaient rencontrés durant le tournage de L’Invincible Armada (1937) et entretenaient depuis une liaison controversée en Angleterre. Ayant enfin obtenu le consentement au divorce de leur époux respectifs, ils se marient le 7 juin 1940 et Lady Hamilton, troisième et dernier film où ils partagent la vedette (ce sera bien plus souvent le cas au théâtre), constitue donc une forme d'officialisation de leur couple.

Cela se ressent dans l’intensité et la fougue des scènes sentimentales poignantes, la situation illégitime d’Emma et Horatio Nelson répondant à celle qu’ils ont connue dans un étonnant mimétisme. Si Vivien Leigh et Laurence Olivier surent dépasser la vindicte morale et vivre au grand jour leur amour, il n’en sera pas de même pour leur double à l’écran rattrapé par leur statut.

La grande Histoire s’invite donc enfin dans la dernière partie du film avec une évocation épique de la bataille de Trafalgar. Le résultat s’avère d’autant plus impressionnant quand on sait qu’Alexander Korda, contraint par un budget modeste au vu de l’ambition affichée, tourna le film en cinq semaines. Vincent Korda aux décors réalise une nouvelle fois des prodiges avec notamment l’ambassade anglaise de Naples et son entrée tout en arche et piliers blanc marbrés, la chambre d’Emma et l’incrustation à la fenêtre offrant une vue somptueuse du Vésuve en éruption, ou encore la maison de campagne où le couple vit ses derniers instants heureux ornée d’une imposante baie vitrée.

Chacun de ces espaces est filmé avec brio par un Alexander Korda toujours aussi habile pour mettre en valeur sa reconstitution, notamment les costumes de Vivien Leigh qui arbore un port de reine au faîte de la splendeur d’Emma. Ce savoir-faire éclate d’autant plus lors de la bataille finale avec ses vaisseaux de guerre à perte de vue, les dégâts dévastateurs infligés par les coups de canon dont nous aurons vu les tirs depuis l’intérieur de la cuirasse des navires grâce à de remarquables effets visuels.

 C’est dans cette bataille que Lord Nelson perd la vie et que symboliquement celle de son aimée s’arrête pour nous ramener à sa déchéance finale à Calais qui fut une réalité. Le mélodrame et le patriotisme s’entremêlent dans un éclat significatif s’il en est, avec ce couple mythique qui a sacrifié son bonheur pour préserver la patrie. Si eux se sont oubliés pour une telle perte, l’Angleterre saura faire face aux nouveaux sacrifices qui s’imposent pour stopper l’invasion d’un nouveau tyran, Adolf Hitler.

Le pari fut réussi sur tous les points, Churchill faisant de Lady Hamilton son film favori. La sortie américaine fit grand bruit aussi, l’association isolationniste AFC (America First Committee) fustigeant Lady Hamilton et son appel trop explicite. Accusé d’espionnage et de propagande sur le territoire américain, Alexander Korda échappa miraculeusement aux charges puisque cinq jours avant sa comparution devant le Senate Foreign Relations Committee eut lieu la fameuse attaque de Pearl Harbor, engageant définitivement les Etats-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale.

 Au-delà des manœuvres diplomatiques ayant conduit à sa production, la force et l’émotion suscitées par Lady Hamilton demeurent intacte, car son message aura su se fondre dans une histoire d’amour incandescente et parlant à tous.


Sorti en dvd zone 2 français chez Elephant Films

lundi 25 avril 2011

Un Tramway nommé Désir - A Streetcar Named Desire, Elia Kazan (1951)


Après une longue séparation, Blanche Dubois (Vivien Leigh) vient rejoindre sa soeur, Stella (Kim Hunter), à La Nouvelle-Orléans. Celle-ci vit avec son mari, Stanley (Marlon Brando), ouvrier d'origine polonaise, dans le vieux quartier français. Ce dernier n'apprécie guère les manières distinguées de Blanche et cherche à savoir quel a été le véritable passé de sa belle-soeur.

Sexualité plus prononcée et crue par l'introduction des thèmes de Tennessee Williams, consécration de la fameuse méthode Actor's Studio et révélation d'une star immense en la personne de Marlon Brando, Un Tramway nommé Désir est une révolution en tout point au moments de sa sortie. On comprend aisément l'impact qu'a pu avoir le film par ses différentes prises de risques mais si ce qui était novateur hier continue par intermittence à exercer un vrai pouvoir de fascination c'est aussi ce qui le date terriblement et le rend désormais difficile à suivre.

On suit donc la cohabitation difficile entre Blanche Dubois (Vivien Leigh) professeur déchu forcé à venir habiter chez sa soeur Stella (Kim Hunter) et son mari Stanley, orageux ouvrier polonais. La cohabitation est explosive entre l'hypersensibilité de Blanche soumise à rude épreuve par le tempérament de son beau-frère, provoquant tension dans le couple car réveillant les différences de classes certaines (plus que surlignées par les manières rustres de tout les personnages de basses extractions) entre les soeurs et Stanley. Le film détone réellement par son rapport à la sexualité, que ce soit par le dialogue, les situations et la mise en scène de Kazan. Dès la première apparition de Marlon Brando, tout est dit. Kazan adopte le point de vue d'une Vivien Leigh qui se réfugiant de ses angoisses dans une recherche d'affection à finalité sexuelle voit ainsi débouler un homme, un vrai. T-shirt moulant (qu'il tombe à la moindre occasion) moite de sueur, démarche lascive et virilité débordante, Brando impose une figure puissante et marquante. Plus tard ce seront les révélations sur le passé de Blanche, une scène d'une brutalité inouïe entre elle et Stanley où une troublante scène avec un jeune livreur qui viendront appuyer ce fait. Salvateur à l'époque, ce parti pris (d'une fidélité presque totale à la pièce puisque Kazan en fut le metteur en scène au théâtre et que Tennessee Williams en signe lui-même l'adaptation) s'avère aujourd'hui terriblement démonstratif.

On pense bien sûr au moment où Brando après une brutalité envers son épouse enceinte (réfugiée chez la voisine du dessus) l'appelle depuis leur cour d'immeuble pour qu'elle le rejoigne. Tout y passe avec Brando (déjà titulaire du rôle au théâtre mais qui ne semble pas avoir amené le soupçon de retenue nécessaire pour le passage au cinéma) décoiffé et visage déformé par la douleur hurlant Stellaaaaaaaaa, ployant le genou de regret jusqu'à l'arrivée de Stella (le tout en contre plongée jouant sur cette montée de désir) avant qu'ils ne disparaissent dans une étreinte fiévreuse. Spectaculaire mais terriblement lourd surtout que quand Kazan cherche de manière plus sobre à exprimer exactement le même sentiment cela fonctionne bien mieux. Lors d'une autre séquence Blanche sermonne durement sa soeur sur le traitement qu'elle accepte de subir et celle ci acquiesce, mais il suffi que Stanley revienne les muscles saillant et maculé de cambouis pour que toutes ses bonnes résolutions soient oubliés. Un regard, un contrechamps et deux plans résument ce qui a nécessité une escalade grotesque quelques minutes auparavant.

Ce déséquilibre accompagne également l'interprétation de Vivien Leigh. On est forcément touché par ce personnage instable surtout si on fait le rapprochement avec les problèmes psychologiques que connus l'actrice mais là aussi le jeu outré demandé par Kazan rend le tout assez insupportable par instant (même si cela peut être pire dans d'autres de ces films lorsque les acteurs sont moins doués comme La Fièvre dans le sang). Ainsi l'entrevue tout en retenue étrange avec le jeune livreur est réellement troublante et réussie (tout comme les entrevues toutes en minauderies avec Karl Malden très bon également) alors que les longs monologues d'égarements mentaux de Blanche sont des plus poussifs et trahissent malgré le travail sur la photo l'origine théâtrale dans le plus mauvais sens du terme.

Un Tramway nommé Désir souffle ainsi le chaud et le froid durant toute sa (longue) durée et émeut par intermittence lorsqu'il délaisse ses oripeau de grand manifeste artistique pour simplement s'intéresser à ses personnages. L'ultime scène où Vivien Leigh est emmené en maison de repos est un vrai déchirement où l'actrice toujours sur la corde raide de la caricature (et un deuxième Oscar à la clé après Autant en emporte le vent) bouleverse totalement. Son rôle de beauté fanée par les ans et par les hommes offre même un prolongement idéal thématiquement de ses deux meilleures prestation dans Autant en emporte le vent et La Valse dans l'ombre. C'est réellement elle l'âme du film alors que Brando n'en est que la surface. Malgré son apport indéniable on peut préférer les autres adaptation de Tennessee Williams autrement plus réussies à venir comme Soudain l'été dernier de Mankiewicz ou La Chatte sur un toi brulant de Richard Brooks.

Sorti en dvd zone français chez Warner

dimanche 27 février 2011

Autant en emporte le vent - Gone with the wind, Victor Fleming (1939)

En Georgie, en 1861, Scarlett O'Hara est une jeune femme fière et volontaire de la haute société sudiste. Courtisée par tous les bons partis du pays, elle n'a d'yeux que pour Ashley Wilkes malgré ses fiançailles avec sa douce et timide cousine, Melanie Hamilton. Scarlett est pourtant bien décidée à le faire changer d'avis, mais à la réception des Douze Chênes c'est du cynique Rhett Butler qu'elle retient l'attention...

  Autant en emporte le vent, plus grand succès commercial de tous les temps (en dollar constant les Titanic et Avatar de Cameron sont bien loin du compte) est un triomphe sur bien des points pour ses participants. C’est une victoire du système studio dont la rigueur, l’organisation et le flair contribueront à d’autres réussites marquantes en cette année 1939 notamment (et pour rester à la MGM) Le Magicien d’Oz aux images aussi ancrées dans l’inconscient collectif que Gone with the wind. C’est également la consécration de Vivien Leigh, jeune anglaise talentueuse et tenace qui sortira victorieuse du casting le plus disputé de l’histoire du cinéma (Paulette Goddard, Lana Turner, Katharine Hepburn, Bette Davis convoitèrent voire auditionnèrent pour le rôle de Scarlett) toutes les jeunes lectrices américaines du best-seller de Margaret Mitchell se rêvant en Scarlett O’Hara. Le Rhett Butler rêvé par ces même lectrices, Clark Gable endossera le rôle avec réticence tant la pression est grande mais de star, il y a gagnera ses galons de légende hollywoodienne. Pourtant Autant en emporte le vent est surtout le triomphe de celui qui aura ordonné le projet de bout en bout avec l’autorité et la tyrannie d’un général, le producteur David O. Selznick. Ce succès de longue haleine est le symbole de la revanche qu’il a toujours voulu prendre sur Hollywood. Fils du distributeur Lewis J. Selznick qui cultiva très jeune son goût pour l’opulence, il débute tout jeune dans le milieu du cinéma en tant qu’apprenti pour son père auquel il doit succéder. Tout s’écroule lorsque celui-ci fait faillite et le jeune David jure de redorer le nom de Selznick à Hollywood. Fort talentueux, il devient un des producteurs incontournables du milieu en passant par la MGM (où il débute comme apprenti), la Paramount et la RKO, produisant pour cette dernière des grands classiques comme King Kong. Cela ne lui suffit pourtant pas et en 1936 il quitte la MGM pour fonder sa société de production Selznick International Pictures et en profite pour rajouter le fameux O donnant tout le prestige requis à son patronyme. On devine dans les premières productions du studio les caractéristiques si marquées des productions O. Selznick, pour le meilleur et pour le pire : un attrait pour l’adaptation littéraire prestigieuse, le romantisme exacerbé et un goût pour l’apparat et le luxe de tous les instants. Le film symbole de la touche O. Selznick est donc Autant en emporte le vent, projet qui manqua de peu de lui échapper. Alors que le livre de Margaret Mitchell n’est pas encore publié, une assistante en lit des épreuves et subjuguée, incite le nabab à en acheter les droits. Peu convaincu, il faudra l’insistance de son employée pour que O. Selznick cède à raison puisqu’une fois paru, l’ouvrage devient un véritable phénomène de société. Il s’engage alors une véritable course contre la montre pour trouver les fonds (Selznick s’associera finalement à la MGM pour le budget) et le casting idéal. En effet, en plus de décrocher la perle rare pour Scarlett, O. Selznick doit réussir à se faire prêter Clark Gable par la MGM ainsi qu'Olivia De Havilland par la Warner dans le rôle de Mélanie. Les remous du tournage en lui-même appartiennent également à la légende. A l’origine le film est préparé en commun par O. Selznick et son ami George Cukor, premier réalisateur envisagé. Si la sensibilité féminine de Cukor fait merveille dans tous les échanges piquants du début du film, Selznick constate rapidement qu’il ne sera pas l’homme de la situation pour communiquer la force des moments épiques prévus. La séparation est houleuse (mais n’entamera pas leur amitié, Cukor le félicitant même lors du triomphe aux Oscars l’année suivante) et c’est au tour de Victor Fleming d’entrer en scène. Grand ami de Clark Gable, il met celui-ci bien plus à l’aise et confère au film la dynamique qui lui manquait par son énergie et sa rugosité. Cukor cédait à tous les caprices de Vivien Leigh qui cherchait constamment à adoucir Scarlett, Fleming la rudoiera impitoyablement pour qu’elle respecte le personnage du livre (et du script) pour le résultat que l’on sait : un Oscar de la meilleure actrice. Exténué, Fleming quittera momentanément le navire, remplacé une semaine par le modeste Sam Wood avant de reprendre sa place. Wood restera cependant sur la production afin de tourner certaines séquences de seconde équipe d’une production qui a accumulé les retards et les dépassements. Même s’il commet son lot d’erreur de jugements, la vraie force directrice du projet sera donc David O. Selznick. Passionné, exigeant et maniaque, il interfère constamment dans l’autorité de ses réalisateurs (mais trouvera à qui parler avec Victor Fleming) qu’il inonde de mémos pointilleux, aussi ridicules que souvent judicieux sur les détails. Conscient de tenir là le projet de sa vie, son énergie (parallèlement, il produit également le Rebecca de Hitchcock) galvanise une équipe au bord de la rupture. N’en déplaise à la critique française sur la définition du terme, le véritable auteur du film c’est lui. A l’origine de Gone with the wind, il y a bien évidemment le roman de Margaret Mitchell dont ce sera le seul ouvrage. Née à Atlanta, c’est une véritable enfant du Sud bercée par la mémoire d’une ancêtre ayant vécu la Guerre de Sécession (la légende veut que le livre soit inspiré de son journal intime retrouvé par la romancière) et une mère la promenant souvent dans les vestiges de cette gloire déchue. Vraie aventurière casse-cou, elle défiera son temps en étant une des premières femmes reporters du Sud et injectera beaucoup de sa fougueuse personnalité dans celle de Scarlett O’ Hara. Autant en emporte le vent se fait donc le récit de la grandeur et de la décadence de ce Sud glorieux, opulent et fier. La force de l’histoire viendra du point de vue adopté, à savoir le produit le plus flamboyant et orgueilleux enfanté par le pays, Scarlett O’Hara. C’est d’ailleurs l’ombre de la guerre et l’insouciance capricieuse de l’héroïne qui ouvrent le film. Deux garçons aperçus de dos font la cour à une jeune fille tout en l’entretenant des menaces de guerre imminente. Travelling avant tandis que les deux silhouettes s’écartent pour laisser apparaître dédaigneuse et sûre de ses charmes Scarlett O’ Hara, qui exprime alors son profond mépris pour les choses de la guerre et somme ses prétendants de l’entretenir de sujets plus amusants. La première partie illustre donc ce Sud dans la magnificence légendaire d’un paradis perdu, avec ses habitants fiers et confiants en l’avenir, ses esclaves heureux de leur état et bien traités. Ce dernier point fait (et même déjà à l’époque) tiquer tant les rôles des noirs peuvent sembler caricaturaux et le film est sur la corde raide entre l’interprétation énergique et attachante de Hattie McDaniel (premier Oscar pour une actrice noire à la clé) en Mamma et celle beaucoup plus problématique de Butterfly McQueen qui rejouera les servantes idiotes dans Duel au Soleil. Lors de la longue préparation en amont, Selznick aura la judicieuse idée d’engager William Cameron Menzies à la conception artistique du film. Véritable génie visuel, il a autant évolué dans les productions anglaises d’un Alexander Korda (Le Voleur de Bagdad, l’étonnant film de SF adapté de H.G. Wells Les Mondes futurs qu’il réalise en 1936) que plus tard dans le cinéma hollywoodien notamment Selznick donc pour Duel au Soleil. Il conçoit pour Autant en emporte le vent des dessins très élaborés, d’une puissance évocatrice et d’une grandiloquence qui ancrent le récit dans un passé mythologique flamboyant. L’ouverture enchaîne donc les visions fabuleuses telle cette séquence où les ombres de Scarlett et son père se dessinent au pied d’un arbre gigantesque, un travelling arrière dévoilant ce qu’ils contemplent : l’immensité imposante du domaine de Tara où s’affairent les domestiques, baigné d’un soleil rougeoyant, annonçant déjà le crépuscule de ce monde. La mise en scène inspirée de Fleming offre l’ampleur voulue à ces instants, soutenue par la photo somptueuse d'Ernest Haller (qui remplaça Lee Garmes en cours de film) et le score inoubliable de Max Steiner. Cela est contrebalancé par des moments à hauteur plus humaines mais fonctionnant sur la même idée comme cette fastueuse scène de bal où les fanfaronnades des jeunes sudistes alternent avec le début du triangle amoureux entre Rhett Butler, Scarlett et Ashley Wilkes. Une fois la Guerre de Sécession débutée, c’est à nouveau par l’innocence progressivement perdue de Scarlett que se dévoilent les visions apocalyptiques du conflit. Infirmeries insalubres saturées de mutilés hurlant de douleur, Atlanta à feu et à sang devant l’imminence de la défaite, le film ose d’insoutenables moments de cruauté renforcés par ce parti pris du monumental. L’instant le plus saisissant restera l’arrivée de Scarlett à la gare d’Atlanta, où d’un mouvement de grue s’offre l’ampleur de la débâcle sudiste avec ces soldats blessés à perte de vue. Dans cet enfer peuvent pourtant s’élever des moments plus nobles, toujours teintés par l’ambiguïté des intentions de Scarlett : l’accouchement dans la douleur de Mélanie, la fuite héroïque d’Atlanta dans le chaos et surtout ce baiser arraché à l’héroïne par Gable perd toute la distance ironique arboré jusque-là pour une déclaration d’amour violente et passionnée. Le retour à Tara désormais ravagé obéit de manière inversée à l’ouverture. Désolation, misère et famine répondent à l’opulence d’antan. Désormais Scarlett n’aura pour but que de rendre leur lustre perdu à ses terres, la seule chose qui importe finalement comme lui déclara son père en d’autres temps plus heureux. Fleming reproduit le même mouvement de caméra que celui du début avec la seule Scarlett cette fois en garante de la fierté sudiste. Tandis que sa silhouette farouche se dresse sous un ciel écarlate, elle hurle à la face du monde que plus jamais elle ne veut à nouveau ressentir cette faim qui la tenaille, voir cette pauvreté qui l’entoure. A n’importe quel prix… Autant en emporte le vent représente dans l’inconscient collectif (et que l’on ait vu le film ou pas) la quintessence de l’expression du romanesque au cinéma. Pour les détracteurs de cette forme de récit, tout n’y est que grandiloquence malvenue, clichés et mièvrerie en tout genre. Il y a effectivement une union obéissant aux canons romanesques classiques dans Gone with the wind, mais pas celle du couple principal. Ashley Wilkes (Leslie Howard), amour chimère après lequel court Scarlett représente toute la fragilité, la personnalité rêveuse et poétique du héros romantique classique. Sa femme Mélanie (Olivia De Havilland) est la bienveillance incarnée, d’une gentillesse et d’un soutien sans faille pour ses amis et surtout d’un amour inconditionnel et exclusif pour son mari. Il faut toute la conviction des interprètes de ses deux personnages (notamment Olivia De Havilland magnifique) pour ne pas sombrer dans la guimauve la plus appuyée. Un film récent comme Retour à Cold Mountain préfèrera calquer ses héros sur les plus rassurants Ashley/Mélanie que sur le vrai couple infernal au centre du film de Selznick. Une nouvelle fois, c’est dans l’évolution de Scarlett tout au long du film qu’il faut chercher les motifs de cette romance (d)étonnante grâce à l’interprétation remarquable de Vivien Leigh. George Cukor lui aura dans un premier temps aidé à trouver le ton juste (il la conseillera même après qu’il ait quitté le tournage) de cette Scarlett détestable et attachante à la fois et Fleming la poussera dans ses derniers retranchements afin d’explorer ses vraies zones d’ombres et ne pas en faire une héroïne romantique classique. C’est donc au départ plus par caprice d’avoir été délaissée pour un autre que Scarlett s’accroche au pâle Ashley Wilkes. C’est un homme transparent et faible qui malgré une réelle attirance la repousse par peur de leurs différences de caractères pour épouser sa cousine à la douceur plus semblable à la sienne. Plus tard, il entretiendra les illusions de Scarlett par manque de courage en ne lui disant pas qu’il est réellement amoureux de Mélanie. Tout en évitement et hésitation, il est l’exact opposé du plus déterminé Rhett Butler. Dès qu’il aperçoit Scarlett lors de la scène du grand bal sudiste, il la déshabille littéralement du regard et le premier échange entre eux (après qu’elle ait été repoussée mollement une première fois par Ashley) sera digne de la screwball comedy la plus enlevée. Là où un Ashley est un fils de bonne famille transparent, Butler traîne un passé tumultueux de coureur et joueur peu recommandable. Clark Gable confère toute sa masculinité, sa prestance et sa décontraction à ce mauvais garçon séduisant. Il reconnaît immédiatement dans la personnalité volcanique de Scarlett une femme de sa trempe. Cette virilité appuyée, cette force de caractère en font l’homme idéal pour Scarlett, que ce soit dans les morceaux de bravoure (tout l’épisode de la fuite d’Atlanta) où il semble indestructible ou de manière sous jacente le fait qu’il soit le seul homme du film non manipulé par l’héroïne. Au-delà de l’aspect historique ou même romantique, Gone with the wind est un grand film sur la survie. Survie d’un mode de vie, d’un cadre, d’un passé idéalisé. C’est à cela que s’accroche Scarlett à travers Ashley Wilkes ou de manière plus intéressée à son second mari puis enfin Rhett Butler. Pour préserver ses souvenirs, aucune vilenie ne sera de trop, la plus méprisable étant d’épouser le fiancé nanti de sa sœur. Elle cédera enfin à Rhett pour ses richesses (et sa promesse de rénover Tara) sans se rendre compte qu’il est le seul homme auprès duquel elle fut jamais heureuse. Les héros passent ainsi le film à se manquer les uns les autres, l’intensité des sentiments pour l’autre n’étant jamais semblable au même moment. Cela se manifeste lors de la séquence la plus osée du film où Scarlett découvre enfin ses sentiments pour Rhett. Las d’être à nouveau éloigné de sa femme par le souvenir de Ashley, il l’empoigne sous l’emprise de la boisson vers leur chambre pour ce qui semble rien de moins qu’un viol conjugal. Surprise pourtant lors de la séquence suivante où Scarlett se réveille radieuse, satisfaite et enfin amoureuse de « son » homme. Le film jusque-là à l’équilibre narratif parfait cède un peu trop dans son dernier tiers à l’avalanche de péripéties (plusieurs morts tragiques interviennent en un laps de temps trop court) pour creuser le fossé entre Rhett et une Scarlett qui a ouvert les yeux trop tard. Le supposé archétype du film romantique se termine donc en forme de camouflet magistral pour son héroïne à travers cet échange cinglant. - Scarlett : "Rhett, Rhett... Rhett, if you go, where shall I go ? What shall I do ?" - Rhett : "Frankly, my dear, I don't give a damn. C’est dans cette absence de compromis que le film trouve pourtant son essence romanesque. En élevant à des proportions monumentales par son cadre les conséquences d’une incompréhension mutuelle, d’une romance avortée, le film parle à tous. A ceux entretenant la rancœur de celui qui les a tant fait souffrir, à ceux qui vivent dans le souvenir de l’être aimé perdu et surtout à ceux qui vivent dans l’espoir jamais éteint de le reconquérir un jour… C’est d’ailleurs sur cette note d’espoir que se conclut le film en alliant cet ode au Sud à la puissance romanesque du récit. C’est par Tara, berceau de sa force et de ses origines que Scarlett va peut-être un jour pouvoir retrouver Rhett. Une fin ouverte et fantasmatique* parmi les plus belles de l’histoire du cinéma. After all... tomorrow is another day. * L'inévitable suite viendra d'ailleurs très tardivement avec le roman Scarlett de Alexandra Ripley Scarlett et son adatpation en médiocre feuilleton télévisé où Joanne Whalley et Timothy Dalton reprennent les rôles mythiques. Disponible en dvd zone 2 français et récemment réédités dans une somptueuse édition pour les 70 ans du film.

vendredi 9 juillet 2010

César et Cléôpatre - Caesar and Cleopatra, Gabriel Pascal (1945)


Au premier siècle av. J.-C., Jules César, à la poursuite de son rival Pompée, débarque en Égypte à la tête d'une armée. Appelé à prendre parti dans les rivalités entre le souverain égyptien et sa jeune sœur, Cléopâtre, il finit par faire de celle-ci la reine d'Égypte.

Adapté de la pièce de théâtre de Bernard Shaw (par l'auteur lui même), cette production anglaise offre une relecture assez étonnante des personnages, se différenciant grandement des célèbres versions de Cecil B. de Mille et de Mankiewicz. Le récit couvre uniquement les premières années du règne de Cléopatre, la rencontre avec César et le conflit avec son frère Ptolémée. Alors que les versions les plus connues s'attardait sur l'aspect séducteur flamboyant de la reine d'Egypte, l'interprétation de Vivien Leigh surprend. Au début du film, elle n'a de reine que le titre, pour le reste c'est une adolescente ignorante et apeurée, dominée par sa tutrice rêvant de prendre le pouvoir. La rencontre avec César change tout quand il va décider de la prendre en main et lui faire assumer son statut de reine.

La relation entre les deux fait tout le sel du film. Claude Rains campe un des meilleurs César vu au cinéma, encore meilleur que Rex Harrison dans le Mankiewicz. Vieil homme rusé et fin psychologue, il fait preuve tout du long d'une finesse et d'une hauteur brillamment illustrées par quelques situations et dialogues savoureux, tel toutes les fois où il épargne (à la stupéfaction de ses généraux et Cléopâtre) plusieurs fois et à bon escient certains ennemis mortels ce qui s'avérera souvent payant. A l'opposé Vivien Leigh montre une Cléôpatre sautillante et délicieusement immature, César raillant plus d'une fois sa bêtise tandis qu'elle le titille constamment sur son grand âge.

Plus le récit avance plus, la future reine séductrice et impitoyable se dessine et malgré une certaine tension amoureuse César fera essentiellement office de mentor, souvent décontenancé par son élève.Entre le vieux sage et la nymphette insouciante, le film basculerait presque dans la screwball comedy lors de certains échanges entre les deux tel se moment où le palais est assiégé et que César passe plus de temps à réprimander Cléopatre qu'a manoeuvrer ses hommes, amusant. Ce traitement décalé s'applique aussi sur les autres personnages, tel Ptolémée qui devient ici un gamin de 12 ans manipulé par ses conseillers et ne souhaitant prendre le pouvoir que pour se venger des maltraitances de sa grande soeur.

Visuellement Gabriel Pascal livre un très bel objet. Partagé entre décors studios (pour l'essentiel) et extérieurs. Les décors sont somptueux, le technicolor si particulier des productions anglaise donne une tonalité bien différente des péplums hollywoodiens (pas encore revenus à la mode quand sort le film) et Pascal offre quelques vues et cadrages de toute beauté. Gros problème malheureusement, l'origine théâtrale du projet se fait cruellement sentir et le film est terriblement bavard, allant du passionnant au franchement irritant. Pas un vrai moment spectaculaire pour réhausser tout ça alors que les moyens sont pourtant là. Quelques amorce brillantes comme lorsque César et Cléopatre sautent dans le Nil depuis les rempart du palis pour échapper à l'assaut des hommes de Ptolémée mais une ellipse de 6 mois nous frustre de la bataille qui suit. Idem pour la conclusion lorsque les hommes de César font face à la population égyptienne et lors de la grande bataille finale, quelques vignettes brillantes entraperçues fondu enchaîné mais rien de bien probant. Vraiment dommage, du coup ça demeure une curiosité intéressante quand on aurait pu avoir un vrai bon film, pas désagréable loin de là tout de même.


Trouvable en dvd zone 2 dans une édition plutôt correcte, voir les captures chatoyantes !