Bouffeur de pellicule monomaniaque, ce blog servira à commenter pour ceux que ça intéresse tout mes visionnages de vieilleries, coup de coeur et nanar potentiels. Je vais tenter le défi de la chronique journalière histoire de justifier le titre du blog donc chaque jour nouveau visionnage et nouveau topo plus ou moins long selon l'inspiration. Bonne lecture et plein de découvertes j'espère!

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mercredi 1 juillet 2015

Don Angelo est mort - The Don is dead, Richard Fleischer (1973)

Après le décès de Don Paolo, le chef de la mafia new-yorkaise, un Conseil réunissant les plus grandes familles du Milieu se réunit et désigne Don Angelo comme leur nouveau chef. Ce dernier prend sous sa protection Frank, le fils de Don Paolo et le désigne comme son héritier. Cet arrangement ne convient pas à Orlando, l'avocat d'un chef de famille rival et met tout en œuvre pour une guerre éclate entre Don Angelo et Frank, guerre qui sera très sanglante...

The Don is dead est un polar mafieux surfant sur le succès du Parrain (1972) de Francis Ford Coppola et adaptant le roman éponyme de Marvin Albert (auquel on doit le personnage du détective privé Tony Rome adapté avec Frank Sinatra) qui lui-même s'inscrivait opportunément dans la lignée du succès littéraire de Mario Puzo. Le postulat est assez voisin du classique de Coppola avec son récit de succession sanglante et le personnage de Frederic Forrest évoquant Michael Corleone/Al Pacino dans sa trajectoire.

Les premières minutes du film dessinent la dualité de ces mafieux entre ce qu'ils sont et ce à quoi ils aspirent. La scène d'ouverture nous montre ainsi une transaction de drogue manquant de mal tourner mais qui se conclura par le cadavre des braqueurs importuns coulés dans du béton. Juste après nous aurons une cérémonieuse réunion de succession entre les grandes familles du Milieu où à l'opposé de la brutalité à laquelle on vient d'assister c'est l'imagerie d'une mafia dirigée comme une entreprise qui s'affirme. L'objectif est de décider à qui donner le pouvoir de Don Paolo, un des chefs de la mafia new-yorkaise fraîchement décédé. Son fils Frank (Robert Forster) étant trop tendre, c'est Don Angelo (Anthony Quinn) qui va le prendre sous son aile et en faire son successeur.

Tout cela n'est pourtant pas au gout du consigliere Orlando (Charles Cioffi) qui souhaite profiter de l'incarcération de son parrain pour prendre le pouvoir et qui va donc mettre en place une redoutable machination. Ce personnage tirant les ficelles est le seul véritable méchant (avec son ambitieuse épouse) du film tandis que tous les autres seront emportés dans une spirale de violence qui les dépasse. La progression du film reflète la schizophrénie exprimée en ouverture, montrant ainsi les liens réels et solides unissant les protagonistes, qu'ils soient filiaux entre Don Paolo et Frank ou fraternels entre les deux hommes de mains que son Vince (Al Lettieri) et Tony Fargo (Frederic Forrest).

Il suffira pourtant d'un soupçon de confusion pour que tout vole en éclat par une habile manipulation. Frank et son mentor ayant été conduits à convoiter la même femme (Angel Tompkins dont le visage angélique laisse le doute jusqu'au bout quant à sa duplicité) la rivalité amoureuse aura des répercussions terribles sur toute la "famille". Le Parrain tout en montrant une mafia impitoyable avait fait des liens du sang un refuge (jusqu'au Parrain 2 et son final traumatisant du moins) autant qu'une prison dans lesquels les personnages pouvaient s'épanouir, se sentir protégés et étouffés à la fois. Tous cela vole en éclat dans The Don is dead où les codes de violence et de vendetta prenne le pas sur les sentiments qui demeurent pourtant intact. Il suffirait ainsi que Don Paolo et Frank aient une conversation pour tout apaiser et déceler le complot mais le premier réflexe sera de s'envoyer des tueurs. De même le plus réfléchi Tony sent venir l'entourloupe mais par fidélité pour son frère va le suivre dans cette guerre des gangs.

Le scénario nous offre une captivante partie d'échec truffée de coup de théâtre et que Fleischer emballe avec l'efficacité qu'on lui connaît. On pourra juste regretter le manque d'ampleur de l'ensemble (ce passage en Italie dont on ne verra qu'un bout de quai dans un port) lorgnant plus sur la série B musclée que le luxe du Parrain. Toutes les rencontres se font dans des entrepôts sinistres, garages désaffectés et ruelles mal famées, le train de vie nanti des Don à peine entraperçu. On devine les restreintes budgétaire mais cela participe bien finalement à faire des personnages quel que soit leur statut les petites frappes violentes qu'ils n'ont jamais cessés d'êtres. S'ils s'abandonnent à leurs pulsions avec férocité ils n’en restent pas moins humain quand les figures plus réfléchies s'avéreront bien plus détestables comme Orlando.

Fleischer nous offre un spectacle rondement mené et brutal, le film avançant au rythme des fusillades, attentats et bagarres filmés avec une sacrée énergie comme ce guet-apens furieux dans une ruelle. Le casting est fabuleux avec des acteurs subtils, aussi féroces dans l'action que vulnérables dans les moments calme. Al Lettieri spécialiste des rôles de tueurs mafieux intimidant (Le Parrain justement ou encore Mr Majestyk (1974)) est étonnamment touchant en brute épaisse dépendant des méninges de son frère. Anthony Quinn vacillant face à une violence qu'il n'est plus capable d'exercer est excellent également mais c'est vraiment Frederic Forrest qui emporte la mise, charismatique et déterminé tout en étant poussé par les évènements vers un destin criminel qu'il souhaitait fuir. Etonnant qu'il n'ait pas eu plus de premiers rôles après pareille prestation. Très polar auquel il faut signaler un excellent score de Jerry Goldmith qui expérimente déjà certains motifs synthétique d'œuvres à venir.

Sorti en dvd zone 1 chez Universal et doté de sous-titre français

mardi 14 février 2012

Mr Majestyk - Richard Fleischer (1974)

Vince Majestyk dirige une exploitation de pastèques de 85 hectares. Parce qu'il s'est débarrassé par des moyens plutôt expéditifs des complices de Bobby Kopas, un exploiteur local qui voulait lui imposer ses volontés, Majestyk purge une peine de prison. C'est là qu'il fait la connaissance d'un nommé Frank Renda, un dangereux tueur à gages. Au cours du voyage qui les conduit au tribunal, les complices de Renda attaquent le car, mais c'est Majestyk qui en prend les commandes et le mène à la montagne. Là, menottes aux mains, Renda lui propose un marché... que Vince refuse : il préfère remettre le gangster à la police en échange de sa propre liberté. Mais Renda s'échappe et jure vengeance....


Après une décennie à jouer les hommes de mains et autres brutes épaisses, Charles Bronson gagna peu à peu ses galons de star durant les années 60. Tout d’abord dans des films collectifs chargés en en fortes personnalité très en vogue à l’époque comme Les Sept Mercenaires, Les Douze Salopards ou La Grande Evasion puis ce fut la consécration avec son légendaire rôle d’Harmonica dans Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone. Tout au cours de ces différents rôles, il se forge l’image que l’on garde lui aujourd’hui : un dur à cuir taciturne et impassible dont les bonnes intentions traduisent plus par les actes que les paroles. Vedette établie au début des 70’s, il va alors rénover son personnage de cinéma. Parmi les tentatives les plus marquantes et populaire, on peut citer le Colonel Harry Dobbs, fin psychologue du Passager de la pluie, le cow-boy goguenard de Soleil Rouge et donc cet excellent Mr Majestyk.

Adapté d’un roman d’Elmore Leonard (qui signe lui-même le script), Mr Majestyk est un modèle de série B musclée : scénario concis allant droit au but, rythme nerveux et solidement mis en scène. Le touche à tout de génie Richard Fleischer revenait là au divertissement pur après le sombre Soleil Vert et retrouvait l’énergie qui l’animait à lorsqu’il emballait ce type de produit sans fioritures à ses début à la RKO. Comme déjà dit, ce film servit donc à Bronson à proposer de lui une image plus détendue et cool. A l’opposé des personnages mutiques et mystérieux qui ont fait sa réputation, Vince Majestyk est la décontraction même, béret vissé sur la tête et adepte du bon mot, ce qui n’atténue en rien sa détermination à l’image de cette réplique cinglante :

You make spounds like you’re mean little ass-kicker… Only I ain’t convinced. You keep talking and I’m gonna take your head off.

Son background de héros de guerre n’est là que pour justifier les formidables aptitudes dont il fera preuve une fois menacé. Autrement ce n’est qu’un modeste cultivateur de pastèques qui ne demande qu’à mener à bien sa récolte et qu’on le laisse tranquille, donc de loin le personnage le plus « normal » incarné par Bronson. Face à lui, Frank Renda, redoutable tueur de la mafia lui vouant une haine féroce pour l’avoir humilié. Campé par un Al Lettieri bien menaçant, l’opposition avec le plus détendu mais tout aussi redoutable Majestyk fait régulièrement des étincelles.

Les meilleurs moment sont ceux où leur antagonisme bat son plein : le premier échange en prison où Majestyk semble être le seul à n’avoir cure de la réputation de Renda et surtout un rencontre dans un restaurant où Bronson conclut radicalement la discussion avec son adversaire venu l’intimider en le flanquant tout simplement au tapis.

Dans ce duel viril, les femmes ont peu leur place mais Linda Cristal (actrice argentine vue notamment dans l’Alamo de John Wayne) parvient à imposer une présence intéressant en ouvrière syndicaliste mexicaine (avec un aperçu du travail difficile des clandestins en filigrane) et soutien de Majestyk. Dans les seconds rôles, les amateurs de série B et de productions télévisées 70’s US reconnaîtront Paul Koslo ici parfait en petite frappe couarde et détestable. Richard Fleischer loin des images bibliques grandioses d’un Barrabas ou de la froideur clinique de L’étrangleur de Boston, adapte sa mise en scène au style brutal du récit dans ce cadre rural avec des morceaux de bravoures rondement menés.

L’embuscade lors de l’évasion de Renda avec son montage alerte et sa violence surgissant de toute part est très efficace, tout comme cette course poursuite finale dans les rocheuses (où on apprécie les qualités de stratège de Bronson qui renverse habilement la situation). Malin, Fleischer surprend également par la conclusion sèche où Bronson règle ses comptes avec Lettieri. Après avoir multiplié les confrontations entre eux durant tout le film, il assoit la supériorité de Bronson en faisant fi du long climax musclé attendu en le faisant abattre Renda impitoyablement façon western.

Au final une production solide, certainement pas la plus ambitieuse de Fleischer ni la plus spectaculaire de Bronson mais un divertissement nerveux et bien exécutés qui fait passer un bon moment. Et si on devait tirer une morale de cette histoire, ce sera sans doute que si on touche aux pastèques de Charles Bronson, on s’expose à de sérieux problèmes…

Sorti en dvd zone 2 français chez MGM